‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 43 sur 63 · PONT -REMY · texte numérisé non relu

PONT -REMY

Vitrail

Il en fut ainsi jusqu’au xiv* siècle, époque où la seigneurie de Pont-Remy semble être devenue la propriété exclusive d’une famille du même nom, qui portait : de gueules au chef d'argent (i), et dont plusieurs membres, déjà propriétaires de biens au même lieu, avaient antérieurement exercé la charge vicomtale à titre passager. Ces seigneurs de Pont-Remy s’éteignirent vers 1372, dans la maison de Waencourt et la dernière de ce nom, Jacqueline, épouse de Edmond de Ville, vendit Pont-Remy, en 1457, à Jean de Créquy, chevalier de la toison d'or. L'un des descendants de celui-ci, Antoine de Créquy, surnommé Pont-Dormy à cause de son domaine, passait, sous le règne de François Ier, pour être le plus brave guerrier de France. Il n’eut qu'une fille qui transmit par mariage Pont-Remy à Guillaume du Bellay, mais cette terre revint bientôt aux Créquy dont le dernier fut le célèbre cardinal", évêque d’Amiens. Celui-ci, en mourant, légua Pont-Remy à son neveu Antoine de Blanchefort, fondateur de l’illustre maison de Créquy-Blanchefort qui, plus tard, devait porter Pont-Remy à la famille ducale de la Trémoille. Enfin, Charles-Armand-René duc de la Trémoille fut contraint, en 1720, de vendre son domaine à M. Le Pelletier des Forts de Saint-Fargeau. Pont-Remy resta dans cette famille jusqu’en 1817, époque où il fut de nouveau vendu par la fille du trop célèbre Le Pelletier de Saint-Fargeau, à M A. du Maisniel de Liercourt, député de la Somme sous la Restauration. Actuellement le château appartient à Madame la baronne de Brécourt, née du Maisniel de Saveuse.

Pénétrons maintenant dans l’église dont nous avons déjà dit un mot au début de cette notice, tout en regrettant celle qui l’a précédée, son admirable flèche de pierre sculptée à jours, comme celles de Fontaine-sur-Somme et de Cocquerel, mais bien plus belle, et sa façade surmontée de trois pignons, réunis par une galerie gothique. Le nouveau sanctuaire soutenu par des colonnes de fonte — proh pudor! — n'a hérité de celui qui le précédait que deux remarquables verrières.

Sur l’une d’elles, Jean VIII de Créquy, vivant au milieu du xvi" siècle, est représenté à genoux devant un prie-Dieu où est étalé un livre ouvert. Ce seigneur revêtu d'un haubert à ses armes : d’or au crequier de gueules, chargée d’une merlette d’argent sur la branche du chef, est accompagné de son saint patron qui se tient derrière lui. Le champ de la verrière est occupé par une représentation de la pêche miraculeuse et l'on y voit aussi saint Pierre marchant sur les eaux : dans le haut apparait une petite Pieta. Les couleurs de cette vitre centrale sont fort belles, malheureusement elle a subi en 1847 et en 1875, de déplorables restaurations. Elle est accostée de deux verrières de dimensions un peu moindres, le tout ayant sans doute constitué jadis l’ornementation d’une fenêtre tripartite.

Le vitrail qui est à la gauche du spectateur représente, au sommet, Jésus détaché de la croix, puis, au-dessous, dans des encadrements d’architecture, les figures superposées de saint Adrien et de saint Antoine. Enfin, dans le bas, pour garnir une partie ajoutée à la verrière, afin de la mettre à la dimension de son nouvel emplacement, on a peint un écusson parti, vide au premier et présentant au second, sur un fond d’or, un créquier de gueules, chargé d’une merlette d’argent sur sa branche supérieure, qui est Créquy avec une brisure.

La vitre de droite montre, dans sa partie supérieure, un écusson losangé reproduisant les précédentes armoiries; au-dessous, on distingue la Vierge et l'enfant Jésus, avec sainte Elisabeth et le petit saint Jean accompagné d'un agneau, puis viennent saint Pierre et saint Nicolas qui font pendant au saint Adrien et au saint Antoine de la vitre opposée; enfin, tout en bas est répété le blason antérieurement décrit.

