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REFLEXIONS GENERALES

Les dessins ont été le mode primitif et préhistorique de description. Ensuite Finvention de Técriture a conduit à des rédactions, et c'est après de nombreux perfectionnements que celles-ci sont devenues de siècle en siècle plus importantes. Il y a une sorte d'antagonisme ou de rivalité entre ces deux manières de représenter les faits. Quand les descriptions écrites sont irrégulières, imparfaites ou incomplètes, ce qui était le cas pour les espèces avant le xviii® siècle, on se croit obligé de donner beaucoup de figures. Presque toutes les plantes connues du temps de Bauhin étaient figurées. Aujourd'hui la majorité des espèces décrites ne Test pas. On se contente, sans trop de regrets, de descriptions bien faites, en bon ordre et développées. Cependant les faits observés au microscope sont décrits, encore de nos jours, d'une ma-

nière tellement irrégulière, si peu comparable d'un auteur à l'autre et avec une si grande diversité de termes et de noms d'organes, qu'on se croit obligé, en ce qui les concerne, de multiplier les figures. Elles forment, dans l'anatomie botanique, la partie principale de toute publication : signe d'infériorité, qui disparaîtra quand la phytographie aura fait plus de progrès.

Tout le monde comprend l'avantage des figures pour indiquer nettement la forme et la position des objets, mais on ne tient pas assez compte de certains inconvénients qu'elles peuvent avoir. Généralement elles sont plus précises qu'il ne faudrait. Les contours vagues sont indiqués par une ligne trop distincte; les pubescences très légères sont suprimées totalement; les demiadhérences sont données comme de véritables insertions, etc. Cela provient d'une disposition, fréquente chez les dessinateurs, de tracer des contours plus arrêtés qu'ils ne les voient. Une autre cause d'erreur est plus grave, parce qu'elle est à peu près inévitable : toute figure représente un cas particulier, tandis que les groupes de formes appelés genres, espèces, ou organes, sont des moyennes, ayant* des variations et des extrêmes qu'il ne faut pas négliger. Lorsqu'on juge d'un objet composé d'éléments au moyen d'une figure, on juge du tout d'après la partie. La comparaison de plusieurs planches d'une même espèce ou d'un même organe le fait sentir quelquefois d'une manière palpable, en montrant bien la diversité des cas particuliers.

A vrai dire, les figures ont la valeur d'échantillons qui se conservent et que la plupart des botanistes peuvent regarder, mais qui n'offrent pas l'avantage de pouvoir être disséqués ou seulement retournés et examinés de toute manière. Leur utilité est d'autant plus

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grande qu'elles sont plus à la portée des hommes spéciaux. Cela dépend du prix, chose à laquelle auteurs, dessinateurs et libraires ne pensent point assez.

Il y a trois catégories de figures :

1" Celles qui représentent les objets tels qu'on les voit.

2^ Les figures schématiques, c'est-à-dire qui « retracent le plan d'une chose^ sans en retracer la forme » (1).

3" Les figures emblématiques, destinées à représenter une idée, une opinion, par exemple les affinités de plusieurs groupes, ou la descendence présumée de formes.

La première catégorie a le défaut d'indiquer un objet particulier pour un ensemble; les deux autres donnent une précision de lignes qui n'est pas de l'exactitude. Toutes cependant ont des avantages bien évidents.

ARTICLE II

DESSINS d'OBJBTS TELS QU'ON LES VOIT.

Les premières planches étaient sculptées sur bois, et comme on cherchait à représenter l'ensemble d'un échantillon, ou au moins d'une branche, il fallait réduire les proportions. En perfectionnant ces dessins d'ensemble l'idée est venue, déjà dans le xvi® siècle, d'ajouter une fleur ou un fruit de grandeur naturelle,

(1) Littré. Dictionnaire, au mot schématique.

