‹ La phytographie; ou, L'art de décrire les végétaux considérés sous différents points de vueChapitre 73 sur 82 · IMPORT ANCB ET NATURE DE CES PREUVES ET MOYENS · texte numérisé non relu

IMPORT ANCB ET NATURE DE CES PREUVES ET MOYENS

Nous avons Tavantage, en histoire naturelle, que les objets décrits peuvent ordinairement se conserver, et deviennent alors des preuves et des moyens de compléter ou d'expliquer les descriptions. Il n'en est pas de même dans d'autres sciences. Une observation faite en astronomie, une expérience achevée en physique ou en chimie n'existe plus. Cette différence explique pourquoi nous attachons une si grande importance aux collections.

Les principales, en ce qui concerne la botanique, sont les herbiers. Je dirai cependant quelques mots des collections d'un autre genre, qui tendent à se développer.

Les préparations d'anatomie végétale se conservent

entre deux lames de verre au moyen de la glycérine et d'autres substances. Quelques botanistes possèdent des séries considérables de ces échantillons se rapportant à leurs travaux ou à ceux de divers auteurs contemporains. Les herbiers de Cryptogames renferment de semblables préparations pour les organes reproducteurs, et probablement on aura une fois à côté des échantillons de Phanérogames des sections de racines, tiges, pétioles, limbes, etc., des grains de pollen, des ovules, etc. Comme preuves, ces préparations ne sont pas entièrement satisfaisantes, puisqu'on ne peut iii refaire les sections, ni dans la plupart des cas vérifier si la plante sur laquelle on les avait faites appartenait à l'espèce indiquée. Dans l'état actuel de la science, les anatomistes se servent très peu d'échantillons d'herbiers, au moyen desquels ils pourraient cependant faire bien des comparaisons intéressantes, et ils négligent presque toujours de dessécher les plantes vivantes qu'ils étudient. Les préparations, isolées comme elles le sont, peuvent servir à montrer des coupes heureuses et des faits histologiques, mais elles sont douteuses sous certains rapports.

On peut en dire autant des photographies, qui sont poussées aujourd'hui à un degré remarquable de perfection. Non seulement la plante n'est plus là pour qu'on puisse vérifier, mais encore le procédé représente une seule surface de ce qu'on voit sous le microscope, tandis que l'observateur a pu hausser ou baisser le porte-objet et décrire plusieurs plans.

Les collections spéciales de bois, de graines, de produits végétaux ont le grave inconvénient de n'être pas assez rattachées aux échantillons en fleur. Il est rare qu'on puisse vérifier les noms. Les incertitudes qui

existent sur beaucoup de plantes officinales ou économiques montrent le fâcheux effet de ce défaut de connexion avec les herbiers. La supériorité de ceux-ci, comme moyen d'étude et moyen de preuves, est tellement évidente, qu'il est nécessaire d'en parler plus en détail.

ARTICLE II

DES HERBIERS EN GENERAL E T DE LEUR SUPERIORITE SUR TOUTE AUTRE COLLECTION ZOOLOGIQUE OU BOTANIQUE.

Les herbiers servent : 1° à connaître exactement les noms des plantes ; 2° à fournir les matériaux nécessaires aux descriptions ; 3° à donner des preuves ou explications sur les descriptions déjà publiées.

C'est un genre de collections supérieur à ce qu'on possède en zoologie. Les plantes sèches sont dans un état complet ou à peu près, tandis que les coquilles, squelettes ou animaux empaillés, né montrent que certaines parties des êtres. Elles ont ordinairement plusieurs fleurs ou graines, ce qui permet de refaire les dissections pour les vérifier. Les échantillons sont si peu altérés, qu'il est facile, au moyen d'une simple immersion, devoir les organes les plus petits ou les plus délicats. Dans certains cas, on les voit mieux que sur la plante vivante ; par exemple, quand il s'agit d'ovules dans une matière pulpeuse, ou de membranes que la dessication sépare très nettement.

Si l'on compare les collections de plantes sèches à

celles de plantes vivantes, les avantages sont plus balancés qu'on ne le croit en général. Dans un herbier vous voyez simultanément des échantillons d'espèces voisines, et aussi de localités différentes, d'âges différents ou d'états différents de la même espèce. Vous savez le nom de la plante, si l'herbier est bien déterminé, et vous remontez directement aux auteurs qui en ont parlé. Vous êtes sûr de l'origine, qui est indiquée par l'étiquette. De son côté la plante vivante donne plus de moyens pour certaines observations anatomiques. Elle permet de mieux décrire certains caractères peu importants, comme la couleur, l'odeur, etc., mais les plantes, dans la campagne, ne sont pas nommées, et dans un jardin botanique elles le sont souvent très mal. On rirait au dépens d'un zoologiste qui décrirait les organes intérieurs de l'âne pour ceux du cheval, ou du lièvre pour ceux du lapin. En botanique ces confusions ne sont pas très rares, à cause des noms faux ou douteux qui abondent dans les jardins. L'origine géographique des plantes y est presque toujours incertaine ou inconnue. Les individus sont souvent modifiés par la culture et le métissage. Rarement on voit les fruits avec les fleurs; rarement plusieurs individus de la même espèce ou plusieurs espèces voisines; plus rarement encore on permet aux botanistes de cueillir assez d'échantillons d'une plante exotique pour qu'il puisse l'examiner à son gré et conserver des preuves de son travail (1).

