UNITÉ DE LA MATIÈIIB
et ceux de la troisième moareinrats éthériques. L'emploi da premier de ces termes n'est pas exempt d'inconyénieûts, puisque tout mouvement est mécanique par essence ; mais je n'ai pas réussi à en trouver un plus convenable.
Le mouvement ne se manifeste et ne peut se concevoir qtie comme un mode de la substance des corps qu'on appelle la matière. L'affirmation de l'unité de la matière forme le deuxième caractère de la physique moderne. Le sens de cette affirmation doit être précisé.
L'analyse chimique ramène la variété indéfinie des corps naturels à un nombre déterminé d'éléments appelés corps simples. Ces corps se retrouvent toujours les mêmes dans l6s appareils des laboratoires, et ils diffèrent les uns des autres sous le rapport de leur poids et de leurs diverses propriétés. Les progrès de la science, depuis une cinquantaine d'années, ont augmenté le nombre de ces substances réfractaires aux tentatives de décomposition. Maintenant des chimistes, en s'appuyant sur des inductions assez sérieuses, conçoivent l'espérance d'arriver à décomposer une partie au moins dés corps tenus pour simples. Certains théoriciens arrivent à la pensée que les corps pondérables se composent de molécules
qui ne sont que des agrégats divers d'atomes semblables (1). Quelques-uns vont plus loin encore, et soupçonnent que leè corps pondérables sont formés par l'agrégation d'atomes d'éther. Dans cette hypothèse, les éléments de la matière seraient identiques. Quelle serait l'origine de la diversité des corps naturels? Cette origine ne pourrait être, au point de vue expérimental, que les mouvements qui auraientrapproché, pour en former des masses diverses, les parties élémentaires. L'uniformité absolue des atomes, et la variété de leurs
1» Voir par exemple, dans la Logique de V hypothèse^ page 160, Topini on énoncée par M'. Mari^ac. .
agrégats résultant de mouyements qui les auraient diversement réanis : c'est là, non pas une théorie expérimentalement démontrée, mais une conjecture hardie et grandiose. Ce n'est pas en ce sens qu'il faut entendre, au moins dans l'état actuel de la science, la thèse de Tunité de la matière. Cette affirmation, telle qu'elle parait justifiée par les progrès de la physique, signifie qu'il n'existe pas diverses matières douées de propriétés spécifiques inconnues et indéterminables. Toutes les explications de phénomènes doivent être cherchées exclusivement dans la forme des corps et dans leurs mouvements. La gravité, la cohésion, l'affinité seront déterminées comme des mouvements tantôt en acte, et tantôt simplement en puissance. Les atomes pourront être supposés différents, mais seulement sous le rapport de la forme, au point de vue géométrique, sous le rapport de la tendance au mouvement, au point de vue dynamique. Affirmer en ce sens l'unité de la matière, c'est dire que la nature des phénomènes est mécanique, en sorte que le deuxième caractère de la physique moderne n'est que l'énoncé d'une idée contenue dans le premier. La physique ancienne reposait sur des conceptions d'une autre nature.
On avait admis jadis la division des corps en quatre classes: les solides, les liquides, les gaz et les éléments ignés. C'était la théorie des quatre éléments : la terre, l'eau, l'air et le feu ; et cette théorie a régné jusqu'à un temps qui n'est pas fort éloigné de nous. La solidité, la liquidité, l'état gazeux, l'état igné étaient considérés comme les qualités de différentes espèces de matières. La science ne cherchait pas à expliquer ces qualités qu'elle considérait comme primitives, et qu'elle prenait en conséquence pour points de départ de ses explications. On a considéré plus tard les causes de différents phénomènes physiques comme des agents distincts. La lumière, la chaleur, l'électricité, le fluide magnétique étaient censés des matières impondérables diverses^ douées
TRANSFORMATION DES MOUYEMENTS. li
de propriétés particulières et indéterminables autrement que par leurs effets. L'observation de chaque fait nouveau risquait alors d'introduire dans la science l'idée d'un nouveau fluide. Galvani ayant accidentellement suspendu à une barre de fer une grenouille attachée à un crochet de cuivre, constata un mouvement inattendu dans les membres de l'animal : le galvanisme figura passagèrement dans la science comme un nouver agent. Pour la physique moderne, les états solides, liquides, gazeux 3ont considérés comme pouvant appartenir à tous les corps sans exception. La liquéfaction de l'oxygène récemment obtenue par MM. Raoul Pictet et Cailletet a confirmé cette manière de voir.
L'exemple suivant permettra d'apprécier la différence de l'ancienne physique et de la nouvelle pour l'explication d'un fait de détail. Une masse de fer, placée sur une enclume et recevant le choc d'un marteau, se réchauffe : voilà un fait. Gomment rendre raison de ce développement de chaleur ? Au point de vue ancien, le calorique était un corps subtil, contenu dans la masse du fer, et il en sortait, sous le choc du marteau, de même que l'eau renfermée dans une éponge en sort lorsque l'éponge est pressée. Au point de vue de la physique moderne, on rend compte du fait par l'idée de la transformation du mouvement du marteau, ainsi que nous allons l'entendre par l'exposition du caractère suivant.