SURTOUT DES PREUVES
Je suppose des échantillons bien choisis, ayant assee de fleurs ou fruits pour qu'on puisse, après les analyses d'un auteur, compléter ou vérifier ses descriptions. Au moment de leur arrivée, on les fait passer dans une solution de sublimé corrosif, pour éviter Faction des • insectes, ce qui ne dispensera pas plus tard du sulfure de carbone (1). Ensuite il faut écrire ou compléter les étiquettes ; elles doivent indiquer le ^ays^ le nom du collecteur et Vannée de la réceptmi^ outre les noms botaniques, numéros ou autres renseignements qu'elles peuvent déjà contenir.
Les étiquettes doivent être fixées ou annexées par quelque procédé matériel aux échantillons. Lorsque ceux-ci sont collés sur une feuille de papier, selon Fusage anglais, plus favorable à la conservation des objets et à la recherche des noms qu'à l'étude (2), on
(1) Le sublimé corrosif ne pénétrant pas dans les réceptacles et autres parties charnues ne détruit jamais complètement les insectes. Je ne suis parvenu à m'en débarrasser dans mon herbier qu'en faisant passer tous les paquets à la vapeur de sulfure de carbone dans une caisse bien fermée. Il faudra peut-être y revenir après quelques années, mais c'est une opération facile, peu coûteuse et qui ne détériore pas du tout les échantillons.
(2) Les différences spécifiques tirées de l'épaisseur des feuilles, de leurs ponctuations ou raies transparentes et autres détails, ne peuvent pas se voir sur un échantillon collé. Quelquefois un employé ignorant n'a exhibé qu'un des côtés des feuilles, ce qui empêche de décrire bien la pubescence et autres caractères. Une plante collée ne montrant qu'une de ses faces n'est pas un échantillon complet.
n'a pas de peine à coller les étiquettes sur la même feuille. Mais si l'on veut pouvoir tourner les échantillons des deux côtés, en examiner toutes les parties, et séparer au besoin un échantillon d'un autre pour détruire quelque confusion, — choses qui sont toutes jugées indispensables par les botanistes du continent, — il faut que les échantillons tiennent à leurs étiquettes par des bandelettes de papier, sans être collés aux feuilles de l'herbier, et ne puissent pas glisser dans l'intérieur de celles-ci. Nous nous sommes bien trouvés de fixer chaque étiquette, avec son échantillon, au papier de l'herbier, par le moyen d'une épingle. On peut quelquefois fixer deux ou plusieurs échantillons de la même espèce sur la même feuille. Ils ne peuvent pas flotter, et en même temps on peut les retourner, ou les enlever et les remettre avec une grande facilité.
Pour gagner de la place, on fixe souvent les échantillons sur une feuille simple. Cela se voit dans la plupart des herbiers d'Allemagne et de Russie. Le système français, suisse, italien, de mettre la plupart des échantillons dans des feuilles doubles, a l'avantage de les conserver mieux et d'éviter la perte ou la confusion des graines et autres fragments qui se détachent. Avec les feuilles simples j'ai vu quelquefois toutes les graines de plusieurs espèces mélangées dans l'enveloppe du genre. C'est une perte ou une cause d'erreurs.
Après ces opérations préliminaires vient la question la plus importante, celle du classement des échantillons.
Il est reconnu qu'un herbier général est préférable à plusieurs herbiers de pays ou d'auteurs différents, mais les emplois divers qu'on fait des herbiers empêchent de considérer cette règle comme absolue. On est obligé
de sacrifier quelquefois un emploi à un autre, en raison de certaines circonstances ou de la nature des collections. Dans un herbier général on détermine plus facilement, et Tétude des formes ou de l'habitation des espèces se fait mieux que dans des herbiers partiels. Il y a plus d'échantillons de localités différentes, dans des états différents, ce qui permet de mieux saisir les véritables affinités qui motivent la constitution des groupes. D'un autre côté, les échantillons typiques ou historiques, dont l'importance est ordinairement très grande, y sont un peu perdus au milieu des autres. C'est incommode pour les botanistes qui viennent quelquefois de loin, dans le but de voir tels ou tels échantillons décrits ou mentionnés dans un ouvrage. On ne comprend d'ailleurs très bien ce qu'un auteur a voulu dire, qu'en voyant les échantillons dont il disposait, sans mélange avec d'autres. La date de l'arrivée de chaque échantillon pare un peu aux inconvénients des additions successives, mais cette date n'a pas toujours été inscrite, ou tel échantillon n'a été introduit dans une espèce que plusieurs années après sa réception. Enfin il y a des échantillons d'espèces communes dont la seule valeur est d'avoir été connus et nommés d'une certaine inanière par un auteur. Les jeter dans la masse des autres ^ide peu à la comparaison des formes, et risque de faire négliger le mérite principal, qui est l'authenticité ou l'ancienneté.
