‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 37 sur 63 · EN I.AN 1 632 QVE. S. FIR. DE · texte numérisé non relu

EN I.AN 1 632 QVE. S. FIR. DE

CAIEY. ESTOIT. CLERC. DB. S. F. QVEF.

DEVIE. CVRE. PRIES DIEV. POVR. EVLX.

HERRE. IEHAN. GA. D. CAIEV.

Le chœur comprend deux travées droites voûtées d'ogive sur plan barlong et un pan coupé à trois côtés. Chacune des voûtes des travées droites comprend outre la croisée d’ogive, les lierne, contre-lierne et tiercerons et une espèce d'étoile à six côtés se reliant dans le sens transversal au milieu de la contre-lierne et dans le sens longitudinal à la rencontre des tiercerons à la lierne. Toutes ces nervures dépourvues d'ornements se réunissent en faisceaux retombant entre chaque fenêtre et sur des culs-de-lampe figurant des dais ou des personnages grotesques accroupis. Presque tous les points d'intersection sont ou plutôt étaient ornés de clefs pendantes ornées et plus ou moins importantes.

Sur la contre-lierne de la première travée, la clef pendante centrale est à double face. Du côté tourné vers la nef, elle figure le Christ en croix accompagné de trois anges, deux aux bras, le dernier aux pieds, recueillant le précieux sang dans des calices; sur l'autre face est un personnage paraissant représenter un guerrier tenant de la main gauche une grande épée. Celle de droite plus petite représente la Sainte Vierge ; celle de gauche manque; elle devait vraisemblablement figurer saint Jean.

Au centre de la travée suivante, est une grande clef pendante sur laquelle on voit la Vierge montant au ciel accompagnée de quatre anges. De chaque côté, deux autres clefs pendantes représentent des écussons soutenus par des licornes et timbrés de casques à lambrequins : celui de gauche porte un pal ou plutôt une bande chargée de trois coquilles superposées, ce pourrait être les armes de Béthencourt qui portait :

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d'argent à la bande de gueules chargée de trois coquilles d'or, ou celles des Le Prévost, seigneurs de Pendé et du Quesnoy (i) qui portaient : d’argent à la bande de sable, chargée de trois coquilles d'or; l'écusson de droite est parti : à dextre, comme le précédent et à senestre chargé d’un chevron accompagné de trois roses, deux en chef et une en pointe et surmonté d'une fasce bretessée et contre-bretessée. Tant sur la même ligne que sur une intersection en arrière, sont encore trois autres clefs pendantes, plus modernes que les précédentes, où dans des cartouches à peine décorés, sont, à gauche un monogramme où l'on retrouve les lettres c. l. r. a. k. t. et au-dessous c. w. b.; à droite les lettres f. t. m., en arrière les lettres m. n. q. c. d. f.

Enfin aux clefs de voûte du chevet, sont encore trois petites figures de la Foi, de l'Espérance et de la Charité.

Le Retable. — Tout le fond du chœur de l’église de Feuquières est occupé par un magnifique retable en bois peint et doré de style Louis XIV et mesurant 12 mètres de hauteur sur 8 mètres de largeur.

Il est divisé en trois parties, celle du milieu légèrement saillante et plus large que les deux autres : chacune d'elles est encadrée par deux colonnes lisses à chapiteaux corinthiens, soit six en tout, portées sur de hautes bases rectangulaires divisées en deux parties, l’une, celle du bas, unie, l'autre ornée de sculptures.

Au milieu et formant le sujet principal, se trouve, dans un cadre rectangulaire en bas mais dont le haut est en partie arrondi, un grand tableau sculpté représentant la vision de sainte Thérèse. La sainte est à gauche du spectateur en costume de religieuse, les bras ouverts et agenouillée sur les nuages; elle lève les yeux vers un ange debout devant elle qui lui montre le ciel d'où s’échappent des rayons de lumière; dans chaque coin se trouvent des groupes d'anges dont on ne voit que la tête et les ailes.

