Méditalion cinquième, à la fin
le mécanisme. Si donc Tunivers matériel nous est intelligible, l'explication de ces phénomènes doit se rencontrer dans ce que nous pouvons concevoir. Mais qui est-ce qui nous garantit que le monde nous soit intelligible, ou que la science soit possible? La foi en Dieu, qui justifie et affermit notre confiance naturelle dans la raison. Tel est rencbainement des pensées de Descartes ; c'est pourquoi son ouvrage des Principes de la philosophie, dont la physique est le but, s^ouvre par des prolégomènes exclusivement consacrés à établir la distinction de Tâme et du corps et l'existence de Dieu. Ces prolégomènes sont dans un rapport immédiat avec la réforme de la science dont. Descartes a été le principal agent ; nos physiciens actuels, dès qu'ils s'élèvent à des théories un peu générales, les supposent toujours, souvent sans s'en rendre compte.
Toutes les explications de la physique devant être cherchées dans la mécanique, les lois du mouvement deviennent la base fondamentale de la science. Descartes en établit deux principales : la loi d'inertie qu'on lit dans les traités contemporains de mécanique dans les termes mêmes où il l'a formulée, et la loi de la constance de la force qui a dû être modifiée dans son expression, mais qui, quant à son fond essentiel, est restée telle qu'il l'avait établie. Ce sont là des vérités deux fois séculaires, qu'on prend à tort pour des découvertes modernes parce qu'elles ont momentanément disparu du grand courant de la science, pour y reparaître de nos jours avec un nouvel éclat.
La loi d'inertie, en tant qu'elle affirme qu'un corps inanimé ne passe pas par lui-même de l'état de repos à Tétat de mouvement, est conforme aux apparences, et il n'y a pas de question à poser au sujet de son origine ; mais l'affirmation qu'un corps une fois en mouvement continuerait à se mouvoir indéfiniment avec la même vitesse est une affirmation très-audacieuse, fort contraire aux données immédiates de l'expérience.
INFLUENCE DES CROTANGES BELI6IEUSES. 167
Quelle a été son origine dans lapensée de Descartes ? le yoici : Dieu est la première cause du mouvement, et Dieu, en vertu de sa perfection, agit d'une façon qui ne change pas, en sorte que nous devons admettre que la puissance motrice universelle qui est l'expression de sa volonté demeure constante (1). C'est sur la môme pensée que s'appuie l'affirmation que tout corps qui se meut tend à continuer son mouvement en ligne droite. « Cette règle, comme la précédente, dépend de ce que Dieu est € immuable, et qu'il conservele mouvement en la matière par « une opération très-simple : car il ne le conserve pas comme « il a pu être quelque temps auparavant, mais comme il est « précisément au même instant qull le conserve » (2). Or « de tous les mouvements, il n'y a que le droit qui soit en- < tièrement simple ; et dont toute la nature soit comprise en c un instant » (3). Descartes ne se dissimule point que ces règles semblent contraires à l'expérience sensible; il se croit obligé toutefois de les poser : « car quel fondement plus « ferme et plus solide pourrait-on trouver pour établir une « vérité, que de prendre la fermeté même et l'immuabilité « qui est en Dieu » (4)? Onvoit ici, avec une entière évidence, le lien qui rattache les bases de la physique aux conceptions religieuses; c'est pourquoi Descarte estime que « les athées « sont pour l'ordinaire plus arrogants que doctes et judicieux » , et il attribue la maladie intellectuelle dont ils souffrent à ce que « beaucoup, se voulant acquérir la réputation d'esprits « forts, ne s'étudient à autre chose qu'à combattre avec arro- « gance les vérités les plus apparentes » (5). Il est impossible de nier que les grandes théories de Descartes, dans leurs parties vraies et durables, ont été, dans son esprit, la conséquence immédiate de sa foi en Dieu ; vouloir les faire dériver d'une