Le mieux, en définitive, est de conserver, hors de l'herbier général, certains herbiers qui ont un intérêt exceptionnel par leur date, la célébrité de leur ancien possesseur ou l'importance de l'ouvrage qu'ils peuvent expliquer. On a très bien fait de conserver séparément les herbiers de Toumefort à Paris, de Cesalpin à Flo-
rence, de Bauhin à Bàle, de Linné à Londres, de Willdenow à Berlin, etc., et j'estime avoir eu de bons motifs aussi pour conserver chez moi l'herbier qui a servi au Pfodromns , sans l'altérer par l'introduction incessante d'échantillons. Ces herbiers authentiques, arrangés exactement selon les ouvrages qu'ils justifient et expliquent, ont une valeur d'autant plus grande qu'ils sont plus considérables et renferment plus de types des espèces décrites. C'est aux propriétaires ou aux administrateurs d^estimer, en consultant au besoin des hommes spéciaux, si un herbier a réellement une valeur exceptionnelle comme moyen de preuves, et, en cas d^affirmative , de le conserver distinct, avec toutes les précautions d'ordre et de maniement nécessaires pour une longue conservation. Les analyses dans ces herbiers spéciaux doivent être • ou défendues ou rarement autorisées, et les communications à titre de prêt, interdites, ou très rares, ou entourées de garanties exceptionnelles (1).
Des avantages incontestables m'ayant conduit à avoir deux herbiers distincts, celui qui a servi au Prodromus^ et un autre formé des échantillons arrivés après la publication de chaque volume, je me suis demandé si, dans beaucoup de grands herbiers, il ne conviendi*ait pas aussi d'intercaler les plantes à des époques éloignées, par exemple tous les trente ou cinquante ans, de manière à avoir habituellement un herbier principal et un autre herbier temporaire et secondaire. Le fait est que l'habitude d'intercaler sans cesse gâte une collection
(1) pour conserver les traits principaux d*un échantillon précieux qu'on \oit dans un de ces herbiers historiques, je recommanderai le procédé do calquer les contours en appliquant un papier transparent sur la plante raéme. On ne risque en aucune manière de la détériorer, et ces calques sont bien utiles pour des comparaisons ultérieures.
bien arrangée. Les groupes appelés espèces étant sujets à des contestations, et les genres et familles devant être modifiés selon les progrès de la science, on peut bieji arranger un herbier à une époque donnée ; mais quelques années plus tard et à chaque publication importante, il faudrait le modifier plus ou moins. Ces changements amènent un désordre inévitable, et les intercalations dans les espèces se font médiocrement, d'après des manières de voir trop variées. Un bon et grand herbier général, arrangé exactement a une certaine époque, et un autre herbier plus récent, dans un ordre provisoire, vaudraient peut-être mieu^ qu'un seul herbier continuellement remanié. Au point de vue de la sécurité pour comprendre ce que les auteurs ont publié, l'avantage du double herbier me paraît certain, et sous d'autres rapports également, ce serait plus commode. Dans ce système, les déterminations se feraient surtout avec l'herbier primitif, qui serait le mieux nommé, et les recherches scientifiques avec tous les deux.
Il est indispensable que l'herbier montre à l'extérieur les noms de groupes. Les échantillons d'une même variété, ou d'une même espèce quand elle n'a pas de variétés, doivent être réunis dans une feuille portant une étiquette. Je recommanderai que cette étiquette soit placée extérieurement, à gauche et au bas du dos de la feuille d'enveloppe, afin qu'on puisse trouver promptement l'espèce ou la variété en parcourant le dos des feuilles, sans les ouvrir et même sans les tourner. Ce système, adopté pour notre herbier il y a plus de cinquante ans, a été imité dans divers herbiers à Paris, Florence, Berlin, Vienne et ailleurs, avec approbation de tous ceux qui l'ont vu. Dans notre premier herbier, celui du Prodromus^ l'étiquette extérieure porte le
nom, le volume, la page et le numéro de l'espèce ou de la variété, par conséquent, avec l'ouvrage, on tombe immédiatement sur ce qu'on veut voir.
Les noms de groupes supérieurs aux espèces doivent être sur des étiquettes faisant saillie hors des paquets. Il convient de distinguer de quelque manière les noms de familles, genres et sections.
Je ferai une dernière recommandation, basée sur ma longue expérience des herbiers. Il faut être extrêmement prudent dans le renvoi d'un échantillon nouveau à telle ou telle famille. Le coup d'œil peut tromper, et lorsqu'une plante est égarée hors de sa famille, elle est comme perdue. Il s'écoule quelquefois des années avant qu'on la retrouve. Mieux vaut garder à part les plantes douteuses, et en faire des paquets diaprés l'origine, ou selon les numéros quand il s'agit d'une collection numérotée, pour ensuite les reprendre et les classer dans les familles quand on le peut faire d'une manière certaine. La citation des numéros de voyageurs dans les ouvrages où l'on se pique d'exactitude facilite beaucoup ces classements tardifs.
C'est en usant de ces divers procédés d'ordre, et en les poursuivant surtout avec régularité, que les herbiers rendent les services qu'on peut leur demander, notamment celui de fournir des preuves et éclaircissements sur les descriptions ou les figures publiées. U faut cependant qu'on sache où sont les herbiers des auteurs et collecteurs sur lesquels on désire faire des recherches. C'est à quoi le chapitre qui suit est destiné. Il donne sur ce point des renseignements qu'on n'a jamais réunis en aussi grand nombre..