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RIQUIER 'le Joint -Fier
JJ Statues
M. Enlart, plus prudent, après avoir énuméré les basiliques carolingiennes à double abside, ajoute seulement : « et probablement aussi à l’ancienne église de Saint-Riquier » (i).
La croyance à l'existence d'une abside occidentale à Saint-Riquier repose tout simplement sur un gros contre-sens. Ceci dit sans la moindre pensée de dénigrement. La langue du moyen âge est pleine de pièges de ce genre : bien heureux celui qui n'y tombe jamais.
Après avoir sommairement décrit l'église et dit que la tour orientale « cum cancello et butico » était dédiée à saint Riquier, et la tour de l'occident au saint Sauveur, Hariulf ajoute : « ubi etiam in gyro deintus hos versiculos scribere fecit memorabilis Angilbertus ». M. Graf et, après lui, M. Holtzinger, ont traduit « in gyro » par « dans l’abside ». Cela veut dire tout autre chose. L’expression « in gyro », ou « per gyrum » est une locution adverbiale absolument courante dans le latin de la Vulgate, et par suite très usitée par les anciens auteurs ecclésiastiques. Elle signifie tout à l’entour; les exemples en fourmillent (2), et elle est trop connue pour avoir pu être prise dans une autre acception. Mais il y a plus.
Nous avons vu que, dans la miniature d'Hariulf, un chevet figurait à l'est de la tour orientale. Rien d'analogue n'apparaît l’ouest, et l'édifice s’arrête de ce côté à la tourelle d’escalier.
Peut-être pourrait-on supposer qu'à l'ouest le chevet, se réduisant à une simple abside demi-circulaire, serait masqué dans la miniature par la tourelle. Mais les textes s'opposent absolument à l’existence d'une abside à l'occident de l'église.
Après avoir dit que la tour de l'est « cum cancello et butico » — nous savons que buticum ne peut guère désigner autre chose que l’abside orientale — était dédiée à saint Riquier, Hariulf ajoute que la tour de l'ouest, tout court, fut dédiée au saint Sauveur. « Turris occidenialis in honore sancti Salvatoris specialiter est dicata » (3). Comme nous le verrons aussi, l’autel de saint Riquier était placé en dehors de la tour qui portait son nom, tandis que celui du Sauveur était sous la tour même qui lui était dédiée.
Nous savons pertinemment que la face occidentale de l'église était percée d'au moins trois portes, dont une centrale.
Un livre des miracles de saint Riquier composé en 864 par le moine Micon, suivant les uns, par le moine Odulfus, suivant les autres, rapporte que, du temps de l’abbé Elizachar (4), un homme nommé Restoldus, allant un jour pêcher dans la piscine voisine du monastère, fut atteint de paralysie, au point de ne plus pouvoir que ramper. Longtemps après, alors que les religieux célébraient les matines dans l’église de saint Riquier, on entendit un grand cri. Quelques-uns étant accourus, trouvèrent cet homme « étendu le long de la porte du milieu qui s'ouvrait à ceux qui veulent entrer dans l'église du côté de l'occident » (5).
Angilbert fait lui-même plusieurs fois allusion à cette porte du milieu, qui en suppose naturellement au moins deux latérales,, à sa droite et à sa gauche.
(1) Manuel, t. I, p. 169.
(2) Hariulf l'emploie lui-même ailleurs, dans des passages dont le sens n'est pas douteux. Ainsi, parlant de la première épitaphe d’Angilbert, il s’exprime ainsi : « In gyro autem sepulturæ isti versiculi in lapideis tabulatis, primus ad caput, secundus ad lævam, tertius ad pedes, quartus ad dexteram, expoliti sunt ». Hariulf, Chron., lib. II, cap. xii ; édit. Lot, p. 78. — Cf. aussi : « Ac in gyro ejusdem stipitis superrima rota ». Mirac. S. Ber Uni, dans Acta SS. O. S. B. t. III, p. 129, — etc., etc.
(3) Hariulf, Chron., lib. Il, cap. vit, édit. Lot, p. 54.
(5) * Invenerunt hominem . in terra jacentem . secus mediam portam quæ pervia est intrantibus in parte
Occidentis ». Miracula S. Richarii, lib. I, cap. 1, dans Acta SS. Boll., April, t. HT, p. 453, etc.
T e jour des Rameaux, la procession venant de l'église de sainte Marie, comme il a été dit, après avoir pénétré dans le parvis par la porte de saint Michel — nous verrons que ce parvis était à l'occident de la grande église, et la porte de saint Michel à l'occident du parvis — doit entrer dans l’église « par la porte du milieu » ( t ).
Parmi les objets précieux dont Angilbert avait enrichi les églises de son abbaye, il cite : « deux portes majeures ornées d'or et d'argent, deux mineures, deux petites portes semblablement ornées » (2). Comme Angilbert ne fait pas, parmi les objets qu il énumère, de distinction entre les trois églises, on est en droit de penser que les deux oslia majora sont les portes principales de la grande église et de l'église de sainte Marie. Les deux ostia minora seraient les deux portes latérales à droite et à gauche de la première. Enfin les deux ostiola pourraient être la porte de l’église de saint Benoît et la porte de saint Maurice de la grande église (3).
Ce fait de l’existence d'un portail occidental suffirait à lui seul pour écarter toute idée d’abside de ce côté, mais ce n'est pas encore tout.
Ce portail était précédé d’un porche qui devait avoir une certaine importance, car il était décoré d’une grande composition en plâtre ou en stuc, dont nous reparlerons, et qui représentait la Nativité du Sauveur. Cette Nativité devait être de lace et très en vue; elle jouait un grand rôle dans les exercices liturgiques de l'abbaye. Le texte suivant ne laisse aucun doute sur son existence et sur son emplacement. Après avoir énuméré les sujets représentés dans l’église, Anscher ajoute en effet : « Sous le porche, le long des portes, la sainte Nativité » (4).
Nous savons aussi qu'à sa mort arrivée en 814, Angilbert fut, suivant son désir et par humilité, inhumé « sous le porche de l’église du saint Sauveur et de saint Riquier, devant la sainte Nativité », si près de l’entrée de l’église, ajoute Hariulf, que nul ne pouvait y pénétrer sans fouler sa tombe 15).
L Institutio d'Angilbert en parle très souvent.
Aux grandes litanies, les croix et les processions des églises voisines se rassemblent « dans le parvis, devant la sainte Nativité » (6). Chaque fois qu’une procession rentre dans le parvis, avant de pénétrer dans la grande église, elle doit faire une oraison « devant la sainte Nativité » (7).
(1) « Accedenies, ad portam beati archangeli Michaelis, paradisum ingrediantur, et coram sancta Nativitate
oratione facta, per ostium medianum . ad Sanctum Salvatorem perveniant ». Institutio S. Angilberti , dans Lot,
Citron, d' Hariulf , p. 297.
(2) « Ostia majora auro et argento parata II, alia minora II, alia ostiola similiter parata II ». Scriptura D. Angilberti, dans Hariulf, Citron lib. II, cap. x, édit. Lot, p. 68. — V. aussi Acta SS. Boll., Febr., t. III, p. 107.
(3) Sur cette porte de saint Maurice, v. ci-dessous.
