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(6) La rose, les niches du clocher et la galerie du haut, tout cela est moderne; ces travaux ont été exécutés en 1897 par M. Gourdain, entrepreneur à Montreuil. Auparavant, il n'y avait aucune ouverture, aucune décoration, aucune galerie supérieure ; c’est aussi à cette époque que fut surélevée la tourelle de l’escalier, sur laquelle on plaça la croix qui se trouvait antérieurement sur la terrasse de la tour. (Note de M l'abbé Armand).
L’étage supérieur de la tour, au-dessus du quatrième larmier, est éclairé de chaque côté par une très grande fenêtre à trois lumières. La tour se termine aujourd'hui en plate-forme; au centre s’élève une grande croix en fer; les balustrades de la plate-forme, refaites déjà en 1700 et sans doute depuis, viennent d’être entièrement renouvelées. La flèche, tant de fois réparée, est supprimée depuis longtemps déjà.
Au nord-est, la tour est flanquée d’une tourelle d’escalier, plus haute qu’elle, et couronnée d'une poivrière aiguë; six larmiers décorent cette tourelle, qui s’ouvre sur l'intérieur de la tour. L’escalier compte 96 marches, dont une partie a été refaite en bois et en briques.
Selon Roger et Dusevel, « une cheminée que l’on voit encore dans la même tour fait supposer qu’on y montait autrefois la garde. On sait qu’au mois d'août 1 63 5 les habitants de Crécy se distinguèrent par leur valeur contre les Espagnols qui ravageaient les environs; c’est peut-être à cette époque que les plus braves se tinrent dans cette tour, pour y veiller à la sûreté commune » (1).
Il est certain qu’on a fait le guet dans la tour dès 1 5g5 et 1 62 5 (2), et d’ailleurs, les cheminées des clochers, sans être très communes, se rencontrent parfois en Picardie; j’en décrirai une bien conservée, à l’article de Maison-Ponthieu. Quant à celle de Crécy, elle n’est plus visible; un mur moderne la dérobe malheureusement aux regards (3).
L'église est divisée en trois nefs de quatre travées par deux rangées de trois colonnes octogones, portées sur des socles en grés, de même forme; les chapiteaux très simples se composent d'un corps de moulures peu saillantes; les arcades sont en tiers-point et n’ont pas été retouchées dans la restauration.
Je ne sais si primitivement l’église était voûtée en tout ou en partie; dernièrement elle n’avait qu’un plafond (celui de 1750 sans doute); on vient de la couvrir d'une voûte d’ogive en briques hourdées, à clefs et culots de style médiocre.
Les piliers séparant la nef du transsept sont entièrement en grés (4), ainsi que leurs chapiteaux encore moins ornés que ceux de la nef; toutes les bases ont pour profil deux tores séparés par un cavet, le tore inférieur reposant sur une plate-bande.
Le chœur est de la même hauteur que la nef et le transsept; il n’y a, actuellement du moins, aucun arc triomphal, et le vaisseau est tout d'une venue. Les arcades qui réunissent les croisillons à la croisée et aux bas-côtés sont d’un profil dégénéré, tout différent de celui des arcades de la nef.
L’axe du chœur dévie sensiblement vers le nord, comme à l’église du Boisle. La voûte neuve repose sur des colonnettes engagées et non plus sur des culs de lampe.
Toutes les fenêtres ont été récemment refaites; leur embrasure a été complètement retaillée, et il n’en reste pas une seule dans son état primitif. On en compte quatre dans le bas-côté sud (une géminée et trois à trois lumières), trois géminées dans le bas-côté nord, cinq dans le chœur (quatre géminées et une à trois baies, celle du fond); et deux ternées dans chaque croisillon (une à l'est et l’autre dans le pignon'. Tous les vitraux sont neufs et à personnages.
(1) Loc. rit.
