CHAPITRE XX
QUESTIONS DE DÉTAIL SUR l'oRTHOGRAPHE, LES ABRÉVIATIONS, LES SIGNES, ETC.
g 1. ^ Deoré de leur importance.
On connaît Fadage des jurisconsultes romains : De minimis non curât prator. Dans les sciences il faudrait dire au contraire : De minimis curât auctor. Rien ne doit être négligé, car une légère inexactitude, un oubli de quelque détail, peuvent entraîner ou de l'obscurité ou des erreurs. Le mathématicien ne doit pas laisser la moindre faute de signe dans ses calculs, et le naturaliste doit penser à bien des détails qui influent sur le sens des mots ou des phrases. Des négligences de rédaction ou de corrections d'épreuves peuvent faire soupçonner qu'on ne sait pas l'orthographe, sans parler des solécismes et des mots inintelligibles, qui ont plus de gravité. Peutêtre, dira-t-on, les grammaires, les dictionnaires et des usages bien connus en botanique permettent de ne pas parler ici de questions d'un ordre aussi secondaire. Ce serait vrai si les grammaires et les dictionnaires étaient
toujours d'accord et si les usages étaient bien fixés dans les livres d'histoire naturelle ; mais nous allons voir qu'il y a souvent des causes d'incertitude.
§ 2. — Grahmaire et orthographe.
Voici, en matière grammaticale ou d'orthographe, quelques-uns des cas douteux qui se présentent.
Les noms adjectifs d'espèces, tirés d'un nom d^honune ou de localité, doivent-ils être écrits en commençant par une grande lettre ou par une petite ?
Les anciens botanistes, tels que Clusius, G. Bauhin, Tournefort, mettaient toujours une grande lettre aux noms tirés de localités : Arum Byzantinum (Glus., Hist,^ 1. IV); Seseli Creticum (Bauh., Pin.^ 1. IV); ffieracium Alpinum (Tourn., Inst,^ p. 472). Ils ne donnaient guère la forme adjective aux noms d'hommes. On rencontre çà et là dans leurs ouvrages des noms au génitif, comme Clusiij mais je n'ai pas trouvé d'exemples de la forme Clusiana où cltisiana. Probablement ils auraient mis dans ce cas une lettre capitale, puisque Tournefort écrivait Campanula Persica/blia [Inst.^ p. 3), à cause du nom propre Persîca.
Linné mettait une grande lettre aux noms tirés d'un nom d'homme : Antholyza Meriania [Sp. pL^ éd. 2, p. 54), et une petite aux noms tirés d'une localité ou d'un pays : Iris susiana et Iris florentina ( ibid. p. 85 ). Beaucoup de bons auteurs ont fait de même, par exemple Kunth {fSfyn.,, pi. a$.^ III, p. 256, 261), de Martius (JVov. Gen.^ II, p. 15, 83, 119), et Koch (Syn. ft.germ., éd. 2, V. II, p. 297, 170, 171). Lamarck a mis presque
toujours une grande lettre aux noms tirés de localités (Dict.y II, p. 23B, III, p. 286, 257, etc.), mais on trouve quelquefois, à la même page, de grandes et de petites lettres pour des cas identiques {DicL^ II, p. 639), et en général sa rédaction dans ces détails est si négligée qu'elle ne peut pas faire autorité (1). De son temps on employait encore rarement la forme adjective pour les mots tirés de noms d'hommes. Willdenow a été un des premiers à l'adopter et il mettait une grande lettre : Melilottis KocMana et Melilotus Petitpierreana (Ennm., p. 790). A la page suivante, on voit M. cretica^ comme l'aurait écrit Linné. Enfin de GandoUe, dans son meilleur ouvrage de botanique descriptive, le Systema et dans le Prodromus, a constamment mis des lettres capitales dans les deux cas, de noms d'hommes et de
pays: Delphinium OUveriamtm (Syst.^ I, p. Mi)yActœa Japonica (ibid., p. 384).
On a critiqué ce système comme d'une mauvaise latinité. J'avoue ne pas comprendre l'objection. Si l'on jette un coup-d'œil sur des inscriptions romaines de l'époque classique, on voit tous les mots en lettres capitales (2), et les initiales S. P. Q. R. sont bien connues. A la Renaissance, les érudits peuvent avoir adopté des capitales dans certains cas, des petites lettres dans d'autres, mais on ne peut pas prétendre qu'ils aient écrit le latin mieux que les Romains. Dans les langues modernes, les usages ont varié au sujet des lettres capitales. Elles ont été autrefois à la mode, du moins en français ; maintenant on préfère les petites lettres, mais
(i) On voit dans le Dictionnaire Cheiranthus cheiri L, au lieu de Cheiri; Gentiana serpyllifolia, et à la page suivante Gent Linariafolia, etc.
(2) L* Académie des Lincei vient de publier des planches très exactes d*anciennes inscriptions, qu'on peut consulter dans les Atti de 1875-76, 3* partie.
la science n'est pas obligée de faire beaucoup d'attention à ces fluctuations du goût. Ce qu'il lui faut, c'est d'obtenir la plus grande clarté possible sans heurter des règles grammaticales. Ici, aucune règle n'étant certaine, les auteurs sont libres de faire ce qu'ils veulent. On peut dire qu'il y a de l'avantage à signaler immédiatement, par une grande lettre, les noms tirés de localités ou de noms d'hommes, et qu'on ne voit pas de motif pour écrire les uns d'une façon les autres d'une autre, puisqu'ils dérivent tous de noms propres. Le congrès botanique de 1867 a recommandé de mettre toujours une grande lettre aux noms tirés d'un nom d'homme (1), sans rien préciser, c'esi^à-dire en laissant chacun faire ce qu'il veut quant aux noms tirés de localités.
Sur l'emploi de la forme du génitif ou de l'adjectif pour les noms spécifiques (Glusii ou Glusiana), je persiste dans l'opinion, émise à la page 41 de mes Commentaires, que l'article 33 de nos Lois, ajouté au dernier moment par le Congrès, aurait pu être une recommandation pour l'avenir, mais ne devait pas se trouver parmi les injonctions. Le nombre des noms déjà faits sans égard pour le système indiqué est incalculable, et si l'on devait changer tous ceux qui ne cadrent pas avec la règle, il en résulterait une multitude de synonymes contestés, parfaitement incommodes.
