‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 87 sur 108 · PHÉNOMÈNES PHYSIQUES ET PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES. Î · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES PHYSIQUES ET PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES. Î

La doctrine da transformisme jette nn voile sur Téclat de cette vérité. < Le mouvement se transforme en pensée » est une formule qui heurte moins directement la raison que cette autre formule : < la pensée est un mouvement ; » et cependant le contenu des deux affirmations est le même. La thèse de la transformation du mouvement en pensée mérite de fixer l'attention, parce qu'elle a été soutenue en dernier lieu par M. Herbert Spencer. Cet auteur accumule» ce qui est facile, les preuves des relations étroites qui existent entre les phénomènes psychiques et Tétat des organes. Ensuite, au lieu de conclure à l'harmonie de deux ordres de faits distincts, il conclut à la transformation des uns dans les autres. H écrit : « La loi de métamorphose qui règne parmi les forces

< physiques, règne également entre celles-ci et les mentales, c Les modes de l'Inconnaissable que nous appelons mou- « vement, chaleur,lumière,affinité chimique, etc., sonttrans- « formables les uns dans les autres, et dans ces modes de

< l'Inconnaissable que nous distinguons par les noms d'émo-

< tion, de sensation, de pensée; celles-ci à leur tour peuvent « par une transformation inverse reprendre leurs premières « formes (1). » Qu'est-ce à dire? Le mouvement des corps se modifie selon les résistances rencontrées et le u^oncours des diverses forces en jeu; mais il se modifie sans cesser d'être purement et simplement le mouvement. Lorsqu'on parle de transformation, le sens du mot, si l'on y prenait garde, préviendrait bien des erreurs. Un changement de forme n'est pas un changement de nature. Dire que le mouvement se transforme en sensation et en pensée, c'est dire qae la pensée est une forme du mouvement,et par conséquent qu'elle est un mouvement. La formule de la transformation a donc le même contenu que celle de l'identité.

M. Spencer est victime d'une illusion dont l'origine n'est

i. Les Premiers Principes, page 232.

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pas difficile à reconnaître, n sait, comme nous le saTons tons, que la chaleor considérée d'une manière objective, c'est-àdire isolée dn phénomène psychique de la sensation, n'est if u'un mouvement. Il expose cette doctrine qui s'applique aux phénomènes lumineux comme aux phénomènes caloriques, dans les termes que voici : c Le mode de force que nous ap- « pelons chaleur est considéré maintenant par les physiciens M comme un mouvement moléculaire, non pas un mouve-

< ment comme celui qui se manifeste par le changement des c rapports que des masses appréciables aux sens affectent

< entre elles, mais qui se produit parmi les unités dont ces ^ masses sensibles se composent. Si nous cessons de conce-

c voir la chaleur comme la sensation particulière que nous 4 donnent les corps sous certaines conditions, et si nous « considérons les aulres phénomènes que ces corps présen- « tent, nous ne trouvons soit en eux, soit dans les corps en- M vironnants, soit à la fois en eux et dans ces corps,que du « mouvement» (1). L'auteur qui a tracé ces lignes perd de vue les conséquences de la vérité qu'il a lui-même énoncée. S'il disait : le mouvement mécanique, ou celui du transport des masses, se transforme en un mouvement moléculaire qui se transforme en un mouvement éthérique, auquel répond la sensation de la chaleur, il indiquerait les changements de forme que présente, selon la diversité des agrégats, le phénomène unique du mouvement; mais il dit que le mouvement (fmmt chaleur ou lumière, comme s'il s'agissait, non pas d'une autre forme, mais d'une autre nature. Ce n'est pas là une transformation, dans le sens primitif et parfaitement intelligible de ce terme, mais une véritable transmutation, au sens des alchimistes du moyen âge. L'idée vague et fausse que le mouvement en devenant chaleur et lumière devient autre chose que lui-même, et cela d'une façon incomprében-

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