FRAGMENTS GEOGRAPHIQUES, SOIT FLORES OU FRAGMENTS DE FLORES
g 1. — Flores.
Si Ton considère la masse des flores qui ont été publiées, il y en a peu dans lesquelles les genres et surtout les familles ne soient à Tétat de fragments. Lorsqu'il s'agit de certaines régions exceptionnelles, depuis longtemps séparées des autres par la mer ou par des conditions spéciales de climat, comme la Nouvelle-Hollande et l'Afrique australe, on a pu décrire la totalité de quelques unes des familles qui s'y trouvent enfermées et d'un assez grand nombre de genres. Dans les autres cas la flore est composée de fragments de genres et familles que les antécédents géologiques, physiques et physiologiques
ont déterminés. C'est encore plus vrai quand les limites données à une flore sont le résultat d'événements militaires ou politiques, ou de simples décisions administratives, sans rapport avec les faits naturels, comme on le remarque pour la plupart de nos flores européennes. Les descriptions contenues dans les flores sont ordinairement de celles que nous appelons abrégées et elles peuvent avoir d'autant plus ce caractère qu'elles roulent sur des objets bien connus ou sur des unités peu nombreuses dans le pays. Par exemple, pour une de nos flores d'Europe il serait inutile de répéter en détail les caractères de classes, familles et genres qu'on trouve dans les ouvrages généraux ou dans de bonnes monographies. Souvent on les mentionne en quelques mots, ou même on les supprime, en se référant aux ouvrages. Dans ce cas la citation de l'auteur qui a créé* le nom et de celui ou ceux qui ont donné le mieux les caractères est indispensable. Lorsqu'un genre est représenté par un petit nombre d'espèces et qu'il s'agit d'une région bien explorée où l'on est sur qu'on n'en découvrira pas d'autres, des descriptions courtes et comparatives sont les meilleures. Des phrases spécifiques, soit diagnoses, ont paru suffisantes à quelques auteurs, mais alors ils les ont faites si longues et si chargées d'ablatifs latins qu'elles en sont incommodes . Ce ne sont plus les phrases de Linné, ce sont des descriptions sous une forme lourde et médiocrement claire. Les descriptions abrégées de la Flore française par de Candolle ont eu jadis un immense succès, et de bons auteurs les ont imitées, du moins dans les flores en langue vulgaire (1).
(1) La plupart des auteurs de flores de la France ou de -ses départements,
Je ne vois pas pourquoi dans une flore en latin on ne renoncerait pas aux phrases spécifiques à Tablatif. Par exemple, au lieu de dire avec Koch : Saxifraga oppositifolia : « caudiculis prostratis ramosissimis , ramis erectis dense caespitosis, foliis oppositis quadrifariam imbricatis oblongis, etc., laciniis calycis eglandulosociliatis, floribus, etc., » on mettrait : Caudiculi prostrati ramosissimi; ramis erectis, dense caespitosis. Folia opposita, quadrifariam imbricata, oblonga, etc. Laciniae calycis eglanduloso-ciliatae. Flores, etc. » Ce ne serait pas plus long, mais il y aurait moins de désinences en w, et la ponctuation, résultant des nominatifs, serait plus claire, plus conforme aux habitudes et plus variée.
La brièveté, qu'il faut approuver dans la flore d'un pays bien exploré, dont les espèces sont connues depuis longtemps, ne vaudrait rien pour une flore dans laquelle se trouverait un grand nombre d'espèces nouvelles ou peu connues. Ce qui est nouveau dans la science ne doit jamais être écourté, ni même simplement abrégé, car il faut expliquer et justifier la création d'un genre ou d'une espèce. Il faut aussi aider aux comparaisons avec des formes voisines déjà connues ou qu'on découvrira plus tard. Kunth a bien mérité de la science en donnant de longues descriptions des espèces, la plupart nouvelles, recueillies par Humboldt, et Bonpland, tandis que Robert Brown a donné un mauvais exemple en parlant trop brièvement dans son Prodromus des espèces qu'il avait rapportées d'Australie. L'immense développement du Flora brasiliensis est justifié par l'abondance des nouveautés de cet ouvrage, et, au contraire, délayer de cette façon les flores d'Europe ou des États-Unis serait charger
et aussi : Bentham, Handbook of brit. Flora, Flora Australiensis, etc. ; IWH, Flora d. Orossherz. Baden, etc.