DES DESCRlPTlOiNS GRAPHIQUES SOIT FIGURES 315

et même cette fleur ou ce fruit coupés de manière à montrer des caractères intérieurs. C'est Torigine des analyses. La gravure sur cuivre a permis de figurer les plantes ou les rameaux de grandeur naturelle, et enfin les analyses ont été amplifiées au moyen de la loupe, et dessinées, d'abord trop petites, ensuite plus grandes, comme cela se pratique aujourd'hui.

Au point de vue de la science, la véritable difficulté des planches est dans le choix et l'exécution des figures d'analyses. Les plus satisfaisantes sont ordinairement celles que l'auteur fait lui-même ou prépare à côté du dessinateur. Ce sont les plus exactes et elles ont le mérite de bien expliquer le texte. Les analyses trop multipliées tombent dans l'inconvénient d'augmenter les frais et de noyer les caractères importants au milieu de beaucoup d'autres. Lorsqu'une planche contient peu d'analyses il est de rigueur que celles-ci soient parfaitement bien choisies. C'est une difficulté, comme il s'en présente pour les descriptions abrégées.

La nature de l'ouvrage doit influer sur le choix des analyses. Quand il s'agit d'espèces d'un même genre, les détails qui les distinguent sont essentiels. C'est le cas de figurer, sous la loupe, la pubescence de chaque organe ou partie d'organe, les rugosités des graines, la forme exacte des anthères, des poils de pappus, etc. A l'avenir on indiquera probablement les stomates et l'épiderme coupés transversalement, les lacunes et autres caractères souvent spécifiques, encore mal connus, qu'on peut cependant voir sans trop de peine sur le sec. On trouve d'excellentes analyses d'espèces dans plusieurs mémoires, monographies ou flores. Je ne connais pourtant pas un seul travail relatif à un genre nombreux dans lequel les planches indiquent toutes les es-

pèces, analysées comme elles devraient Têtre. Reichenbaclî, Icônes Flora germanicœ (22 vol. in-4°, avec plus de 2000 planches) est peut-être le moins éloigné de ridéaJ qu'on peut se former à ce point de vue.

Dans les ouvrages sur les familles ou les genres Timportant est de montrer quelques caractères, en petit nombre, bien choisis. C'est difficile pour les familles, à cause de la diversité habituelle des tribus et des genres. Les caractères y sont trop généraux ou trop sujets à varier pour qu'on puisse les montrer au moyen d'espèces isolées. Les textes, dans ce cas, sont plus clairs et plus exacts. Pour les genres, des analyses d'espèces, bien faites, ont une valeur réelle, quoique Linné ait proscrit formellement cet emploi du dessin (Gênera; ratio operis, n. 13). Je citerai trois ouvrages qui méritent une attention particulière comme donnant des spécimens de genres.

Gênera plantarum florœ germanicœ iconibus et descripiionibus illustrata^ in-8^, 31 fascicules. Publication commencée par Nées d'Esenbeck (junior), continuée par Spenner, Putterlick, Endlicher et Schnizlein. L'ouvrage n'est pas en bon ordre, car il n'a pas de numéros de planches ni un index, mais les figures sont bien faites, sous le rapport surtout des analyses.

Cesati, Passerini et Gibelli, Compendio délia Flora italiana^ in-4**, ouvrage déjà fort avancé, qui doit avoir environs 80 planches, dessinées par M. Gibelli, chacune donnant les analyses de la fleur, du fruit et de la graine de plusieurs genres de la flore dltalie. Les analyses, qui sont soignées et bien choisies, sont uniquement des analyses, sans dessin des plantes ou des rameaux.

Gênera florœ America boreali-orienialis illnstrata.

2 vol. in-8o, New-York, 1849 par Asa Gray pour le texte et la direction générale, et Sprague pour les planches, au nombre de 186. Il y a une planche par genre, représentant une espèce, avec des analyses peu nombreuses, mais choisies d'une manière habile, de façon à bien montrer les caractères génériques. .Les grossissements sont plus forts que dans les (ieux ouvrages cités tout à l'heure, et comme ils sont bien gravés on ne peut rien voir de plus clair. La sobriété dans les détails, unie à Fintelligence des caractères de chaque genre, fait peut-être mieux comprendre ces associations naturelles qu'un nombre supérieur d'analyses dont une partie représenterait des caractères spécifiques.

