‹ La phytographie; ou, L'art de décrire les végétaux considérés sous différents points de vueChapitre 21 sur 82 · C. — Publicité incomplète · texte numérisé non relu

C. — Publicité incomplète

%" Les mémoires insérés dans de grandes collections d'académies ou de sociétés savantes, lorsqu'elles ne sont pas divisées par séries pour chaque science et qu'il n'existe pas d'exemplaires à part de chaque mémoire largement donnés ou mis en vente. Ces collections sont en général si étendues, contiennent si peu de botanique et sont si chères que les botanistes les consultent rarement. Beaucoup d'excellents mémoires y sont comme à l'état de fossiles (1).

7<^ Les mémoires ou articles insérés dans des Revues, Encyclopédies ou Dictionnaires, traitant de plusieurs ou de toutes les sciences, ou, ce qui est encore plus fâcheux, traitant de toutes les branches des connaissances humaines. Les hommes spéciaux consultent rarement ces ouvrages omnibus. Même un journal consacré à l'histoire naturelle ne pénètre complètement et habituellement ni chez les botanistes ni chez les zoologistes, à moins qu'il ne soit divisé en deux séries, concernant les deux sciences.

8® Les observations publiées hors de leur place natu-

(1) Les collections académiques ont souvent le défaut de manquer de tables pour de longues périodes. Heureusement la Société royale de Londres a fait publier des tables générales de toutes les coUeclions et de tous les journaux scientifiques; mais cette utile publication, en plusieurs volumes in~|o, embrasse toutes les sciences et ne pénètre guère dans le cabinet de travail des botanistes.

relie, par exemple un article sur un genre à T occasion d'une famille toute différente; des espèces nouvelles décrites dans un livre de voyage, d'agriculture ou de médecine, ou même dans un récit d'herborisation; une note sur des plantes d'Afrique dans une flore américaine ; une classification générale des fruits à l'occasion d'un fruit, etc., etc.

9o Les mémoires ou articles insérés dans des publications qui ne répondent pas à l'une des subdivisions naturelles des sciences. Par exemple, la statistique n'est pas une division naturelle ; c'est l'application de méthodes numériques à toutes les branches des connaissances. On peut faire une statistique des peintres, des musiciens, des bibliothèques, des populations, des maladies, des armées, etc., etc. Un journal de statistique peut donc traiter de toutes ces choses et de bien d'autres encore. La statistique végétale d'un pays peut s'y trouver; mais dans ce cas, pour les botanistes, elle est comme perdue. La microscopie, qu'on devrait appeler micrographie, se compose aussi d'un assemblage de faits relatifs à beaucoup de sciences ou arts. On se sert du microscope en zoologie, en botanique, en physique, dans plusieurs branches de l'industrie et du commerce, en médecine, etc. ; d'oùil résulte qu'un «journalmicroscopique», — singulier titre ! — ne concerne particulièrement aucune science. Les neuf dixièmes des botanistes ne se doutent pas des articles qui s'y trouvent. Ceux mêmes qui ont de grandes bibliothèques n'achètent guère les publications énumérées dans les alinéas 6*^ à 9% car il y a toujours une limite de place ou d'argent qui s'impose. Lespolygraphes n'ont que la publicité de quelques grandes bibliothèques publiques, et ce n'est pas suffisant.

D. — Publicité encore moindre.

10® Les écrits rédigés dans d'autres langues que le latin ou Fune des quatre langues modernes principales. Ce n'est pas le nombre des hommes parlant une langue qui déterminent la vraie publicité scientifique, mais celui des savants qui connaissent cette langue. Le chinois est parlé par trois ou quatre cents millions d'hommes, et les livres de botanique en chinois sont moins connus que ceux en hollandais ou en danois, qui déjà ne le sont guère (1).

E. — Publidié presque nulle.

11® Les ouvrages tirés à un si petit nombre d'exemplaires, qu'on peut se demander jusqu'à quel point ils sont publiés : par exemple, le Flora grœca de Sibthorp, en dix volumes in-folio, contenant neuf cent soixante-six planches coloriées. Il y avait de la première édition seulement trente exemplaires (2), et quand un de ceux-ci se trouvait en vente on en demandait sept mille francs. Pour le degré de publicité cela se rapprochait beaucoup d'une collection de dessins déposés dans une bibliothèque publique. Heureusement une réimpression, plus ou moins contraire au testament ridicule de Sibthorp, a mis l'ouvrage à la portée des botanistes, au moins de ceux qui ont de la fortune. Un comte de Bute a eu l'idée bizarre, en 1785, de ïwçixdome exemplaires d'un ouvrage général de

(1) Je rappelle qu'il n'est jamais question ici des ouvrages destinés à répandre la science^ comme beaucoup de flores, de traités, etc., mais seulement de ceux qui contiennent des Taits scientifiques nouveaux.

