Extrait du Seholie général qui termine l'ouvrage
rignorer; mais cette science qai confirma sa foi était née
sous rimpulsion de celle foi même. Il a réalisé un grand progrès en expliquant par une loi unique les trois lois astronomiques découvertes par Kepler. C'était faire un pas important dans la voie de l'unité et de la simplicité. Pourquoi chercha-t-il l'unité et la simplicité? Pour observer les « règles « qu'il faut suivre dans l'élude de la physique (1) » . Newton, en effet, marchant sur les pas de Galilée, et conciliant dans une heureuse harmonie les vues divergentes de Bacon et de Descartes au sujet de la méthode, veut que toutes nos théories soient soumises au contrôle de l'expérience; mais il sait que des règles a priori doivent présider au choix des hypothèses à contrôler. La première de ces règles est le principe de simplicité. D'où la reçoit-il? D'une tendance natârelle à la raison, sans doute, mais d'une tendance entretenue et fortifiée par la pensée du Dieu unique et souverainement sage; c'est lui-même qui nous en informe. « N'est-ce pas, « disait-il, une preuve que nous approchons de Dieu, à me- « sure que nous arrivons à des lois plus simples et plus gé- « nérales (2) » .
Leibniz,
Leibniz, dont le génie encyclopédique a marqué sa trace dans tant de directions diverses, a été en physique le plus
i. Ces règles sont exposées au début dn Livre III des Prindpei.
2. Isaac Newton, par J. L. M. page 24. — Uu professeur de New- York, M. Draper, à publié eu 1875, un volume snr les œnltiU d« la science et de la religion. On peut y lire les affirmations suivantes : « Newton démontre que le système solaire est gouverné par la nécessité mathématique. * (page 164) — * La théorie de Newton prouve que le soleil, non-seulement est, mais doit être le centre de notre système; que les lois de Kepler ne sont pas seulement un fait^ mais le produit de la nécessité mathématique, et qu'il est impossible qu'elles soient autres qu'eUes ne sont » (page 171). — M. Draper esiime donc que Newton a démontré des thèses qui sont directement le contraire de ce que Newton a affirmé en termes précis.
grand des cartésiens ; il a coDtinaé Descartes en le corrigeant. Son nom ne demeure pas' attaché à des découvertes de détail bien saillantes» mais il a exercé une influence considérable sur la marche de la science par ses idées générales et par ses découvertes mathématiques. Sa croyance religieuse . est incontestable. L'on a fait jadis deux volumes des fragments de ses œuvres, dans lesquels il réfuie l'athéisme, et posé les bases non-seulement du théisme mais des croyances chrétiennes, et Ton a publié, depuis cette époque, plusieurs de ses ouvrages demeurés inédits qui offrent de nouveaux documents pour une collectionne cette nature (1). Dans son
œuvre, comme dans celle de Descartes, le rapport des principes directeurs avec leur centre commun, la pensée de Dieu, est très manifeste. II dit que son idée du calcul différentiel a été puisée cala source philosophique la plus profonde (2) » . On a donc le droit de supposer qu'il existe un rapport direct entre sa conception de la nature divine (la source philosophique la plus profonde ne peut pas s'entendre autrement) et sa grande découverte mathématique. C'est du reste un point d'histoire sur lequel je ne me sens pas le droit d'avoir une opinion, d'autant plus qu'il faudrait, avant de prononcer, étudier comparativement la découverte du calcul infinitésimal par Newton. En ce qui concerne la physique, le centre de la pensée de Leibniz est l'harmonie établie par Dieu entre tous les éléments de l'univers. Il conçoit l'organisation du monde tel qu'il est maintenant, comme le résultat d'un développement continu et progressif du plan créateur, développement ellectué par la réalisation de la virtualité propre des choses créées. Cette conception agit directement sur ses
i. En particulier : Sy$tème religieux de Leibniz, un vol. in-iâ. Paris
2. Portasse non inutile erit ut nonnihil tn prœfatione operis tui attingas de nostrâ hdc analysi infiniti, ex intimo philosophiœ fonte derivatâ — Leltre à Fardella, publiée par Foucher de Gareil daus les Nouvelles lettres et opuscules vnédits de LeibnUz, page 327.
théories scientifiques. Il s'en sert, en particalier poar établir le principe de la conservation de la force. On peut le constater, soit dans ses lettres à Bourguet (1), soit dans le passage suivant de son traité des Principes de la nature et de la grâce: < La sagesse suprême de Dieu lui a fait choisir surc tout les lois du mouvement les mieux ajustées^ et les plus c convenables aux raisons abstraites ou métaphysiques. Il • s'y conserve la même quantité de force totale et absolue, « où de l'action ; la même quantité de force respective, ou « de la réaction ; la même quantité enfin de la force direcc trice. De plus l'action est toujours égale à la réaction, et
< l'efiet entier est toujours équivalent à sa cause pleine. Il
< est surprenant, de ce que par la seule considération des
< causes efficientes, ou de la matière, on ne saurait rendre « raison de ces lois du mouvement découvertes de notre « temps, et dont una partie a été découverte par moi-même. « Car j'ai trouvé qu'il y faut recourir aux causes finales, et « que ces lois ne dépendent point du principe de la néccs- « site, comme les vérités logiques, arithmétiques et géomé- « triques, mais du principe de la convenance, c'est-à-dire « du choix de la sagesse. Et c'est une des plus efficaces et « des plus sensibles preuves de l'existence de Dieu, pour « ceux qui peuvent approfondir ces choses (2) » . La preuve de l'existence de Dieu indiquée dans ces paroles est le résultat d^un cercle qui se referme ; la pensée arrive, par l'intermédiaire de la science, à confirmer l'idée de la sagesse suprême qui a été son point de départ.
Le côté faible de Leibniz est sa théorie de la liberté. On voit, en même temps, dans sa Théodicée^ la tendance générale de sa pensée et la grave lacune qu'elle renferme. Il n'a pas conçu l'harmonie conditionnelle de l'ordre moral ; il a