Au-dessous de ce tableau et au-dessus des gradins de l’autel se trouve une monstrance qui est la partie la plus élégante de ce monument. Au milieu est la niche destinée à la croix d'autel ou à l’ostensoir : deux anges portant des cornes d’abondance et relevant une draperie, supportent un édicule avec balustrade au-dessus duquel trois ornements se réunissent pour former le support d’une croix. De chaque côté sont deux niches : les plus rapprochées du centre, reliant son avancée au reste de l'œuvre, sont entourées d’un cadre surmonté d'un cartouche orné et accompagnées de colonnettes torses cannelées; elles renferment deux statuettes de saint Jean et de saint Luc. Les deux autres sont à plat et sur le même plan que le fond du rétable : elles sont surmontées de têtes d'anges et encadrées de pilastres ornés d'anges en cariatides : elles renferment des statuettes de saint Mathieu et de saint Marc. Au-dessous de la niche centrale et pris dans la hauteur des deux gradins de l'autel est le tabernacle dont la porte est ornée d'une représentation du Bon Pasteur.

Chacune des parties latérales, encadrée de deux colonnes de même allure mais d'importance moindre que celle du milieu, est ornée d'une porte surmontée d'une niche au-dessus de laquelle sont des anges tenant des palmes et des couronnes, puis d'un fronton arrondi et surbaissé. La niche de droite renferme la statue en bois d'un saint qu’on ne peut guère déterminer; dans celle de gauche est une statue en pierre de la Sainte Vierge, rapportée là postérieurement; sur le socle est une inscription en caractères gothiques à demi effacée, dernièrement réchampie mais d’une manière toute fantaisiste; on n’y peut guère découvrir autre chose que de savoir que le donateur de cette statue était du bourg de Lucheux.

(O Aucun de ces deux noms ne figure dans la liste des seigneurs de Feuquières.

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Toute la partie que nous venons de décrire est surmontée, dans toute la largeur de l’entablement, d'une frise sculptée et d’une corniche moulurée ornée d’oves et de modillons, arrondies dans le milieu et suivant la forme du cadre du tableau de la vision de sainte Thérèse : à la clef, sont placées les armes de l'Ordre des Carmes.

Au-dessus de cette corniche et seulement dans la partie centrale, se trouve le couronnement du retable, légèrement en retrait sur tout le reste; deux colonnes lisses à chapiteau corinthien soutiennent un entablement surmonté d’une frise et d'une corniche arrondies au centre : deux pots à feu sont placés sur les colonnes. Dans le cadre ainsi formé, est, au milieu, une niche arrondie renfermant un Ecce homo, et accompagnée de chaque côté de cariatides, d’anges et d'ornements de feuillages et de fruits. Deux volutes de consoles renversées sont appliquées extérieurement aux colonnes et reposent sur la corniche du corps principal du retable.

Ce retable décorait autrefois l'église des Carmes d’Abbeville. Il n’y a pas de texte positif qui le prouve, mais ce qui est certain c’est qu'il a été donné à l’église de Feuquières par M. Duchesne de la Motte, qui, le 18 mars 1791, s’était rendu acquéreur du couvent et de l’église des Carmes. Le sujet principal représente la vision de sainte Thérèse, les armoiries des Carmes y sont figurées, tout cela prouve bien l’origine du retable De plus il y avait au couvent d’Abbeville un autel dédié à la fondatrice du Carmel; nous voyons en effet, dans les manuscrits Siffait, qu’en 1764, les Carmes firent couvrir à neuf leur église à l’exception de ce qui se trouvait depuis le chevet jusques et y compris les deux côtés de la couverture de l’autel de sainte Thérèse; il s'agit probablement d’un des croisillons du transept qui, d'après les dessins qui subsistent de l’église du couvent, était large et élevé. C'est donc presque certainement dans un de ces croisillons qu'était placé le retable qui nous occupe, d’autant plus qu’il n’était pas au grand autel. En effet en 1696, quand les Carmes fêtèrent la canonisation de sainte Thérèse, ils retirèrent, nous disent encore les manuscrits Siffait, le tableau au-dessus du maître-autel pour y mettre la représentation de la sainte dans un éloignement environné d’anges, ce qui n’aurait pas certainement eu lieu si le retable actuellement conservé à Feuquières, eut été le maître autel de l’église du couvent d’Abbeville.

M. Dusevel a cru pouvoir attribuer ce retable à Blasset : il est, je crois, inutile de discuter cette assertion qui ne repose sur rien; on n’y reconnaît pas le faire du sculpteur amiénois, et si la monstrance de Feuquières a quelque rapport avec celle de l’autel de Montonvillers, reproduit par M. Duthoit dans l’œuvre de Blasset, rien ne prouve au surplus que ce dernier autel soit l’œuvre de cet artiste.

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