(2) Pritzel, Thésaurus liter. bot., 2« édit.

botanique en neuf volumes in-quarto, avec planches (1). Est-ce une publication? Il faut malheureusement répondre oui, pour ce qui concerne la priorité des noms, car on peut constater au British Muséum que tel nom a été proposé par l'auteur dans telle année, et les journaux de Tépoque en ont peut-être parlé ; mais quant à la publicité, elle a été dérisoire.

Ceci est le nec plus ultra de l'ignorance ou du mépris des véritables conditions de la publicité scientifique. A l'extrême opposé, je citerai Benjamin Delessert, publiant cinq volumes in-folio, chacun de cent planches, tirés à un très grand nombre d'exemplaires, donnés à de nombreux botanistes et mis en vente au prix modéré de trente-cinq francs par volume (2). Dans ce cas, tout a été combiné avec intelligence pour la satisfaction des hommes spéciaux : unité du sujet, exécution satisfaisante, sans luxe dans la gravure, tirage nombreux, dons, et mise en vente à des conditions qui n'éloignent pas les acheteurs. L'homme d'affaires, libéral et savant, avait mieux compris la vraie publicité que beaucoup de nobles et amateurs, mieux mêipe que beaucoup de sociétés ou académies, dont les publications aussi rares que chères sont à moitié connues et reposent, loin des botanistes, dans le silence des grandes bibliothèques publiques.

(1) Pritzel, Thésaurus Hier, bot., 2« édit., p. 50.

(2) Icônes selectœ plantarum quas in herbariis parisiensibus prœsertim ex Lessertiano, descripsiû Augustin Pyramus De Candolle. Paris, 1820-1846.

§ 3. ~ Obstacles a la vraie publicité scientifique.

J'ai indiqué plusieurs causes qui limitent la publicité des imprimés destinés aux hommes spéciaux : tirages trop restreints, hauts prix, venant surtout d'un luxe exagéré dans les planches, insertion d'articles hors de leur vraie place ou dans des ouvrages et revues qui concernent des objets trop variés, absence de tables propres à faciliter les recherches dans de longues séries. Tous ces inconvénients peuvent être diminués ou évités quand les auteurs, les libraires-éditeurs et les directeurs de journaux ou de sociétés savantes le veulent bien. Mais il y a d'autres obstacles qui tiennent à des circonstances générales, plus ou moins en dehors de l'action des individus, et de celles-là je voudrais en signaler seulement deux.

La vente des livres scientifiques n'est pas encouragée comme elle devrait l'être par les professeurs, les administrations d'établissements publics et les gouvernements. Parlons des livres de botanique, bien qu'on puisse faire les mêmes réflexions pour d'autres ouvrages. Il devrait y avoir à côté de chaque grand herbier et dans chaque jardin botanique un peu important, une bibliothèque spéciale ; sans cela, il est impossible de déterminer exactement les plantes de l'herbier ou du jardin, de faire convenablement aucune monographie, aucune flore, et les physiologistes et anatomistes sont exposés à parler d'une espèce sous le nom d'une autre. Une bibliothèque botanique suffisante coûte, au début, cinquante à soixante mille francs, et ensuite, à peu près quatre

mille francs pour les achats annuels. Combien existe-t-il, dans le monde, d'administrations publiques faisant ces frais? De dix à vingt peut-être. Quelquefois de simples particuliers ont des moyens de travail plus complets et plus commodes. Dans chaque laboratoire de physiologie et d'anatomie botanique on devrait avoir un certain nombre de livres et de journaux essentiels, et dans chaque jardin les principaux ouvrages d'horticulture et de botanique. Voilà des centaines d'acheteurs qui font défaut, sans autre cause que la négligence des administrés et des administrations, ou le manque d'intelligence des autorités supérieures. Les gouvernements s'imaiginent favoriser beaucoup les sciences en donnant des subventions pour des publications qui, par parenthèse, s'achèvent rarement et ne sont pas toujours des meilleures; que n'achètent-ils des livres tout faits ! Les hommes de chaque spécialité les leur indiqueraient volontiers, et en profiteraient.