(3) M. Delavier, doyen de Crécy, que j’avais consulté au sujet de l'existence de cette cheminée, veut bien me répondre, le 15 septembre 1905 :
« Les auteurs ne se sont pas trompés en signalant une cheminée au clocher de Crécy; elle existe encore;
seulement elle n’est plus apparente : ... . les ouvriers . l’ont murée lors de la restauration en 1897. La chambre
actuelle de l’horloge était la chambre du guetteur, où l’on voyait encore le foyer et la cheminée toute noire de suie; il y avait des ouvertures dans les angles et sur les côtés; c’était par là que le guetteur observait la présence et les mouvements de l'ennemi ».
(4) On les a recouverts d'un enduit pour les rendre semblables aux autres.
Dans la deuxième travée de la nef nord s’ouvre un portail latéral précédé d’un porche en pierre, avec pignon à crochets sur les rampants. L'arcade extérieure du portail est festonnée, également ornée de crosses et surmontée d’un acrotère à feuilles de choux frisées. Deux contreforts en éperon flanquent le porche.
On remarque au bas des pieds-droits du portail intérieur (première assise de grés) deux têtes humaines sculptées en relief sur la face antérieure des bases en grés de ces pieds-droits, au-dessus d'une forte moulure en talon.
Le bas-côté nord, dont le parement a été complètement refait, n’a pas de contreforts. Celui du sud, mieux conservé, en a trois et est percé d’une très petite porte basse dans sa deuxième travée.
Le transsept nord a son pignon surmonté d'une croix de pierre (récente) ; au-dessus de la fenêtre, à la base du pignon, court, comme à Dompierre, une frise sculptée de monstres et feuillages variés; un larmier règne sous l'appui des fenêtres. Aux angles sont des contreforts posés en diagonale, à clochetons et pinacles, entièrement refaits.
Le transsept sud, beaucoup moins retouché, est aussi moins orné. Il n'a pas d'antéfixe sur le pignon. Sa corniche supérieure, assez mutilée, est un simple larmier comme celui de l’appui des fenêtres. L’archivolte est ancienne, de même que les contreforts diagonaux : ceux-ci, d’abord sur plan carré, prennent au-dessus du premier larmier la forme d'éperon, se garnissent de clochetons et se terminent en bâtière.
Quant au choeur, son mur est ancien et très réparé en briques; ses puissants contreforts à deux ressauts n’ont aucune ornementation.
Tous les soubassements sont en damier de grés et silex, et anciens, ce qui montre bien que le plan de l'édifice a été respecté.
Le mobilier de l’église est intéressant et provient de l’abbaye de Dommartin (i). Les stalles, de style Louis XIV, sont vastes et empiètent beaucoup sur le transsept; les quatre terminales sont surmontées de lions accroupis; les autres sont ornées de bonnes sculptures, feuilles d'acanthe, volutes, etc.
Les trois autels de chêne sont de même provenance : le principal est aussi de style Louis XIV; son coffre est orné d’un Portement de Croix sculpté, remarquable, malheureusement peint à l’huile, et qu'on devrait nettoyer; deux anges adorateurs, de grande taille, sont agenouillés aux côtés de l'autel, aux angles duquel on doit signaler deux belles têtes d'anges, malheureusement cachées par les nappes.
Quant aux autels latéraux, l'un, de style Louis XVI, est orné sur son tabernacle d'une image du Bon Pasteur, et, sur le coffre, d’une Pieta; l’autre, de style Louis XV, moins intéressant, est décoré d'un Agneau Pascal.
Il est à souhaiter que l'on ne commette pas la faute de remplacer par des produits de l'industrie moderne ces belles boiseries, que leur provenance seule et le souvenir des anciens moines doivent rendre sacrées. Déjà on a détruit les rétables pour rouvrir les fenêtres murées; on a relégué au grenier des toiles provenant de Dommartin, et représentant Moïse sur le Nil, Moïse au Buisson Ardent, Moïse et le Serpent d'airain, Moïse frappant le rocher. Sans avoir une bien grande valeur, ces tableaux et même leurs beaux cadres de bois sculpté ne méritaient pas une telle disgrâce. Ils sont maintenant à la merci des rats et des brocanteurs.
