Optique. Question XXIX
faisait de la lamiëre un agent spécial, une réalité sabstantielle, eut une grande importance. Les savants furent conduits par là à l'idée des propriétés spécifiques de diverses espèces de corps, propriétés indéterminables autrement que par les effets qu'elles produisent sur les êtres capables de sentir. C'était renoncer aux explications mécaniques et, au fond> c'était un retour à l'ancienne physique ; car ces propriétés spécifiques indéterminables ont une grande ressemblance avec les formes substantielles et les causes occultes.
En même temps que les erreurs de Nev^ton modifiaient dans un sens fâcheux la direction des recherches, quelques Leibniziens tiraient de la métaphysique de leur maître la négation de la loi d'inertie, en altribuaçt à la matière une tendance « à changer continuellement son propre état. (1) » Une double fumée sortait ainsi de deux grands foyers de lumière. On peut donc afiirmer qu'à la fin du xvm^ siècle, tandis que le développement mathématique des vérités découvertes par Kepler, Galilée et Newton, faisait des progrès considérables, tandis que la partie expérimentale de la science s'enrichissait sans cesse, principalement par l'organisation scientifique de la chimie, les conceptions fondamentales delà physique furent obscurcies. Le triomphe desWewtoniens fut complet, et l'assurance avec laquelle ils aflîrmaient qu'ils avaient seuls raison, sur des points où nous les jugeons aujourd'hui dans l'erreur, est de nature à nous rendre prudents dans l'emploi que nous faisons souvent de la science moderne comme d'une autorité indiscutable.
L'explication mécanique des phénomènes naturels se maintint, au xvui<^ siècle, dans l'école matérialiste. On pouvait lire dans le Système de la nature du baron d'Holbach: t L'univers, ce vaste assemblage de tout ce qui existe, ne
1. Ëuler. Lettres d une Princesse d'Allemagne. Partie U., Lettre S
OBSCURCISSEMENT DES THÉORIES. iS3
« Doas offre partout que de la matière et du mouyement (1)» . Mais, dans cette théorie, on. méconnaît la base essentielle des travaux de Descartes : la distinction des phénomènes corporels et des phénomènes spirituels (2). Il faut donc, ou soutenir l'insoutenable paradoxe que les faits psychiques ne sont que des mouvements, ou attribuer à la matière une puissance de produire autre chose qu'elle-même, ce qui est le contraire de la doctrine de l'inertie. Le renouvellement pur et simpfe des idées de Démocrite et d'Epicure n'était point le prolongement naturel et légitime des grandes théories du xvii* siècle.
Dans la période de recul de la conception fondamentale de la physique, quelques hommes maintiennent la tradition cartésienne. Daniel Bernouilli développe la théorie de la constance de la force ; Euler défend l'hypothèse de l'éther et la théorie des ondulations ; il s'oppose au retour des causes occultes reparaissaiit sous la forme de propriétés spécifiques inhérentes à la matière. (3)
Ce ne furent là que des exceptions. Dans la physique généralement admise au commencement de notre siècle, on avait oublié le principe de la conservation de l'énergie ; on attribuait les phénomènes divers à des agents distincts ; on ne cherchait pas à établir de relations directes entre les actions physiques et les affinités chimiques. Des principes fondamentaux établis à l'époque de Descartes, la loi d'inertie était demeurée seule à l'abri de toute contestation, ce qui doit être attribué surtout à la solidité reconnue du système astronomique. Les choses ont changé de face, depuis soixante ans environ.