Edition Ërdmann, page
Tonlu étendre k Panivers entier la conception de l'harmonie fixe de la natare; aussi fait-il de vains efforts pour donner place dans son système^au fait de la responsabilité humaine. C'est là du reste le caractère général de la philosophie du XVII* siècle, dont Toeuvre essentielle, au point de vue scientifique, s'est accomplie dans le domaine des sciences mathématiques et physiques. Dans ce domaine, tout le travail de la pensée est pénétré et dirigé par la croyance à l'unité de Dieu, du Dieu souverainement sage, cette grande conquête que le moyen-âge, héritier de la prédication chrétienne, avait léguée au monde moderne. Je n'ai fourni à cet égard que des indications rapides ; mais il sera facile à ceux qui voudront en prendre la peine de recueillir, par la lecture des écrits des fondateurs de la science, des preuves abondantes à l'appui de mon affirmation.
Nous sommes arrivés, avec Leibniz et Nevirton, à la fin de la période qui est proprement celle des fondateurs. Tous, sans exception, ont trouvé 'dans leur croyance au Dieu un, puissant et sage, la confirmation et le développement des tendances naturelles de la raison. Il est donc permis de dire, sans méconnaître à aucun degré la nécessité de l'observation et de l'expérience, conditions indispensables des théories vraies, que leur science s'est produite sous l'influence de leur foi.
Laplace.
En approchant de l'époque contemporaine on rencontre un nom illustre, que l'on pourrait opposer semble-t-il à l'application générale des considérations qui précèdent. Ce nom'est celui de Laplace. A considérer la science en général/Laplace occupe une situation au-dessus de laquelle il y en a peu ou point ; mais ce n'est pas un initiateur, un fondateur dans le vrai sens du terme. Le but que je poursuis pouvantjme rendre suspect de quelque partialité, je laisserai^ la parole sur ce
sujet à des hommes qu'un tel soupçon ne saurait atteindre. Dans ses Eloges historiques, Fourier, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, a caractérisé le génie de Laplace en ces termes : < On ne peut pas affirmer qu'il lui eût été « donné de créer une science entièrement nouvelle, comme « l'ont fait Arcbiméde et Galilée, de donner aux doctrines « mathématiques des principes originaux et d'une étendue « immense, comme Descartes et Leibniz^ ou, comme Newton, « de transporter le premier dans les cieux et d'étendre à tout • l'univers la dynamique terrestre de Galilée. Mais Laplace « était né pour tout perfectionner, pour tout approfoûdir, « pour reculer toutes les limites, pour résoudre ce qu'on « aurait pu croire insoluble. Il aurait achevé la science du « ciel si cette science pouvait être achevée. »
M. Barthélémy St.-Hilaire reproduit et confirme ce jugement. « Laplace est venu accomplir ce que Newton avait « commencé. La mécaniqm céleste est un développement « systématique et réguUer des principes newtoniens ; mais « elle ne fait qu'exposer, avec toutes les ressources de Tana- « lyse la plus étendue et la plus exacte, les lois qu'un autre • « avait révélées sur le véritable système du monde. C'est un « prodigieux ouvrage; mais l'invention consiste dans les c formules et les démonstrations plutôt que dans le fond « môme des choses. C'est la loi de la pesanteur universelle « poursuivie sous toutes ses faces dans les corps innombra- « blés qui peuplent l'espace, et dont les principaux sont acc cessibles à notre observation et soumis à nos calculs. La- « place lui-même ne s'est pas flatté de faire davantage; mais « il y a porté une telle puissance et une telle fécondité d'ana- « lyse qu'en y démontrant tout, il a semblé tout produire, « bien qu'il se bornât à tout organiser et à mettre tout en « ordre (1) » .