(4) f Et in porticu secus januas, sancta Nativitas », etc. Vila, auctore (ut dicitur) Anschero, dans Mabillon, Acta SS. O. S. B., t. V, p 123.
(5) " In porticu ecclesiæ sancti Salvatoris sanctique Richarii, tumulatus est coram sancta Nativitate ». Angilberti
libellas , dans Mon. Gerin. SS., t. XV, p. 179. — Cf. Hariulf : « Præcepit ut ante fores templi tumularetur .
Amantissimi patris vencrabile corpus . ante portam majoris ecclesiæ honorifice sepelitur. Locus autem ipsius
sepulturæ ita aditui ecclesiæ proximus est, ut a nemine basilica ingredi posait, qui non sanctam corporis ejus tumbam calcaret ». Hariulf, Citron., lib. II, cap. xn, édit. Lot, pp. 77, 78.
(6) * Ad solemnes letanias . cruces et processiones vicinarum ecclesiarum . simul conjungant se in para-
dysum, coram sancta Nativitate ». Institutio Angilberti , dans Lot, Citron. d’Hariulf, p. 299.
(7) « Dominica Palmarum ... ad portam beati archangeli Michaelis paradisum ingrediantur, et coram
sancta Nativitate oratione facta . ad sanctum Salvatorem perveniant ». Institutio S. Angilberti , dans Lot, Citron.
d' Hariulf , p. 296. — « Ad solemnes letanias . perveniant ad sanctam Nativitatem, . in quo loco ab omnibus
simul oratione finita », etc. Ibid., p. 301. - - Revertantur. ... ad sanctam Nativitatem, ubi, oratione finita », etc. Ibid.,
p. 302. — » Qualiter pro tribulatione cruces sequi debeant . Revertantur per portam beati Mychaelis usque ad
gloriosam Nativitatem; ubi, oratione peracta . Perveniant ad sanctam Nativitatem; ubi, oratione finita», etc. Ibid.,
p. 302. — * De festivitatibus beati Richarii .. .. paradysum ingrediantur et coram sancta Nativitate oratione finita », etc. Ibid., p. 304.
On ne peut donc pas supposer qu'il y ait eu une abside entourée d'un péristyle demi-annulaire conduisant a des portes ouvertes sur les croisillons du transept, ainsi qu on le voit sur le plan de Saint-Gall, comme aussi on le fera encore parfois en Allemagne à l’époque romane, par exemple à Saint-Michel de Hildeshèim (xi* siècle).
Kn un mot, dessin et textes, tout concourt à écarter toute idée d’abside occidentale.
La façade de ce côté devait donc être entièrement plate, percée de trois portes et précédée d'un porche entre les deux tourelles d'escaliers, du milieu desquelles s élançait la tour de 1 ouest. Si les documents que nous possédons nous laissent bien des doutes sur d autres points, ils sont sur celui-ci absolument péremptoires.
C’est exactement le même parti qu'à l'autre extrémité de la période romane, nous retrouvons encore suivi, mais alors dans le style roman germanique le plus pur et le plus parfait, à la belle façade occidentale de l’église abbatiale de Marmoutiers en Alsace (xu‘ siècle) (i).
Derrière ce porche, le transept occidental formait le tau en avant de la nef; disposition qui n est pas sans exemples à l’époque romane et même assez tard. Il en est ainsi notamment à Saint-Paul de Worms, et surtout à Saint-Mathias de Trêves (2), à 1 église de Wassy (3), qui, elles aussi, possèdent deux transepts, l’un sur la façade occidentale, l'autre à l'est, entre la nef et le chœur (4).
Il faut donc renoncer a voir dans 1 église de saint Riquier la souche des églises à doubles absides si usitées principalement dans les pays germaniques durant toute l’époque romane.
Une porte percée vers le milieu du mur du bas-côté sud faisait communiquer directement l'église avec le cloître. Ce cloître empêche de la voir dans la peinture d'Hariulf. On l'appelait la porte de saint Maurice, du nom de l'autel de saint Maurice, qui, comme nous le verrons, était placé à côté d'elle dans le bas-côté. 11 en est plusieurs lois question dans Vlnstitutio d’Angilbert. Après l’office du matin ou du soir, celui-ci ordonne que les trois chœurs s en aillent processionnellement, par un itinéraire dont nous aurons à reparler, à l'église de sainte Marie, puis à celle de saint Benoît, de là, ils entrent à saint Maurice, et entrant ainsi dans la basilique de saint Riquier, ils réintègrent leurs chœurs » (5).
I.e joui des Rameaux, après avoir reçu les palmes dans l’église de sainte Marie, les religieux retournent en procession vers la grande église ; si le temps ne permet pas de le faire par dehors, la procession suit le cloître et rentre dans l’église par la porte de saint Maurice (6).
(p On peut aussi en rapprocher jusqu’à un certain point la façade de la basilique d’Aix-la-Chapelle. A St-Vital de Ravenne, il y a aussi un porche flanque de deux tourelles rondes à escalier : comme à Saint-Riquier, on y retrouve en avant de l’abside une travée barlongue flanquée de deux tourelles cylindriques.
(2) V. ci-dessus, p. 148.
(3) Haute-Marne.
(4) A rapprocher également la cathédrale de Noyon, l'église abbatiale de Saint-Germer, St-Worles de Chàtillon , etc. — Sur cette derniere, v. P. DE Truchis, Les influences orientales dans l'architecture romane de la Bourgogne dans Congrès de la Soc. franc, i'archèol. tenu à Amllon, 1908, p. 464, etc. - Les transepts occidentaux en forme de tau ont été aussi usités en Angleterre (cath. d'Ely).
(5) » Matutmali etenim seu vespertinali ofiicio consuminato . veniant ad sanctam Mariant . remeando veniant
ad sanctum Benedictum, . inde per grades arcuum. intrent ad sanctum Mauricium, sicque intrantes sancti Richard
basihcam. restituante suis choris ». De institutions e/us, dans Hariulf, Chron., lib. II, cap. xr, édit. Lot. p -, - V. aussi Scriptum S. Angilberti, dans Acta SS. Bail., Febr., t. III, p. 106.
1,6) « Per ipsam longaniam pergentes, ingrediantur per ostium sancti Mauricii, atque sic per medium ecclesie
Existait-il une autre porte du côté nord de l'église vis-à-vis de celle-ci? Les documents n'en parlent pas; mais de ce côté là l'église était tout proche du mur de clôture de l'abbaye et cette porte, si elle existait, ne devait mener à rien; il n'est donc pas étonnant qu'elle n'ait été d'aucune utilité dans les évolutions prescrites par Y Institutio .
Contre le flanc méridional de la partie de l’église qui forme chevet à l'est, la peinture d'Hariulf montre un petit bâtiment sur le prolongement du bas-côté, mais différent de celui-ci dans son ordonnance. Il est plus bas et il est éclairé par quatre fenêtres plus petites et irrégulièrement percées. Elles sont en plein cintre dans Mabillon, rectangulaires dans Petau. Ce petit bâtiment dépasse l'abside vers l’est d'environ la moitié de sa longueur totale (i). Dans la gravure de Mabillon, il se termine carrément à l'est; d’après celle de Petau, il semble qu'il soit arrondi de ce côté. Ne serait-ce pas ce que nous appelons aujourd'hui la sacristie, dépendance presque indispensable au culte catholique et qui, dans la plupart des églises de toutes les époques, dans les grandes surtout, a existé sous des dénominations diverses (2)? Nous savons par Y Institutio d’Angilbert qu'il y en avait une à Saint-Riquier. Elle indique en effet que le Samedi-Saint, après les litanies, la scola cantorum monte à l’autel du saint Sauveur pour y remplir son office, et que les autres ministres retournent au « secretarium », afin de revêtir les ornements pour la messe (3).
