‹ La phytographie; ou, L'art de décrire les végétaux considérés sous différents points de vueChapitre 32 sur 82 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

g 1. — Fréquence et nécessité de ces descriptions.

Il y a dans les livres de botanique beaucoup plus de descriptions abrégées que de descriptions développées. Cela doit être. Les développements conviennent pour des choses nouvelles ou peu connues, mais dans la plupart des flores et dans certaines monographies ou mémoires, il est question de groupes déjà décrits, pour lesquels il vaut mieux s'en rapporter plus ou moins aux ouvrages antérieurs. Agir autrement serait encombrer la science. D'ailleurs, quand on se livre à des redîtes sur des choses bien connues, on tombe aisément dans le défaut de copier au lieu de décrire.

§ 2. — Comment il faut ABuÉGEn.

Une bonne description abrégée est plus difficile à faire qu'une description développée. Dans celle-ci, les organes

et les caractères devant tous être énumérés selon leur ordre, il suffit de suivre. Dans une description abrégée, au contraire, il faut choisir. C'est une difficulté. Suivant que vous vous en tirez bien, médiocrement ou mal, vos descriptions valent plus ou moins. Elles pourraient ressembler en apparence à de bonnes descriptions abrégées et ne rien valoir, comme il y a des descriptions immenses qui ne sont pas à proprement parler développées. C'est dans Fart de dire beaucoup en peu de mots qu'il y a le plus de différence d'un auteur à 1 autre, au point de vue de la phytographie.

Le procédé le plus correct pour faire de bonnes descriptions abrégées serait de décrire d'abord complètement et d'effacer ensuite, après réflexion et uniformément, ce qu'on croit le moins utile. Les botanistes soigneux font à peu près ce travail quand ils revoient leurs manuscrits pour enlever des répétitions ou des mots dans le caractère d'un genre ou d'une section, afin de les ôter dans plusieurs espèces, etc. Cependant cette révision finale, qui abrège peu, n'est pas le moyen le plus usité. On se fie plutôt dès le commencement du travail à son coup d'œil, à son expérience, pour rédiger immédiatement les descriptions, sous la forme qu'on a adoptée. Il ne reste alors aucune trace des choses omises, et tout dépend de l'habileté de l'écrivain. Le style des descriptions abrégées a beaucoup changé. Autrefois on visait à donner les caractères les plus apparents, de la manière qui se comprenait le plus vite, dans le langage le moins technique, même avec une certaine élégance. Aujourd'hui les organes à mentionner sont plus nombreux et souvent difficiles à voir; le public est d'ailleurs plus familiarisé avec les termes et les formes scientifiques, on peut donc s'attacher plus à

rimportance qu'à Tapparence des caractères. Le style est devenu régulier quant à Tordre, mais bref, technique et même aride.

Un excellent spécimen de Tancienne manière se voit dans les ouvrages descriptifs de Lamarck, par exemple dans son dictionnaire botanique faisant partie de Encyclopédie: « Commelina nudiflora L. C'est une petite plante qui a l'aspect d'une Graminée. Sa tige est grêle, haute d'environ sept pouces, glabre, et garnie de feuilles rares ou distantes. Ses feuiUes sont Unéaires pointues, etc. »

« Ervum Lens L. C'est une plante fort anciennement connue par l'usage que l'on fait de ses fruits dans la cuisine. Sa racine pousse plusieurs tiges menues, anguleuses. . . . Les pédoncules portent deux ou trois fleurs blan châtres, dont l'étendard est large, arrondi, un peu rayé de bleu.... »

De CandoUe a imité Lamarck, sans le copier, dans son édition de la Flo7'e française, publiée en 1802, et comme il saisissait promptement ce qui frappe dans une espèce ou ce qui la distingue le mieux des espèces voisines, son ouvrage a joui d'une grande popularité, et a même suscité de nombreux botanistes. A cette époque il n'était pas question d'ovules anatropes ou orthotropes, de formes d'embryons, de grains de pollen, d'estivation et de bien d'autres organes ou caractères, ce qui simplifiait beaucoup.

