Journal des Savants, Juin 1874, page
S. Journal des SavanU, Juin 1874, page 418.
ii2 LES ORICANES DE LA PHYSIQUE MODERNE.
bat de cette période, et aa point de yae spécial de rastronomie, une importance égaie à celle de Descartes.
La seconde période a pour caractère la tentative faite pour ramener aux lois de la mécanique et à Tunké de la matière tous les phénomènes physiques et chimiques, le mouvement des molécules des corps pondérables et ceux deréther.Geciest spécialement et presque exclusivement cartésien. Boyle avait travaillé dans ce sens. Leibniz le loue de ce que < son capital c était d'inculquer que tout se fait mécaniquement dans la phy- « sique» ,puis il ajoute : c c'est un malheur des hommes de se « dégoûter enfin de la raison même, et de s'ennuyer de la lut mière» (l).Eneflfet,ladirectionimpriméeauxrechercbespar Boylenefut pas immédiatementsuivie. Il est juste d'observer, pour réduire à sa valeur le blâme prononcé par Leibniz, qu'à cette époque il manquait deux des conditions nécessaires pour que le programme cartésien pût être rempli. L'une de ces conditions était un nombre suflisant d'observations en physique, et l'extension que devaient prendre les données de la chimie expérimentale sous l'impulsion de Lavoisier. L'autre était le calcul infinitésimal, s'ilest vrai, comme le dit Biot (2), que « presque < toutes les questions de physique ne sont pour ainsi dire « accessibles que par les considérations tirées des infiniment « petits » . C'est dans la première partie du xix» siècle que s'ouvre véritablement la seconde période du développement de la physique cartésienne ; c'est alors que l'on entrevoit et que l'on arrive à proclamer, avec une certaine assurance, la possibilité de ramener la physique entière à la mécanique. Ce mouvement est loin de son terme, ainsi que je l'ai indiqué dans ma première étude. Le danger aujourd'hui est de retomber dans l'illusion de Descartes, et de croire que l'on a trouvé ce qu'il faut chercher. Laplace,dont l'œuvre est le couronnement de la première période cartésienne^ a indiqué en ces termes,
i. Réponses'd Clarke, Cinquième réponse^, % 114. %, Article Leibniz dans la Biographie universelle.
DÉVELOPPEMENT DE LA PHYSIQUE CARTESIENNE. il3
au début de son Essai sur les probabilités^ le bul des trayaax de la seconde période. « Une intelligence qui, pour un insa. tant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est a animée et la situation respective des êtres qui la composent, « si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données € à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouve- « ments des pluslgrands corps de Tunivers et ceux du plus c léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir, a comme le passé, serait présent à ses yeux. L'esprit humain » offre dans la perfection qu'il a su donner à l'astronomie une « faible esquisse de cette intelligence. » Laplace aborde le même sujet dans son Exposition du système du monde (1) : « En voyant toutes les parties de la matière soumises à l'acc tion des forces attractives dont l'une s'étend indéfiniment « dans l'espace, tandis que les autres cessent d'être sensibles c aux plus petites distances perceptibles à nos sens, on peut « se demander si ces dernières forces ne sont pas les pre- « mières modifiées par les figures et les distances mutuelles
« des molécules des corps
« . . . . Les affinités dépendraient alors de la forme des a molécules intégrantes et de leurs positions respectives; et « l'on pourrait, par la variété de ces formes, expliquer toutes « les variétés des forces attractives, et ramener ainsi à une « seule loi générale tous les phénomènes de la physique et « de l'astronomie. Mais l'impossibilité de connaître les figures « des molécules et leurs distances mutuelles, rend ces ex- « plications vagues et inutiles à l'avancement des sciences. » Depuis l'époque où Laplace traçait ces lignes, on possède, ou on entrevoit des explications moins vagues et plus utiles à l'avancement des sciences. Toutefois M. Helmholtz disait au congrès des naturalistes allemands réuni à Inspruck, en 1869 : « Tout, dans la nature extérieure, se réduit à un changement
i. Livre IV, chapitre xviii.
NaVILLB. — PUYSIQUB MODfiUNK. 8
« de forme dans l'agrégat des éléments chimiques éterheUe- « ment invariables, à des différences de composition, de dis- « tribution, de structure des corps que ces éléments consti- < tuent. De quelque manière qu'ils se présentent, ils restent « essentiellement les mêmes. En d'autres termes, il n'y a de « changement possible dans la nature, que la distribution et « l'arrangement divers des éléments dafis l'espace, ce qui revient à un mouvement. Et il s'ensuit que, si tous les changements sont des mouvemepts, les forces qui produisent ces changements ne peuvent être que des forces mécaniques. Mais ce résultat de la chimie ne s'est accompli que lentement ; on est loin d'avoir ramené réellement toutes les actions naturelles à une action primitive de mouvement. . .
La variété et la complication multiple de
ces actions, l'impossibilité de les observer directement, sont autant d'obstacles qui empêchent d'arriver à la forme première du mouvement. C'est une œuvre dont la réalisation est réservée à un avenir encore lointain et que la génération présente ne verra peut-être pas **(!). M. Marignac se prononçait dans le même sens, en 1879. En parlant de l'affinité et des dégagements de chaleur qui accompagnent les combinaisons, il observait qu'il est bien des questions < dont la soluc tion nous échappe encore entièrement » (2).
Nous marchons d'un pas ferme et quelquefois rapide vers le but indiqué par Descartes. Tout porte à espérer que la science contemporaine est dans la bonne voie; mais les réserves de la prudence sont utiles à formuler à une époque où l'esprit systématique se réveille avec une extrême énergie, et où des penseurs plus hardis que prudents parlent quelquefois comme si nousavionsaccompU déjài'œuvre dont M. Helmholtz a la sagesse de réserver l'achèvement aux générations futures.