‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 68 sur 108 · Epitre en tète des Méditations · texte numérisé non relu

Epitre en tète des Méditations

168 PHILOSOPfkie DRS F0NDA7RITBS DE LA PHTSIQUK.

autre source serait une tentative condamnée par l'abondance et la précision des textes dans lesquels il a exposé sa manière de Toir (t). En constatant ce fait, on lui a parfois reproché l'intervention de la pensée religieuse dans la construction d'une science qui doit reposer sur la seule base de l'observation. Le reproche paraît bizarre lorsqu'on a reconnu que les observations qui ont validé les bases de la physique moderne sont la confirmation expérimentale de théories qui ne pouvaient pas naître de Inexpérience. Si la pensée de Descartes, celle de Kopernik et celle de Newton avaient été purgées de cet élément religieux que blâment quelques-uns de nos contemporains, nous en serions peut-être encore au système de Ptolémée en astronomie, et à la doctrine des formes substantielles en physique.

GaUlée,

Descartes a été le plus puissant des initiateurs de la science moderne ; mais l'audace môme de sa pensée et le vice de sa méthode l'ont jeté dans de grandes erreurs. Galilée a été pins sage. Il a tracé les règles de la véritable méthode pour l'étude des phénomènes naturels, en montrant que nous découvrons les lois au moyen d'hypothèses qui doivent être continuellement subordonnées au contrôle de l'expérience. Quel est le principe qui doit diriger la pensée dans le choix des hypothèses? Voici la réponse de Galilée: « Les lois de la nature « sont les plus simples qui se puissent. ... Élevons donc notre « pensée jusqu'à la règle la plus parfaite et la plus simple, « nous formerons la plus vraisemblable des hypothèses. Sui- « vous en curieusement les conséquences ; que les mathéma-

1. Il me semble aue M. Liard dans son très estimable travail sur Descartes (i vol. in-8, 1882) n'a pas distingué, comme il convient de le faire, la construction 'métaphysique de ce philosophe et son idée de Dieu, idée qui est le fond commun de sa méthode, de sa physique et de toute sa philosophie.

f tiques les transforment sans scrupule en théorèmes élé- « gants; nous nejrisquons rien. La géométrie a étudié déjà « bien des courbes inconnues à la nature, et dont les pro- € priétés ne sont pas moins admirables; c'est à elle seule « qu'appartiendront nos résultats si l'expérience ne les con- « firme pas » (1). C'est l'argument de la simplicité des lois de la nature qui fait acceptera Galilée la doctrine de Kopernik, doctrine qui devait jouer un si grand rôle dans" ses destinées. Un des interlocuteurs du Dialogue sur les systèmes du monde exprime la pensée de l'auteur en faisant remarquer que « la « multiplicité et la confusion'des moyens ^à l'aide desquels « les résultats seraient produits dans le système de Ptolémée, « conduiraient à la nécessité de rejeter bon nombre d'axiomes c généralement admis dans la science philosophique: par ft exemple, que la nature ne multiplie pas les choses sans né^ < cessité, et qu'elle se sert des moyens les plus faciles et les « plus simples pour produire ses effets; qu'elle ne fait rien ^ en vain, et d'autres semblables. Il regarde les explications d si simples et si faciles du système de Kopernik comme la « plusmerveilleusespéculationderintelligencehumaine » (2).

Que faut-il entendre par cette nature qui se sert des moyens les plus simples? Aucun doute à cet égard n'est possible. Pour Galilée, cette nature, dont l'intelligence est merveilleuse, c'est le Créateur sage et puissant. 11 à le sentiment que ses adversaires, ceux qui condamnaient ses doctrines comme impies, opposaient les décrets d'une théologie égarée aux conséquences naturelles d'une foi sérieuse en Dieu. Il écrit dans sa défense adressée à la grande duchesse Christine :

« Interdire toute science astronomique, que serait-ce, sinon « condamner cent passages de l'Écriture Sainte qui nous en- « seignent comment la gloire et la grandeur du Dieu tout puis--

1. Galilée et ses travaux, dans les Fondateurs de l'astronomie moderne, par JosepJ^ Oertrand.

%, Galilée, par le docteur Max Parchappe, page ^83.

sant se révèlent merTeillensement dans tonte la création, et se lisent diyinenaent dans le liyre ouvert du ciel? Et qn'on ne croie pas qne la lecture des grandes pensées écrites sur ces pages s'arrête à la contemplation de la splendeur du soleil et des étoiles, de leur lever et de leur coucher ; c'est le terme au-delà duquel ne peuvent pénétrer les regards des animaux et du vulgaire. 11 y a là des mystères si profonds, des conceptions si sublimes, que les veilles et les travaux des plus subtils génies par centaines, n'ont pu encore parvenir à les pénétrer entièrement, malgré des investigations continuées pendant des milliers d'années. Il faut que les ignorants l'apprennent. De même que ce que les yeux embrassent dans l'aspect extérieur du corps humain est bien peu de chose, en comparaison des admirables artifices que savent y découvrir un habile anatomiste et un philosophe quand ils s'enquièrent de l'usage de tant de muscles, de tendons, de nerfs et d'os, quand ils examinent l'action du cœur et des autres organes principaux, quand ils recherchent le siège des facultés vitales, observent la merveilleuse structure des organes des sens, et contemplent, sans se lasser d'admirer et d'interroger, le réceptacle de l'imagination, de la mémoire, de Tintelligence; de même ce qui tombe purement sous le sens de la vue n'est rien pour ainsi dire en proportion des profondes merveilles qu'au prix de longues et soigneuses observations, le génie de ceux qui savent peut découvrir dans le ciel. (1) > Galilée, hardi novateur, conserve à la base de ses travaux la pensée religieuse sagement interprétée, et l'on voit, dans le passage qui précède, qu'il estime que les progrès de l'astronomie sont de nature à accroître le sentiment de l'adoration du Créateur des mondes. C'est la même pensée qu'exprime Charles Bonnet dans sa Contem"

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