En français, nous sommes souvent embarrassés pour la première lettre d'un nom de genre, de famille ou de classe. Les littérateurs mettent communément une petite lettre aux mots tels que géranium^ crucifère, dicotyledone. Les botanistes sont disposés à écrire Géranium^ Crucifère, Dicotyledone, La cause de cette diffé-
(1) Art. 33 des Lois de la nomenclature , 2« éd., page 41, ibid»
rence est probablement que, pour les botanistes, ces noms représentent davantage des groupes particuliers, ayant des caractères distincts, qui en font en quelque sorte des noms propres. Un genre est, dans notre esprit, comme une île, une famille est comme un archipel, une classe, comme un continent, ce qui suppose des noms propres. D'ailleurs, pour les comparaisons et discussions auxquelles se livrent les naturalistes, il est conmiode que les noms ne soient pas cachés dans le texte et qu'on voie promptement, au moyen d'une grande lettre, les groupes dont on parle. C'est le même motif qui les fait mettre souvent en italiques. Dans ce dernier cas il y a bien peu de botanistes qui hésitent à leur donner une grande lettre, le mot ayant déjà une composition typographique exceptionnelle.
Ces raisons paraissent avoir influé sur les auteurs français, même sur ceux qui étaient nés dans les parties de la France où l'on parle le mieux, ou qui avaient des titres littéraires. Les romanciers ont eu beau écrire «camélia », sans même ajouter la seconde ^, qui est dans le nom botanique ; l'Académie française a eu beau écrire «Les composées», et le savant Littré répéter dans son classique Dictionnaire « le bellis du Canada », le « juniperus », etc, les meilleurs écrivains botanistes ont écrit et écrivent avec des capitales, même quand les noms ne sont pas en italiques. Ainsi Aug. de Saint- Hilaire (Morphol. végét,) met : les Résédas, les Digitales (p. 321), les Malvacées (p. 425), etc., Adrien de Jussieu, qui avait remporté le grand-prix des collèges de Paris, a écrit dans le Dictionnaire d*ki$toire natvr- ^elle, au mot taxonomie : Dans les Haloragées, l'Haloragis, genre unique (p. 48)... dans les Phanérogames (p. 44), etc. Le même, dans son Cours élémentaire de ho-
tanique (p. 443) dît : YAreca oleracea^ connu sous le nom de Chou palmiste, le vin de Palme, les Graminées, etc.
L'usage est bien établi parmi les botanistes, et comme ils mentionnent les noms de plantes cent fois ou mille fois plus souvent que les littérateurs, ce serait à ces derniers de les suivre, à moins de nier que Fusage ne fasse règle en matière d'orthographe (1). La seule exception faite par les botanistes est pour les noms très vulgaires, antérieurs, pour ainsi dire, à la science, comme blé, orge, hêtre, chêne, etc. Encore, si l'on veut parler d'une certaine espèce de chêne, on écrira le Chêne Rouvre (2), le Chêne pjrramidal, le Hêtre pourpre, etc.
Les érudits ont l'habitude de mettre une capitale au commencement du nom des ouvrages qu'ils mentionnent. Il en résulte, dans la synonymie botanique, une multiplicité de grandes lettres et les titres abrégés de livres se confondent quelquefois avec les noms d'auteurs (Linnaea et Linné). C'est à cause de cela, probablement, que de Candolle, imité par Koch et un petit nombre de botanistes, avait adopté de petites lettres pour les désignations d'ouvrages.
Le pluriel des noms latins de plantes, en français, est un point assez embarrassant. L'usage, dans la langue, est tantôt de ne pas modifier au pluriel les noms d'origine étrangère (un errata^ des errata; d'après le Dictionnaire de l'Académie et celui de Littré), et tantôt d'ajouter une s
(1) Dans les mots spéciaux, les hommes de la spécialité font Tusage. Quelques littérateurs auraient beau écrire vagon, si des milliers dMngéoicurs écrivent wagon, c'est ceux-ci qu'on imite.
(2) Dans les dictionnaires français les plus estimables, on a méconnu le fait que plusieurs noms d'espèces ont une grande lettre parce qu'ils étaient auparavant des noms propres de genre^ avec une forme de substantifs. Ainsi, on doit écrire Daphne Mezereum (non mezereumj, Daphne Laureoîa (non laureola), Digitalis Sceptrum, etc.
(un opéra^ des opéras ; un kopeck^ des kopecks^ ibid.) L'Académie a bien admis le mot « un maximum », mais elle n'a pas voulu dire si le pluriel est « des maximum, ou des maximums, » ou selon l'usage de beaucoup de mathématiciens des maxima (1). La règle n'est donc pas aussi fixée que le supposait M. de Schœnefeld dans le Bulletin de la Société botanique de France, en 1859 (p. 591), lorsqu'il disait : « Les substantifs latins intercalés dans une phrase française deviennent indéclinables.» II n'avait pas vu dans le dictionnaire de l'Académie française (éd. de 1835j : « cultiver des géraniums ». M. Porcher, président de la Société d'horticulture d'Orléans, dans une lettre à M. Morren (Belgique horticole, 1867, p. 106) insiste pour qu'on dise « des Fuchsia^ des Rhododendrum ». etc. Ce qui serait éminemment contraire au génie — comme on dit, — ou plutôt à la routine de la langue, ce serait de dire « des FucJisiœ^ des Amygdali^ des Rhododendra », selon l'usage d'autres langues. L'addition d'une s^ pour le pluriel des noms de plantes est usitée par les littérateurs (ûict, de V Académie, aux mots Géranium, Camkllia; J)kt, de Liitré, aux mots Camellia, Daphne), mais les botanistes ont plutôt suivi l'usage contraire. Adrien de Jussieu parle {Traité de bot,) « des Luliea ». On dirait pourtant qu'il a éludé la difficulté en mettant presque toujours ses exemples au singulier, Auguste de Saint- Hilaire (MmphoL vègét,, p. 806, 807, 841) n'hésite pas à écrire : les Muscari, les Alisma, les ^phagnum. Tous les deux ont soin de mettre ces noms en italiques. Je
(1) Le Dictionnaire de Bescherelle, au mot maximum, donne pour pluriel fiiaxima; mais, au mot minimum, il s'exprime ainsi : « Quelques personnes disent au pluriel des minimum, d'autres des minima, La première forme est beaucoup plus conforme au génie de notre langue. » Le Dictionnaire de littré reconnaît chez les mathématiciens Tusage de dire au pluriel minima ^ maU il âjoun) : dans le krigagB général, il faut dire leë minimums.
n'ai rencontré chez aucun botaniste écrivant bien le français une s au pluriel de noms de plantes, imprimés soit en italiques, soit en lettres ordinaires. Puisque la règle est douteuse, personne ne peut nous blâmer de l'avoir tranchée en botanique d'une certaine manière.