Un autre obstacle à l'achat des livres est dans l'organisation de la librairie scientifique. Depuis cinquante ans, les éditeurs de livres illustrés, de romans et autres ouvrages destinés au grand public, ont fait des progrès remarquables. Ds ont eu l'idée de livrer de beaux volumes à des prix modérés, et de bons ouvrages ou des ouvrages amusants sous des formats économiques. Comme ils pouvaient s'adresser à la foule et provoquer des achats par des annonces multipliées, ils n'y ont pas manqué et s'en sont bien trouvés. Les libraires scientifiques ont un public d'acheteurs malheureusement restreint, qui de plus est dispersé dans le monde entier ; mais, en revanche, ils peuvent avertir cette clientèle à peu de frais, au moyen de quelques journaux spéciaux. Une seule annonce dans un seul journal de botanique

arrive à la moitié des botanistes ; dans trois journaux de langues différentes, elle parvient à la presque totalité d'entre eux. Les frais de port ont diminué. Dans ces conditions, si la vente des livres de botanique n'augmente pas et ne satisfait ni les libraires ni les auteurs, on est conduit à penser qu'il y a quelque défaut grave d'organisation dans cette branche de la librairie, défaut qui demanderait le coup d'œil d'un Cobden ou d'un Rowland Hill pour être signalé, et leur persévérance pour être corrigé.

§ 4. — Supériorité de certains genres d^ouyrages.

La véritable et bonne publicité, celle qui atteint directement les hommes spéciaux, résulte non seulement du mérite des ouvrages et de leur mode de publication, mais aussi de leur nature bien définie, indiquée par un titre clair de flore, monographie, mémoire sur tel ou tel objet, etc. Cette nature définie ne sert pas seulement à l'introduction rapide dans les bibliothèques de botanistes, elle contribue beaucoup à la réputation des auteurs.

De nos jours, le morcellement des publications est encouragé par l'abondance des journaux, bulletins ou comptes rendus d'académies et par le grand nombre des personnes qui s'occupent à la fois des mêmes sujets. Chacun veut avoir la priorité des noms, des idées, des méthodes, et il en résulte une sorte de course au clocher, que des ambitions de places ou de titres académiques rendent parfois très animée. La science ne gagne pas toujours à cette excessive concurrence, et les auteurs

s'aperçoivent de temps en temps qu'ils se sont trop hâtés et que des travaux plus achevés, plus réfléchis auraient mieux valu. Ils comprennent alors la supériorité des mémoires sur de simples notes ou articles dans un journal et celle des ouvi'ages sur les mémoires.

Les détails qui composent la masse des publications mensuelles ou hebdomadaires ont sans doute des avantages momentanés, mais il est rare qu'ils donnent une idée assez claire d'un sujet, du moins quand il a de l'importance. On ne peut aborder dans une note que certains côtés d'une question, et même, assez souvent, l'auteur s' étant pressé dans ses recherches n'a vu qu'un seul de ces côtés. Les accessoires, les doutes et les preuves ne sont pas exposés comme il le faudrait. Évidemment, des mémoires plus développés, ayant un plus grand nombre de figures, et dans lesquels une question est envisagée sous plusieurs rapports, valent mieux. Un bon mémoire compte à peu près comme un ouvrage, au double point de vue de la science et de la réputation de l'auteur. Cependant un véritable ouvrage, dont le titre seul indique l'unité de conception et d'exécution, lui est supérieur. Que ce soit une monographie de groupe ou d'organe, une flore, un Gênera^ un Species^ ce sera toujours un ensemble coordonné, méthodique, résumant ce qu'un auteur a pu réunir dans un travail plus ou moins prolongé. C'est quelquefois l'expression motivée d'une idée nouvelle, ou plus souvent l'exposé de travaux considérables, ou même le résumé et le couronnement, pour ainsi dire, d'une longue carrière scientifique. Dans tous les cas, un ouvrage original commande l'attention.

