CONSÉQUENCES DE L' ATHÉISME
Négation du principe de eatisalité.
Nous venons de rencontrer la négation du principe de la simplicité, du principe de rbaroionie, du principe de la constance ; reste à trouver la négation du principe de causalité. La voici en termes formels: « Je suis convaincu que si un c homme habitué à Tabstraction et à l'analyse exerçait loya- « lement ses facultés à cet effet, il ne trouverait point dedifiSc culte, quand son imagination aurait pris le pli, à concevoir
< qu'en certains endroits, par exemple dans un des ârma- « ments dont l'astronomie sidérale compose à présent l'uni- « vers, les événements puissent se succéder au hasard, sans
< aucune loi fixe ; et rien, ni dans notre expérience, ni dans
< notre constitution mentale, ne nous fournit une raison suffl- « santé ni même une raison quelconque pour croire que cela « n'a lieu nulle part. » (1) Telle est la pensée de Stuart Mill. Ainsi que le remarque M. Taine, en suivant cette pensée « on c arriverait à considérer le monde comme un simple monceau « de faits. Nulle nécessité intérieure ne produirait leur liai- « son ni leur existence. Ils seraient de pures données, c'est- « à--dire des accidents. Quelquefois, comme dans notre sys- « tème, ils se trouveraient assemblés de façon à amener des « retours réguliers; quelquefois ils seraient assemblés de « manière à n^enpas amener du tout. Le hasard, comme chez « Démocrite, serait au cœur des choses. Les lois en dérive- « raient, et n'en dériveraient que çà et là » (2). M. Littré émet pour son compte des pensées de même ordre : « Nous « ne pouvons concevoir que rien vienne de rien et que « rien retourne à rien ; mais au fond qu'en savons-nous? « Tout ce qu'il nous est permis de dire ne se borne-t-il pas à
i.t Stuart Mill. Voir le Po$iHvisme anglais, par H. Taine, pages i02 et i03.
1 Ibid., page i05.
f affirmer que, dans la mesure de notre expérience, rien ne # vient de rien et ne retourne à rien, et à donner à cette not tion toute IMnduction que comportent les vastes étendues « de durée et d'espace ouvertes derrière nous et devant t nous > (1). C'est bien ici Parrêl de mort de la science. Le principe de causalité est la base essentielle de la raison. Supposez la possibilité que rien vienne de rien, et toute recherche finit. On voit ici, avec une évidence entière, comment l'absence de la foi en Dieu, cause universelle, ruine la pensée dans ses fondements.
La négation du principe de causalité a d'ailleurs une source spéciale dans une fausse interprétation de l'idée du progrès. Le progrès, est une loi, c'est l'expression d^un ordre dans la succession des faits. L'idée du progrès, lorsqu'on emploie le mot dans un sens favorable (il y a un progrès dans le mal), suppose la conception du bien comme le but auquel tendent les choses, et la conception d'une cause qui dirige les choses vers ce but, et dont le progrès manifeste le mode d'action. Mais il arrive qu'on prend le progrès pourunecause, c'est-à-dire qu'on supprime la cause ; c'est le résultat de l'empirisme, de l'oubli des lois de la raison. Nous voyons par exemple une plante sortir de terre, et la succession du développement de sa tige, de ses rameaux, de ses fleurs et de ses fruits^ nous présente un développement,unaccroissementd'ôtre,un progrès. Les lois de la raison exigent que l'on assigne à ce développement une cause efficiente dans le germe dont la plante est sortie. Si on l'oublie, on se fait à l'idée que les choses se produisent d'ellesmêmes, et que, en vertu de ce qu'on appelle le progrès, le plus peut sortir du moins. Ce plus qui sortirait du moins procéderait effectivement du néant; c'est donc ici la négation directe du principe de causalité. C'est aussi le renversement des fondements de la science; car l'homme qui aura appris à