Enfin nous devons examiner la question du genre des noms de plantes en français. Contrairement à ce qu'on aurait pu supposer, d'après l'origine latine des noms botaniques et de la langue française elle-même, les noms de plantes terminés en a^ qui sont féminins dans la langue latine, se trouvent masculins en français. On dit un Dalhia, un Fuchsia, un Camellia, un Phyllirea, un Bégonia, etc. Par analogie, et malgré ce qu'on peut lire ou entendre çà et là, il faut dire un Rosa, un Veronica, un Cassia , quoique Rose , Véronique et Casse soient féminins en français. La répétition de plusieurs a dans des noms consécutifs , comme serait la Cassia grandiflora, la Dalhia mexicana, choquerait l'oreille. C'est probablement ce qui a décidé , en dépit de l'origine latine et de l'analogie des noms avec ceux en français.
La même règle s'applique aux titres d'ouvrages latins quan;d on les cite dans une phrase française. On doit dire : le Flora^ le Linnaa^ Linné dans son Philosophia botanica. Ce n'est pas seulement par euphonie et parce qu'on peut sous-entendre journal, ouvrage, mais aussi d'après la règle , sans exception , que les noms latins introduits dans un texte français sont masculins (epitome, tibia, placenta, etc.), ainsi que le remarque M. de Schœnefeld dans l'article déjà cité. J'estime aussi avec M. Clos (ibid.) qu'on doit dire : le Botanische Zeitung^ le Botanical gazette^ d'après le principe que les mots tirés d'une langue étrangère sont masculins en français (un opéra, quoique le mot soit féminin en italien).
La traduction, en latin, de noms d'hommes ou de localités, et de certaines formes ou de certains objets pour lesquels les anciens n'avaient pas de termes, doit se faire en vue d'être bien compris, plutôt que pour montrer qu'on est un grand latiniste. Les personnes qui consultent les livres de botanique ne sont pas offusquées de rencontrer, dans des noms propres, des eu,.iesoi, àew,^ des sck, ou sk^ dont les latins n'avaient aucune idée. Ces lettres répondent à des noms réels, qu'il ne faut pas* confondre les uns avec les autres et qu'on doit pouvoir trouver sans aucune peine dans un recueil bibliographique. De même pour les noms de localités. Quand ils sont modifiés on ne les reconnaît pas toujours, et quand ils sont traduits, en mettant le nom de l'antiquité au lieu du moderne, on jette souvent le lecteur dans la plus complète incertitude. Un très grand nombre de botanistes peuvent confondre le lacus Verbantcs (lacus Major) avec le Larius (Comensis) et je suis persuadé que les 99 centièmes ne savent pas que Octodurum signifie le petit bourg de Martigny, en Valais. Il m'est arrivé récemment d'avoir à décrire des rameaux en zig-zag. Ne trouvant pas le mot latin, qui existe peut-être, je me suis contenté de dire : Rami modo dicto gallice zig-zag. Les botanistes qui luttent contre les difficultés de traduction en latin font quelquefois des tours de force et mériteraient sans doute un prix au collège, mais leurs confrères n'y sont pas trèssensibles.
g 3. — Adhéviations.
Il y a des termes, des mots, des noms d'auteurs et de titres d'ouvrages qui reviennent si souvent qu'on est porté à les abréger. La seule règle sur ce point parait être qu'une abréviation doit se comprendre facilement. Je veux dire que la grande majorité des botanistes doit pouvoir la comprendre à première vue, sans hésitation. Lorsqu'une abréviation n'est pas très usitée dans la science, il ne suffit pas qu'une explication en soit donnée quelque part dans l'ouvrage. On consulte les livres de botanique plus qu'on ne les lit, et il faut pouvoir comprendre un passage ou une citation immédiatement, sans être obligé de la chercher dans la préface ou dans des notes. Les botanistes écrivent en différentes langues, et les abréviations doivent pouvoir être comprises par les étrangers, à moins qu'on ne prétende cantonner les livres dans un seul pays, ce .qui serait ridicule à notre époque. Il y a aussi des usages qui remontent aux Romains, qu'on a suivis lors de la renaissance et qui ne sont pas à dédaigner, surtout dans les textes et avec les noms de botanique en langue latine.
C'est en réfléchissant à ces conditions générales que nous avons recommandé, on 1867, dans V article 52 des lois de la nomenclattire^ d'abréger les noms suivant l'usage de Linné, Lamarck, de Jussieu, Endlicher, etc.. qui est celui des Latins, en mettant les premières letti^es, ordinairement celles qui composent la première syllabe, et le commencement de la seconde : Juss. pour Jussieu, Gaertn, pour Gaertner, etc. , sanfe vouloir renoncer a
quelques abréviations plus grandes, telles que L. pour Linné, ou mal faites, mais extrêinement connues, comme DC, pour De CandoUe. J'ai montré (1) qu'en s'éloignant de Tusage, par exemple, en abrégeant le nom Hooker par Hkr au lieu de Hook., on tombe dans de véritables énigmes, 47 voyelles ou diphtongues pouvant être supposées entre une consonne et la suivante. Le Congrès approuva, sans la moindre hésitation. Cependant on voit encore des auteurs qui suivent des procédés différents, par exemple, celui d'omettre les voyelles, sans se douter qu'ils ne sont pas compris.
Ce système, si incommode, provient d'une notion de linguistique vraie, mais qui ne doit pas être appliquée dans le cas dont il s'agit. Assurément dans la formation historique des mots et dans leurs' variations selon les dialectes ou les formes grammaticales, les voyelles ont moins d'importance que les consonnes. C'est tellement vrai qu'en hébreu elles ne s'écrivaient pas. Mais pour les noms propres, une voyelle a autant d'importance qu'une consonne. Ainsi un individu s'appelant M^rtens est aussi différent d'un M^rtens que s'il s'appelait Jacobi. Il est donc aussi important de donner les premières voyelles que les premières consonnes. En général savoir les premières lettres, consonnes ou voyelles, est ce qui permet de chercher un nom dans un dictionnaire (m dans une liste d'auteurs. Si l'on n'a pas ces premières lettres on peut hésiter et errer indéfiniment.
