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Le croisillon méridional qui. s’arrête actuellement à hauteur du colletéral a conservé deux colonnettes dans l’angle Sud-Ouest. Une troisième colonnette aujourd'hui noyée dans la maçonnerie et qui vient d’être découverte dans une réfection totale du mur pignon formait faisceau avec les deux autres. La colonnette centrale, d’un diamètre plus fort que ses deux voisines recevait un doubleau, et celles-ci des croisées d’ogive. Il faut en conclure que le mur pignon, éclairé dune fenêtre flamboyante et élevé seulement au xv' siècle, a raccourci d’une travée ce croisillon. Il fut longtemps question d’y ouvrir une chapelle orientée dans le même style que la chapelle du Rosaire. Le projet, aujourd'hui abandonné, laisse un grand mur dépourvu de toute décoration.
Le chœur se compose de quatre travées. La première, reliée à la chapelle du Rosaire par un grand arc brisé, dont aucune moulure ne meuble les arêtes, est plus étroite que les autres. Nous sommes sur la frontière noi mande et l’église de Gamaches se ressent visiblement de ce voisinage. Peut-être les constructeurs avaientils formé le projet d’élever une tour lanterne et pour la mieux contrebuter, adopté cette disposition?
Un soubassement très élevé, couronné par un gros boudin, forme un bahut sur lequel se dressent trois demi colonnes, dont les chapiteaux à larges feuilles méplates, recourbées en crochets recueillent les retombées des doubleaux et des ogives. De là partent également des formerets toriques. Le tore s’élance d'un jet jusqu’à la clé, sauf aux deuxième et troisième travées, où, à hauteur d’imposte, il se casse brusquement pour repartir plus en arrière. Cette imperfection amenée par une diminution dans l’épaisseur du mur, a été fidèlement conservée par les restaurations modernes.
Des fenêtres en arc brisé s’ouvrent dans l'axe de chaque travée, sauf à la première travée septentrionale et à la deuxième travée méridionale. Des arcs de décharge affleurant le parement du mur les surmontent. Ils sont en tiers point, mais aux deuxième et troisième travées ne décrivent pas la même courbe que les fenêtres.
A la deuxième travée du Sud, une porte donne accès à un escalier en vis qui conduit aux combles. Cet escalier est entièrement moderne, mais il parait bien qu’il existait jadis, puisqu’on en découvrit les premières marches au niveau du sol.
Une armoire double et à feuillures, et une piscine en arc surbaissé meublent la dernière travée méridionale. Dans la troisième travée du Nord est pratiquée une porte en plein cintre communiquant avec la sacristie.
(1) Les archives de la fabrique de Gamaches possèdent trois pièces relatives à la confrérie du Rosaire :
i° Le 22 avril 1629, à la requête de Jacques de Brienchon, curé de Gamaches, de Jean du Four, doyen du chapitre de l’église Notre-Dame au château de Gamaches, de François du Mont, prieur du prieuré de Gamaches, de Jacques Le Conte, notaire royal et procureur au siège présidial et élection du Vimeu, lieutenant général au marquisat de Gamaches, de Jean Gosselin, procureur fiscal audit marquisat et maïeur de ladite ville, le père Le Besgue, des Frères prêcheurs, érige en l’église Saint-Pierre et chapelle Notre-Dame une confrérie du Rosaire avec tous ses privilèges.
20 Le 3 décembre 1632, le Père Angenor, prieur des Frères prêcheurs d’Amiens annonce au curé de Gamaches qu’il se rendra à Gamaches après Noël, dès qu’il quittera Rue, pour examiner si les statuts de la confrérie s’observent régulièrement et pour donner une forme plus authentique auxdits statuts.
3° Le 5 janvier 1634, Antoine Angenor, des Frères prêcheurs, confirme au curé de Gamaches tous les privilèges et les indulgences attachés à la confrérie du Saint-Rosaire (lettre en latin).
La restauration qui fait le plus grand honneur à M. Vinson, architecte, a conservé comme témoins plusieurs groupes de chapiteaux, l.es autres furent complètement refaits. Tous les chapiteaux modernes de la nef et des bas côtés sont d’une facture dont la patine du temps ne corrigera jamais la sécheresse; mais dans le chœur le ciseau de l'artiste sut donner à la sculpture cette souplesse savoureuse qui communiquait aux œuvres du moyen âge un charme si prenant. Les tailloirs se profilent en un boudin, une gorge et un listel; quant aux bases, elles dessinent une scotie entre deux tores; les formerets se composent d'un boudin continu. Les doubleaux et les ogives sont modernes.
Le chevet est plat comme dans un si grand nombre d’églises du xiit" siècle, par exemple en Beauvaisis, à Bury, à Cambronne, à Villers-Saint-Paul, à Montataire, et plus près de nous, à Saint-Hildevert de Gournay. Une grande fenêtre en tiers point s’ouvre dans l’axe du chevet, et un oculus percé dans le pignon éclaire le comble.