Quand on songe à ces différences, on est surpris de voir les anatomistes et les physiologistes si froids en ce

(1) La répugnance avec laquelle la plupart des horticulteurs laissent cueillir un échantillon est quelquefois très comique. Elle est peu fondée, car il s*agit de fleurs qui tomberont le lendemain, fanées ou pourries, tandis que, mises dans un herbier, les botanistes en profiteraient pendant des années, et le nom de rhorticulteur serait mentionné dans les livres.

qui concerne les herbiers. Sans leur secours, ils ne peuvent pas être sûrs du nom d'une plante, à moins de se borner aux plus communes. Ils vont d'une espèce à l'autre, d'un genre à l'autre, au hasard, n'étant pas avertis des affinités par le classement et l'aspect de nombreux échantillons, tels qu'on les trouve dans un herbier. Ils peuvent constater eux-mêmes quelle somme plus considérable de travaux a été faite dans les herbiers, comparativement aux jardins, même sur des organes peu apparents, comme les graines, les ovules, les embryons, les archégones ou les spores. Sans les herbiers, nous n'aurions à présent ni de bons ouvrages généraux, ni de bonnes flores, et les descriptions publiées seraient dépourvues de preuves, comme celles des ouvrages de Rumphius et Plumier, qui étaient pourtant d'habiles naturalistes. Il en serait dé tout comme d'un grand nombre d'observations faites au microscope, pour lesquelles les éléments obtenus dans une coupe heureuse n'existent plus.

L'indifférence des administrations publiques pour les herbiers est aussi extraordinaire que celle des anatomistes et physiologistes, vu les frais minimes de ce genre de collections relativement aux jardins. Jamais cette comparaison n'a été faite. Il vaut la peine d'en dire deux mots.

Laissons de côté les achats de terrains et les frais de constructions qui sont cependant insignifiants pour un herbier et considérables pour un jardin botanique, et voyons seulement l'entretien des collections. Un grand herbier de particulier ne coûte en achats de plantes, papier, autres frais matériels et traitement d'un conservateur occupé une partie de la journée, que 3 ou 4,000 francs par an, en moyenne. Un

herbier public, de même importance, ouvert plus complètement aux botanistes, ayant par conséquent plus d'employés et dirigé par un professeur dont une partie du traitement doit être comptée, coûte ou devrait coûter environ le triple; disons 10,000 francs. La grande majorité des herbiers publics ne coûte pas cela, et Ton s'en aperçoit à leur état pitoyable. Il n'y a peut-être pas dix herbiers publies dans le monde où les allocations soient suffisantes pour un accroissement convenable et un bon arrangement de ce qu'on possède. Tous les herbiers publics des cinq parties du monde, dans l'état où ils sont, ne coûtent peut-être pas plus de 200,000 francs par an. C'est avec cela qu'on fait les 9/10 des bons travaux de botanique descriptive et qu'an procure aux horticulteurs, anatomistes et physiologistes les moyens de savoir exactement les noms et de faire sur le sec certains travaux qui peuvent très bien se faire de cette manière.

Un jardin botanique modeste ne coûte pas moins de 4 à 5,000 fr. par année. Beaucoup d'autres absorbent 10 à 13,000 fr. et les grands jardins, comparables aux grands herbiers, dépensent jusqu'à 60,000, 80,000, ou 100,000 fr. par an. Supposons une liste des cent jardins botaniques les plus importants, à commencer par Kew, Paris, Buitenzorg, Calcutta, Saint-Pétersbourg, etc., pour passer aux jardins ordinaires d'universités et finir par quelques jardins de villes non universitaires, la dépense moyenne serait au moins de 15,000 fr. par établissement, c'est-à-dire d'un million et demi pour les cent jardins. Le nombre total des jardins botaniques étant supérieur à cent, il est probable qu'on dépense pour entretenir des plantes vivantes, dont il meurt une partie toutes les années, à peu près

deux millions par an. Défalquez ce qu'il faut attribuer à Tagrément des jardins comme promenades , et à Finstruction des étudiants, il reste toujours une dépense quintuple de celle des herbiers, et cela pour un résultat scientifique beaucoup moindre.