Du reste, les analyses changent de nature et se perfectionnent avec les progrès de la science. C'est pour cela que d'anciens dessins sont rarement assez bons pour être publiés. Il leur manque presque toujours des détails relatifs aux caractères observés plus récemment ou auxquels on attribue plus d'importance.

L'explication des planches mérite d'être détaillée, à cause des analyses. On a essayé quelquefois de la simplifier en adoptant des signes pour chaque catégorie de figures, avec des lettres ou des chiffres applicables à toutes les planches, pour indiquer si la coupe est transversale ou longitudinale, quel est le grossissement, etc. En théorie cela parait très bien, mais dans la pratique l'usage des explications ordinaires m'a paru préférable. Les caractères sont si nombreux, si variés, et les aspects sous lesquels on les représente sont si divers qu'il est impossible de tout prévoir. Il faudrait un nombre immense de signes, et pourtant quelques-uns suffisent dans chaque planche en particulier. D'ailleurs les signes inventés par un auteur ne sont ni adoptés par

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d'autres ni connus généralement, d'où résulte la nécessité, quand on ou>Te les ou\Tages, de chercher le tableau des signes. Il est dès lors aussi simple, et assurément plus commode, de lire une explication spéciale, dans laquelle on trouve quelquefois un mot utile sur telle ou telle des fisrures.

Le format in-foUo, usité souvent pour les livres k planches, est assez incommode et rend les ouvrages trop chers pour la plupart des botanistes. Quand ils dépassent la grandeur ordinaire on ne sait où les placer. C'est le cas des publications de l'Héritier [Sertîim anglicum. Cornus^ etc.), dont les planches ont 26 centimètres carrés, et surtout des trois volumes de Roxburgh intitulés : Plants of the coast ofCoroviandel, qui ont 61 centimètres de hauteur sur 47 de largeur, soit 28 1/2 centimètres de surface. Une moitié seulement des planches est occupée par les figures ; le reste est du papier blanc, — le plus coûteux qui existe !

Les in-quarto n'ont pas les inconvénients des infolio et suffisent pour toute espèce de dessins, mais on peut aussi, en se donnant un peu de peine, donner d'excellentes figures avec un format in-8^. Les exemples en sont nombreux. Je citerai de préférence : Blume, Muséum Lngdmio-hatavmn (2 vol. in-8°, 1849-56), ou\Tage dans lequel on a déployé un talent remarquable pour insérer de bonnes figures, sans confusion, avec des analyses grossies et même des rameaux, dans des planches de 18 1/2 cent, sur 11.

La couleur est nécessaire pour les Algues, les Champignons charnus et même certaines Phanérogrames, comme les Orchidées, Cactacées, Stapelîa, etc. Pour les plantes ordinaires les botanistes se contentent très

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bien do ligures en noir, avec des traits nets plutôt que des ombres fortement accusées. On ne peut colorier exactement que des plantes dessinées sur le frais, car je ne conseillerai à personne d'imiter Herbert qui a fait colorier des Amaryllidées comme elles sont dans les herbiers (1). La teinte prise par certaines espèces en séchant est bien un caractère, dont j'ai reconnu la réalité, par exemple dans les Smilax ; mais ces teintes brunes ou jaunâtres font un triste effet dans les planches. Il y a une manière de colorier à moitié qui couvrent aux ouvrages des voyageurs , lorsqu'ils ont rapporté des échantillons bien desséchés et pris des notes sur les plantes vivantes. On peut voir des figures de cette sorte, extrêmement élégantes, dans l'ouvrage de M. Boissier, intitulé : Voyage botaniqîie dans le midi de rUspagne (2 vol. in-4<>, 1839-43). Notre compatriote, Heyland, en avait exécuté les dessins avec beaucoup de goût. C'est un milieu entre les planches coloriées et celles en noir, coûtant moins que les premières et donnant de plus que les secondes un aperçu des couleurs.