Le chœur de Gamaches qui doit son originalité à la présence de ce grand soubassement rappelle le magnifique réfectoire de l’abbaye de Bonport, près de Pont de l’Arche ( t ).
La façade occidentale ne mérite pas une longue description. Complètement moderne, elle ne semble pas devoir reproduire fidèlement l’ancienne façade. Certains détails, comme les bases des colonnettes du portail sont d’un très mauvais style. Le soubassement se compose d'un damier en silex et en pierre. Deux tourelles d’escalier à trois pans saillants, éclairées de fenêtres longues et étroites, amorties par des toitures en pierre aux arêtes toriques et couronnées de petits fleurons encadrent le portail. Celui-ci, en tiers point, se compose de trois archivoltes toriques qui reposent sur des colonnettes en délit surmontées de chapiteaux à crochets. Le tympan ajouré d'une rose subdivisée par trois triangles curvilignes redentés parait être une pure fantaisie de l’architecte restaurateur. Une fenêtre treflée enveloppée de deux boudins continus et d’une archivolte avec retours horizontaux surmonte le portail dont un glacis le sépare Une rose meublée de six trèfles occupe le pignon, dont une croix couronne le sommet.
Deux contreforts amortis en glacis épaulent les extrémités de la façade Dans chacune des parties latérales de celle-ci, correspondant aux bas côtés, s’ouvre une fenêtre en tiers point. Elle s’appuie sur un bandeau biseauté qui contourne les contreforts et les tourelles. De petites roses avec remplages quadrilobés éclairent les demi pignons.
François I" passe pour avoir posé la première pierre du clocher qui se dresse à l’extrémité du transept nord. L’étude archéologique du monument ne contredit pas cette tradition. C’est une tour carrée divisée en trois [étages. Au rez-de-chaussée le portail, compris dans un grand arc en tiers point orné de gorges et de moulures prismatiques, et couronné d’une archivolte en forme d’accolade et à crochets se compose de deux portes jumelles en anse de panier, au-dessous d’une grande fenêtre. Celle-ci, subdivisée en cinq formes et ornée d’un remplage flamboyant, est coupée horizontalement par cinq arcatures trilobées qui correspondent aux formes supérieures. Quatre de ces arcatures sont vitrées, mais celle du centre qui est pleine, forme une niche que surmonte un dais finement refouillé. Quatre niches privées de leurs anciennes statues, deux minces pinacles montant jusqu’à la balustrade, des arcatures aveugles tapissant les écoinçons du grand arc, composent une ornementation encore imprégnée des traditions gothiques. Toutefois les deux petits dais, à pans coupés
( 1 1 Voyez : Abbé Emile Chevallier. Notre-Dame de Bonport , étude archéologique. Paris, 1904, in-4".
qui flanquent la porte, au rez-de-chaussée, sont décorés de rinceaux et de colonnettes fuselées conçus d'après les nouvelles formules. Faisons observer à ce propos que dans notre province où le flamboyant persista si longtemps, c’est par de petits motifs sculptés, dans les portails, comme à Fontaine-sur-Somme par exemple, que s’annonce la Renaissance, alors que toute la construction appartient au style traditionnel.
Au-dessus du portail, court une balustrade ajourée de flammes, dont nous avons signalé la présence à l’intérieur du monument et qui repose sur une corniche.
Celle-ci, de même que la corniche supérieure, est ornée de choux frisés et d'un bâton écoté entouré d’une banderole, motif que nous retrouverons à l’intérieur de l'église saint Etienne de Bouttencourt. Deux fenêtres séparées par un bandeau biseauté s’ouvrent sur chacune des faces de la tour. Toutes deux sont séparées par un meneau et garnies d’un réseau flamboyant, toutes deux sont couronnées par une archivolte avec retours horizontaux et crochets, mais les fenêtres de l’étage intermédiaire, plus petites que les autres, et qui s’ouvrent au fond d’un grand arc de décharge ont reçu une découpure de pierre qui en meuble les deux tiers. Des abat-sons aveuglent les fenêtres de l’étage des cloches.
La balustrade supérieure, les pinacles, les gargouilles d'angle et la toiture sont modernes. Les gargouilles anciennes qui représentaient, dit-on, les quatre évangélistes étaient en plomb.
Les contreforts qui épaulent le clocher montent en s’amincissant à chaque étage jusqu’à la corniche. Au rez-de-chaussée, ils forment un massif très saillant, coupé horizontalement de bandeaux biseautés, orné d’arcatures aveugles et couronné d’un clocheton à crochets. Un simple talus ménage le passage entre le deuxième et le troisième étage, où le contrefort se détachant à peine du parement du mur affecte la forme de deux petits pinacles superposés avec gables à crochets.