(1) Recherches généalogiques, etc., par L.-E. de la Gorgue-Rosny.

Les principaux sujets représentés sur les trois parties de cette verrière sont anciens, mais selon une remarque déjà faite, on a été obligé pour les mettre à la dimension convenable, d'y ajouter divers ornements modernes et quelques petites scènes absolument étrangères au sujet principal de la composition, — telles la Pieta, la déposition de la croix, la Vierge et l'Enfant avec sainte Elisabeth, etc., — qui semblent avoir été empruntées à une autre verrière.

Le second vitrail eut de même beaucoup à souffrir de la maladresse des restaurateurs. 11 est aussi en trois parties et représente l’histoire de la chaste Susanne. Dans la lancette du panneau central on remarque une scène difficile à expliquer. Deux hommes debout y apparaissent; l’un est accompagné d'un squelette animé, comme dans les danses macabres, l’autre, d’une femme assise auprès de laquelle se tient un démon Au-dessous, le premier registre représente l’acquittement de Suzanne et le second, la condamnation des vieillards par le jeune Daniel, assis sur le siège de justice. Enfin, tout au bas de ce panneau, deux grands écussons ovales et modernes, avec casque couronné et lambrequins, portent les armoiries suivantes; le premier ; écartelé, aux t et 4, d’azur à trois étoiles d'argent posées 2 et 1; aux 2 et 3, de gueules à la tour d'argent donjonuée de deux pièces, qui est Douville; le second : d'azur semé de croix potencées d'argent à la bande d’or, qui est peut-être Belleval mal fait (1). En effet, le donateur de cette verrière, datée de 1 55 1 , serait, pense-t-on, Jean Douville, possesseur d’un fief à Pont-Remy, époux en secondes noces de Michelle de Belleval.

Le panneau de gauche représente à sa partie supérieure, Susanne au bain, et au-dessous les deux femmes et les filles du donateur accompagnées de saint Michel et de saint Nicolas (2). Sur le panneau correspondant, on distingue en haut, la lapidation des accusateurs de Susanne, représentés avec des casques sur la tête; dessous est agenouillé le donateur accompagné de saint Jean et des hommes de sa famille, mais les têtes de la plupart de ces personnages ont été brisées et remplacées par les portraits de plusieurs de leurs descendants, nos contemporains (3).

Dusevel a relevé sur ce vitrail les mots suivants superposés :

üScffevnf . (Branbvaf . noter . corbiaf . patcc noeter.

Le seul monument qui soit demeuré à peu près intact à Pont-Remy, est la maison de péage sise au bout du pont, sur la rive droite de la Somme et bâtie en 1647 comme le prouve la date sculptée sur sa façade. — C’est une construction en pierre et en briques, qui, au rez-de-chaussée, possède seulement une fenêtre et une porte très ordinaire. Celle-ci est percée dans une muraille unie, limitée à ses extrémités par deux pilastres qui supportent un entablement à denticules. Au-dessus, se développe une arcade simulée, sorte de fronton en forme de vaste trilobé redenté et bordé de denticules, qui encadre une simple fenêtre et occupe, à l’étage, tout le champ de la façade, jusqu’à la corniche qui supporte le toit (4).

R. de GUYENCOURT.

(1) Belleval ; de gueules à la bande d'or accompagnée de sept croix potencées de même, quatre en chef, trois en pointe.

(2) Jean Douville avait épousé en premières noces Colaie de Buigny et en secondes, Michelle de Belleval. Recherches généalogiques , par df. Rosny.

(3) En 1875, M. G. de Douville-Maillefeu, ancien député de la Somme, s’y fit représenter à genoux et les mains jointes, avec plusieurs membres de sa famille.

(4I On voyait jadis sur la façade de cette maison les armes de France et celles de Navarre.

Fig. i. — Frise intérieure du transept.

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