Les descriptions abrégées modernes doivent mentionner ces détails difficiles à voir, mais importants. On suppose le lecteur pourvu d'une loupe et plus ou moins familier avec l'usage du microscope. L'ordre de l'exposition est plus régulier qu'autrefois. Enfin, dans les rédactions en langue vulgaire, les articles et les verbes sont presque tous retranchés, comme Linné Ta si heu-

reusement introduit dans ses ouvrages en langue latine. On a pris cette forme, qui abrège : « Tige dressée, glabre, etc. Feuilles opposées ; pétioles canaliculés, longs de 2 centim., etc., etc. » Ainsi, tout en abandonnant beaucoup le latin, la forme latine, ou plutôt la forme linnéenne s'est substituée à la forme vulgaire.

Les modèles de bonnes descriptions abrégées ne manquent ni dans les flores, ni dans les monographies, ni dans les mémoires épars. Ils sont même si nombreux que je ne saurais lesquels citer de préférence. Pour les flores, les plus récentes sont souvent les meilleures ; mais, dans les monographies, ce n'est pas toujours le cas. Si j'avais à choisir des exemples de celle-ci, j'indiquerais aussi volontiers que les bonnes monographies publiées depuis peu d'années, celles de Dufresne {Hist. ruU. et méd. de la famille des Valérianées, in-4*», 1811), de Gampdera [Monogr. des Bumex, in-4**, 1819), de Meisner [Manogr. gen. Polygoni Prodranms, in-4®, 1826), de Lindley ( The gênera and species of Orchidaceous platUs, in-8o, 1830), et autres, qui sont toutes des monographies abrégées, non développées. Le Prodromus^ auquel plus de trente botanistes ont travaillé, présente des spécimens plus ou moins bons de monographies abrégées. Du moment qu'un auteur n'est pas obligé de tout dire, il est libre d'adopter différentes manières d'abréger. On comprendra mieux, en lisant ce qui suit, lesquelles sont les meilleures et lesquelles, au contraire, doivent être évitées.

Je distinguerai les suppressions nécessaires, celles qu'on peut considérer comme facultatives et celles qu'il ne faut pas se permettre.

De Cardoi-lb, Lbl Ph^ograyhic. 9

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1* Suppressions nécessaires.

Parmi les nécessaires on doit mettre au premier rang les répétitions, qui consistent, par exemple, à redire en langue vulgaire ce qui est déjà en latin, ou dans des notes explicatives ce qui est clair dans le texte. Les descriptions abrégées bien faites sont comparatives. EUes dispensent ainsi de beaucoup de commentaires, expliations et digressions.

2° Suppressions faculkUives.

Bans beaucoup de cas il est inutile de mentionneriez Caractères des groupes supérieurs à celui dont on s^occupe. Ainsi, à Foccasion d'un genre, l'indication du nom de la famille, avec renvoi à quelque ouvrage général, est presque toujours suffisante.

Dans les caractères de famille, on peut abréger ou supprimer les différences décrites sous chaque genre ; dans ceux de genre les différences des sections et espèces, et dans les caractères d'espèces celles des formes qui la composent, pourvu qu'on les énumère comme variétés. Nous ne saurions recommander, en effet, la pratique d'accumuler sous le titre d'espèce, pêle-mêle, des formes distinctes, avec les synonymes qui les concernent, tandis que d'autres botanistes en parlent comme de variétés ou espèces distinctes. On ne sait plus alors si l'auteur a examiné suffisamment ces formes, par quel motif il les a réunies, ni quels synonymes et quelles planches se rapportent à chacune. Dans ce cas, réunion est confusion. Si, au contraire, on a distingué et classé

les variétés, les auteurs subséquents comprennent bien. Ils peuvent dire à leur tour : j'admets Tespèce en excluant telle variété (1).

Les modifications obtenues par la culture sont illimitées et, pour certaines plantes, si nombreuses, qu'on est conduit à les abandonner aux ouvrages spéciaux d'agriculture ou d'horticulture.