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les rayons "des bibliothèques d'un poids fort inutile. La seule chose à traiter longuement dans ces flores ordinaires est la description et classification des formes contenues dans les groupes que Linné appelle espèces. C'est là, dans les races, variétés et sous-variétés qu'il y a beaucoup de faits nouveaux à décrire, en appli^ quant, si possible, des idées justes sur la valeur dos caractères.
Lorsque le gi'oupement des espèces d'un genre dans une flore n'est pas celui des monographies et des ouvrages généraux, ce qui arrive souvent, il convient de modifier, soit les noms, soit l'exposition des caractères. Je comprends, par exemple, qu'on s'attache à des détails de peu d'importance pour réunir dans un paragraphe quelques espèces voisines, du pays dont on s'occupe, sans s'inquiéter des espèces étrangères. Ces groupes peuvent être excellents et bien naturels, quoique particuliers à la flore et basés sur des caractères minimes ; mais il serait fâcheux de leur donner un nom analogue aux noms réguliers de sections, ou même de les appeler des sections. Ce serait jeter dans la science des noms inutiles, qui augmenteraient la foule déjà trop grande des synonymes. Un exemple, qui s'est présenté à moi récemment, dans un travail sur les Smilacées, me fera bien comprendre (1).
Les espèces du genre Smilax sont plus nombreuses au Brésil qu'aux Etats-Unis et dans la plupart des autres régions ; mais elles y sont très voisines les unes des autres et rentrent toutes dans une seule des sections naturelles du genre. Grisebach, dans son article du Flùva hrasiliensis (2), a rapproché ces espèces d'après la consis-
(1) Monographiœ Phanerog,, vol. I.
(2) Fasc. 4.
DESCRIPTIONS DE FRAGMENTS DE GROUPES NATURELS i55
taace des feuilles et quelques détails de la forme des anthères. Il base là-dessus deux sections, auxquelles il donne des noms substantifs, comme à de véritables sousgenres : Pharmacosmilax et Pachysmilax. Or, il est arrivé qu'en étudiant toute la famille, en particulier les véritables Smilax, qui constituent une ^QcXion Eusmilax très naturelle, j'ai dû abandonner complètement les groupes spéciaux de la flore du Brésil. Ils rentrent à peine dans certaines subdivisions minimes qu'il m'a fallu adopter à cause du nombre des espèces, subdivisions artificielles plutôt que naturelles. M. Asa Gray avait aussi à classer plusieurs espèces de Smilax de la flore des Etats-Unis (1), et il a procédé tout autrement que Grisebach, d'une manière, à mon avis, très judicieuse. Il a reconnu d'abord deux groupes, basés sur plusieurs caractères plus importants que ceux par lesquels se distinguent les espèces brésiliennes et il en a fait deux paragraphes, avec le signe typographique §. L'un de ces paragraphes répond à la section Coprosmanthus de Torrey , et ce nom est indiqué. L'autre n'a pas de nom, en quoi l'auteur a très bien fait, car une étude de l'ensemble m'aurait forcé de jeter le nom qu'il aurait proposé dans les synonjrmes, ou au moins d'en modifier le sens et d'ajouter pro parte. Au dessous des §, l'auteur a établi pour les espèces du nord de l'Amérique des groupes naturels, bien caractérisés, d'après les feuilles, les pédoncules, la couleur du fruit, etc. Chacun de ces groupes subordonnés porte un signe typographique, sans aucun nom, substantif ou adjectif. Il en est résulté que les groupes spéciaux des États-Unis ont passé entièrement dans la monographie générale de la famille, sans avoir
(1) Asa Gray, Mamcal of the hotany ofthe United States, éd. S, 1868.
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à annuler des noms et avec le sentiment agréable de faire mieux connaître un travail bien préparé, quoique local de sa nature.