Lorsqu’on entrait dans l'église par le portail occidental, on se trouvait donc immédiatement dans le carré du premier transept de ce côté, qui formait la partie basse de la tour. Cette tour, dit Hariulf, était dédiée au Sauveur, le principal patron de l’église (4).
Là se trouvait l’autel du saint Sauveur. En rapportant la vision du moine Hugo (5), Hariulf raconte que celui-ci entendit des voix harmonieuses venant « de la partie occidentale de la basilique, dans la tour où est l'autel du saint Sauveur » (6). Nous verrons qu'au xi" siècle les autels devaient encore être à la même place que du temps d’Angilbert. De même Anscher, en parlant des trois chœurs entre lesquels les moines étaient divisés, dit que l'un d'eux se plaçait a sous la tour occidentale, devant l’autel du saint Sauveur » (7).
Comme d'ailleurs nous avons montré qu’il n’y avait pas d'abside de ce côté, on ne voit pas à quelle autre place cet autel aurait pu se trouver.
accédant ad sanctum Salvatorem missam ad perficiendara ». Institutio S. Angilberti, dans Lot, Chron. d'Hariulf, p. 297. — Cet autre passage de V Institutio, sans désigner expressément la porte de saint Maurice, la suppose implicitement : « Accédant siraul ad sanctum Mauricium ubi . vesperos, nocturnos et matutinos ob memoriam omnium
fidelium defunctorum persolvant. Quibus illic ita expletis,*subsequatur continuo ipso ordine quo supra officium aliud
pro salute vivorum ; ea tamen ratione ut per longaniam deorsum pergendo, vesperos usque ad sanctum Benedictum
impleant >; et plus loin : « Inde vero iterum ad sanctum Mauricium et per longaniam usque ad sanctum Benedictum ». Ibid., p. 305.
(1) Un peu plus dans Petau; un peu moins dans Mabillon.
(2) V. notamment VOrdo romanus.
(3) « Çeteri vero minislri . revertantur in secretarium, unde iterum preparati procédant ad sanctum Salvatorem,
ibique missam condigne perfieiant *. Institutio S. Angilberti, dans Lot, Chron. d'Hariulf , p. 298. — Sur les sacristies, V. Cattaneo, L’architecture en Italie du v‘ an xi® siècle, traduction Le Monnier, p. 60.
(4) Hariulf, Chron., lib. II, cap. vu, édit. Lot, p. 54.
(5) V. ci-dessus, p. 153.
(6) « Audivit a parte occidentali ipsius basilicæ, in turre ubi est sancti Salvatoris altare, voces mellifluas », etc. Hariulf, Chron., lib. IV, cap. xxx, édit. Lot, p. 256.
(7) « Quorum unus ordinate consistebat in turre occidentali, coram altare sancti Salvatoris *. Vie d’Angilbert attribuée à Anscher, dans Acta SS. O. S. B., t. V, p. 123.
Il y avait donc bien un autel à l’occident, mais non pas d'abside.
Comment dans ce cas, pouvait-on pénétrer dans l'église par le portail occidental sans se heurter à cet autel?
Sous l’autel du Sauveur, il y avait une crypte. Angilbert lui-même nous l'apprend : « Nous avons, dit-il, fait faire une grande châsse ornée d’or et de pierreries, où nous avons renfermé une partie des susdites reliques, et nous avons fait placer cette châsse sous la crypte du saint Sauveur » (i).
C'est d’ailleurs la seule mention que nous possédions de cette crypte. Angilbert dit seulement « subtus criptam sancli SahatQvis »; mais bien souvent par « sanctus
Salvator . sanctus Richarius » tout court, il désigne l’autel du saint Sauveur ou
celui de saint Riquier. Nous savons au surplus qu’il n'y avait pas de crypte à l'est, puisque c’est seulement au xie siècle que saint Gervin en fit construire une de ce côté (2).
Dans tous les cas, nous savons que l’autel du saint Sauveur se trouvait dans une situation assez élevée. Lorsque l 'Institutio parle de fonctions faites ou à faire à cet autel, elle indique bien presque toujours qu’on y monte ou qu'on en descend (3); mais elle en dit autant de l’autel de saint Riquier, qui, lui aussi, était placé en un lieu élevé. Un passage de Y Institutio est plus probant. C’est encore de la procession des Rameaux qu’il s'agit. Celle-ci, partie de l’église de sainte Marie, est arrivée dans le parvis : après l’oraison devant la représentation de la Nativité, les religieux franchissent la porte centrale et ils montent l’escalier en colimaçon (cocleam) placé au sud, pour arriver à l’autel du saint Sauveur et y célébrer la messe (4). Le fait de prendre cet escalier pour parvenir à l’autel du Sauveur laisse supposer qu’il devait être beaucoup plus élevé que de deux ou trois marches, comme pouvait l'être, par exemple l’autel de saint Riquier.
La porte occidentale de l’église devait donc s’ouvrir sur la crypte, et on devait traverser celle-ci pour entrer dans la nef. Il n’était pas nécessaire que cette partie voûtée fût profonde pour qu’Angilbert ait pu lui donner le nom de crypte. En supposant le sol de l’église un peu plus élevé que celui du parvis, ce qui était fort probable, on comprend que, depuis le porche, on entrait, soit en descendant quelques marches, soit même de plain pied; puis, par un perron de plusieurs marches, on remontait dans la nef; il se pouvait même que le sol de la crypte eût été au même niveau que celui de la nef (5). De là, on atteignait le chœur du Sauveur par deux
(1} « Præparavimus capsam majorera auro et gemmis ornatam, in qua posuimus partent supradictarura reli-
quiarum, quam cum ipsis, . subtus criptam sancti Saivatoris ponere studuimus ». Scriptura D. Angilberti dans
Hariulf, Chron., lib. II, cap. ix, édit. Lot, p. 66. - V. aussi Scriptum S. Angilberti , dans Acta SS. Bail., Febr., t. III, p. 106, etc. — Est-ce bien, comme le pense Mabillon (Acta SS. O. S. B., t. V, p. 115), cette même châsse que Jean de la Chapelle appelle « ferelrum quod dicimus Sanctœ Prime », et que. selon lui, l'abbé Hugues de Chevincourt aurait encore visitée au XIIIe siècle [Chron. abbr , édit. 1893, p. 123)?
(2) V. ci-dessous.
(3) « Ad soleranes letanias . re*positis simul in sancto Richario crucibus vel ceteris que portaverant, ascendant
fratres ad sanctum Salvatorem . missam ad perficiendam ». Institutio S. Angilberti , dans Lot, Chron. d' Hariulf
p. 301. — «Cum . vesperos et matutinos ad sanctum Salvatorem cantaverint, tune descendat unus chorus ad
sanctam Resurrectionem ». Ibid., p. 305, — etc.