Quand le luxe de la gravure et du coloriage est poussé très loin les prix deviennent ridicules et font obstacle soit aux publications soit à la diffusion des ouvrages parmi les botanistes. Ordinairement aussi les entreprises commencées de cette manière ne peuvent pas continuer. Les gouvernements eux-mêmes , qui disposent si lestement du bien des contribuables, reculent tôt ou tard, ou les commissions des chambres les forcent à reculer quand le total des subsides devient excessif. L'Exploration de l'Algérie, partie botanique, a été un exemple fatal de la perfection la plus grande qu'on puisse ima-

.1) Amaryllidaceœ, i vol. iii-S». London, 1837.

giner et de Timpossibilké qui en résulte de continuer. Aujourd'hui, dans quelques pays, l'art se substitue à la science. Les artistes, excités par les libraires et quelquefois par des sociétés ou académies, veulent faire de si beaux chefs-d'œuvre, qu'il faudrait pour les planches d'histoire naturelle ouvrir des musées spéciaux. Le public approuverait sans doute, mais les hommes de science n'en feraient à peu près aucun usage.

Déjà les planches qui ne sont pas d'un luxe exagéré entraîne*nt d'assez grands frais. M. Morren a calculé (1) que dans l'intervalle de 1828 à 1877, en Belgique seulement, on a publié 7,337 planches de botanique, ayant coûté 1,414,000 francs, soit 192 francs par planche. Ce sont pour la plupart des planches in-8**. Comme on a fait ailleurs beaucoup de planches in-4*» et in-folio, le coût moyen général des planches ne peut guère avoir été inférieur à 200 fr. Ij'Index iconum de Pritzel énumère 80,000 planches, publiées avant 1861, sans compter les figures sur bois des xv® et xvi® siècles. Le supplément de 1866 ajoute environ 20,000 planches, et il a dû en paraître autant depuis 1866. Donc, le nombre actuel des planches dépasse 120,000, et elles ont coûté au moins vingt-quatre millions de francs. Telle est la valeur du stock déposé dans les bibliothèques! Pourtant il y a de mauvaises planches qui devraient à peine compter, et la moitié des espèces n'ont pas été figurées. Les résultats ont-ils été en proportion de cette grande dépense ? Je laisserai chacun répondre suivant ses vues et ses idées. Comme terme de comparaison, j'ajouterai qu'un herbier très riche, de cent mille espèces et un million d'échantillons, ne représente pas plus de 3 ou 400,000 fr.

(1) Actes du Congrès bot, et hortic. de Bruxelles en ^87ô, p. 26.

DES DESCRIPTIONS GRAPHlQUliS SOIT FIGURES 321

de dépenses successives. Sept ou huit cents herbiers, comme il en existe une vingtaine, représenteraient donc ce que les planches ont coûté.

Le progrès de l'industrie est un des caractères de notre époque et aurait dû, à ce gu il semble , amener des perfectionnements considérables dans F exécution des dessins et des planches. Les dessins avec la caméra hicida^ les gravures sur pierre et le retour aux sculptures sur bois pour des figures qu'on intercale dans le texte ont été, il faut en convenir, de véritables progrès.

D'autres procédés n'ont pas amené les avantages qu'on devait en attendre. Ainsi l'impression des figures, au moyen des plantes elles-mêmes ( 1 ) , donne de mauvaises planches, qui n'ont pas même le mérite d'être économiques, si l'on en juge par les publications faites à Vienne. La photographie a des ombres trop noires, et l'obligation qu'elle impose presque toujours de réduire, est un grand inconvénient. Les frais en sont assez élevés. Ni l'un ni l'autre de ces procédés ne se prête aux analyses. On peut espérer davantage de l' autographie, qui consiste à tirer sur le dessin même de l'auteur, et aussi des procédés par lesquels on décalque les traits pour tirer au moyen de la nouvelle épreuve. Ce sont au moins des procédés qui peuvent conduire à une diminution de frais. La plus belle invention pour les sciences serait celle qui permettrait de livrer trois ou quatre cents planches, bien faites, à très bas prix. Par exemple, si l'on pouvait reproduire économiquement les planches d'une vingtaine d'ouvrages qui coûtent plus de mille francs, ce serait un grand avantage, mais il ne faut pas

(1) Les premiers essais de ce genre sont dus \ Necker de Saussure, professeur à rAcadémie de Genève. J'en ai un cahier qui date des vingt premières années du siècle actuel.