Quelques auteurs de flores indiquent par le signe usité (!), de quels échantillons ils ont fait usage. Leurs ouvrages deviennent alors en quelque sorte des monographies d'espèces et des documents plus utiles qu'à l'ordinaire en géographie botanique. Cambessédes, dans son Enumeratio plantarnm in insulis Balearibus^ etc. (in-4% 1827), a été peut-être le premier qui ait indiqué l'habitation complète de chaque espèce en dedans et en dehors d'une flore. Webb et Berthelot ont suivi, dans leur Phytographiacanariensis^ et M. Boissier dans son Voyage en Espagne et dans les trois volumes déjà publiés de sa Flore d'Orient. Aujourd'hui beaucoup d'auteurs les imitent.
En résumé il me semble qu'un auteur, s'il veut écrire une bonne flore, utile à la fois dans le pays et pour la science, doit : 1** faire des descriptions abrégées pour les choses connues, à l'imitation de l'ancienne flore française et des flores en anglais ou en allemand de MM. Bentham, DôU, Ascherson, etc. ; 2** faire des descriptions développées des choses nouvelles ou mal connues,— genres, espèces ou variétés, selon les circonstances ; 3° grouper les espèces de la flore aussi bien que possible, d'après les principes de la méthode naturelle, sans s'inquiéter des espèces étrangères, mais ne point donner de noms à ces groupes, surtout pas de noms substantifs, à moins d'avoir étudié l'ensemble du genre ou même de la famille et sur ce point imiter, par exemple, les ouvrages de M. Asa Gray sur les plantes des Etats- Unis ; 4® Indiquer soigneusement les localités dans le domaine de la flore et brièvement, mais après vérification, l'habitation hors do ce domaine ; 5** estimer, si pos-
sible, le degré de fréquence de chaque espèce, au double point de vue admis en géographie botanique (1), et l'indiquer par des chilfres ou des abréviations faciles à comprendre.
Puisque les flores occupent dans la littérature botanique une place extrêmement importante, j'essayerai d'en signaler quelques-unes propres à servir de modèles indépendamment de celles dont je viens de parler. Ce ne sera pas facile à cause de la multitude de ces ouvrages et de leur grande diversité, mai» en éliminant certaines catégories, le travail sera simplifié.
Je laisserai de côté d'abord toutes les flores dont le but est de populariser la science en facilitant les herborisations et les déterminations d'espèces. Beaucoup de ces ouvrages ont un mérite réel, mais un mérite qui repose en grande partie sur des circonstances locales, par exemple, sur le degré d'instruction des botanistes du pays. On peut aussi éliminer les flores de pays très peu connus, surtout de pays vastes, en partie non explorés, qui comprennent plusieurs régions naturelles, comme le Brésil, l'Afrique australe, etc. Ces flores sont nécessairement incomplètes. Comme elles renferment des nouveautés en fait de genres et espèces, elles se rapprochent beaucoup des monographies. A l'autre extrême sont les flores de pays très connus, qui sont souvent réduites à l'état de catalogues, ou dont les descriptions abrégées sont peu originales et rentrent plutôt dans la catégorie des ouvrages populaires. Les flores de pays plus ou moins dépourvus de limites naturelles, comme la France, l'Allemagne, les Etats-Unis, la Sibérie, etc., ou qu'on retranche arbitrairement de leur ensemble
(I) Alph. de Candolle. Géogt\ bol. raisonnée, p. 458.
géographique, comme une île détachée de son archipel, ne peuvent pas servir d'exemples, car dans tout travail il faut une certaine unité , un certain ensemble, pouvant donner des termes de comparaison et conduire à des résultats généraux. Les catalogues sans descriptions ont souvent de l'importance pour la géographie botanique, mais ne sont pas des flores. Enfin les flores dans lesquelles on n'a pas énuméré toutes les familles, au moins de Phanérogames, ou dans lesquelles on ne peut pas supposer que 'les trois quarts des Phanérogames de la région soient connus ne peuvent guère servir de modèles.
Si l'on retranche ainsi les flores d'un intérêt local et pratique , celles de pays peu explorés ou mal circonscrits géographiquement, et les flores incomplètes, il en reste peu qui puissent être citées. Ce ne sera que des flores d'îles, d'archipels ou de péninsules. J'indiquerai les suivantes :
Endlicher. Prodromus Flora Norfolkicœ^ sive Caial. plantarum in iitsula Norfolk^ etc. in-8**, Vienne 1833. Travail remarquable pour l'époque, mais sur une flore peu étendue.