L'autre genre de fautes, sur notre nom, par exemple, m'a paru si bizarre que j'en ai cherché l'origine. Elle tient probablement à ce que jadis, et aujourd'hui encore de temps en temps, on a confondu ou l'on confond
(1) Lois de la nomenclature, 2« éd., p. 59.
Db Candollb, La Phytographie. ^^
deux choses très différentes : une abréviation, et les initiales ou lettres quelconques sous lesquelles un auteur se dissimule, ou s'indique, sans se nommer complètement. Chacun a le droit de signer un article de journal comme il veut, par une lettre, une croix ou même un nom de fantaisie. C'est assez indifférent, puisque le but, dans ce cas, n'est pas de se faire bien reconnaître et qu^'on vise même quelquefois à dépister le lecteur. Dans une abréviation au contraire, on veut que le nom soit bien indiqué. Léman a signé des articles d'un Dictionnaire d'histoire naturetle LN ; Guillemin en a signé G... N; Adrien de Jussieu, A.D.J. ce n'est pas du tout une raison pour abréger leurs noms par ces lettres, qui ne se comprendraient pas. Augustin-Pjrramus de CandoUe avait signé des articles DC, parce qu'on écrivait assez souvent, autrefois, à Genève, par un grand D les noms tels que de Saussure, de la Rive, etc., usage qui existe aussi en Angleterre pour des noms analogues de familles d'origine française. Plus tard on a pris, et de CandoUe lui-même a pris, sans y faire attention, ses initiales pour une abréviation. La véritable abréviation du nom est Gand. Si j'ai adopté l'autre, c'est pour ne pas repousser un usage très admis et très connu, de la même manière que l'on conseiVe les noms de familles LabiaÛR et Crucifera, qui ne sont pas suivant les règles. Il faut toujours viser à être clair. Si l'on est mieux compris par un procédé irrégulier et exceptionnel que par le mode ordinaire il faut suivre. Ainsi, on abrège Saint-Hilaire par St-Hil.
J'ai promis de montrer les inconvénients de certaines abréviations irrégulières. Il suffit pour cela de les mentionner. Voici comment on a désigné des auteurs^ qui doivent être des botanistes, mais dont je ne puis
absolument pas deviner les noms, malgré ma grande habitude des publications botaniques.
Dr.
Stbg.
Fkl.
Krph.
Brgt.
Csta.
Wt.
Nke,
Ehrb.
Dctr.
CNDN.
Utzsch
Brm.
Bvn.
Hsch.
Brch
Btt.
Thr. (1)
Entre chacune de ces consonnes, on a pu supprimer 47 voyelles ou diphtongues (2). Par conséquent, 47 X 47, soit 2,209 hypothèses sont possibles pour l'abréviation Fkl, en supposant que la lettre l termine le nom, et 103,823 s'il y a une voyelle après la lettre L Autant valait dire : « Un auteur, que nous ne nommons pas, a fait telle espèce, etc. »
Dans toute abréviation, lorsqu'on supprime une lettre, il faut mettre un point. C'est donc une faute d'écrire RBr. pour Robert Brown. On doit mettre R. Br., à moins qu'on ne se contente de Br., qui est très connu.
L'abréviation la plus absurde est HK. pour Humboldt et Kunth. Elle est trop brève pour chaque nom ; elle devrait avoir un point entre les deux lettres, et enfin, les espèces recueillies par Bonpland, décrites par Kunth, dans l'ouvrage publié par Humboldt, doivent être attribuées à Kunth, qui a pris la responsabilité des noms. La vraie désignation est : Kunth in Humboldt et Bonpland, Nova gênera plantarum, soit Kunth in H« et B., etc., si l'on veut abréger davantage.
Les noms courts et d'une seule syllabe peuvent être
(1) Je pourrais citer les ouvrage» où sont ces hiéroglyphes que j*ai notés depuis ceux dont je parlais en 1867. Quelquefois les lettres ne sont pas suivies d'un point. Estrce que la dernière lettre était celle du nom?
(2) Voyez Lois de la nomenclature, 2« éd., p. 59.
donnés en entier sans inconvénient : Roth, Re, Don, Ker, Blytt, Link. On ne gagne, pour ainsi dire, pas de place à écrire Blum. pour BJume. Si le nom est entier et que la phrase continue, il ne faut pas de point, en dépit des compositeurs qui croient bien faire en l'ajoutant toutes les fois que la dernière lettre est une consonne.
Enfin, il y a des combinaisons de lettres qui rendent le mode ordinaire d'abréviation insuffisant. Par exemple, le nom de Decaisne ne serait pas compris si Ton mettait Dec, et ne serait pas abrégé en mettant Decaisn. Dans ce cas exceptionnel, je préfère Decsne. L'abréviation Mich'^ distingue nettement Michaux de MicheJi. C'est par des procédés de ce genre qu'on peut éviter une abréviation trop longue ou équivoque, tout en maintenant le mode essentiel de donner les premières lettres.
Le besoin d'abréger se fait sentir pour des noms de pays ou d'organes et pour des mots qui reviennent fréquemment. Personne ne s'étonne de rencontrer C. B. Sp. pour Caput Bonae Spei, occid, ou or, pour occidentalis et orientalis, herb, ou même A. pour herbarium, stam. pour stamen ou stamina. Dans les langues vulgaires, il faut penser aux botanistes étrangers qui les connaissent imparfaitement. Les abréviations, comme les mauvaises écritures, sont pour eux inintelligibles. Il y a des flores allemandes, en elles-mêmes excellentes, où les abréviations abondent et sont faites de manière qu'un Français, un Anglais, un Italien ne peuvent pas les comprendre. J'ouvre, sans la nommer, une de ces flores qui peuvent servir d'exemple, et je trouve à la première page venue, dans le caractère générique du Tra-
gopogon : HûUb. Ireigig, etc F. mit, etc Ha. der
Ha. Kr. aile gefiedert, etc. Ensuite, dans la première espèce (T. porrifolius) B. lineaUanzettlich, etc bei
der Bth...,. Il y a bien quelque part une explication, mais pour les botanistes qui étudient une espèce au moyen de plusieurs ouvrages dans différentes langues, ce n'est guère commode d'avoir à chercher une explication, pour s'en servir, ligne par ligne, comme d'un dictionnaire. La plupart du temps on y renonce, et ainsi, par une cause bien secondaire, on prend une autre flore, moins bonne peut-être, mais plus lisible.