(4) * Faradisum ingrediantur, et coram sancta Nativitate oratione facta, per ostium medianum et per cocleam meridianam ascendentes, ad sanctum Salvatorem perveniant, ubi, honore condigno, ab illis missa celebretur ». Cc'.a veut bien dire que c’est à l'autel du saint Sauveur qu'on célébrait la messe, car l’ Institutio ajoute qu'en cas de mauvais temps, la procession doit se rendre à la grande église par le cloître et la porte de saint Maurice : . et sic per medium ecclesie accédant ad sanctum Salvatorem, missam ad perficiendam ». Institutio S. Angilberti, dans Lot Chron. d' Hariulf , p. 297.
(5) ^en que le sens vrai et original du mot crypte soit celui d’un lieu plus ou moins souterrain, beaucoup d’auteurs anciens l'appliquent à tout espace voûté. Ducange en donne au mot cryptatim plusieurs exemples absolument
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autres perrons placés à droite et à gauche, soit dans la nef elle-même, soit peut-être dans les bas-côtés, afin de laisser à l’issue des trois nefs subdivisant très vraisemblablement la partie de la crypte qui se trouvait sous la croisée, trois ouvertures correspondant aux trois portes de la façade.
La crypte devait s’étendre en effet également sous les croisillons du transept occidental : nous nous rappelons que l’on accédait au chœur du Sauveur par les escaliers en colimaçons placés aux deux côtés du porche. Or ces escaliers, de la façon dont ils étaient placés, ne pouvaient guère déboucher que sur les croisillons
Un passage de Y Institutio d’Angilbert nous laisse d'ailleurs soupçonner cette disposition. Il indique l’ordre à suivre pour la communion des religieux et des fidèles au jour de Pâques et à celui de la Nativité. Ces jours-là l’officfe devait se laire à l’autel du Sauveur. Indépendamment du célébrant, qui donnait la communion aux religieux, deux autres prêtres, assistés chacun d'un diacre et d'un sous-diacre la donnaient aux fidèles, l’un aux hommes, l’autre aux femmes. Puis ils la distribuaient aux enfants; enfin, les deux prêtres susdits descendaient l’un d’un côté, l'autre de 1 autre, et, se tenant sur la dernière marche, donnaient la communion à ceux qui n’avaient pu la recevoir aux endroits indiqués (i).
Peut-être même ne parvenait-on à l'étage placé au-dessus de la crypte que par les escaliers en colimaçon, mais cela devait être peu commode pour les évolutions prescrites par Y Institutio d’Angilbert.
Il ne manque pas d’exemples de ces cryptes très peu enterrées et très surélevées au-dessus du sol, formant comme de véritables tribunes. Par exemple, en Allemagne, à Gernrode, celle qui se trouve sous l’abside occidentale (xne s.); à Hersfeld (xue s.), l’espèce de porche voûté en berceau qui passe sous l'abside occidentale. A San Miniato, en Italie, (xne s ), on accède au chœur qui s’étend au-dessus d'une grande crypte élevée de près de quatre mètres au-dessus du sol de la nef, par des perrons placés dans les bas-côtés : de grandes arcades font communiquer la nef avec cette crypte qui n’est que très légèrement en contre-bas (2).
probants, auxquels on en peut ajouter encore d’autres tels que les suivants : * Crypta (ecclesiæ Cabilonensis) est mirifico opéré et ornamentis extructa, adhærens lateri domus extrinsecus, tabulatis et coluranis decorala marmoreis, usque ad summitatem basilicæ in altum porrecta » Transi. S. Agricoles episcopi Cabilonensis, cap. vm, dans Acta SS. Boll. Mart., t. II, p. 511. — An. 850. « Apud urbem Trecassem, in cœnobio Cella domni Bovini (Montier-la- Celle lès Troyes) vocato, dedicatio ecclesiæ beatorum Pétri et Pauli, atque Andreæ apostolorum, cum hinc inde consecratis a sinistris quidem beatæ ac gloriosæ semperque Virginis Mariæ, a dextris vero sanctæ virginis etmartyris Anastasiæ, pariterque cum superioribits cryptis.. .. Ædificavit etiam basilicam perpulcram, quam a parte Occidentis cryptis infra supraque mirifice auxit ». Martyrol. Adonis , 17 kal. Nov., dans J. von Schlosser, Schriftquellen \ur Geschichte der Karolingisclien Kunst, pp. 200 et 283. — V. à ce sujet Leclercq, Manuel d’archéol. chrétienne ,
t. I, p. çi.
(1) « Descendat unus ex una parte, alter ex altéra, cum eorum ministris, et sic ad extremum stantes gradum, communicent illos qui ad cetera supra nominata loca communicare non occurerint ». Institutio S. Angilberti, dans Lot, Chron. d' Hariulf, p. 29g.
(2) A Sainte-Cécile de Cologne, le crypte et le chœur placé au-dessus sont appuyés -au mur plat de la façade occidentale, mais l’entrée de l’église ne la traverse pas. — De même, avant les fâcheuses modifications subies au xviiic siècle par la cathédrale de Verdun, l’abside occidentale de cette église, qui est carrée et qui remonte au xie siècle, c formait une sorte de plateforme dominant le reste de l'église » : on y accédait par deux perrons d’environ quatorze marches. L’autel y était placé en avant et orienté vers l’est. Comme il n’y avait pas de portail de ce côté, le dessous de cette plateforme ne servait pas non plus de passage; il était même presque entièrement plein. (V. Aimond, la cathédrale de Verdun, pp. 67, 72, 166). — 11 en est à peu près de même à l’abside occidentale de la cathédrale de Trêves (xi4 s.i. — Peut-être faut-il voir encore quelque chose d’analogue dans la belle tribune qui occupe la première travée de la nef de l’église Saint-Etienne de Corbie et sous laquelle s’ouvre le portail (xiic s.i. — Il est bien entendu que tous ces exemples ont chacun leur manière d’être particulière et que l’analogie ne saurait être complète. On pourrait les multiplier Je les ai seulement cités pour montrer que le parti qui semble avoir été pris à Centule n’avait rien d’inusité. — Il semble résulter de ces observations qu’on donnait volontiers à l'autel placé à l’ouest, lorsqu’il y en avait un, une situation élevée, avec ou sans crypte au-dessous, et que la crypte servait parfois de passage.
C’est évidemment quelque chose du même genre qui devait exister dans la cathédrale de Reims commencée en 8 1 6 sous Louis le Pieux et élevée par les archevêques Ebbon et Hincmar. On se rappelle en effet qu’en 976, suivant le continuateur de Flodoard, l’archevêque Adalbéron « détruisit un ouvrage à arcades qui était contre les portes de l’église Notre-Dame de Reims et sur lequel étaient placés l'autel du Sauveur et des fonts d’un travail remarquable » (1). Richer de Reims rapporte le même
fait en ces termes : « Adalbéron, au début de son pontificat, . détruisit complètement
les voûtes qui formaient une haute construction occupant près du quart de la basilique, à partir de l’entrée. L’église fut agrandie et embellie par cet heureux changement de plan » (2).
On avait dans ces derniers temps cherché à donner de ces textes, pourtant assez clairs, des explications fort peu admissibles (3). Elles viennent d’être victorieusement combattues par M. le comte R. de Lasteyrie (4), qui a démontré d’une façon péremptoire qu'il fallait en revenir à la première interprétation fort simple et fort naturelle, exprimée jadis, quoique timidement, par J. Quicherat, à savoir que c'était « une large tribune portée sur des voûtes assez élevées ».