Webb et Berthelot. Pliytogmphia canariensis (1836- 18S0), formant avec les planches six volumes in-i'*, d'une rare perfection, très soignés pour la synonymie et les localités, et donnant des descriptions détaillées d'espèces alors nouvelles et peu connues, ainsi que dos comparaisons de géographie botanique. Texte en latin. Habitation des espèces donnée complètement, même en dehors de l'archipel. Toutes les familles, même de la Cryptogamie, passées en revue.
GussoNE. Ennmeratio plantarum vascularium in insnla Inarime {Ischia), Un vol. in-S»^, Naples, 1834. Flore
intéressante parce qu'elle est d'une petite île, voisine d'un continent, et complète. Rédigée en latin, avec des descriptions d'espèces remarquables et de plusieurs variétés. La flore de Sicile, du même auteur, ne peut pas servir de modèle, car elle est arrangée selon l'ordre de Linné.
HooKER (Sir Joseph). Flora Nov<b Zelandiœ, 2 vol. in-4, avec planches coloriées, 18S3-55. Descriptions en latin, avec commentaires en anglais, comprenant les Phanérogames et les Cryptogames. Complétée dans Hooker, Handbook ofthe New Zealand flora^ 1 vol. in-8°, 1867, abrégé fait sur le plan des autres flores coloniales anglaises.
Hooker (Sir Joseph) . Flora Tasmanniœ, 2 vol. in-i**, avec planches coloriées, 1860. Semblable pour le travail au Flora Novœ Zelandia. Ces deux flores font partie de l'ouvrage très important, intitulé : The hotmiy of the antarctic voyage of Erebus and Terror, où les deux premiers volumes [Flora antarctica^ 1844) sont aussi des flores curieuses au point de vue botanique et de géographie botanique, mais moins délimitées ou moins complètes que les précédentes.
Bentham. Flora anstraliensis ^ 7 vol. in-8, 1863-78. La plus importante de celles des flores publiées à Kew^ qui sont déjà terminées. Texte en anglais comprenant toutes les familles des Phanérogames avec les Fougères. Localités indiquées clairement, d'après les riches herbiers de Kew. Divisions de familles et de genres faites comme on peut l'attendre d'un auteur qui a publié de bonnes monogi'aphies. Le Flora of Mauritius and the Seychelles^ par Baker, 1 vol. in-8, 1877, est achevé, et mérite des éloges, mais le point de vue politique a fait laisser de côté une île importante (Bourbon).
WiLLKOMM et Lange. Proiromns flore hispanicœ^ 3 vol. in-S**, 1861-78 (k dernière livraison n'est pas encore publiée). Flore, en latin, avec des descriptions abrégées, beaucoup d'indications de localités, d'après des sources certaines, en dedans et en dehors de la péninsule. Ouvrage tout à fait au niveau de la science et pouvant servir de modèle pour les flores de pays assez bien connus, sauf dans quelques détails typographiques et quelques abréviations de noms propres qui ne sont pas toujours conformes aux règles.
Les flores destinées à avancer la science par des descriptions de formes nouvelles ou peu connues n'auront plus de raison d'être dans le siècle prochain. Les groupes naturels seront alors assez établis et assez bien représentés dans les herbiers pour être traités en euxmêmes complètement. Les ouvrages par pays seront ou des catalogues, avec indication de localités et autres faits concernant la distribution géographique, ou des livres populaires destinés aux personnes qui herborisent. Ils n'auront plus le caractère mixte de contenir des descriptions nouvelles pour la science et de servir en même temps à la géographie botanique ou à des recherches locales. Une fois, peut-être, dans un temps éloigné, quand on aura découvert toutes les formes du règne végétal actuel et qu'on les aura bien classées, do manière à abréger, il sera possible de tenter la rédaction d'un Flora universalis ou d'un Systema universah dans lequel on trouvera tous les groupes naturels, avec leurs caractères et leurs habitations. On y parviendra si la phytographie continue de classer et d'abréger, comme cela s'est fait depuis Bauhin jusqu'à nos jours. Il semble même que, dans un avenir plus éloigné, tous les faits sur Thistoire des formes (phylogénie) et la dislii-
bution géographique successive des groupes, sur Torganographie, la physiologie et les affinités, pourront être coordonnés et condensés dans les caractères du règne végétal, des classes, familles, genres, espèces et sousespèces en un seul ouvrage, qui, sans être d^une étendue démesurée, comprendrait toute la botanique.
g S. -^ FrAGHENTS de flores détachés pour une étude SPÉaALE.
