Principes, Définition III
liO LES ORIGINES DE LA PHYSIQUE MODERNE.
rectifie ainsi les erreurs contenaes dans le système des tonrbilloDS. Enfin, en saivant la voie ouverte par Galilée, et en se rattachant à la partie saine des idées de Bacon, il rédige, en opposition aux tentatives d'explications d priori, les règles de la véritable méthode, et il les met en pratique. Les corrections du cartésianisme opérées par Newton sont donc fort importantes ; mais il est facile de s'assurer que, pour la con* ception fondamentale de son œuvre, c'est-à-dire pour le principe de l'explication des phénomènes, il marche dans la voie ouverte par Descaries. « Descartes, dit Laplace, essaya « le premier de ramener à la mécanique les mouvements des € corps célestes (1). » Newton écrit lui-même en tête de la préface de ses Principes : c Les anciens, comme nous l'ap*
< prend Pappus, firent beaucoup de cas de la mécanique c dans l'interprétation de la nature, et les modernes ont c enfin, depuis quelque temps, rejeté les formes substan- « tielles et les qualités occultes, pour rappeler les phénoc mènes naturels à des lois mathématiques. On s'est proposé
< dans ce traité de contribuer à cet objet, en cultivant les « mathématiques en ce qu^elles ont de rapport avec la philo- « Sophie naturelle. » On a reproché à Newton d'avoir omis dans ce passage le nom de Descartes, qui fut incontestablement le principal auteur de la révolution scientifique qui avait rejeté les formes substantielles et les qualités occultes pour ramener l'explication des phénomènes naturels à des considérations mécaniques.
Newton, en suivant Descartes pour le mode d'explication des phénomènes, corrige les vices de la construction de ce philosophe en ce qui concerne l'astronomie. D'autres savants corrigent ses erreurs de mécanique et de physique spéciale. Le catalogue de ces corrections nécessaires serait long ; mais cela ne détruit pas le fait que Descartes, plus que tout autre,
i. ExpoiiUon du système du monde. Livre V chapitre 5.
DÉVELOPPEMENT DE LA PHYSIQUE CARTÉSIENNE. 11 i
a fixé l'objet des recherches physiques et la direction de la science. Lorsqu'on a retiré le minerai d'or du sein de la terre, il est souvent nécessaire de l'épurer ; mais ce travail d'épuration ne détruit pas le mérite de celui qui a tiré l'or de la mine. M. Joseph Bertrand remarque, à propos de la mécanique spécialement, que Descartes a émis des assertions inexactes, mais, ajoute-t-il, « à ces assertions fausses se mêlent des vérités « grandes etfécondes qui dominent aujourd'hui la science. » (1) Découvrir les idées qui dominent la science, c'est le caractère propre des fondateurs. M. Bertrand dit encore : € Le temps, « on peut en être certain, débarrasse les idées grandes et nou- € velles des imperfections qui s'y trouvent associées. » (2) Des esprits de deuxième ordre, se livrant au travail de la réflexion et de l'expérience, sufiBsent pour corriger les erreurs d'une doctrine ; mais rabaisser l'œuvre d'un génie inventeur parce qu'il n'a pas immédiatement porté la science au point où ses successeurs ont pu la conduire, en suivant une impulsion qui procédait de lui, serait une injustice manifeste.