Ce qui devait exister à Centule permet d'expliquer ce qui existait à Reims, et réciproquement.
11 y a un fait que l’on n’a pas, je crois, assez remarqué. En 816, Louis le Pieux donna l’abbaye de Montier en Der à l'église de Reims, pour aider à la reconstruction de la cathédrale entreprise par l’évêque Ebbon. Dans l’acte de donation, l’empereur dit que lui-même a résolu la reconstruction de l’édifice, où il a reçu la consécration impériale des mains du pape Etienne, « de sorte que, ajoute-t-il, comme elle n’était auparavant, suivant une antique dévotion, qu’en l’honneur de Marie, mère de Dieu à cause de notre récente élévation, nous lui avons ajouté l’invocation du saint Sauveur notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ » 1 5). A l’antique vocable de sainte Marie, Louis le Pieux a donc ordonné d'ajouter celui très en vogue alors du saint Sauveur.
Mais l’abside orientale ayant été réservée à Reims pour l’ancien titulaire sainte Marie, et, à Centule, pour le saint fondateur de l'abbaye, le saint Sauveur eut son autel à l’ouest dans l’une et l’autre église. En pareil cas, les allemands faisaient deux absides, mais ils étaient obligés de reporter les portails sur les côtés. Il semble qu’en France on ait répugné à sacrifier le portail occidental et son grand effet architectural. C’est certainement pour pouvoir le conserver que l’autel du
(11 < Destruxit Adalbero...., arcuatum opus quod erat secus valvas ecclesiæ sanctæ Mariæ Remensis, supra quod altare sancti Salvatoris habebatur et fontes miro opéré erant positi ». Flodoardi cont., dans Mon. Germ. SS. t. III
р. 407, et édit. Lauer, p. 160 (Traduct. de M. R. de Lasteyriei.
(2) «• Fornices enim qui ab ecclesiæ introitu per quartam pene totius basilicæ partem eminenti structura distendebantur, penitus diruit. Unde et ampliore receptaculo et digniore scemate tota ecclesia decorata est ». Richer 1. III
с. 22, dans Moniim. Germ. SS-, t. III, p. 613. (Trad. de M. R. de Lasteyrie).
(3) P- Jubaru, Clovis a-t-il été baptisé à Reims ? dans Etudes . de la Comp. de Jésus, t. LXVIII, 1896, p. 307.
— L. Demaison, La Cath. carolingienne de Reims et ses transformations, dans Bull, archèol. du com. des trav histor., 1907, p. 41.
(4) R. de Lasteyrie, Note sur la cathédrale de Reims à l'époque carlovingienne, dans Comptes-rendus de l’Acad des Inscr. et Belles-Lettres, 1909, p. 228.
(5) « Notum fieri volumus omnibus quod sancta Rhemensis ecclesia in qua prædecessores nostri reges videlicet Francorum. fidem et sacri baptismatis gratiam perceperunt, in qua et nos per impositionem manus domini Stephani papæ imperalia suscepimus insignia, quamque, ob honorera Dei, parentumque nostrorum memoriam, sive consecrationis nostræ dignitatem a fundamentis restaurare solemniter decrevimus, ita ut, dum esset ante in honore tantum Dei Genitricis Mariæ antiquo religionis cultu. nos propter novam exaltationis gratiam superaddentes, sub invocatione sancti Salvatoris Dei et Domini nostri Jesu Christi renovando », etc. Ex chartario Dervensi dans Patrol t CIV col. 1057. — Le même fait est rappelé dans un autre diplôme du même empereur de 825, cité par Flodoard, Hist. eccl. Rhemensis, lib. II, cap. xix, dans D. Bouquet, t. VI. p. 545. — Patrol., t. CIV, col. 1144.
Sauveur fut placé à Reims sur un « arcuatum opus », et, à Saint-Riquier, sur une « crypta », qui ne sont en réalité qu’une seule et môme chose.
Cette sorte de tribune, avançant dans la nef de la cathédrale de Reims, devait être encombrante et nuire à la légèreté et à la clarté de celle-ci. C’est pourquoi, Adalbéron l’a fait supprimer, d’autant que, de son temps, la vogue du vocable du Sauveur avait diminué et qu’à Reims notamment, il ne s’était pas maintenu à côté de celui de sainte Marie qui définitivement est resté le seul sous la forme plus moderne de Notre-Dame.
Dans la crypte de Centule il n’y avait pas d'autels. Angilbert énumère avec complaisance tous les autels qu’il a fait élever dans les églises qu’il a construites, avec leurs vocables, les reliques qu'ils renfermaient et les prélats qui les ont consacrés. Comme il indique le chiffre total de tous ceux des trois églises et que ce chiffre est égal à celui des autels qu’il décrit, il en résulte que nous en avons la liste complète. Or il n'en cite pas un seul sous la crypte, et nous pourrons, je crois, déterminer à peu près l'emplacement de chacun des autels énumérés par lui. Au surplus Y Institutio d’Angilbert, du moins ce qui nous en reste, n’indique aucune fonction à accomplir dans cette crypte, dont elle ne parle jamais.
Tout cela est fait pour nous confirmer dans l’idée que celle-ci n’était qu’un passage permettant de pénétrer dans l’église, sous l'autel du saint Sauveur. Angilbert s’était contenté d’y placer une châsse contenant une partie des reliques qu’il avait reçues (1).
Nous nous souvenons qu'à nous en rapporter au nombre des fenêtres que la miniature d’Hariulf indique sur le côté sud de l’édifice, la nef devait avoir six travées.
On ne sait si les arcades longitudinales étaient supportées par des colonnes ou par des piliers, ou bien encore par une alternance de colonnes et de piliers.
Que la nef n’ait pas été voûtée, on le croira sans peine, quand même on ne connaîtrait pas l’accident survenu, du temps de l’abbé Angelran (1020-1045), à un charpentier qui, voulant raccommoder un trou dans la toiture, tomba dans l'église (2). Celle-ci était donc, au xie siècle du moins, couverte d’une simple charpente apparente. Peut-être, avant l’incendie de 881, y avait-il un plafond.
Les carrés des deux transepts, sous les tours, étaient-ils voûtés? MM. Dehio et von Bezold (3) pensent qu'ils étaient couverts de coupoles, mais cela n’est pas certain. Dans tous les cas, la partie supérieure des tours étant arrondie, il fallait bien’ que le passage du plan carré au plan circulaire ait été ménagé par un moyen quelconque et par suite la possibilité d’établir des coupoles.
Rien, dans la peinture d’Hariulf, ne révèle l’existence de tribunes le long de la nef. Il y avait pourtant quelque chose d’analogue.
Dans un récit en vers des miracles de saint Riquier, l'abbé Angelran (1020-1045)
(1) V. ci-dessus, p. 1 6 1 .
(2 ) Relatio S. Richard dans Acta SS. O. S. B ., t. VII, p. 565. — Hariulf, Citron., lib. IV, cap. ix, édit. Lot, p. 197. — Nous aurons à reparler plus longuement de ce fait.
I31 Kirchliche Bank., t. I, p. 563.
rapporte deux faits qu’il considère comme providentiels et dus à l'intercession du saint, bien qu ils ne soient pas naturellement impossibles.
