‹ La phytographie; ou, L'art de décrire les végétaux considérés sous différents points de vueChapitre 37 sur 82 · RÉFLEXIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS GÉNÉRALES

Dans les sciences, comme en industrie, la division du travail est nécessaire, à cause de Fimmensité des observations et de l'aptitude qu'il faut acquérir pour certains genres de recherches. Personne ne peut se flatter d'être à la fois physiologiste sachant la physique et la chimie, anatomiste connaissant bien l'emploi du microscope, botaniste habitué à comparer les formes, à juger de leurs rapports et de leur classification, et voyageur ou collecteur zélé. Dans les plantes tout se tient; tandis que dans leur étude il y a forcément une distribution du travail. Celle-ci détermine des publications de nature variée, dont les résultats ramènent cependant à l'unité du point de départ : le végétal.

Pour apprécier ce point de vue, il est bon d'indiquer les différentes sortes d'ouvrages spéciaux. On verra que la plus grande partie de leur contenu sert à expliquer ou consolider les distinctions de groupes naturels et à com|déter leurs descriptions. Ce ne sont pas des antagoiystes des travaux de classification, mais des auxiliaires, destinés à les améliorer en se fondant avec eux.

ARTICLE II

ORGANOORAPHIB SPÉGIALB DES GROUPES.

Les organes ou parties distinctes des végétaux peuvent être considérés en eux-mêmes, d'une façon absolue et générale, ou dans tel ou tel groupe de plantes. Ainsi, les observations d'histologie et les études sur un organe tel que la feuille, l'étamine, l'ovule, etc., abstraction faîte de leurs formes dans les diverses familles ou classes, constituent l'Organographie générale {Allgenieine Morphologie^ Sachs). La description des organes externes ou internes, visibles à l'œil nu ou au microscope, dans les espèces, genres, familles et classes, constitue l'Organographie spéciale [Specielle Morphologie ^ Sachs.) (1).

(1) La distinction posée par M. Sachs, dans son remarquable Traité de Botanique, entre les deux catégories d'observations, générales et spéciales, est très juste quand on considère seulement les végétaux. Dans un ouvrage sur les deux règnes, la partie générale deviendrait spéciale, car elle comprendrait les faits qui concernent un seul des règnes. M. Sachs a établi ensuite la différence de ce qu'il appelle les Membres [Oliede) du végétal et ce qu'il désigne comme les Organes physiologiques. C'est bien le résultat des travaux modernes que chaque phénomène de physiologie est causé par des parties

Le champ de cette seconde division est de beaucoup le plus vaste. On peut s'en assurer par réflexion, et aussi en comparant l'étendue des articles de Tune et l'autre catégorie dans les traités les plus récents et les plus développés pour les détails anatomiques. Ainsi M. Sachs dans la troisième édition de son Lehrbuch^er Botanik, consacre 212 pages à ce qu'il appelle la Morphologie générale et 360 à la spéciale, dans laquelle cependant il n'est pas question des caractères de familles, genres ou espèces. L'ouvrage plus récent de M. de Bary (1) pénètre dans les caractères anatomiques des groupes subordonnés aux classes, mais seulement en partie et dans les cas qui paraissent le plus différents ou le plus importants. La comparaison anatomique des genres d'une même famille y est à peine abordée. Quand on arrivera aux descriptions d'organes microscopiques dans les espèces, ce qui s'est fait jusqu'ici rarement, l'organographie spéciale paraîtra pour ainsi dire illimitée. C'est pourtant alors que l'étude se fera

diverses des êtres organisés. Ainsi, dans les animaux, la locomotion est ua effet tantôt des membres latéraux, tantôt de la queue, ou même de contractions de tout le corps. Dans les plantes, l'absorption s*opère par les racines ou par d'autres parties de la surface, etc., etc. Il est heureux que les traités de botanique posent enfin cette vérité longtemps méconnue. Je vais plus loin et me demande s'il y a des Organes physiologiques. Je vois des phénomènes de physiologie produits par différentes causes et différentes parties de Tétre, mais non des organes spéciaux pour les fonctions. Quant au mot organe, dans le sens d'une portion de l'être organisé^ il est si ancien et si connu qu'il me paraîtrait regrettable de l'abandonner. Dans les sciences, on change souvent la définition des choses sans renoncer aux noms. Ainsi, la racine n'est plus définie comme dans Linné (Philosophia, § 80), ni le calice (g 86), ni la corolle (§ 87), ce qui n'a pas empêché de conserver leurs noms. Enfin, taut en m'associant à M. Sachs de la manière la plus complète pour le fond des distinctions, je préfère le terme Organographie à celui de Morphologie, parce que la forme n'est pas la chose la plus importante dans l'étude des êtres. La position a une valeur tellement plus grande qu'on pourrait écrire un traité sur les organes sans parler de leurs formes. D'ailleurs, si je ne me trompe, le root Organographie est le plus ancien.

(i) Vei*pleichende Anatomie ûer VtpeiuHonsûrgane der Phane* rogameA tind Farne. Un toi. ln-8». Leipzig, 1877.