Grâce à robligation de traiter un ensemble, de le bien diviser et de suivre un plan régulier, les auteurs se montrent ordinairement plus habiles dans les ouvrages que dans les mémoires. La preuve en est que les grands botanistes sont cités comme ayant fait tels ou tels ouvrages, quelquefois même un seul, sans qu'on s'inquiète des mémoires qu'ils ont publiés. Gaertner est Fauteur de l'ouvrage classique sur les fruits. Antoine Laurent de Jussieu est l'auteur du Gênera, De leurs mémoires, avant et après, on ne parle guère, ou peutêtre on s'étonne de les trouver si inférieurs aux ouvrages. Cavanilles, Jacquin, Aublet, Ledebour, etc., ont publié des ouvrages toujours mentionnés. Qui s'inquiète de leurs mémoires? D'après les catalogues. Payer a fait trente-quatre mémoires ou articles : on ne connaît plus de lui que l'organogénie de la fleur, en deux volumes. Si nous remontons à des temps anciens et aux plus grandes illustrations botaniques, nous verrons la même différence. Tournefort a mis quatorze mémoires dans les volumes in-quaii;o de l'Académie des sciences de Paris. La plupart des botanistes l'ignorent, tandis que tous ses ouvrages sont bien connus. La réputation prolongée de Linné est due également à ses ouvrages. Les nombreuses dissertations qu'il a publiées successivement et qu'on a réunies sous le nom de Amœnitates academicœ n'ont pas le même mérite, si ce n'est sous le rapport du style. On y voit des productions superficielles, assez indignes du grand homme, et des comparaisons forcées, ou des hypothèses singulières, qui étaient insoutenables même lorsqu'elles ont paru (1). On y trouve jusqu'à des théories contraires aux opi-

(1) Oratio de telluris habitabilis incremento, § 16. — Meiamorphosis plantarum {Amœn, acad^, IV, p. 368).

nions que Linné professait avec le plus d'ardeur (1).

Les botanistes célèbres ont, en général, compris de bonne heure la supériorité d'importance des ouvrages. Lindley a publié une monographie des Roses, et de Martius, la description des plantes du jardin d'Erlangen, à vingt et un ans; Link, sa flore de Gottingen à vingtdeux ans; de Humboldt, sa flore de Friberg à vingtquatre ans; de CandoUe, son Astragalogia et la Flore française aussi à vingt-quatre ans ; Linné, dont la carrière était entravée par tant de difficultés, a publié son Systema (édition in-folio) à vingt-neuf ans. Le génie synthétique de ces savants et leur extrême activité les dirigeaient dans ce sens ; mais il est permis de croire aussi qu'il entrait un peu de calcul personnel dans leur manière de travailler. Ils ont cru, probablement, arriver plus vite à une certaine hauteur dans la science en concentrant leurs efi'orts sur des ouvrages spéciaux. Ils s'en sont, en eff'et, bien trouvés. D'autres botanistes ont publié tardivement des ouvrages ; mais je doute qu'on puisse en citer, parmi ceux ayant une position élevée, qui n'auraient publié aucun ouvrage et seulement des mémoires ou des articles de journaux.

Les ouvrages eux-mêmes ont au-dessus d'eux ce que nous appelons en français, dans un sens restreint, un livre. Je ne crois pas que dans les autres langues il y ait une expression correspondante. Elle s'applique à une composition sur un sujet bien délimité, dans laquelle on suit une marche logique, pour en tirer des conséquences au moyen d'idées neuves ou de faits en grande partie nouveaux. Le mot se prend toujours dans un seùs favorable. Nous disons: V Esprit des lois de Montesquieu est

(1) Planta hybridœ {Amœn. acad.. iil, p. 28}, à comparer avec Philos, bot., g IS».

un beau livre ; on dit aussi : Touvrage de Tocqueville sur rAmérique est un vrai livre. L'étendue de la publication n'y est pour rien. Le mérite tient à un ensemble dans lequel toutes les parties sont clairement disposées et tous les faits et les raisonnements marchent à une conclusion, tantôt annoncée à priori et tantôt déduite.

Dans un livre, les chapitres ont de Tunité. Aucun ne doit être intitulé : Suite du chapitre précédent, comme si le nombre des pages faisait quelque chose à une question ! Les articles, les paragraphes sont traités de la même manière : chacun sur un point et tous avec un but. D résulte de là qu'un livre peut se résumer par un grand fait, un principe, ou une idée générale, tandis qu'un ouvrage n'est souvent qu'une agglomération de documents. On lit un livre, on consulte un ouvrage.