Si, par impossible, les gouvernements s'entendaient pour appliquer aux herbiers une partie de ce que coûtent les jardins botaniques, par exemple un million par an, on pourrait imprimer à la botanique une singulière impulsion. En promettant, par exemple, d acheter des collections de plantes sèches de pays non encore explorés, on avancerait la connaissance de toutes les plantes de notre époque au double point de vue de leur nature et de leur distribution géographique. Quelques milliers de francs attribués aux herbiers dans lesquels on s'engagerait à faire certains travaux d'arrangement et de déterminations feraient sortir beaucoup des collections actuelles de leur chaos. Les horticulteurs, les anatomîstes, les physiologistes et les directeurs de jardins botaniques pourraient enfin déterminer des plantes avec certitude, sans trop de peine, et surtout les auteurs de flores et de monographies pourraient travailler sur de bons matériaux et laisser moins de ces descriptions déplorables que j'ai qualifiées d'énigmatiques.

Ces suppositions, j'en conviens, ne sont que des rêveries et ne peuvent servir qu'à montrer dans quel sens les moyens de faire avancer la botanique devraient être développés.

Gomme le principal de ces moyens est de perfectionner les herbiers, je dirai encore quelques mots de ces utiles collections.

L'idée de sécher des plantes est peut être antérieure

au XVI® siècle, mais c'est seulement alors qu'on a fait des herbiers dans un but scientifique, pour avoir sous les yeux les plantes connues, avec leurs noms. Les plus anciens herbiers conservés jusqu'à nos jours sont ceux de : Gréault (1) . . . . fait en 1558.

Ratzemberg (2) Rauwolff (3) .

Gesalpino (4) .

Aldrovando (5) G. Bauhin (6).

à la même époque.

Pour qu'on ait formé ce genre de collections simultanément ou à peu près en France, en Allemagne, à Leyde, en Italie et en Suisse, il faut que l'exemple en eût été donné plus anciennement dans un de ces pays, sans que nous puissions maintenant dire lequel.

Ghose bizarre, de très grands botanistes, tels que les Bauhin et Toumefort, avaient des herbiers; dans le XVII* siècle et dans le xviii®, le nombre en était déjà considérable; et cependant de zélés et savants botanistes qui ont visité à cette époque des régions lointaines dans lesquelles tout était nouveau, Rheede et Rumphius, par exemple, n'ont pas pensé à dessécher des plantes. Ils ont cru faire mieux en dessinant et décrivant. H^as! leurs dessins ont été souvent mauvais, et leurs descriptions sont loin de suffire. Les preuves manquent à l'appui de leurs ouvrages, et un travail énorme a été perdu. G'est qu'on ne savait pas alors l'importance des preuves ni la supériorité des échan-

(1) Caruel. Illustr. in horû. sicc. Cœsalp., p. ix.

(2) Kessler, cité par Sachs, Oesch. der Botanik, p. 20.

(3) Miinter, dans Seeman, Journ, ofhot., 1863, p. 352.

(4) Caruel, 1. c.

(5) Caruel, ibid.

(fi) Meisner, lettre à Caruel, ibid.

Db Camdollb, La Phylographie, ^

iillons sur les figures et les descriptions. Dans le milieu du xviii® siècle on faisait encore beaucoup de dépense pour des planches et des pages imprimées, sans pièces à Tappui. Linné s'aperçut de Tobscurité qui en résultait, et il engagea ceux de ses élèves qui voyageaient à former des herbiers. Thunberg est celui qui a récolté, le plus. On voit de ses plantes dans une foule de collections. C'est son meilleur titre aux yeux de la postérité, car il ne comprenait pas les avantages de la division du travail, et lui, excellent collecteur, a j-echerché, sans l'obtenir, la qualité de bon descripteur.

La force des choses amène de plus en plus la division des travaux et l'égalité devant la science de ces deux catégories d'hommes. Rarement on réussit dans deux carrières, et assurément sans de zélés et judicieux collecteurs les botanistes de cabinet n'auraient pas pu faire ce qu'ils ont fait depuis cinquante ans. Les uns et les autres ont contribué à l'avancement de la science, véritable mesure du mérite relatif et définitif des savants. Commerson, Drège, Sello, Spruce, etc., qui n'ont rien écrit et qui ont dénommé fort peu de plantes, ont été en réalité de plus grands botanistes que beaucoup d'auteurs d'in-octavo ou d'in-folio. Pendant un siècle ou deux, et même plus tard, on les citera pour leurs échantillons servant de preuves dans les herbiers, tandis que tels descripteurs, nomendateurs et anatomistes, leurs contemporains, seront oubliés.

Je reconnais que tous les collecteurs ne méritent pas les mêmes éloges, de même que tous les grands herbiers n'ont' pas le même degré d'utilité. Certaines méthodes d'ordre contribuent à rendre les collections plus utiles aux progrès de la science. Il est peut-être à propos de les indiquer ici sommairement.

ARTICLE III

DE LA RéCOLTB ET DE LA DISTRIBUTION DES HERBIERS

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