CHAPITRE III
SUR LA MANIÈRE DE PRÉPARER ET DE RÉDIGER LES OUVRAGES DE BOTANIQUE EN TENANT COMPTE DU MODE LE PLUS AVANTAGEUX DE PUBLICATION.
ARTICLE PREMIER
NATURB DES PUBLICATIONS PROJETEES.
g 1. — • Avantage db la prévoir.
Il est toujours utile de se proposer un but. Je doute même qu'on puisse faire un travail de quelque valeur à moins d'avoir une intention, une direction, ou plusieurs intentions, plusieurs directions déterminées, que Ton essaye de suivre avec le degré de persévérance dont on est doué.
L'idée générale de faire avancer une science est trop vague. Il faut désirer son avancement sur certains points, par des recherches dont on conçoit à peu près la nature et l'étendue. Ces recherches doivent aboutir à des publications, puisque les plus belles découvertes
Db Cardollk, La Phytographie. 2
ne sont rien sans publicité. Mais quelles publications? Seront-ce des articles de journaux? des mémoires plus étendus ? un ouvrage ? Voilà ce qu'il est avantageux de prévoir avant de s'engager dans un travail; car, suivant ridée qu'on se forme d'une future publication, on prépare ses notes, ses dessins, ses observations, sa correspondance ; on fait des lectures ou des voyages ; on dirige ses réflexions dans les moments de loisir ; on se hâte plus ou moins, et l'on étudie les objets et les questions isolément ou dans leurs rapports mutuels, ce qui restreint ou étend l'horizon.
Un auteur, surtout lorsqu'il débute dans la carrière, se trouvera bien de réfléchir à la portée et aux conditions de chaque nature de publications. S'il comprend leur fort et leur faible, et s'il apprécie ce qui convient à son genre de caractère ou de capacité et aux circonstances dans lesquelles il se trouve, il ne perdra pas de temps et marchera droit au but. S'il hésite, s'il vise tantôt à un genre d'écrits tantôt à un autre, il sera forcé de refaire ou de compléter ses observations, de transposer, copier ou traduire ses rédactions, et, avec plus de peine, son travail sera probablement en définitive moins bon*
Qu'il me soit permis d'aider au choix dont j'indique ici l'utilité, en soumettant aux jeunes auteurs quelques réflexions basées sur l'histoire de la botanique et sur ma propre expérience. Elles concernent la publicité variée et le mérite relatif des publications de nature différente.
g 2. — Dbgrés divers de publicité.
Je laisse de côté les écrits destinés à vulgariser la science, et me contente de parler de ceux dans lesquels on cherche à la faire avancer. Pour atteindre ce but, il ne suffit pas qu'un travail ait plus ou moins de valeur ; il est indispensable qu'il soit publié sous une forme qui le mette à la portée des botanistes. La publicité scientifique n'est pas la simple notoriété dans le public. Elle résulte du fait que les écrits viennent à la connaissance des hommes spéciaux et entrent dans le cercle de leurs lectures ou de leurs consultations habituelles. Cela s'obtient à des degrés très différents que j'indiquerai dans leur ordre, en commençant par le maximum de publicité*. Il est bon d'attirer là-dessus l'attention .des botanistes. Plusieurs, j'en conviens, n'ont pas de choix dans les moyens de publication ; mais d'autres se trouvent plus libres, et chacun, en avançant dans sa carrière, obtient peu à peu de plus grandes facilités. D'ailleurs tous les hommes de science sont quelque peu éditeurs, en qualité de membres de sociétés qui publient. A ce point de vue, il convient de leur rappeler les divers degrés de la vraie publicité.
A. — Publicité complète et durable.
lo Une monographie de groupe ou d'organe, une flore, un Species, un Gênera, mis en vente chez les libraires. Ce sont les ouvrages qui entrent forcément dans les bibliothèques et qu'on cite le plus.
20 PREMIERE PARTIE — CHAPITRE Ifl
2^ Un article ou mémoire dans un des principaux journaux de botanique, ou dans le bulletin d'une société purement botanique, pourvu qu'il y ait des tables annuelles et de séries, faciles à consulter.
3^ Un article ou mémoire dans les bulletins ou les transactions d'une société scientifique, s'il est tiré à part et distribué largement ou mis en vente (1).
Dans ces trois cas, nous supposons une rédaction en latin ou dans une des quatre langues modernes les plus connues des botanistes. Il faut aussi que les publications n'atteignent pas un prix trop élevé qui les exclue de la plupart des bibliothèques spéciales.
fi. — Publicité moins complète, mais durable.
4® Les ouvrages coûteux, c'est-à-dire qui dépassent plusieurs centaines et surtout plusieurs milliers de francs. Quel que soit leur mérite intrinsèque, ils n'entrent guère dans les petites bibliothèques des travailleurs. Ils sont même assez rares dans les bibliothèques publiques. On les cite souvent de confiance; mais les botanistes scrupuleux s'en abstiennent et se voient obligés de faire comme si ces livres n'existaient pas. C'est le luxe des planches qui d'ordinaire fait passer un ouvrage des précédentes catégories dans celle-ci, au détriment de la science et des auteurs.
5" Les articles insérés dans des journaux et publications botaniques sans tables, autres que celles de volumes. Les Annales des sciences naturelles (partie botanique) publient des tables de vingt ans en vingt ans.
(1) La Société helvétique des sciences naturelles a donné Texemple de publier une collection in-4o, dans laquelle chaque Mémoire a une pagination distincte et se vend à part. Il en résulte que dans les citations on ne peut mentionner qu'une pagination.
La publicité de cet important recueil est de l'espèce indiquée comme complète sous le 2°; mais combien de publications analogues supposent chez les botanistes la patience et le temps nécessaires pour chercher, dans une trentaine ou une cinquantaine d'index annuels, un article peut-être court et de médiocre valeur !