Les auteurs allemands et anglais se servent d'abréviations plus que les français et les italiens. On trouve dans toutes les langues des ouvrages où les mots abrégés se lisent couramment. Je citerai, par exemple, Koch (Syn. FI. germ.), Lowe (Man. FI. of Madeira) et Laterrade (FI. bordel, et de la Gironde). Les abréviations y sont nombreuses, mais toutes parfaitement claires. Si l'on cherche à quoi tient cette clarté, on verra que les mots ont toujours été indiqués par les premières lettres, sans omissions : Cal., Pet., (non Cl., Pt.), pour Calyce, Pétale, ou cuit, (non cit.), pour cultivé. En outre, les Anglais et les Français ont évité les mots qui ne concordent pas avec les termes latins que les botanistes connaissent. Ainsi ils ont adopté en anglais anther, en français anthère, qu'on abrège par anth.; ils disent aussi carpelles, en abrégé carp. C'est bien autrement plus facile à lire pour un étranger que Stbb., ou même Staubb., pour Staubblatt, et F. b. pour Fruchtblatt, dont j'ai des exemples sous les yeux dans une très bonne flore allemande.
Les abréviations ordinaires dans les livres de botanique ont été données par de CandoUe, au commencement du Systema^ savoir : pour des mots ou termes, vol. i, p. 13, et pour des noms d'auteurs et ouvrages, p. 14. Lindley les indique, à peu près de la même
manière, dans son Introd'UcHofi to Botany^ éd. 2, p. 426, et Vegetable Kingdom^ éd. 1833, p. 906, et Steudel à la fin de son Nomenclator, Les abréviations de noms de botanistes plus modernes se trouvent, correctement faîtes, dans Asa Gray, Botanical text^ook, in-8*^, New-York, 1879, p. 385. Pour les noms qui lie sont pas dans ces ouvrages, le mieux est de consulter Pritzel Thésaurus Liieraiura botanica^ édit. 2, in-4°, 1872-77, où les auteurs sont énumérés d'après Tordre alphabétique. Si l'abréviation que Ton cherche a été faite régulièrement, il est assez facile de trouver dans cet ouvrage ce qu'elle signifie ; mais si l'on a sauté une ou plusieurs voyelles de la première syllabe du nom, c'est à peu près impossible.
§ 4. — Ponctuation.
Il n'y a pas de règle spéciale à la botanique pour la ponctuation. Elle doit être claire, commode dans la lecture et conforme aux usages (1). Comme ceux-ci varient un peu, suivant les auteurs, je me contenterai d'indiquer certains modes qu'il convient de suivre ou d'éviter.
Dans toutes les langues, on sépare les épithètes par des virgules (,). Le point et virgule (;) indique une suspension plus grande, exigée pas le passage d'un point de vue à un autre ou d'une division à une autre dans la même phrase. On écrira, par exemple : Stamina S ; filamentis erectis, linearihus ; antheris oblangis, introrsis. Les deux points (:) annoncent une citation ou une énûmératîon pat 1®, 2**, etc. , ou par A, B, etc.
(1) George Sand a écrit sur la ponctuation d'une manière très judicieuse, dans ses Impressions et Souvenirs, éd. dé 1873, vol. \, p. 90.
Tel est le sens moderne, car, dans les temps anciens, et même du temps de Linné, on donnait aux deux points des sens différents et assez mal définis.
Le point (.) devrait indiquer toujours la fin d'une phrase ou labréviation d'un mot. Les auteurs doivent lutter contre les compositeurs dont une des manies a été de mettre un point après chaque chiffre.
Les tirets, soit traits-d'union (-), lient deux mots ensemble ou se mettent à la fin d'une ligne, quand un mot est coupé entre deux syllabes. Les journalistes et les romanciers ont introduit, depuis quelques années, en français, l'usage anglais de séparer des portions incidentes de phrases par des traits prolongés ( — ). Souvent c'est le palliatif d'une mauvaise rédaction, dans laquelle des phrases enchevêtrées seraient plus claires si on les séparait. Quelquefois des parenthèses vaudraient mieux, ou simplement des virgules. Voltaire, Montesquieu, Buffon, tous les anciens auteurs qui écrivaient agréablement et clairement en français s'en sont passé. Ils ont mis peu de réflexions incidentes dans les phrases, et quand ils ont voulu en mettre, ils les ont distinguées par les moyens ordinaires de la ponctuation. D'ailleurs, ces traits ont un sens ancien, connu et commode ; en particulier, dans les livres de botanique, celui de séparer des phrases traitant de choses assez différentes, sans multiplier les alinéas. Par exemple, après avoir énuméré, dans la description d'un genre, les caractères tirés de la fleur et du fruit, il est commode de passer aux caractères de végétation en mettant : — Arbores foliis, etc. L'usage en est ancien ; or, il est assez ridicule d'employer la même forme dans un sens nouveau, puisqu'on savait très bien s'exprimer d'une autre manière,
Les botanistes peuvent remarquer une excellente ponctuation dans le Gênera plantarum d'Endlicher, du moins dans le texte, car la synonymie laisse quelque chose à désirer sous ce rapport (1). J'indique ce modèle, parce qu'on n'arrive pas du premier coup à une bonne ponctuation. Les anciens auteurs ponctuaient à peine et fort mal ; les modernes se sont perfectionnés graduellement. De la même manière, chacun de nous commence avec une ponctuation médiocre, dont il reconnaît peu à peu les défauts. Les dix derniers volumes du Prodromus^ dont j'ai corrigé les épreuves, même pour les articles qui ne sont pas de moi, montrent des perfectionnements successifs dans ces détails, tels qu'une longue pratique peut les suggérer. Cependant, je n'ai jamais été bien satisfait, à cause de l'uniformité qu'il ne fallait pas trop abandonner dans un ouvrage pareil et de la condensation extrême du* texte. Une ponctuation insuffisante a été conservée dans les phrases spécifiques, mais elle est meilleure dans les descriptions ajoutées pour chaque espèce dans les dix derniers volumes, dont je me suis spécialement occupé.
