‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 77 sur 108 · CONSÉQUENCES DE L' ATHÉISME · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE L' ATHÉISME

philosophique de cet auteur, mais qui sort de plein droit, et comme une conséquence nécessaire, de la théorie idéaliste. Qu'une telle méthode soit de nature à égarer la recherche scientijBque, c'est ce que l'histoire de l'Allemagne moderne établit d'une manière positive. L'idéalisme, qui a atteint son apogée dans les constructions de Hégel^ a été l'occasion d'une grande perte de temps chez les naturalistes soumis à son influence. Il a été plus funeste encore en rejetant les savants, par une réaction violente, dans un empirisme excessif qui est un danger plus actuel que le précédent, et qui doit fixer plus longuement l'attention.

La prétention de tirer tout le savoir humain de l'expérience seule, et le rejet de tous les principes, ont été l'occasion du recul dans la théorie générale de la nature qui caractérise la fin du xviii^ siècle et le commencement du xix». Les preuves de cette affirmation sont contenues dans notre précédente étude. Leibniz a signalé la fausse direction que prenait la pensée, mais il n'a pas été compris. Pendant que les matériaux de la science s'amassaient, que la chimie se constituait, et que l'application du calcul mathématique développait les découvertes de Newton, les grandes doctrines du xvu® siècle, qui ont reparu de nos jours sous le titre de physique moderne, s'obscurcirent. Cet obscurcissement fut le résultat de la prévalence de l'empirisme, et de l'erreur qui plaça sous le patronage de Newton les tendances philosophiques de Bacon et de Locke. Pendant cette période, un petit nombre de savants maintinrent, contre l'opinion générale, les bases de la physique que nous tenons pour vraie. Pour n'en citer qu'un seul, Euler continua à soutenir, non-seulement la théorie des ondulations lumineuses, mais presque tous les grands principes de la physique cartésienne. Euler fait exception sous ce rapport ; il fait exception aussi par sa profession des grandes croyances religieuses, à une époque où elles étaient violemment attaquées. Passons à une époque plus moderne.

idt PHILOSOPHIE DES FONDATEURS DR LA PHYSIQUE.

L'athéisme reparaît, depuis une trentaine d'années, et se manifeste dans la philosophie, dans l'étude des questions sociales, dans l'histoire naturelle. C'est son action sur la science de la matière que nous avons. à constater. Le résultat de l'enquête est simple; le foyer de la lumière étant détruit, les rayons s'éteignent. La négation des principes se montre chez des hommes qui les appliquent nécessairement, dès qu'ils font de la science, mais qui cesseraient de faire de la science véritable s'ils suivaient dans leur conséquences les théories qu'ils professent. Voici les preuves de cette afSrmation. ^

NéifaHon du principe de simplieité.

On nie le principe de la simplicité. Cette négation a eu« il y a quelques années, pour cause secondaire et accidentelle le fait que voici : Boy le, en Angleterre, et plus récemment Mariotte en France avaient établi une loi relative aux rapports des volumes des gaz avec la pression qu'ils supportent. On a cru pendant un certain temps que la loi était absolue ; M. Regnault a constaté qu'elle n'a pas ce caractère ; et que, si elle sufBt aux besoins de la pratique, tellement que la mécanique peut en user sans erreur préjudiciable, elle n'a pas une exactitude complète. La seule conséquence à tirer de ce fait et des faits analogues, c'est que nous parvenons souvent à des lois qui ne sont pas universelles, parce qu'elles sont la manifestation de l'action combinée et par suite variable des lois vraiment primitives. Cet incident toutefois a troublé un certain nombre de savants qui se sont demandé, à cette occasion, si la nature est aussi simple dans ses procédés qu'on le pense à l'ordinaire. C'est là un ébranlement momentané, dont la cause disparaîtra par le seul fait des progrès ultérieurs de la science ; voici qui est plus grave. Des savants placés sons une influence philosophique hostile à la concep-

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tion de Tordre uniyersel, nient d'une manière absolue le priDcipe de la simplicité. Ils ne disent pas : < défiez-TOus des systèmes étroits qui n'embrassent pas l'ensemble des faits » ; mais : « défiez-vous de la recherche de la simplicité et de l'ordre dans la nature » . Bacon est tombé dans cette erreur qui contredit directement sa belle théorie de l'échelle des lois de plus en plus générales, il écrit : c L'entendement hu-

< main, en vertu de sa constitution naturelle, n'est que trop « porté à supposer dans les choses plus d'uniformité, d'ordre « et de régularité qu'il ne s'y en trouve en effet ; et quoiqu'il

< y ait dans la nature une infinité de choses extrêmement « différentes de toutes les autres et uniques en leur espèce,

< il ne laisse pas d'imaginer un parallélisme, des analogies, « des correspondances et des relations qui n'ont aucune « réalité (1) » . Ceci est, chez Bacon, le résultat d'une réaction aveugle contre l'abus de l'esprit systématique, et c^est, je le répète, la contradiction directe de la meilleure partie de sa doctrine. Mais ce qui est accidentel, dans ce cas, va devenir la règle de la science, si nous devons éliminer tout principe directeur, pour rester en face des faits. Écoutons M. Molescliott : « On a dit que la nature préférait toujours les voies « les plus courtes ; et l'on a répété sans cesse le mot favori « de Boerhaave : la simplicité est le signe du vrai. Cette ma- « nière de voir était intimement liée à l'hypothèse que la e nature était sagement réglée ; on faisait comme les paysans

< dont parle Riehl qui ne voyant rien de plus précieux eq

< fait d'habits de gala que leurs blouses, en revêtaient les

< images de leurs saints à certains jours de fête (2) » . Le principe favori de Boerhaave, (M. Moleschott l'ignore-t-il ?) est aussi celui de Kopernik, de Fresnel, de Galilée et de Newton ; Laplace l'inscrit en toutes lettres dans ses œuvres ; c'est le principe directeur de toutes les recherches de la phy-

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