Le danger de descriptions faites sur des éléments détachés de leur ensemble naturel est au maximum quand on choisit pour étude les fragments locaux d'un groupe compliqué et obscur, comme des Rubus, Rosa^ Hieracium, Salix^ Mentha^ etc. Évidemment les Ruims de France et les Rubus d'Angleterre, les Hieracium de Suisse et les Hieracium de Suède ne sont que des fragments découpés, par le hasard des faits antérieurs, dans des associations de formes d'une obscurité désespérante, où la distinction d'espèces existe à peine relativement aux autres genres connus. Élucider des choses obscures au moyen de débris ou de tronçons est, il faut en convenir, un procédé peu scientifique. On croit bien faire en limitant le champ des observations, mais c'est précisément ce qui en diminue la valeur. On risque de cette manière d'oublier la nature composée des groupes naturels. Si l'on n'y prend garde la limitation de l'espace peut amener une limitation des idées.
Les savants les mieux avisés dans cette catégorie de travaux s'efforcent de corriger les inconvénients de la méthode en observant les formes des plantes dont ils s'occupent dans les pays voisins. Ils s'élèvent ainsi à
Db Câhdollb, La Phytographie. li
les PREMIERE PARTIE — CHAPITRE X
une conception vraie des groupes naturels, dont les unités sont ordinairement dispersées. Je les vois citer de plus en plus les auteurs qui ne sont pas de leur pays. Ils ne justifient peut-être pas toujours avoir cherché et comparé toutes les formes des diverses contrées, mais rimpulsion est donnée dans ce sens et l'exemple sera probablement suivi de plus en plus. Ce qui reste à faire, pour diminuer les inconvénients de la méthode , c'est d'étudier les groupes difficiles au moyen des groupes supérieurs dont ils ne constituent qu'une partie. Je doute, en effet, qu'on puisse bien comprendre les Hieracium sans étudier beaucoup les Composées, les Rosa sans les Rosacées, etc. Ce n'est pas, je le répète, en rétrécissant le champ de l'observation qu'elle devient meilleure. Pour apprécier l'importance des variations dans une famille il est utile de ne pas concentrer son attention sur un seul genre. Il convient même d'avoir appris, par d'autres travaux, à juger de la diversité de valeur des caractères selon les familles. La meilleure préparation pour étudier des genres hérissés de difficultés serait de commencer par faire une ou deux monographies de groupes moins difficiles, car il faut savoir marcher au grand jour et dans de grandes routes avant de se hasarder dans les chemins obscurs et dangereux.
ARTICLE II
FRAaMBNTS ISOLES EN VUE DE CERTAINES APPRECIATIONS OU PAR DES RAISONS DE BIBLIOGRAPHIE.
Les plantes officinales, tinctoriales, textiles, etc., de même que les plantes cultivées au point de vue agricole ou dans les jardins, sont détachées de leurs groupes naturels par des raisons étrangères à la science, qui tiennent de l'arbitraire ou du hasard. Leur description présente des difficultés à cause de l'absence des termes de comparaison qui expliquent les analogies naturelles et les difl*érences. Cela oblige les auteurs à entrer dans beaucoup de détails sur chaque espèce, pour suppléer aux caractères de familles, genres et subdivisions de genres qui font plus ou moins défaut. S'ils comprennent bien la nature de leur travail ils se rattachent aux monographies et aux ouvrages généraux dans lesquels on a considéré l'ensemble des groupes. Ce n'est pas dans des descriptions isolées qu'il convient d'innover sur la nomenclature des espèces ou la division des genres. On s'exposerait à bien des erreurs. Le mieux est, dans ces travaux fractionnés, de s'étendre sur les points de vue spéciaux, tels que les propriétés médicales ou économiques, la culture, etc. On doit aussi se donner de la peine pour que les noms de plantes soient exacts et s'accordent avec ceux des ouvrages scientifiques.