M. Asa Gray [Bot. textrbooK, 4879, p. 365), recommande deux modes de ponctuation : l'un pour les phrases spécifiques en latin, l'autre, pour celles en anglais.
Le premier diffère peu du mode que nous avons suivi dans les Monographia Phanerogamarum, vol. I. Voici l'exemple cité par le savant américain : Ranunculus acris (Linn.) : Foliis pubescentibus subglabrisve palmatopartitis, lobis inciso-dentatis acutis, summis lineaiîbus ; caule erecto plurifloro subpubescente ; pedunculis tcre-
(1) Les auteurs auraient dû y être séparés par des points et virgules^ non par des points, et il y a trop de points à la suite des numéros de volumes et de pages.
tibus; calyce subvilloso; carpellis mucrone suberecto tenninatis. — C'est la transcription du Prodromus^ I, p. 36, avec une ponctuation évidemment meilleure.
Pour un texte en anglais, je prends au hasard daiisle Synoptical flora of North America, indiqué par M. Asa Gray : Steironema ciliatum, Raf . Stem erect, 2 to 4 feet high, mostly simple : leaves ovato-lanceolate or oblongovate, gradually acuminate (5 to 2 inches long), and mostly with rounded or subcordate base, minutely ciliate ; the long pétioles hirsutely ciliate : coroUa exceeding the calyx, about three quarters inch in diameter.
Ici les deux points sont pris dans un sens inusité. Si Ton veut détacher nettement ce qui concerne chaque organe, le mieux est d'en faire des phrases distinctes commençant par un nominatif et terminées par un point. C'est le procédé usité pour les genres, et celui de M. Bentham (FI. Austral.) pour les espèces. Il est vrai qu'il s'éloigne de ce qu'on fait pour les phrases spécifia pces ou diagnoses, et se voit plutôt dans les descriptions. Du reste, plus on développe, plus il faut multiplier les phrases distinctes et la ponctuation dans chaque phrase. Ce qui convient à Tabrégé appelé diagnose ou phrase spécifique, ne convient pas à une longue description. Dans tous les cas un auteur doit suivre uniformément lu ponctuation qu'il a adoptée.
§ 5. — Signes.
Les signes sont des abrévations poussées à l'extrême. Quand ils s'appliquent à des choses qui reviennent fréquemment et dans les ouvrages botaniques de diverse
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nature, ils ont de Tavantage. Mais lorsqu'on les étend à des caractères rares ou à des détails particuliers de quelques ouvrages, ils deviennent obscurs et incommodes.
Si l'on veut constater l'abus des signes il faut voir les publications, sous bien des rapports excellentes, de Loudon (1). Cet auteur, pour gagner de la place, avait inventé des signes différents pour une plante grimpante à feuilles caduques, une plante grimpante à feuilles persistantes, une plante bulbeuse, une plante tubéreuse, une plante parasite, etc., etc., d'où il est résulté qu'à chaque ligne il faut recourir aux explications. A moins d'user de pareils ouvrages comme d'un bréviaire on renonce à s'en servir. Lindley {Introd. to bot. éd. 2, p. 425) a réuni, dans deux pages, 72 signes proposés par divers auteurs, mais les trois quarts de ces signes ne sont pas usités. De Candolle en indiquait 23 au commencement du Systema. J'en ai conservé 17 jusqu'à la fin du Prodromus (vol. XVII, au verso du titre), après avoir mis de côté ceux qui m'ont paru d'un emploi trop rare ou trop difficile, par exemple, pour une plante grimpante de s'enrouler à droite ou à gauche, et pour une plante quelconque d'avoir des feuilles persistantes, beaucoup d'espèces les ayant à demi-persistantes. Des 17 signes que j'ai conservés et dont je vais parler, plusieurs peuvent être remplacés par un mot, sans inconvénient.
O Plante monocarpienne d'une durée inconnue. — Cet ancien signe usité par Linné {JSp.pl. préface) s'appliquait jadis à toutes les plantes monocarpiennes qu'on ne savait pas positivement bisan-
(1) Bncyclopedia of plants; Arboretum; Encyclopedia of trees and 9hrub$.
nuelles. Le signe, qui est celui de la Terre en astronomie, exprime une révolution strictement annuelle.
® Plante annuelle proprement dite, mûrissant ses graines dès la première année.
(D Plante bisannuelle. Linné employait dans ce cas le signe d, qui est devenu plus tard celui des plantes mâles. Cette transposition de sens m'a paru singulière et j'en ai cherché Torigine. Linné, en 1751, dans sa dissertation sur les Plantes hybrides (Amœn, in-8®, vol. III, p. 33) proposait le signe (S pour le père d'une hybride, Ç pour la mère, et $ pour l'hybride elle-même (1). Il a renoncé ensuite à cette idée, et dans son Species (éd. 1, 1753) il a appliqué, on ne sait pourquoi, le signe 6 aux espèces bisannuelles (voir Gaucalis orientalis, Chaerophyllum Temulum, etc.). Willdenow {Sp. pi.) et de Candolle dans la Flore (I, p. ^22), ont continué. Cependant Murray, dans sa quatorzième édition du Systema de Linné, en 1784, appliquait les signes d' et Ç aux fleurs mâles ou femelles (pag. 830 et suiv.), ce qui était évidemment emprunté à la dissertation primitive de Linné. Il n'employait pas de signes pour la durée. L'usage de Murray, adopté par de Candolle en 1819 [TUor. élém., 2* éd., p. 532), a prévalu. — Le signe (D, très facile à comprendre, mérite bien d'être appliqué aux plantes bisannuelles.
^ Planté vivace.
(1) Le sens de ces signes a été visiblement suggéré par leur emploi en astronomie. c5' signifie la planète Mars, ^ celle de Vénus. Quant à Ç c*est )s signe de Mercure, fils àe Jupiter et de Maia.
â84 PREMIERE PARTIE — CHAPITRE XX
iy Plante ligneuse ^ d'une taille inconnue. Dans les anciens ouvrages ce signe était tourné autrement et avait la forme d'une A.
■-^ Sous-arbrisseau de deux pieds, au plus, et $ ai*buste de plus de deux pieds : distinction assez délicate et certainement arbitraire, qu'il aurait mieux valu éviter. La distinction réelle est celle de plante ligneuse l'amifiée dès la base (arbrisseau et arbuste) et plante ligneuse pourvue d'un tronc (arbre).
5 Petit arbre, ayant au plus 25 pieds de hauteur, et 5 , arbre plus grand : distinction également arbitraire et d'une application difficile.