Les publications d'histoire naturelle se prêtent peu à la forme de livres. Cependant nous avons en botanique un certain nombre d'exemples qu'on peut citer. Adanson dans ses Familles des plantes (1763), et surtout de Jussieu, dans son Oenera plantarum (1789), ont démontré que l'idée des familles n'était pas un aperçu propre à certains groupes très évidents, mais qu'elle est applicable à tous les genres, et que les grands groupes appelés familles peuvent recevoir des caractères, contrairement à l'opinion de Linné. Ce sont, par conséquent, des livres.

La MétamorpTiose des plantes^ par Goethe (1790), a fait sentir l'unité des formes au milieu de leur immense variété, et, sans connaître cet ouvrage, de Candolle, dans sa Théorie élémentaire (1813), a développé la même idée au moyen d'exemples et de raisonnements différents.

Les ouvrages de tératologie végétale de Moquin-Tan-

don (Ij et Masters (2) sont vraiment des livres, car les descriptions de formes y sont classées, discutées, et poursuivies jusqu'à des conséquences philosophiques. Dans d'autres branches de la science, j'oserai mentionner ma Géographie botanique raisonnée (1885); mais il faut citer surtout les ouvrages de M. Darwin, en particulier ceux : Sur V origine des espèces au moyen de la sélection naturelle (1889); Les variations des animaux et des plantes dans la domesticité (1868), et Les effets de la fécondation croisée (1876), qui ont au plus haut degré le caractère de livres, dans le sens limité du mot en français. Assurément tels ou tels ouvrages valent mieux que certains livres ; mais, si l'on compare le même auteur dans un ouvrage et dans un livre, ce dernier montre toujours une portée qui lui assigne un rang supérieur. Dans les sciences d'observation elles-mêmes, l'esprit régit la matière. Un travail où le raisonnement est mêlé aux faits, dans un ordre logique, . et où des conclusions ressortent, en définitive, comme idées générales, conduit à des conséquences pour d'autres travaux et influe [ sur la direction ultérieure des recherches. C'est l'ou-

• verture d'horizons nouveaux, et à supposer que Tauteur ne parvienne pas à persuader, la secousse qu'il a imprimée profite à la science.

g 5. ~ RÉSUMÉ.

Si j'avais à condenser ces idées sous la forme de recommandations à un jeune naturaliste, je dirais :

(\) Éléments de tératologis végétale. 1 vol. in-8«. Paris, 1841. (2) Vegetable teratology. 1 vol. in-8<». London , 1869.

nV]

Manière de prepâher les ouvrages de botanique 33

Tâchez de comprendre de bonne heure le genre de publication qui convient à votre caractère, à vos talents et à la position dans laquelle vous vous trouvez. Attachez-vous à le suivre. Préparez vos observations, vos notes, vos dessins, vos lectures en raison du but que vous vous proposez. Pensez aux divers modes de publicité. Celui qui atteint les hommes spéciaux est préférable à tout autre.

Pour un même auteur, ou pour des auteurs de même force, des articles de journaux valent moins que des mémoires et des mémoires moins que des ouvrages.

Enfin certaines théories, certaines recherches à faire méthodiquement, impartialement, avec doutes et discussions, peuvent conduire à la publication d'un livre, dans le sens restreint et élevé du mot. L'occasion s'en présente rarement dans la science et dans la vie d'un homme. Il faut savoir en profiter.

ARTICLE II

LANGUE A BMPLOYBR DANS LBS RÉDACTIONS.

Pourquoi publier si ce n'est pour être lu et compris ? Et par qui un botaniste veut-il être lu et compris, si ce n'est par d'autres botanistes ? La question de la langue à employer se résout donc à savoir : quelle est la languie comme du plus grand nombre de botanistes ?

Dans l'état actuel des choses, il y en a peu qui ne sachent assez de l'une des principales langues européennes étrangères à leur propre langue pour pouvoir

De Cakdolle, La Photographie. ^

lire, dans cette langue, au moins des descriptions. Un Anglais saura un peu de français ou d'allemand, un Allemand connaîtra plus ou moins le français ou l'anglais, et un Français de nos jours, assez différent de ses prédécesseurs, saura quelque chose de Tune des deux autres langues les plus répandues. Un Hollandais, un Italien, un Danois, un Russe, etc., saura certainement une ou deux des trois langues principales. Donc, si Ton suppose qu'il existe et qu'il se publie à peu près autant de livres de botanique dans chacune de ces trois langues principales, les botanistes peuvent en lire à peu près la moitié, mais tous ne comprennent pas cette moitié complètement.