(i) Les boiseries de la chapelle funéraire de Ligescourt sont, paraît-il, de même provenance, ainsi que la jolie poite du confessionnal de Fontaine-sur-Maye. On attribue aussi à l’abbaye de Dommartin un beau panneau de boiserie de style Louis XIV, qui sert de dossier à la chaire de Marcheville; mais c’est une erreur, car on y voit un écusson aux armes de Charles d’Aligre, abbé de Saint-Riquier de 1644 à 1695 : burelè d’or et d’azur, au chef du second, chargé de trois soleils du premier ; couronne de comte, mitre et crosse.
On ne voit plus trace, dans l'église de Crécy, d’aucune ancienne inscription. On y lisait autrefois, « à une vitre du costé de répitre, proche l’autel, où sont représentés un homme et une femme à genoux :
L'an mil cinq cens
Jean Manessier et Antoinette Le Roy sa femme
Priés Dieu pour eulx » (i).
Il reste seulement, dans le croisillon sud, près de la fenêtre du pignon (angle sud-ouest), un bas-relief très mutilé. On y distingue une forêt touffue et une espèce de cabane ou hermitage; est-ce la forêt de Crécy? Est-ce la chasse de saint Hubert ou celle de saint Eustache ? — Au-dessus se voit un linteau carré, orné d’oves à l’intrados, et le tout est couronné d’un arc triangulaire, dans le tympan duquel est un écusson échancré : à trois coquilles, dont les lambrequins sont mêlés à des feuillages divers.
Je crois pouvoir attribuer cet écu à Richard, alias Herpin de Ricametz,
chevalier, gouverneur et bailly de Rue en iq35, 1437 et 1440 (2), qui portait de gueules à trois coquilles d'or (3).
J’ai vu naguère sur le seuil du porche latéral nord une grande dalle funéraire de grés, du xivc siècle, sans inscription, et simplement ornée d'une grande croix haussée, à bras fleurdelysés. Des pierres analogues existent à Neuville-sous-Montreuil, Audembert, Herly, Wimille en Boulonnais, etc. Cette dalle a été déplacée, mais
elle existe encore, posée à plat, au dehors, dans l'angle du transsept (4).
Notons enfin une statue de saint Roch avec son chien et son bourdon (bois,
xviii0 siècle).
Il paraît n’y avoir eu autrefois que deux cloches dans la tour de Crécy, s’il faut s’en rapporter à un acte de 1716 qui mentionne « la grosse et la petite cloche ». En i632, la ville paye « pour touttes les despenses faites par horloger et fondeur
(1) Épitaphier de Villers-Rousseville. Bibliothèque de la Société des Antiquaires de Picardie, f° 248.
(2) Marquis de Belleval, Chronologie d'Abbeville et du Comté de Ponthieu, pp. 113, 137, 179, 236, 317, 329 et 408.
(3) Les autres familles de la région, portant trois coquilles dans leurs armes (Mons, Vesloy, Dubois de Fosseux, Raoult), ne paraissent avoir eu aucun rapport avec Crécy ou les environs, tandis que Herpin de Ricametz, à Rue, était voisin de notre bourg. Ses armes étaient aussi à une vitre de la Trésorerie du Saint-Esprit de Rue. (Cf. Voyage héraldique dans quelques églises du Ponthieu en 1697, p. 21).
(4) Cette pierre n’est pas trop bien placée en cet endroit, où les enfants la dégradent en prenant leurs ébats. Il serait à souhaiter qu’elle fût relevée contre la muraille, cela assurerait mieux sa conservation et la préserverait des immondices.
Au chevet de l’église se voit la sépulture du premier curé-doyen de Crécy, Pierre Blondin, décédé en 1825; des arbustes cachent l’épitaphe qui est sur une plaque de marbre blanc scellée dans la muraille :
Ici repose le corps de vénérable et discrète personne Messire Pierre BLONDIN ancien doyen de la ville de RUE : né A PARIS le 14 Mai 1749
Décédé curé-doyen de CRÉCY le 2 Mars 1825 Ecclésiastique distingué par ses vertus