On pourrait se contenter, ce me semble, du signe 5 pour toute plante ligneuse, et indiquer dans la description, quand on le peut, la manière de se ramifier et la hauteur (suffrutex, frutex, arbuscula, arbor). u Plante grimpante.
c5' Plante ou fleur mâle. (Voir à la page précédente
l'origine de ce signe et du suivant).
Ç Plante ou fleur femelle.
9 Plante ou fleur hermaphrodite. Ce cas est si fréquent dans les Phanérogames qu'on emploie le signe seulement dans les catégories de plantes où il y a des fleurs de sexe différent.
De bons auteurs, par exemple de Lamarck, de CandoUe (FI. fr.), Kunth (Enum.) ont préféré ne pas employer de signe pour le sexe et dire dans les descriptions 7MSC.^ fem,y herm. C'est une simplification pour les compositeurs d'imprimerie, et le texte est plus agréable au coup d'œil que s'il est criblé de signes bizarres, comme cela arrive quelquefois. D'un autre côté le lecteur ne voit pas immédiatement où sont les descriptions de chaque
sexe. On peut comparer le pour et le contre dans les deux premiers articles de nos Monographies Phanerogamamm, faisant suite au Prodromus. Je n'ai pas employé de signes sexuels dans les Smilacées et M. Masters en a mis dans les Restiacées.
oc Nombre indéfini, c'est-à-dire considérable et qu'il
ne vaut pas la peine de compter.
? Signe de doute. Il est important de le bien placer. A la fin d'une phrase il porte sur le sens général de cette phrase ; après un mot ou un chiffre dans la phrase, sur le mot ou le chiffre. Entre parenthèses (?), il implique un doute chez celui qui transcrit l'assertion d'un auteur.
! A la suite d'un nom d'auteur, veut dire qu'on a vu un échantillon authentique, nommé par l'auteur lui-même. De Candolle, quand il a introduit ce signe, en 1818, dans le premier volume du Systema^ a rendu un grand service, car à cette époque on avait beaucoup trop l'habitude de citer des auteurs sans examen ni preuve. Comme il se donnait la peine de vérifier les synonymes dans les principaux herbiers de l'Europe, chose alors toute nouvelle, il devait naturellement en parler, et le signe proposé l'indiquait sous une forme commode. On a suivi, en adoptant même cet usage pour les citations d'un voyageur ou d'un pays pour lesquelles on avait vu des échantillons certains. Cependant le progrès de l'exactitude a été si grand que les échantillons authentiques ou d'origine certaine sont devenus ordinairement les plus nombreux, et alors c'est plutôt l'inverse, c'est-à-dire l'absence de preuve, qui mérite d'être signalée. Le signe est pourtant assez utile, comme affirma-
tion, lorsqu'on a vu un échantillon de Fauteur qui a fait une espèce, ou qui en a parlé dans le cas d'espèces critiques, ce qui n'empêche pas de dire au besoin, qu'on n'a vu aucun échantillon de telle ou telle espèce. Un auteur soigneux s'efforce de voir tout ce dont il parle et il l'explique dans sa préface ou dans une note préliminaire. Alors, s'il ne dit rien, il est censé avoir vu ; s'il n'a pas vu, il l'énonce positivement, et enfin, s'il a vu un échantillon particulièrement authentique, le ! ajoute à la certitude de sa description et à la confiance qu'elle mérite.
Les signes ? et ! ne remplacent pas le point qui indique l'abréviation d'un nom. Ainsi il ne faut pas écrire Lam!, pour Lam. ! Ce serait faire supposer que Lam est un auteur et non l'abréviation de Lamarck. X Hybride. Le signe se met avant le nom, à la place du numéro d'espèce : X Salix Pontederana Schl. On comprend à première vue que ce n'est pas une espèce véritable (1). Dans la plupart des cas, après le signe d'hybridité il faudrait un point de doute, du moins quand il s'agit de plantes spontanées, inais les auteurs ne s'en inquiètent guère. Beaucoup d'entre eux vont jusqu'à indiquer quel est le père et quelle est la mère, ce dont ils ne savent pas le premier mot*
(1) Dans le Pfodromus, il m'est arrivé de mettre deux ou trois do ces signes pour deux ou trois hybrides différents entre les mêmes espèces. Ce n*était qu'un procédé d'énumération, mais on a pu croire à un autre sens, et j'estime qu'il vaut mieux pour chaque hybride une seule X*
g 6. — Pagination et numéros de planches.
On a quelque peine à croire qu'il existe des livres de botanique sans numéros de pages ou de planches. Cela s'est présenté, même pour des ouvrages considérables, et il est aisé de comprendre à quel point c'est incommode et quel discrédit il en résulte pour les auteurs. La série importante des Gênera plantarum ftorœ germanicœ^ par Nées (junior), Spenner, etc., n'a aucun numéro de planches ni de texte. Il faut citer les fascicules, qui renferment chacun beaucoup de planches. Sturm, Deutschlands Flora, dont les excellentes petites figures coloriées seraient si bonnes à citer, n'a aucune pagination, et chaque planche porte des indications tellement variées et peu suivies que personne ne peut faire relier l'ouvrage, le consulter, ou y trouver une planche quand elle est indiquée par un auteur.
Un défaut, qui n'est pas très rare, consiste à intercaler dans une série de planches quelques planches additionnelles sous des numéros bis, ter, etc., ou, par exemple, 30', 30'', etc. Il est impossible de deviner, avec de pareilles désignations, combien de planches ont été ajoutées, et un acquéreur du livre a beaucoup de peine à savoir si son exemplaire est complet.
Les chiffres arabes sont plus clairs, plus brefs et plus corrects dans une longue série, que les chiffres romains.
Il faut dire aussi, pour terminer ce sujet assez secondaire, que les usages de la typographie ne sont pas toujours bien fondés en ce qui concerne la pagination. Je
ne sais pourquoi la première page d'un chapitre ou d'un article ne porte aucun numéro. Si c'est affaire de goût, l'utilité est sacrifiée à l'apparence, car le lecteur étant renvoyé par l'index à la première page des chapitres ou articles, c'est précisément celle oii le numéro manque ! Dans quelques livres composés d'une série de petits articles, d'une page ou deux chacun, la chose la plus rare est un chiffre de pagination. S'il s'agit d'un in-folio, c'est très incommode. Osera-t-on jamais faire autrement? Les imprimeurs, j'en conviens, jetteraient d'abord les hauts cris, mais ensuite ils s'habitueraient à cette énormité de voir un chiffre au haut de pages en partie blanches.