DESCRIPTIONS DE GROUPES FAITES PARTIELLEMENT i7i

logiquement, en partant des détails pour arriver à des faits généraux.

Les descriptions d'organes étudiés par groupes natu* rels doivent se fondre, en définitive, dans les caractères de groupes. La classification, avec tous ses détails, est comme un océan dans lequel se versent, à la manière des ruisseaux et des fleuves, tout ce qui concerne les organes dans divers groupes. Il importe peu que ces organes soient anciennement ou nouvellement connus, qu'ils soient microscopiques ou visibles à la vue simple, importants ou non importants sous certains points de vue. Les détails, une fois observés, tombent dans les caractères d'une espèce, d'un genre, d'une famille, d'une classe ou de quelque degré intermédiaire entre ces groupes naturels. Les ouvrages de classification absorbent ainsi les travaux organographiques. Ds les condensent en les classant. Ils les mettent aussi à la portée des botanistes de tous les pays par l'emploi de la langue latine.

La marche de la science depuis un siècle justifie ce que nous venons de dire.

Par exemple, l'ouvrage classique de Gaertner (1788) sur les fruits et les graines, n'a plus d'importance pour l'étude de ces organes au point de vue général ; mais on le mentionne toujours à l'occasion des familles, genres ou espèces. Il a aidé à constituer leurs caractères d'autant mieux que par sa rédaction en latin, sous une forme régulière, et avec de nombreuses figures, il a été apprécié très vite dans tous les pays. Un grand nombre de mémoires sur divers organes ont été publiés à part ou dans les collections académiques et les journaux depuis l'époque de Gaertner. Ils ont passé plus ou moins facilement dans les livres, suivant leur mode de

rédaction. Le microscope ayant été perfectionné, il a fallu, tous les vingt ou trente ans, reprendre les détails de structure ou d'évolution des parties non visibles à Tœil nu, mais certaines différences qu'on apercevait déjà du temps de Grew et Malpighi ont servi à compléter des caractères de groupes. C'est par ce côté, dont beaucoup d'anatomistes se soucient médiocrement, que leurs ouvrages survivent un peu à chaque génération. Ainsi, on a employé les mémoires de Guillemin, Fritsche, Purkinje, etc., sur le pollen, pour décrire la nature des grains poUiniques dans beaucoup d'espèces, et indiquer, avec probabilité , leurs différences d'un genre à l'autre ou d'une famille à quelque famille voisine, quoique, sous le rapport anatomique, on ait mieux décrit le pollen depuis ces auteurs. L'excellent résumé de M. P. Edgeworth(l) dispense maintenant de remonter aux anciens ouvrages et facilite beaucoup l'introduction des caractères tirés du pollen dans les descriptions générales.

Le traité d'organogénie de la fleur (1857), par Payer, sera longtemps consulté pour les caractères de familles, bien que le nombre des genres et espèces étudiés pour chacune soit insuffisant et qu'il y ait toujours du danger à conclure d'éléments isolés à un ensemble.

Si l'introduction des descriptions d'organes dans celles des groupes naturels ne se fait pas plus régulièrement et plus complètement, la faute en est aux botanistes de toutes les catégories. Les descripteurs de groupes ne cherchent pas assez ce que les anatomistes et les auteurs de mémoires spéciaux sur les organes ont publié. Les descriptQurs d'organes, de leur côté, ne se donnent pas

(1) Pakenham Mgervorth, Pollen. Un vol. in-8<>, éd* 2. London, 1879, 98 pages et 24 planches.

assez de peine pour rendre les recherches faciles et pour aider à comparer leurs observations avec celles qui ont précédé. Qu'on me permette d'insister sur ce point à cause de son importance.

On publie des mémoires et même des volumes d'organographie ou d'anatomie qui n'ont pas d'index pour les espèces, genres et familles dont les auteurs ont parlé. Ces écrits sont souvent épars dans les journaux de botanique, et presque toujours en langue vulgaire, quelquefois même dans un idiome inconnu à Timmense majorité des botanistes. Bien des longueurs et des répétitions en découlent, à cause de la facilité avec laquelle chacun s'exprime dans sa propre langue. Les descriptions sont si différentes d'un auteur à l'autre qu'on ne peut pas facilement découvrir ce qu'il y a de nouveau dans chaque travail. L'ordre n'y est pas fixé comme dans les descriptions de groupes. Ce sont des dissertations ou mémoires plutôt que des descriptions. On ne peut donc pas comparer l'opinion de deux auteurs phrase par phrase, en suivant les textes. Si l'absence d'un ordre usuel et d'une langue connue de tout le monde était compensée par des résumés en latin, ou dans une des trois principales langues modernes, le mal serait bien diminué. Mais beaucoup de botanistes n'y pensent pas, malgré le bon exemple donné par quelques Suédois, Danois et Hollandais.

Je crains qu'on ne m'accuse d'exagération, mais j'espère me justifier bientôt par des exemples et des preuves tirées de la pratique.

ARTICLE III

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