Di Cahdollb, ïa Phytographie, ^^

chercher la solution du problème par les moyens ordinaires de la librairie moderne qui consistent à tirer un nombre immense d'exemplaires, pour un nombre immense d'acheteurs. Il faudrait des procédés eux-mêmes économiques, en vue d'un public nécessairement restreint.

ARTICLE III

DESSINS SCHEMATIQUES.

L'idée de figurer des coupes transversales pour indiquer la position relative des organes est si naturelle qu'on a dû l'avoir depuis longtemps. Linné {Phil, bot, éd. 1, p. 307) montre la situation des jeunes feuilles dans* les bourgeons par le procédé de plans, soit diagrammes.

Turpin l'a appliqué aux fleurs des Graminées (Mém. Mus. 5, 1819) et de CandoUe en a fait un grand usage, dès 1821 {Mémoire sur les Orucifères^ in-4<» dans les Mém. du Muséum). Relativement aux préfoliaisons de Linné, c'était un progrès, puisque les organes floraux sont nombreux, variés et situés sur des plans diff'érents. On sait quelle importance le procédé des diagrammes a pris dans la botanique moderne. Le traité de MM. Le Maout et Decaisne en a fait un emploi multiplié, et M. Eichler a publié un volume sur les fleurs de plantes Phanérogames démontrées au moyen des diagrammes ( 1 ) .

La phyllotaxie et les inflorescences ont suscité des

(1) Bluthendiagramme, in-8«, part. I, 1875; II, 1878.

figures schématiques, basées dans la plupart des cas sur des coupes longitudinales.

Tous ces procédés sont excellents, pourvu qu'ils soient d'accord avec les textes et qu'on évite des causes d'erreur évidentes, par exemple celle qui renverse les directions des spires quand un dessin, conforme à la nature, est reproduit tel quel sur le papier.

ARTICLE IV

DBSSINS EMBLEMATIQUES.

Linné avait comparé les affinités des plantes aux figures d'une carte géographique : « Plantae omnes utrinque affinitatem monstrant, uti territorium in mappa geographica » [PML bot. § 77). Il n'est donc pas surprenant que Giseke , lorsqu'il voulut publier les leçons de son illustre maître sur les familles naturelles, ait essayé d'offrir l'emblème sous une forme visible (1). La carte est intitulée : Tabula genealogico-geographica affinitatum plantarum secundum ordines naturales Linnaei (2). Elle représente les groupes sous une forme

(1) Giseke. C. a Linné Prœlectiones in ordines naturales plantarum, 1 vol. in-8o, 1792. La carte, datée de 1789, a été publiée avec le volume.

(2) L'auteur explique (p. 623) que l'expression de généalogique indique simplement des ressemblances comme celle des membres d^une même famille, non une descendance. Il ne faudrait pourtant pas croire que la théorie de l'évolution des êtres organisés fut étrangère à l'école de Linné. On la trouve énoncée (avec une hypothèse bizarre quant au mode d'évolution) dans les deux introductions de Fabricius et Giseke au commencement du volume, avec les textes mêmes de Linné qui lui sont favorables. Àgardh, Tankerville et Horaninow admettaient aussi l'évolution quand ils ont dessiné les cartes dont je vais parler. C'est seulement par Tinfluence de Cuvier que la théorie contraire de

circulaire, tantôt se touchant par un point et tantôt isolés, chacun d'eux ayant une étendue proportionnée au nombre des genres qu'on lui connaissait alors. Par parenthèse, ce mélange, de l'idée du nombre des formes avec celle des degrés d'affinité, qui est toute différente, peut être critiqué ; cependant beaucoup d'auteurs ont cru bien faire en imitant Giseke.