Au contraire, il y a une langue, le latin, que tous ou presque tous apprennent an collège et dont il leur reste assez de connaissance pour pouvoir plus tard lire des descriptions. Un botaniste. a-t-il été élevé en dehors des études classiques, il lui faut bien peu de temps pour apprendre le latin des livres de botanique. C'est un mois de travail pour un Italien, deux mois pour un Français, trois pour un Anglais, quatre pour un Allemand ou un Suédois, etc., à supposer que ceux-ci ne sachent pas déjà une des langues d'origine latine. Ainsi, les trois quarts ou les neuf dixièmes des botanistes lisent ordinairement les descriptions latines, et les autres peuvent y arriver quand ils le veulent. C'est donc le latin qui donne la plus grande publicité.

Il a plusieurs autres avantages, du moins pour les descriptions.

Le latin des botanistes n'est pas cette langue obscure et à réticences de Tacite, obscure et à périodes pompeuses de Cicéron, obscure et à grâces tortillées d'Horace qu'on nous fait apprendre au collège. Ce n'est pas même

le langage plus sobre et plus clair d'un naturaliste tel que Pline. C'est le latin arrangé par Linné à Tusage des descriptions et, j'oserai dire, à l'usage de ceux qui n'aiment ni les complications grammaticales, ni les phrases disposées sens dessus dessous, ni les parenthèses enchâssées dans les phrases (1). J'expliquerai ailleurs de quel latin, tout à fait pur, s'est rapproché l'illustre Suédois, latin sans fautes, mais assez différent de celui des classiques. Personne ne peut en traduire une phrase de plusieurs manières, comme cela arrive pour les auteurs anciens, dont l'histoire littéraire est curieuse sous ce poiiit de vue. Jamais, en effet, un amateur n'est content des innombrables traductions d'Horace. U en espère toujours une meilleure. Souvent il essaye de la faire lui-même. Preuve que les phrases du poète brillent, pour ainsi dire, par plusieurs facettes. Chacune renvoie une couleur. En d'autres termes, chaque lecteur ne saisit qu'un des sens. Faites traduire un passage de Linné par vingt botanistes, ils ne trouveront qu'un seul sens.

Ma conclusion est de continuer l'usage du latin de Linné dans les descriptions. Une langue aussi universelle, aussi précise, aussi bien adaptée par un homme de génie aux besoins de la science ne doit pas être abandonnée. Nous verrons, au surplus, qu'on s'est mal trouvé des langues modernes dans certains cas et pour certaines catégories de descriptions.

Quand il s'agit de discussions, de raisonnements, Linné

(i) Je suis bien éloigné de vouloir l'abandon du latin dans les collèges. Au contraire, son étude me parait très utile au point de vue philologique et à cause de la quantité de livres modernes rédigés dans cette langue ; mais les professeurs devraient dire souvent aux élèves : Prenez garde d'écrire d'une manière aussi obscure, ou aussi verbeuse, ou aussi préteniieuse, dans votre propre langue. Et encore : dans telle phrase il y a trois sens, quatre sens ; ceux de vous qui les trouveront auront une bonne note.

ne peut pas servir de modèle, car il ne discute et ne raisonne guère, mais plutôt expose et ordonne. A-t-il jugé le latin rebelle aux raisonnements? C'est possible. Le fait est que les modernes préfèrent leurs propres langues pour ce qui n'est pas purement descriptif. On s'estime heureux quand ils se servent d'une des langues principales et quand cela ne les entraîne pas dans trop de longueurs, car voici un point de vue qu'il ne faut pas oublier en faveur du latin : Beaucoup de naturalistes sont de médiocres et quelques-uns — comme moi — de mauvais latinistes. Or, moins on sait le latin, plus on est bref dans cette langue ; plus aussi on cherche le mot propre jusqu'à ce qu'on l'ait trouvé. C'est une garantie contre soi-même, toute en faveur du public (1).

ARTICLE III

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