Lorsqu'on donne des coTispectus ou tableaux analytiques d'espèces, et quand il y a des planches, il est bien permis d'abréger le texte.

On mentionne rarement les synonymes antérieurs à Linné. Pour les autres, il est naturel de ne pas indiquer ceux qui apprennent le moins. On peut aussi, pour abréger, ne mentionner un ouvrage que sur un détail et alors, entre parenthèses, par exemple : Ovula anatropa (AgardfiLTheor., t..., p...); ou... Habitat in Arabla felici (Forsk. FI. M^. arab. p...). Cela dispense de noms dans la synonymie, et le lecteur n'est pas conduit à chercher dans ces ouvrages des choses d'Une autre nature, qu'il n'y trouverait pas.

Les noms vulgaires ont Rarement de l'intérêt. Les propriétés médicales peuvent être omises dans beaucoup de cas, ainsi que les emplois iiidiistriels ou agricoles.

3» Suppléassions à éviter.

Je mettrai dans cette catégorie tout ce qui diminue U clarté dii la précision, par exemple :

Les signes ! et ? qui expriment des choses importantes, sous une forme très brève. Le premier de ces

(1) Dans son Species, très abrégé, Linné énumère les variétéâ. Il a dit aussi : Yarietates diversas sub sua specie colUgere, non mimris est, quam species sub suo génère coUocare (JPkil. bot., n. 317).

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signes peut être remplacé en partie par Tindication générale qu'on a vu tous les échantillons et tous les ouvrages mentionnés, mais il est essentiel pour des échantillons types qu'on n'a pu examiner.

Les abréviations pour vidi siccam (v. s.), vidi xivam (v. V.), ou la citation des herbiers, des voyageurs et des numéros de collections distribuées inspirent de la confiance, donnent des informations utiles et prennent d'ailleurs fort peu de place.

Les citations de noms synonjnmes, de planches originales et de descriptions développées, s'il en existe, mettent sur la voie pour trouver ce qui a été supprimé.

Quelques personnes négligent de citer le nom d'auteur à la suite des noms de sections et de tribus. Elles ont l'air de prétendre les avoir constituées ou nommées, ce qui n'est pas leur intention (1). D'ailleurs, puisque la loi de priorité s'applique à ces noms de sections et tribus comme aux autres, pourquoi retrancher une indication qui met sur la voie de constater les dates?

Dans les travaux d'une nature limitée et déterminée, comme les flores, les monographies, les révisions d'un genre ou d'une famille, on s'attend à voir tous les noms, admis et non admis, relatifs à la flore ou au groupie naturel en question. Si vous omettez ceux qui sont obscurs ou que le hasard ne vous a pas fait rencontrer, mais qui existent et qu'on peut voir dans les dictionnaires ou index, vous diminuez beaucoup la valeur de votre publication. Ce n'est plus alors une flore, ni une monographie, ni une révision ; c'est une œuvre tronquée, incomplète, qui expose les auteurs à faire des noms de genre ou

(1) Un nom de groupa qui n'est pas suivi d'une indication d'auteur est censé nouveau. Tel a été l'usago, avant comme depuis Linné, et cet usage est à la ibîs plus simple et plus modeste que d'igouter mih%.

d'espèce déjà existants, qu'on repoussera ensuite à cause de la loi de priorité.

Une concision extrême devient obscure. Ainsi, des series d'espèces nouvelles décrites en quelques mots sont un triste genre de travail. Les auteurs se sont hâtés de publier pour prendre date et afin que leur nom soit cité. Hélas! ils obtiennent le contraire d'un honneur, puisqu'on ne comprend pas ce qu'ils ont voulu dire. C'est une manière de faire dangereuse quand on n'est pas encore bien connu. Personne n'est assuré de pouvoir revenir sur un travail ébauché. Si Blume était mort à Batavia après avoir publié les phrases trop abrégées de ses Bijdragen^ il aurait laissé la réputation d'un botaniste incompréhensible, lui qui, d'après ses ouvrages ultérieurs, s'est élevé dans la science à un rang très élevé.

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