Une tourelle d’escalier occupe l’angle Nord-Ouest de la tour. Elle est polygonale et remarquable par sa haute flèche de pierre, couverte de gables méplats et de crochets.
Les deux façades du Nord et du Midi offrent une grande simplicité. A la nef, des contreforts amortis en talus et coupés horizontalement par deux bandeaux, le
Gamaches. — Tribune de la troisième travée septentrionale de la nef.
premier au-dessus d’un soubassement en pierre et silex, le second au-dessus des fenêtres, délimitent chaque travée. Les fenêtres des collatéraux sont enveloppées d’une double archivolte à boudin continu et d’une troisième archivolte garnie de pointes de diamant. Celle-ci se raccorde à un bandeau qui présente la même ornementation et qui se perd derrière les contreforts. Les contreforts qui flanquent la nef centrale offrent les mêmes dispositions que les autres, mais sont moins saillants. Les fenêtres supérieures très exigües, avec arêtes biseautées, sont couronnées d’une archivolte à retours horizontaux. Les deux corniches du collatéral et de la nef sont simplement moulurées.
Rien dans la chapelle du Rosaire, qui porte sur une pierre d’angle le millésime de i63o, ne décèle, à l'extérieur, le style classique. Sa fenêtre offre une décoration très sobre. L’archivolte à retours horizontaux qui, presque toujours à l’époque flamboyante en Picardie, même dans les moindres églises rurales, couronne le sommet des baies, est absente ici. Un bandeau mouluré en larmier souligne la fenêtre et se relève de chaque côté, à angle droit pour se poursuivre horizontalement.
Le chœur présente un aspect simple mais élégant. Les contreforts sont à double saillie. Les fenêtres simplement biseautées s’ouvrent sous un double arc de décharge; l’un non saillant est celui dont j’ai parlé tout à l’heure : il prend toute l’épaisseur du mur; l’autre, répétition du formeret intérieur, forme un ressaut à l’arête torique. Une archivolte ornée de pointes de diamant couronne l’ensemble La corniche est rehaussée de crochets.
Une seule fenêtre, à un meneau éclaire le chevet plat. Elle est enveloppée d’un boudin continu et surmontée d’une archivolte à pointes de diamant et retours horizontaux. La restauration ne respecta pas complètement les anciennes dispositions du chevet; elle agrandit la fenêtre et ajouta deux fleurons au sommet du pignon et au-dessus de 1 archivolte de la fenêtre. L’oculus du pignon à six lobes est également moderne.
L’église de Gamaches s’inspire visiblement de l’église d’Eu comme le prouvent les demi colonnes jumelles de la dernière travée de la nef et des collatéraux, les tailloirs circulaires des colonnes hautes de la nef, les arcatures des bas côtés. Elle appartient à la même époque que sa voisine, c’est-à-dire au premier quart du xme siècle (i). Son style, par certains détails rappelle l'école normande. Quant à l’influence orientale qu’y signalent Lenormant (2) et Darsy (3), elle m'échappe complètement.
De nombreux personnages s'étaient fait inhumer dans l’église saint Pierre. On voit encore, encastrée dans un mur de la chapelle du Rosaire, une pierre de 0,60 sur 0,34 où Grégoire de Poilly est figuré, en surplis, tête nue et mains jointes, au-dessus de l'inscription suivante qui commémore sa fondation :
CY DEVAT GIST LE CORPS DE MESre GREGOIRE DE POILLY VIVAT PREtre QUY A DONE A LA CONFRAIRIE DU ROSAIRE 6L 5S DE RETE ET LA MOITIÉ DE 9l 7s 6d AVEC FEU LOUIS LE SUEUR ANCIEN MA
(1) Sur l’église d’Eu, voir la savante monographie du docteur Coutan dans la Normandie Monumentale et Pittoresque (Seine-Inférieure), Havre, 1893, in-fol, pp. 333-344.
(2) Lanotede Lenormant a paru dans : Pâtissier , Histoire de l'Art Monumental, 2e édition. Paris i86o,ih-8°,p. 516.
(3) Darsy. Gamaches et ses Seigneurs , dans les Mémoires in-8° des Antiquaires de Picardie, 2e série, 1856, t IV, p. 481.
CyDEVAT cisï LE CORPS DE MES™ GREGOIRE DE POilLy Vi\ÂT PRE'" ClVy A DONE A LA CÔFRAIRiE DV ROSAIRE 6VDE RÈTE ETIA MOiTIE'DE 9*706 A AVEC FEV- LOVISLE SVEVRANCiEN MA ÎEVR DE CE LiEV QViADÔNE LA/™ MOiTÎE'LETOVTAPRÈDRE SVR 4 IOVRNEVX DE TERRE SCI SE PR LES HAYE DOCOCH LEQVEL- DECEDA LE 2 IOVRDE MARS 1650
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Église de Gamaches. — Épitaphe de Grégoire de Poilly