§ 7. •— Typographie.
La composition d'un ouvrage de descriptions n'est pas facile. Ce n'est point une composition courante. Il y a surtout des subdivisions nombreuses, très importantes, pour lesquelles un auteur soigneux rencontre à l'impression des obstacles de toute sorte.
Supposons un genre de cent ou deux cents espèces, divisé en sections , puis les sections en trois ou quatre subdivisions subordonnées les unes aux autres. Deux difficultés se présentent, l'une dans la copie, et l'autre, comme conséquence, dans la composition.
La première de ces difficultés est de trouver des termes ou des signes propres à faire reconnaître les divisions et subdivisions. Plus il y a de ces coupes successiv;es, plus cela devient difficile et moins on est guidé par des usages établis. Le genre est ordinairement
QUESTlOiNS DE DETAIL SUR L'ORTHOGRAPHE, ETC. 289
divisé en sections (ou sous-genres, terme plus clair), mais ensuite il faut recourir à des signes typographiques, des lettres et des chiffres dont la valeur n'est pas fixée par l'usage. Communément le signe §, appelé paragraphe, indique une division presque aussi importante que le terme section, et même M. Asa Gray relève le § au rang de section ou sous-genre quand il leur attribue un nom substantif ( Text-Bookj p. 368). Quant aux subdivisions inférieures, l'anarchie la plus complète existe dans les ouvrages. J'ai adopté, par exemple, pour le genre Echites [Prodr. VIII p. 447), l'ordre suivant :
Sectio (avec caractères et nom substantif). § (avec caractères, sans nom).
♦, 3Mc, etc. (id.) A, B, C, etc. (id.) a, p, etc. (id.)
Dans le genre Croton , {Prodr. XV, Sect. 2, p. 524, 550), le Dr Muller a divisé en :
Sectio (avec caractères et nom substantif). Subsectio (id.) A, B, etc. (avec caractères, sans noms), a, b, etc. (id.) a, p, etc. (id.) i«, 2», etc. (id.) ♦, 3Ms (id.)
Dans le genre Smilax (1) j'ai été obligé de distinguer
(1) Monogr. Phaner. I, p. 66, 71.
Di Caxoollk, La Phyiographit. 19
huit degrés dans une des sections. Il a fallu plus de signes, aussi pour le dernier degré je n'en ai mis aucun.
Sectio (avec caractères et nom substantif]. § (avec caractères, sans noms).
A, B, etc. (id.) a, b, etc. (id.) 1», 2», etc. (id.) ♦, 3Mc, etc. (id.) t, tt, etc. (id.)
Gerontogeœ, Americanse.
Si je cherchais en dehors du Prodromus et de ses suites, je pourrais signaler une diversité encore plus grande.
Les anglais emploient pour les subdivisions des signes plutôt que des lettres. Ils ont des f , des -{-? des =, et autres moyens de notation. Je vois pourtant aux lettres comme aux chiffres un avantage positif, c'est que l'importance relative est indiquée par leur nature de grandes ou petites lettres et de chiffres consécutifs : ainsi A, B, indique pour tout le monde une division plus élevée que a, b. Il en eët de même des chiffres Ij II, etc., et 1,2, etc., ou 1®, 2°, etc. On devine^ en général, que les chiffres romains sont supérieurs aux chiffres arabes et les lettres romaines aux lettres grecques. Celles-ci ne conviennent pas beaucoup dans les divisions, parce qu'elles sont employées déjà pour les variétés.
Quel que soit l'ordre dans lequel un auteur soigneux indique les groupes successifs, lô nom ou signe est accompagné de quelque^ mots qu'il est nécessaire d'im^ primer diversement. Dans la copie, ce qui doit être en italique est souligné ; et ce qui doit ressortir beaucoup
Test deux ou trois fois, selon rimportance ; mais il est rare que ces indications soient assez claires pour Timprimeur.
Vient, en effet, la seconde difficulté, qtii n'est pas la moindre, celle de la composition.
Une lutte s'établit alors, presque toujours, entre l'auteur et l'imprimeur. Celui-ci veut des titres et sous-titres bien distincts, ayant (selon lui) bonne façon, ce qui veut dire alternativement en petites et grandes lettres, en romain et en italique, etc. Il cherche à faire une sorte de tableau , avec parties symétriques, agréables à voir. L'auteur, au contraire, tient à la subordination de ses divisions. Les premières doivent ressortir beaucoup ejt les autres diminuer successivement pour la force et la nature des types. On peut faire alterner le romain et l'italique ; mais quand il y a deux fois de l'italique pour des divisions d'ordre différent, il faut des italiques plus petites dans la division inférieure. S'il y a divers titres en capitales, celles-ci doivent être d'ordre différent, les plus fortes en tête, les plus petites au dessous, et de même pour les autres caractères. Les espaces blancs doivent isoler les divisions primaires plus que les secondaires, et celles-ci plus que les tertiaires. Voilà de grandes complications. Les petites imprimeries ne s'y prêtent guère, et les grandes ne réusissent pas toujours» Après deux ou trois épreuves corrigées on se lasse. D'ailleurs les corrections, quand les sous-titres sont éloignés dans des feuilles différentes, entraînent quelquefois des erreurs. Ce sont cependant des choses importantes, qui tiennent au fond autant qu'à la forme.
Depuis quelques années l'emploi des lettres dites grasses à fourni un excellent moyen dé distinguer deâ noms d'espèces, etc., sans les mettre hors de ligne
comme des titres. La diversité des caractères est un grand avantage, mais leur choix n'est pas toujours judicieux. Je remarque, par exemple, des ouvrages modernes d'une très bonne apparence, où les variétés sont aussi saillantes, d'après la nature des lettres, que les espèces. D'autres ont des sections aussi visibles que les genres. Quelquefois les divisions ne sont pas placées comme titres au milieu de la page, mais sur le rang du texte même. Ce sont des défauts qui viennent d'un manque de discernement chez les compositeurs ou les protes et d'une négligence de l'auteur au moment de la correction. A mon avis, dans les sciences, une typographie faite avec intelligence vaut mieux qu'une typographie élégante. Elle est aussi moins coûteuse