‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 39 sur 108 · PRÉDÉCESSEURS ET CONTEMPORAINS DE BESGARTES · texte numérisé non relu

PRÉDÉCESSEURS ET CONTEMPORAINS DE BESGARTES

gnétismepar des travaux que Uebi g signale comme «rune longue série des plus admirables expériences » (1). Simon Stévin, médecin du prince d'Orange et ingénieur des digues de Hollande, mort en 1635, deux ans avant la publication du Discours de la méthode de Descartes, s'était signalé par des découvertes mathématiques et mécaniques, et avait entrevu le fait capital de la pesanteur de l'air. L'astronomie enfin, à partir de Kopernik, avait trouvé une base ferme pour l'explication mathématique des phénomènes du ciel. Ainsi se préparaient les éléments de la science de la nature ; mais à l'égard d'une théorie générale des phénomènes physi(}ues c'étaient là des matériaux et non le plan de l'édifice. Les pierres étaient extraites du flanc de la montagne, les bois de construction se préparaient, mais l'architecte n^était pas venu. Cet architecte ne fut pas Bacon. On a souvent désigné le chancelier d'Angleterre comme le véritable fondateur de la sciencemoderne.il s'est attribué ce rôle, avec une entière conviction, et beaucoup l'ont cru sur parole; mais l'histoire fournit un autre enseignement. Bacon est sans doute un des grands personnages du monde de l'intelligence. Il a réclamé avec plus d'éclat que personne les droits de l'observation, la nécessité de placer l'expérience à la base des investigations de la pensée, et il a fourni par là des pages importantes à la théorie de la méthode dont il a, du reste, méconnu les éléments essentiels. Il a prophétisé, avec un rare bonheur, le développement que prendrait l'industrie par la connaissance exacte des phénomènes naturels. Mais, quant à la théorie générale de la physique, il a méconnu la véritable direction de la science, et l'on retrouve dans ses œuvres la trace de toutes les erreurs du passé. Au-dessus de l'étude des causes physiques, qui sert de base à la mécanique qu'il considère comme une science inférieure, il conçoit une théorie des

i. ÏJ^d Bacon, par Jostus de Liébig, page 83.

formes oa essences qui fera le haut pouvoir de rhumanité, et la base de procédés qu'il désigne sous les termes de magne naturelle. Ces formes qui doivent servir de base à la magie naturelle ressemblent beaucoup aux formes substantielles et aux vertus de la matière qu'on admettait dans l'école. Il arrive à Bacon de se contenter , de causes occultes admises comme des principes d'explication. Il se pose la question : pourquoi la salamandre éteint-elle le feu? et il répond : « Parce qu'il c y a dans le corps de cet animal une force extinctive qui « étouffe le feu (1) ». Il ne dépouille pas la matière d'attributs psychiques : c'est ainsi qu'il admet pour la formation des cristaux de roche l'explication donnée par un ancien^ Pline, si je ne me trompe. Les cristaux sont de l'eau gelée qui est restée si longtemps dans cet état qu'elle en a pris l'habitude. Il est si loin de ia doctrine de l'inertie qu'il considère la matière comme étant, après Dieu, la cause des causes, {causa causarum) . Il lui attribue des appétits. « Il est évident « que tout homme qui connaîtrait les passions, les appétits • et les procédés primitifs de la matière aurait par cela seul « une connaissance générale et sommaire des faits passés, « présents et futurs, quoiqu'une telle connaissance ne pût « s'étendre aux faits particuliers et individuels (2). » On pourrait supposer qu'il ne s'agit ici que de figures de langage, si l'on ne rencontrait pas des explications comme celle-ci : « Le mouvement de fuite est celui par lequel les corps, en « vertu d'une certaine antipathie, fuient ou mettent en faite « les substances ennemies, s'en séparent et refusent de se

« mêler avec elles I On dit que le cinname et les autres

« substances odoriférantes, étaot placées près des latrines ou « des lieux fétides, retiennent plus obstinément leur odeur, « parce qu'alors elles se refusent à leur émission et à leur

1. Vis extinctiva in corpare illius animalisquae ignem sufTocat. Sylva Sylvarum Centurie IX. 860.

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