‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 82 sur 108 · Refme $ûienHfique du i9 septembre · texte numérisé non relu

Refme $ûienHfique du i9 septembre

contre les bases de la pbysiqae ; c'est enfin la restauration de la théorie des formes substantielles et des causes occultes. M. Tyndall adopte une histoire de la philosophie qui reproduit des vues émises par Bacon. Il abaisse le rôle de Socrate» de Platon et d'Âristote, dans le développement de la pensée humaine, pour glorifier Démocrite, Epicure et Lucrèce. Cette manière de comprendre l'histoire de la science ne concorde pas avec les vues de l'auteur. La matière c aurore et puissance des qualités de la yie » ressemble beaucoup plus à reau"-principe de Thaïes, et à l'air intelligent d'Anaximèae» qu'à l'atomisme de Démocrite. Le discours de M. Tyndall roule sur Vévolution historique des idées scientifiques. Il est surprenant que, à une époque où la physique mathématique est développée avec tant d'éclat, l'auteur ne semble pas apercevoir l'importance de l'école de Pythagore, et qu'en signalant la doctrine de la conservation de l'énergie comme un caractère important de la science contemporaine, il passe entièrement sous silence la naissance de cette théorie dans la pensée de Descartes et son développement dans les travaux de Leibniz.

Dans la citation empruntée à M. Tyndall, il n'a été question que de la vie, dans laquelle au reste l'auteur semble faire rentrer les phénomènes psychiques (1). M. Du Bois-Reymond est plus explicite à cet égard. Dans un discours adressé à l'association des naturalistes et des médecins allemands réunie à Leipzig, il commence par établir, avec une netteté qu'il serait di£Qcile de surpasser, l'abîme infranchissable pour notre pensée qui sépare les faits matériels des phénomènes spirituels de l'âme (2). Il observe ensuite qu'il ne suit pas de là que les phénomènes spirituels ne soient pas le résultat de leurs conditions matérielles, et il éclaircit sa pensée par l'exemple que

i. Voir laciaqaiôoie élude.

2. Voir le texte de M. Da Bois-Reymond ché dans la cinquième étude.

GONSliQUEIYCES DE l'aTHÉISME. im

voici : < Qa'on s'imagine qae tous les atomes qui constituaient « César à un instant donné, au Rubicon, par exemple, soient f à l'aide d'un artifice mécanique mis chacun à sa c place, et que la vitesse requise leur soit imprimée dans « la direction convenable : d'après nous, alors, César serait rétabli corps et âme (1). » L'auteur renonce donc à savoir comment les atomes produisent la pensée ; mais il sait, il affirme qu'ils ont le pouvoir de la produire. Voici une thèse analogue à celle du professeur berlinois, exprimée par un écrivain français: < Dans certaines conditions, la matière

< produit la lumière, la chaleur; dans d'autres conditions, « elle vit ; dans d'autres conditions encore, elle sent, veut et « agit ; dans d'autres conditions enfin, au degré supérieur, « elle se manifeste comme pensée, elle acquiert la cons- « cience, elle arrive à la vie spirituelle (2). » 11 est presque superflu de rappeler que la matière qui veut et agit est une conception soigneusement éliminée dans les prolégomènes de tous nos traités de mécanique.

Il ne reste plus, pour compléter ma preuve, qu'à trouver la négation de la loi d'inertie exprimée dans les termes mêmes où on a l'habitude de poser la loi. Cette négation, la voici, sous la plume de M. Moleschott : « Un des caractères les plus géné-

< raùx de la matière est de pouvoir, dans des circonstances c propices, se mettre elle-même en mouvement (3). » Quelles sont les circonstances propices qui permettent à la matière de se mettre elle-même en mouvement? J'ignore quelle est, à ce sujet, la doctrine de l'auteur.

La démonstration annoncée est maintenant complète. Négation de l'idée fondamentale des corps; négation des principes directeurs des recherches; négation de toutes

i. Revue sdentijique da 10 octobre 1874.

2. Edmond Scherer. Mélanges d'histoire religieuse, Paris, Michel Lévy 1865, page 184.

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