‹ La phytographie; ou, L'art de décrire les végétaux considérés sous différents points de vueChapitre 61 sur 82 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

§ 1. — Leur importance.

Le dernier travail d'un auteur, avant de livrer son manuscrit à Fimpression, est de fixer les termes du titre, et de préparer les index, qui ne peuvent être achevés que sur les feuilles imprimées. Ces opérations ne sont pas aussi simples que le croient les commençants. Elles influent beaucoup sur le succès d'un ouvrage, et par ce motif, il convient d'observer certaines conditions et d'éviter certains défauts. Il s'agit de choses extérieures au travail proprement dit, mais ici le cadre a plus d'importance que dans un tableau, puisqu'il sert de guide, tout en indiquant le sujet et l'auteur.

§ 2. — Titres.

Toute rédaction, même un article de journal, doit avoir un titre. Il faut bien que l'écrit soit lu et plus

tard cité ; or la nature du titre y contribue beaucoup.

Le nom de l'auteur est évidemment nécessaire pour faciliter les citations, inspirer de la confiance et donner le moyen de recourir à des informations ou éclaircissements. Les publications anonymes sont rares dans les sciences et ne méritent pas d'être encouragées. Celles qui portent des lettres pour signature ne sont pas commodes dans les citations, à moins que les lettres ne soient l'abréviation régulière d'un nom connu, c'est-àdire la première syllabe avec la première lettre de la seconde, ou à défaut une abréviation mal faite, mais passée dans l'usage, comme il en existe deux oii trois,

Le titre est destiné à faire comprendre la nature du travail. Si l'auteur veut qu'on pense à lui et qu'on le cite, le premier soin qu'il doit avoir est de donner un titre clair, significatif, d'accord avec le contenu de l'ouvrage, pas trop long et facile à se rappeler.

Le titre Amaltheum botanicum, de Plukenet, ne dit rien à la plupart des botanistes.

Pan suecus, de Linné, est à peu près dans le même cas, puisque beaucoup de personnes ignorent que Pan fut la divinité des pâturages. Le titre, d'ailleurs, n'indique pas ce qui a rendu la dissertation si célèbre : l'emploi pour la première fois de la nomenclature binominale. Par parenthèse, il est bien rare qu'on puisse critiquer Linné sur un titre. La clarté de son esprit les lui faisait trouver presque toujours avec un bonheur remarquable.

Commelin, Prœludia botanica; Hermann, Paradisus batavus ; PauUi , QuadripartUum botanicum ; Roth , Catalecta botanica, sont des exemples de titres bizarres, qui n'indiquent pas le contenu des ouvrages.

Amœniiates italicœ, de Bertoloni, s'appliquerait à

une description des plus beaux endroits de Tltalie, tandis que c'est un recueil de mémoires de zoologie et de botanique.

Au moins ces titres-là sont courts et faciles à abréger dans une citation ; mais que penser des titres de plusieurs lignes qui abondent dans les articles de journaux et dont il y a des exemples aussi pour des ouvrages? Leur principal inconvénient est qu'on les abrège de plusieurs manières, ce qui fait supposer quelquefois à tort plusieurs écrits différents. Des titres égaux en apparence présentent le même inconvénient. S'il y en a deux, le second doit être une explication du premier, et alors le premier, seul en évidence, est celui qu'on cite.

Les titres inexacts ne sont pas bons. Exemples : Un mémoire sur quelques genres ou espèces d'une famille intitulé Monographie de cette famille ; un catalogue de noms intitulé Flore ; un soi-disant Traité de botanique dans lequel des parties considérables de la science sont omises, etc.

Je dirai enfin que l'intention louable de rendre hommage à des botanistes a fait multiplier un peu trop, selon moi, les publications intitulées Linnaa, Bonplandia, Billotia, etc. C'est une source de confusion dans les citations, à cause de la difficulté de faire distinguer, par exemple, Linné et Lînnaea. Dans le Prodromus, de CandoUe avait essayé d'écrire Z. pour Linné, et linnœa ou linn. pour le journal. C'était bien arbitraire, et l'on a pris probablement linnaa pour une faute d'impression.

g 3. — Tables.

Un travail de quelque étendue perd beaucoup à n'avoir pas d'index.

Ordinairement il faut une table des matières, au commencement, d'après l'ordre des chapitres, et une table alphabétique à la fin. Celle-ci est composée de mots seuls, ou de mots avec explications. Dans ce dernier cas, c'est une table analytique.

Les botanistes ne sont pas arrivés du premier coup au meilleur système de tables alphabétiques. Les procédés simples sont souvent les derniers auxquels on pense, et en voici la preuve.

Dans tout arrangement alphabétique, il est bien indifférent qu'un mot d'une certaine nature se trouve à côté d'un mot d'une autre nature. Pourvu que chaque mot soit à sa place en raison des lettres, cela suffit. Ainsi, dans un dictionnaire de langue, les adjectifs, substantifs, verbes, etc., sont tous mélangés, et personne ne s'en plaint, parce qu'ils sont disposés alphabétiquement. On n'a pas eu l'idée de faire des énumérations différentes pour chaque catégorie de mots, ce qui aurait obligé le lecteur à voir dans chaque cas : 1® la nature du mot qu'il cherche ; 2® l'ordre des index de chaque nature de mots ; 3® le mot lui-même dans son index. Cette triple opération de l'esprit aurait* entraîné une perte de temps et causé des erreurs.

Les naturalistes n'ont pas fait autrefois ces réflexions et ne les font pas toujours à présent. Dans le xvi® siècle on mettait à la fin des volumes une table des noms

latins de plantes, une autre des noms grecs, une troisième des noms vulgaires, peut-être une quatrième pour les noms d'auteurs, etc. Au xviii® siècle, Linné lui-même, qui était si remarquable pour les procédés d'ordre, mettait dans son Philosophia botanica trois index différents : pour les termes, les genres et le contenu (table analytique). Le SpeHes a trois tables : pour les noms de genres admis, les synonymes et les noms vulgaires. Une seule aurait suffi. Linné avait l'habitude de répéter au haut des pages : Index synonymorum, ou Index generum; mais d'autres ne Tout pas fait, et alors on se figure quelquefois qu'un article n'est pas dans l'ouvrage, parce qu'on s'est trompé sur l'index dans lequel il fallait le chercher. Je le répète, les noms d'auteurs et les noms de localités, les noms de genres admis et les synonymes, les noms scientifiques et vulgaires, etc., sont tous composés de lettres, et quand on les dispose dans une seule série alphabétique, on les trouve immédiatement, sans aucune confusion.

Puisque j'ai cité dans plusieurs genres de travaux des modèles à suivre, je mentionnerai comme tables très soignées, faites avec jugement et précision, les Index du Prodromus^ par Buek (1).

L'usage est assez établi d'imprimer les synonymes, dans les tables, en lettres italiques. Du reste, on pourrait, je crois, diminuer la variété des caractères dans la plupart des index. Ce serait simplifier leur rédaction et le travail des épreuves.

(1) Index generalis et specialis ad Prodromum, in-8«. Partie I. 1842, pour les quatre premiers volumes du Prodromus; H, 1840, pour les Composées; m, 1858, et IV, 1874, pour les volumes suivants.

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