Lettres d une Princesse d'Allemagne, Partie L Lettre
RENAISS\NC»î DE LA PHTSIQUE CARTÉSIENNE.
En 1818, Fresnel rétablit la théorie des ondulations lumineases. Les découvertes d'Oersted sur les rapports de l'électricité et du magnétisme, découvertes fécondées par le génie d'Ampère, datent de 1820. En 1828, Auguste de la Rive constate les antécédents chimiques de la production de l'électricité voltaïque. En .1842, Robert Mayer, et presque simultanément Joule et d'autres savants, fondent la théorie mécanique de la chaleur. Ces grandes innovations scientifiques ne sont pas sans précédents. En 1798, Rumford avait émis la pensée que la chaleur n'était qu'un mouvement, et l'avait confirmée par quelques expériences. On lit dans l'ouvrage de M. Séguin intitulé De Vinfluence des chemins de fer: a Mongolfier m'a communiqué, lorsque j'étais bien jeune (( encore, l'opinion bien arrêtée dans laquelle il était qu'il « existe une véritable identité entre le calorique et la puissance mécanique qu'il sert à développer, et que les deux effets ne sont que la manifestation apparente à nos sens « d'un seul et même phénomène. (1) » Joseph Mongolfier est mort eu 1810, en sorte que la communication de ses idées à M. Séguin, son neveu, date des premières années de notre siècle.
De cet ensemble de découvertes et de travaux sont sorties : la doctrine de la nature purement mécanique des phénomènes matériels ; Thypothèse de l'éther, fluide unique au moyen duquel s'accomplissent les transformations des mouvements ; enfin la théorie de la conservation de l'énergie ; mais c'est à tort que l'on considère ces grandes idées, dont les travaux contemporains fournissent peu à peii la confirmation, comme appartenant à notre siècle. Pour leurs principes généraux, et
4. Journal des Savants de juin 1874, page 416. L'ouvrage de M. Séguin est de 18^.
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abstraction laite des erreurs de <létail, toutes ces idées sont nettement exposées dasis les œuFres de Descartes. L'ambition la plus haute de la physique contemporaine est de réaliser le programme qu'il a tracé d'une main ferme» et qu'il a cru avoir rempli parce qu'il l'avait tracé. Faraday < ne c voyait dans l'univers qu'une seule force obéissant à une se«de volonté. (1) » C'est précisément la pensée qui a g^idé Descartes dans sa lutte contre les formes substantielles. M. Helmholtz affirme que < ce qu'il nous faut chercher en der- « nier ressort, c'est l'explication des lois du mouvemenit » , ei que, au sein des indécisions de la science, il est pourtant ane loi qu'on peut affirmer : < la loi de la conservation de la «( force (2) » Ce sont là des thèses que Descartes aurait signées, parce qu'il les avait expressément formulées. Si ce philosophe avait pu assister au congrès de l'association française pour l'avancement des sciences, réuni à Lille, en 1874, et entendre M. Wûrtz, il aurait appris que « c'est dans le « mouvement des atomes et des molécules que l'on cherche « aujourd'hui, non-seulement la source des forces chimiques, « mais la cause des modifications physiques de la matière, « des changements d'état qu'elle peut éprouver, des phéno- « mènes de lumière, de chaleur, d'électricité dont elle est le « support. » Il aurait entendu proclamer , par une bouche des plus autorisées, que la puissance de mouvement passe d'un corps à un autre et se manifeste sous des formes différentes, « mais que jamais nous ne la voyons disparaître ou « faiblir. » (3) Pour tout ce qui est détail, précision, théories spéciales. Descartes sans doute aurait dû s'asseoir comme un humble écolier aux pieds du savaut doyen de la faculté de médecine de Paris; mais pour la direction à' donner aux recherches et la conception générale des phénomènes physi-
i. Eloge historique de Michel Faraday, par M. Dumas. . 2. Revue des œurs scientifiques, du 8 janvier 1870. 3. Revue scientifique du 22 août 1874, pages 174 et 175.
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qaes, il aurait ea le droit, ses œavres à la main, de rereDdiquer comme siennes les grandes pensées qui dominent la science contemporaine. Prenez an papier divisé en deux colonnes. Ecrivez d^nn côté les a£9rmations les plus générales de la pbysiqne actuelle, vous pourrez mettre de l'autre côté les mêmes affirmations extraites des œuvres de Descartes et de ses successeurs immédiats. Vous constaterez facilement ainsi que les théories que nous considérons comme nouvelles, sont simplement renouvelées. Le xvii* siècle les a inventées, le nôtre, aidé des travaux du xviu*, les confirme, par des inductions expérimentales fondées sur un riche trésor d'otn servations. On dit quelquefois : < Ce n'est rien d'avoir une € idée, le tout est de la démontrer. » Cette manière de penser appelle une réflexion bien simple. On peut avoir une idée avant qu'il soit possible de la démontrer ; mais comment démontrer une idée que l'on n'aurait pas ? Avoir une idée fausse n'est rien sans doute ; découvrir une idée vraie est la condition première des progrès de la science. Si Colomb avait péri avant d'aborder aux rivages du Nouveau-Monde, en léguant sa pensée à quelque navigateur plus heureux, en serait-il moins l'auteur de la découverte de l'Amérique ? L'idée une fois émise, un capitaine de vaisseau quelconque pouvait la confirmer ; mais pour la confirmer, il fallait qu'elle fût émise. Les principes fondamentaux de la physique moderne ont été proclamés au xvn* siècle, et ils n'ont pas été découverts de nouveau, à notre époque, d'une manière indépendante de leur émission première. Les savants nos contemporains, ont subi l'influence de leurs illustres devanciers,les uns sans le savoir, d'autres en s'en rendant compte. Fresnel, par exemple, dans ^'introduction de||son Mémoire mr la diffraction de la lumière, déclare que la théorie qu'il adopte et soutient est, par opposition aux idées de Nev^ton, la doctrine de Descartes, de Hooke, de Huyghens et d'Euler. Notre époque est celle des développements de la science et des