Après lui, Batscli (1) a figuré les familles comme des localités dans une carte géographique , avec des lignes ponctuées do différentes manières qui indiquent des ressemblances de diverse nature. Il dit avoir consacré plusieurs années à construire : « Hânc mappam quasi geographicam vel potius opus reticulatum varie nexuni.)i Le procédé est évidemment meilleur que celui de Giseke. Il se prête à l'indication d'un plus grand nombre d'affinités.

De CandoUe a consacré un long article, dans sa Théorie élémentaire (2), au système des cartes géographiques, dont il fait ressortir la supériorité sur les arrangements par séries. Quand on le chargea, en 1816, de créer le jardin botanique de Genève, il avait eu l'idée de disposer les familles d'après des cartes qu'il avait esquissées (3). La forme du terrain, et probablement des difficultés scientifiques, l'avait ensuite détourné démettre ce projet à exécution. Il ne s'est jamais hasardé à publier des cartes emblématiques de tout le règne végétal, mais il

rimmutabilité des formes était devenue une sorte de dogme, au point de jeter de la défaveur sur les naturalistes qui la révoquaient en doute. 11 semble que dans les sciences, comme en religion et en politique, les doctrines deviennent d'autant plus absolues et intolérantes qu'elles sont plus près de s'écrouler.

(1) Tabula affinitatum regni vegetahilis, 1 vol. in-8», 1802.

(2) !'• édition," 1813, p. 201 ; 2« édit., 1819, p. 231.

(3) Je les conserve, avec beaucoup d'autres manuscrits.

en a donné pour quelques familles, comme les Légumineuses (1), les Crassulacées (2), les Mélastomacées (3) et les Cactées (4). Dans ces derniers groupes les affinités lui ont paru susceptibles d*être représentées graphiquement sous une forme de tableaux circulaires, qui s'éloignent assez des cartes géographiques.

Dunal avait bien compris la multiplicité extrême des rapports quand il a dessiné dans sa Monographie des Anonacées , en 1817 , les fruits des genres de cette famille rattachés les uns aux autres par des rubans, qui se croisent de plusieurs manières. Ce n'est plus une carte géographique, mais un réseau dont les cordons peuvent être dirigés dans des plans différents.

Adrien de Jussieu a imité Batsch dans sa planche des affinités des Rutacées (5). Au contraire, Agardh (6) a suivi plutôt Giseke, en améliorant son système de carte. Il représente le règne végétal comme formé de trentetrois classes, dont chacune comprend plusieurs familles. Les classes sont isolées, irrégulières, pourvues de pointes qui indiquent des exceptions ou des rapprochements avec d'autres classes. Elles sont coloriées de six manières différentes pour indiquer certains rapports. Les Algues se trouvent vers le centre, parce que, dit Fauteur, toute végétation est sortie des eaux. Les autres classes rayonnent dans quatre direction , sans régularité. Deux auteurs subséquents ont exagéré la méthode des emblè-

{i) Mémoire sur les Légumineuses. in-V, 182o.

(2) Mém. sur les Crassulacées, in-4o, 1828, dans Collection de Mémoires.

(3) Collection de Mémoires, in-V, 1828.

<4) Revue de la famille des Cactées, in-4«, 1829, dans Mém. du Muséum, 17» vol.

(5) Mémoire sur les Rutacées, 182o, pi. 29.

(6) Classes plantarum. In-S», 22 pages, 1825.

mes. Horaninow (1) dessine des cercles concentriques: rhomme au centre, puis les classes du règne animal, autour celles du règne végétal, enfin les minéraui et les corps simples. Baskerville (2) se contente du règne végétal, qu'il représente sous une forme sphérique, avec indication de classes et de quelques familles, vues sur une des faces. L'auteur admet l'hypothèse, absolument sans preuve ou indice, que les catégories de végétaux se seraient développées en spirale, comme cela arrive pour plusieurs parties dans les individus. La sphère a donc cinq pièces enchevêtrées, montrant leur dos, qui représentent des groupes successifs.