A cet égard il y a de bons exemples dans diveï*ses catégories. Pour les plantes officinales l'ouvrage de Berg
et Schmidt (1) est très digne d'éloges, et pour les plantes de jardins la grande série du Botanical Magazine^ commencée en 1793, qui a maintenant plus de 6000 planches, mérite aussi d'être signalée. Chacun sait à quel point il est facile de se tromper dans la détermination d'une plante cultivée. Elle se présente seule de son genre, souvent modifiée par lapulture, ou dans un état incomplet; le temps presse pour publier à jour fixe et le dessinateur garde peut-être le vase jusqu'à ce que la plante soit défleurie. Malgré toutes ces difficultés, les espèces du Botanical Magazine sont, en général, rapportées correctement à leurs genres, et il est arrivé très rarement qu'une espèce donnée pour nouvelle ne le fût pas. L'avantage pour les publications horticoles d'auteurs vraiment botanistes, ayant un bon herbier et tous les livres à leur disposition, comme Sir William et Sir Joseph Hooker, s'est montré dans ce cas d'une manière bien évidente. Les auteurs des journaux de Belgique n'ont pas eu les mêmes ressources, mais ils ont compensé le déficit en fait de livres et de collections par plus de recherches sur les analogies et plus de détails sur les cultures.
Les usages bibliographiques et les intérêts de libraires ou d'auteurs conduisent aussi à des descriptions par fragments, dont l'ordre est en opposition avec celui des faits bien observés. Les Dictionnaires en sont un exemple. Comment un auteur pourrait-il montrer d'une manière suffisante les affinités des groupes quand ils les énumère dansl'ordre alphabétique? Sil'ouvragecomprendplusieurs sciences, les noms botaniques y sont tout à fait dispersés, et les articles ordinairement trop courts. Si c'est un Dictionnaire purement botanique, les auteurs n'ont
(1) Darstellung und Beschreibung of/kineller Gewachse. 4 vol. in-4», 1858-63.
DESCRIPTIONS DE FRAGMENTS DE GROUPES NATURELS lôTi
guère étudié toute une famille ou même dans un genre toutes les espèces. Lé travail s'est fait successivement, à bâtons rompus, sans corrélation, par conséquent sans unité de vues; et de nomenclature ou de terminologie. Lamarok n^'ét^it pas un auteur médiocre, il avait même des idées philosophiques très avancées ; mais plusieurs de ses qualités ont disparu dans son Dictionnaire, annexé à TEncyclopédie. Je ne sais s'il faut Tattribuer à l'influeneé d'une rédaction alphabétique, la plus éloignée de toutes des principes de la méthode naturelle, ou si l'auteur avait consenti à ce genre de travail parce qu'il ne comprenait pas ^ assez les groupements, malgré les éloges qu'il donne à ses contemporains, les Jussieu, dans le Discours préliminaire de la Flore française.
ARTICLE, III
FKAGMENTS DE GROUPES ISOLÉS POUR ÉVITER DE LONGUES BECHER CHES OU FAIRE VALOIR UNE CERTAINE COLLECTION.
11 faut placer dans cette catégorie de nombreux mémoires et articles de journaux sur l'ensemble de tel ou tel herbier, ou sur les plantes, soit d'une famille, soit d'un genre, contenues dans un herbier ou cultivées dans un jardin. Les auteurs de ces sortes d'écrits ne veulent pas se déplacer pour étudier d'autres collections, ou quelquefois le temps leur manque et ils se contentent d'une revue des espèces que le hasard a réunies dans l'herbier ou l'établissement horticole dont ils s'occupent. Les directeurs de ces collections ou établissements s'en trouvent bien, mais,
SOUS le rapport scientifique , des travaux incomplets comme ceux-là ne sont guère satisfaisants. Ils ne permettent pas d'apprécier la totalité des groupes. D'ailleurs, quelque riche que soit un herbier ou un jardin, il lui manque beaucoup de choses, enparticulier des échantillons authentiques propres à donner à la nomenclature un degré convenable de certitude. Il reste forcément après le travail beaucoup de doutes et de lacunes. On perd aussi, de cette manière, les avantages qui résultent de la comparaison de plusieurs collections, par exemple, la vue de formes nombreuses et d'âges différents d'une même espèce, la connaissance de diverses localités, et la fixation uniforme des noms, au moyen d'échantillons bien déterminés qu'on laisse dans les herbiers de divers pays.
ARTICLE IV