« Nous avions, dit-il, un charpentier (i) nommé Ingelvinus, qui d’ordinaire faisait les réparations nécessaires aux toitures de l'église, et qui ne craignait pas de grimper aux endroits les moins accessibles. Lors des fêtes de Pâques, on le fit monter au clocher pour renouer la corde d’une cloche qui s’était rompue. Après s être convenablement acquitté de son travail, il voulut boucher un trou qui s’était produit dans la toiture, mais le point d'appui qu’il croyait solide lui manqua, et il tomba du haut de l’église. Une mort horrible l’attendait, si la puissance divine ne 1 avait attiré du côté du mur où se trouvaient les pierres allongées ( porrecti lapides) sur lesquelles on peut faire en sûreté le tour de l'église et circuler, grâce à la protection d’un parapet » (2).
Ce fait, Hariulf l’a reproduit en prose en le complétant; comme il connaissait les lieux, sa version éclaire la précédente. Après avoir raconté comment Ingelvinus tomba, il ajoute en effet : « Pour le dire à ceux qui l'ignorent, l’église est construite de telle sorte qu’au moyen de pierres allongées en avant, elle présente un passage intérieur que l’ingéniosité de ses premiers constructeurs a muni de solides parapets, pour qu’on puisse s’y tenir en sûreté. C’est sur ces pierres que cet homme alla tomber » (3).
Le second fait est ainsi rapporté par Angelran :
« Une jeune fille avait l’esprit atteint de frénésie, qui, poussée par la démence, errait de tous côtés. Elle avait parcouru toute la nuit les carrefours de la ville. Au moment où, suivant l’usage, nous étions à matines, voyant les portes de l’église ouvertes, elle entra en vociférant et en proférant des paroles horribles. Entendant le son de notre voix, elle rebroussa chemin et se trouva devant l’escalier conduisant aux parties hautes de l’édifice. Elle commença à gravir les degrés, sans savoir où elle allait, mais arrivée au sommet, courant toujours à l’aventure, elle s’avança
follement à travers les trous des pierres allongées ( porrectarum . petrarum). Qui
aurait pu douter de sa mort? Elle le fit cependant, et elle ne mourut pas. Bien plus, dans sa course insensée, elle arriva à l’entrée de l’escalier en escargot (cochleœ) conduisant aux parties les plus élevées du temple; et il est long. Elle l’escalada Ce qu’elle fit ensuite, la langue de chacun suffirait à peine à le dire. Elle ne cesse au demeurant de pousser des cris terribles et de courir tout autour de l’église. Nul ne peut savoir à quel péril elle a pu échapper s’il n’a vu la disposition des lieux. Nous étions dans la stupeur et dans la crainte de voir le temple pollué par sa chute. Mais ce n’était pas l'heure de parler : nous donnons ordre à l’assistance de monter,
(1) Il y a « lignorum cæsor ». C’était encore l’époque où tout le travail du bois était fait par les mêmes ouvriers.
(2) » Ingelvinus erat lignorum cæsor apud nos,
?/ Qui templi solitus sarcire ruentia tecta,
» Ardua præsumens etiam conscendere plura.
» Hic Paschæ in feriis templi campanar adivit,
» Signi disruptum funem religarc rogatus.
» Injuncto officio sibimet sed rite peracto,
» Conatur tecti quoddam obturare foramen.
» Sed deceptus spe qua se bene posse tenere
Relatio S. Richarii, dans Acta SS. O. S. B., t. VIT, p. 563.
(3) * Ut nescienti loquamur, ipsa fabrica templi porrectis in antea lapidibus ex se interius semitam facit, quam ut tutus posses tenere podiorum munimine industria prisca firmavit. Super hos igitur lapides homo cecidit et Domini pietate sancti merito exibita suæ salutis gaudia tulit IIariulf, Citron , lib. IV, cap. ix, édit. Lot, p 19S
» Credidit, a celso dilapsus culmine templi » Concidit, ac penitus horrendam mortem obiisset * Parietis in partem nisi vis divina tulisset,
/> Cujus porrecti lapides sic forte fuere » Ut per circuitum posses incedere templi •» Tutius, utque per hos valuisses figere gressus » Desuper adjunctum munimen erat podiorum.
Après avoir longuement énuméré les reliques qu’il plaça à chacun de ceux-ci (1), il les orna, ajoute-t-il, d'œuvres d’orfèvrerie, d’or, d'argent et de pierres précieuses et il mit des ciboria sur ceux à qui il convenait d'en avoir (2).
Devant chaque autel était une table d'or et d’argent ornée de pierreries (3).
Nous possédons dans le célèbre autel de Saint-Ambroise de Milan, oeuvre d’un certain Wolvinus, sur la nationalité duquel les auteurs ne sont pas d’accord, un magnifique exemple de ces somptueux autels d'orfèvrerie. A en croire M. Cattaneo (4}, l’autel de Milan prouverait que l’orfèvrerie n'était pas tombée alors dans une barbarie aussi grande que les autres arts, mais, dans tous les cas, il serait une œuvre absolument exceptionnelle pour son époque. Faut-il en conclure que les autels et les autres joyaux de Saint-Riquier, les innombrables œuvres d'orfèvrerie dont les papes ont enrichi les églises de Rome, et celles dont les autres grands seigneurs du temps, ecclésiastiques ou laïques, étaient si prodigues, lui étaient inférieurs? Trop peu malheureusement de tous ces objets nous sont parvenus pour nous faire une opinion à ce sujet.
Les autels du saint Sauveur et de saint Riquier, dans la grande église, le principal autel de l’église de sainte Marie, qui étaient trois autels majeurs, étaient travaillés de marbres, d’or, d'argent et de pierres précieuses. Chacun d’eux était couvert d’un ciborium rehaussé d'argent et d’or, auquel était appendu une couronne d’or et de pierreries, avec de petites croix d'or et d’autres ornements (5).
Il est, je crois, inutile d’insister sur ces couronnes et sur ces croix précieuses suspendues sous les ciborium des riches basiliques; nous en possédons un magnifique spécimen dans le trésor de Guarrazar conservé au musée de Cluny à Paris.
L’autel du saint Sauveur placé, comme nous nous en souvenons, sous la tour occidentale, renfermait des reliques du Sauveur lui-même et de celles des saints Innocents (6).
Suivant l’usage du temps, et d’ailleurs aussi suivant les Constitutions apostoliques, il devait être orienté, c’est-à-dire qu’il était placé non pas contre le mur de façade et tourné vers l’occident, mais tout à fait sur le devant de l'espèce de tribune qui s’étendait au-dessus de la crypte, et placé de telle sorte que le célébrant regardât
(1) A chaque autel il y avait des reliques du saint auquel il était dédié avec un grand nombre d’autres.
(2) < Cumque prescriptorum sanctorum venerationi altaria ordinata atque de eorum reliquiis venerabiliter, ut
supra legitur, a nostra parvitate essent ornata, diligenti cura tractare cepimus, qualiter ea . opéré fabrili in auro,
argento et gemmis ornare, etiam et ubi loca convenientia existèrent desuper ciboria ponere potuissemus ». Scriptura D. Angilberti, dans Hariulf, Chroti., lib. II, cap. x, édit. Lot, p. 67.