Ces emblèmes, dessinés d'après des hypothèses pureimaginaires, ne m'ont jamais séduit. Quant aux figures des cartes géograghiques, j'avoue qu'elles me plaisaient dans ma jeunesse, mais des hommes très distingués n'étaient pas du même avis. Un jour, en 1828, il m'arriva de parler avec éloge de l'une de ces cartes à Robert Brown. L'illustre savant hocha la tête comme quelqu'un qui blâme. J'eus d'abord l'idée qu'il était trop exigeant, trop attaché aux détails et trop timide. Ensuite, après des années d'expérience et de réflexions, j'ai compris les défauts de la méthode , qui ne sont pas seulement de représenter des affinités compliquées , mais aussi d'imiter une catégorie d'idées par une autre absolument différente. Nous sommes induits en erreur par des comparaisons habituelles entre des ressemblances ou difi*érences, chose toute d'opinion, et des rappro-

(1) Prima îineœ systematis naturœ nexui naturali omnium evolutionique progressives per nixus reascendentes superstructi. i vol. in-8«. Petropoli, 1834.

(2) Afpnities of plants with some observations upon progressive deve-* lopement. InS**. London, 1839. L'idée de la forme sphérique avait été pro> posée par Lhéritier dans son opuscule sur le genre Cadia,

chements ou éloignements, chose matérielle, qui tient à la notion de Tespace. Les expressions de familles ou genres voisins, rapprochés, éloignés^ nous trompent. Ce sont des images. On devrait dire familles ou genres plus ou moins analogues ou plus ou moins différents. L'inconvénient de raisonner sur une image est sensible quand il y a plus de deux termes de comparaison. Je comprends qu'on dise: A étant moins différent de B que de C, je placerai, par imitation avec l'espace, A et B plus près sur une carte que A et C ; mais cela n'indique pas du tout la position de C relativement à B, puisque les caractères de ces groupes sont variés et entraînent des appréciations d'une nature variée. Dans la construction d'une carte géographique la distance et la direction suffisent pour placer les localités, tandis que dans les affinités il s'agit de tenir compte de faits beaucoup plus nombreux, dont l'estimation est nécessairement vague. Plus vous aurez de groupes à placer, plus l'embarras sera grand.

Les mots peuvent donner une idée approximative de semblables complications; les figures, même en employant les trois dimensions de l'espace , ne peuvent pas s'y adapter et, par raisonnement, sont incertaines. Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'emblème figuré facilite l'intelligence des faits, approche quelquefois d'une représentation satisfaisante, et vaut mieux certainement que rénumération linéaire imposée par la nature dés livres et la faiblesse de nos facultés intellectuelles.

Ma conclusion est de ne pas repousser absolument les tentatives de figures emblématiques d'affinités, mais de s'en servir, si l'on veut, pour des groupes dont on s'occupe spécialement et dans le but de fixer ses idées ou d'aider le public à les comprendre , sans viser à repré-

senter le règne végétal dans son ensemble avec ses classes et familles, ni les familles avec leurs genres, ou les genres avec toutes leurs espèces.

Une autre sorte de dessins emblématiques est employée pour représenter des successions de formes qu'on suppose avoir existé, et être dérivées les unes des autres. On compare alors ces formes aux individus successifs d'une famille, — bien que ce ne soient pas des individus, mais souvent et peut-être toujours des collections d'individus (1), — et Ton en trace l'arbre généalogique. Les théories qu'on discute aujourd'hui sur l'évolution conduisent souvent à de pures hypothèses. Il est facile alors d'abuser des arbres généalogiques. C'est, comme pour les affinités, un procédé commode, plus précis qu'il ne faudrait pour des choses douteuses et hypothétiques; procédé bon pour expliquer une opinion et mauvais quand on lé prend au sérieux. Comparaison, dit le proverbe, n'est pas raison.

ARTICLE V

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