(3) « Unicuique altarium tabula coram posita auro et argento gemmisque pretiosis parata est ». Vie d’Angilbert attrib. à Anscher, dans Acta SS. O. S. B., t. V, p. 127.
(4) L’architecture en Italie du vie au xic siècle , trad. Le Monnier, p. 219.
(5) « Principalia habentur altaria III, hoc est sancti Salvatoris, sancti Richarii et sanctæ Mariæ, et marmore, auro et argento et gemmis ac lapidibus diversis fabrefacta. Super ilia tria altaria habentur tria ciboria ex argento et auro parata, in quibus très dépendent coronæ, singulæ per singula, ex auro gemmisque paratæ, cum aureis cruciculis aliisque diversis ornamentis ». Descriptio de thesauro (831), dans Hariulf, Chron., lib. III, cap. m, édit. Lot, p. 87.
— « In ecclesia sancti Salvatoris sanctique Richarii . ciboria duo . In ecclesia sancte Dei genitricis Mariæ et
sanctorum apostolorum . ciborium I ». Scriptum D. Angilberti , dans Hariulf, Chron., lib. II, cap. x, édit. Lot
p. 67. — « Altare sancti Salvatoris et altare sancti Richarii et altare sanctæ Mariæ ciboriis fabrefactis et aureis redimiculis ornata sunt ». Vie d’Angilbert attrib. A Anscher, dans Acta SS. Boll., Febr , t. III, p. 102. — Au temps où Angilbert décrivit le trésor, il n’y avait que deux couronnes d'or « coronæ aureæ II ». Scriptura D. Angilberti, dans Hariulf, Chon., lib. II, cap. x, édit. Lot, p. 68. — Angilbert ne mentionne pas non plus les petites croix, ni les autres ornements.
(6) * Altare sancti Salvatoris, in quo posite sunt reliquie ipsius et sanctorum Innocentium qui pro eo passi sunt ». Scriptura D. Angilberti, dans Hariulf, Chron., lib. II, cap. vin, édit. Lot, p. 59.— V. aussi Mon. Germ. SS., t. XV, p. 174. — Ces reliques du Sauveur étaient du bois de la vraie croix, des morceaux d'instruments de la Passion, des fragments de vêtements, etc., etc. V. leur longue énumération, dans Hariulf, Chron., lib. II, cap. ix, édit. Lot, p. 63.
l’orient (i). Le chœur de moines qui chantait devant cet autel devait se tenir entre lui et le mur de façade.
Toute la partie orientale de l’église était dédiée à saint Riquier(2). Elle comprenait : i° le tombeau du saint; 2° son autel; 3° l’autel de saint Pierre.
Pouvons-nous, au moyen des textes, nous rendre compte d'une façon exacte de la situation de ces différents objets? Ces textes ne sont malheureusement pas absolument explicites et ils laissent bien des points obscurs : nous ne pourrons donc la plupart du temps en déduire que des conjectures plus ou moins probables.
Hariulf s’exprime ainsi : « La tour dirigée vers l’orient est située près du lieu où saint Riquier a reçu sa sépulture. La sépulture est placée de telle sorte que 1 autel du saint se trouve du côté des pieds, en un lieu plus élevé, et que du côté de la tête s’élève l’autel de l’apôtre saint Pierre » (3).
Le tombeau de saint Riquier, qui, suivant l’usage d’alors, avait dû être inhumé la tête à l’ouest et les pieds à l’est, de manière à avoir le regard tourné vers l’orient (4), aurait été dans la travée droite entre l’abside et le transept, se trouvant à la fois à côté de la tour et ayant l’autel du saint à ses pieds : celui-ci devait en effet être placé dans 1 abside, élevée de quelques marches (5). L’autel de saint Pierre, qui s’élevait à la tête du tombeau de saint Riquier, aurait été dans le carré du transept (6).
Dans l’autel de saint Riquier, Angilbert avait fait mettre des reliques de la sainte Vierge et de saint Riquier lui-même (7); l’autel de saint Pierre en contenait de son titulaire, de saint Paul et de saint Clément (8).
Le tombeau du saint fondateur de l’abbaye avait été orné par Angilbert d’or et de pierres précieuses. Celui-ci en avait lui-même composé l’épitaphe en vers, qu’il y fit inscrire en lettres d’or (9).
Sur le front du sépulcre, « in fronte sepulchri ». on lisait :
Aurea celestem thesaurum contegit nvna Cultorem Domini nomine Richarium Stemmate precelso quem Centula protulit ista Quique loci pastor floruit egregius.
(1) A la cathédrale de Verdun, par exemple, l’autel de l’abside occidentale resta placé de la sorte jusqu’au xviii® siècle. V. Aimond, la Cathédrale de Verdun , p. 167.
(2) <r. Turris ergo orientalis, cum cancello et butico, sancto RiChario dicata est *. Hariulf, Chron., lib. II, cap. vii; édit. Lot, p. 54.
(3) « Ilia autem (turris) quæ ad orientem vergit, prope locum sita est quo sanctus Richarius sepulturam habuit. Sepultura veroipsa ita posita est ut a parte pedum ipsius sancti altare sit in loco editiori, et a parte capitis sancti Pétri apostoli ara persistât ». Hariulf, Chron., lib. II, cap. vu, édit. Lot, p. 54.
(4) « Situs mortuorum in tumulo . vultu ad cœlum converso . capite ad occidentem posito, pedibus ad
orientem directis ». Martène, De antiquis ecclesice ritibus, t. II, p. 374.
(5) « In loco editiori Ibid. V. aussi Vie d' Angilbert attrib. à Anscher, dans Acta SS. O. S. B., t. V, p. 127.
(6) «• Et a parte capitis sancti Pétri apostoli ara persistât ». Ibid.
(7) * Altare sancti Richarii, in quo sunt reliquiæ sanctæ Dei genitricis Mariæ et ejusdem sancti Richarii ». Script ura D. Angilbert i, dans Hariulf, Chron., lib. II, cap. vin, édit. Lot, p. 59. — Voy. aussi Mon. Germ. SS., t. XV, p. 174.
|8) - Altare sancti Pétri, in quo reliquie ejus et Paulih et Clementis *. Scriptura D. Angilberti, dans Hariulf, Chron., lib. II, cap. vm, édit. Lot, p. 59. — V. aussi Mon. Germ. SS., t. XV, p. 174. — C’est sans doute de l'autel de saint Pierre qu'il est question dans les Miracles de saint Riquier arrivés du temps de l’abbé Hélisacar (822-837) Une courtisane nommée Olgia, qui avait perdu l’usage de la parole, fut guérie en mangeant des fruits déposés sur l’autel «r quod est ante præclarum mausoleum patris nostri Miracula, lib. I, cap. 1, dans Acta SS. Boll , Apr , t. III, p. 452, n° 7.
(9) « Studuit præterea idem . Angilbertus sacrum tumulum beati Richarii magnificentius exornare auro et
lapidibus pretiosis ambire, versibus quoque metricis idem mausoleum auro scriptis illustravit, in quibus et suam breviter ostendit peritiam, et ejusdem sancti præclaram sanctitatem *. Vie d’Angilbert attrib. à Anscher, dans Acta SS. O. S. B., t. V, p. 128.
Sur le côté droit, « in latere dextro » :
Posthabito mundi qiw grandi fulsil honore Amplas divitias sprevit amore Dei
Hic corpus proprium frangens certamine diro Vir pins et magnus semper in orbe chut.
Sur le faîte du sarcophage, « in culmine archœ desuper » :
Hic vitam funclis reparavit lumina cecis Leprosisque sains hoc refovente redit
Plenus apostolicis virtutibus atque loquelis Celestes tenuit semper in ore dapes.
Sur le côté gauche, « in latere sinislro » :
Huic Karolus princeps condignum mente benigna Perficiens templum condidit et tumulum
Post sexagenos et centum circiter annos
Cum Domini servus integer extat adhuc.
Sur le front, vers les pieds « in fronte pedum » :
Ipsius ut meritis copiât celestia régna
Regnaque Francorum pace quietus agat.
Amen.
Ailleurs « alibi » :
Semper sancte tuos Richari protégé servos
Abstractos terra copiât celestis ut aula (i).
Ces textes sont malheureusement insuffisants pour nous donner quelque idée de la forme et de la disposition du tombeau. Nous voyons seulement qu'il y avait un front principal, un autre vers les pieds, et deux côtés : un côté droit et un côté gauche. 11 devait donc être quadrangulaire. Il avait la forme d'une arche, d’un coffre ou plutôt d’un sarcophage, ou d'une châsse, avec un faîte (2).
Une table enrichie d'or et d'argent ornait la partie où se trouvait la tête du saint, c’est-à-dire la partie antérieure du tombeau (3). La description du trésor de 83 1 nous apprend en outre qu'il y avait de ce côté deux petites portes faites d argent, d’or et de pierreries, et, aux pieds, six petites portes ornées d’argent et d’or (4).
(1) Hariulf. Citron., Iib. II, cap xi, édit, Lot, p 73. — V. aussi Angilberti . libclUts, dans Mon. Germ. SS.,
t. XV, p. 179. — Vie d'Angilbert attrib. à Anscher, dans Acta SS. O. S. B , t. V, p. 128. — Duemmler, Poetx latini œvi Carolini, dans Mon. Germ., in-40, t, I, p. 364.
(2) ' In culmine archæ desuper V. ci-dessus. — Cf. Fulda ' Super sepulcrum vero beati martyris Bonifacii,
auro argentoque compositam statuit arcum, quam nos solemus requiem appellare quæ usque hodie super tumulum
ipsius Christi martyris in altari aureo persévérât ». Eigil, Vtla S. Sturmi abb. Fuldensis (f 779'. dans Mon. Germ. SS., t ■ H, p. 375-
(31 * Ad caput sancti Richarii, tabula auro et argento parata I ». Scriptura D. Angilberti, dans Hariulf, Chron , lib. II, cap. x, édit. Lot, p. 68. — V. aussi Acta SS. Boll., Fcbr., t. III, p. 107.
(4) - Paries ad caput sancti Kicharii et duo ostiola parva ex argento et auro gemmisque fabricata; ad pedes ipsius ostiola VI ex argento auroque parata ». Descr. de thesauro, dans Hariulf, Chron., lib. III, cap. m, édit. Lot, p. 87.
A droite et à gauche du tombeau de saint Riquier se trouvaient ceux de ses deux pères spirituels, saint Caïdoc et saint Frichor ou Adrien (i). Ils étaient fortement détériorés par le temps. Angilbert les fit refaire magnifiquement et il composa pour eux les vers suivants qu'il y fit inscrire en lettres d’or (2) :
Au tombeau de saint Caïdoc :
Mole sub hac tegilur Caidocus jure sacerdos Scotia quem genuit, gallica terra tegit Hic Domini Christi gaudens præcepta sequutus Contempsit patrias mente bealus opes.
Hinc sibi concrevit centeni copia fructus Et metit œtlierei premia larga soli Huic Angilbertus f retus pietate magistra Et tumulo cannen condidit et tumulum.
Au tombeau de saint Frichor ou Adrien :
Corpore terreno qui cernilur esse sepultus Gaudia pro meritis cælica lœtus habet Iste fuit Fricorus Chaidoco consociatus
Quem sibi concession Centula gaudet ovans.
Hic virtute valens despexit prospéra mundi Et modo viventi gloria magna patet Quando Deo plaçait ccelorum régna petivit
Nunc Angilberti carminé fulget. Amen (3).
Dans 1 énumération des richesses dont il a rempli son église, Angilbert parle encore de six colonnes ornées d’or et d'argent, placées devant l’autel de saint Riquier (4). Au sujet de ces colonnes, la description du trésor de 83 1 est plus explicite.
« Devant 1 autel du saint, s’élèvent six grandes colonnes de cuivre ornées d’argent et d’or, soutenant une poutre faite aussi de cuivre et ornée d'argent et d’or » (5).
Sur cette poutre, Angilbert fit placer treize châsses très richement ornées d’or, d’argent et de pierres précieuses, contenant une partie des nombreuses reliques qu’il s’était fait donner. Les mêmes textes nous apprennent que la poutre était dans l’arcade devant l’autel (6).
- La Scriptura Angilberti rapportée par Hariulf ne parle pas de ces petites portes. - Ce même acte ajoute : « Sunt et alia (ostiola) IV similiter parata s, rbid.. mais il n’indique pas clairement que ces petites portes dépendaient du tombeau de saint Riquier.
(1) « Accedebant præterea ad dextram lævamque tumuli duo sanctorum Caidoci et Adriani, sancti Columbani
olim sociorum . quos dicimus sanctum Richarium adhuc juvenem excepisse ». Malbrancq, De Morinis. t II
p. 146, d'après la grande chronique de Saint-Riquier aujourd’hui détruite.
(2) « Sancti quoque confessoris et monachi Caidoci sepulcrum jam pcene obrutum et vetustate collapsum summa devotione renovavit et ornate composuit, aureisque litteris cum versibus decoravit, ita dicens », etc. Vie d’ Angilbert attrib. à Anscher, dans Acta SS. O. S. B., t V, p. 123. - V aussi Acta SS. Boit. Febr., t. III, p. 103.
(3) Hariulf, Chron., lib. Il, cap. xi, édit. Lot, p. 75. — Duemmler, Poetœ lalitli œoicarolini, dans Mon. Germ. in-40, t. I, p. 365. — Acta SS. O. S. B.. t. II, p. 200.
(4) » Columne coram altafe sancti Richarii aura et argento parate, VI ». Scriptura D. Angilberti , dans Hariulf Chron.. lib. II, cap. x, édit. Lot, p. 68. — V. aussi Acta SS. Boit., Febr., t. III, p. 107.
(5) » Ante altare ejusdem sancti stant columnæ vt magnæ ex cupro, argento et auro paratæ, sustentantes trabem
unam similiter cupream, argento auroque paratam ». Descr. de thesauro, dans Hariulf, Chron., lib. III cap m édit. Lot, p. 87. ’ t" 1
(6) » Alias XIII capsas minores auro argentoque vel gemmis preciosis honestissime parafas . super trabem
La poutre de gloire (i) portée par des colonnes, sur laquelle on plaçait soit des reliques, soit des images, devant l'autel majeur, est un accessoire des anciennes basiliques trop connu pour qu’il soit nécessaire d'y insister. Cette sorte de clôture fait penser à l'iconostase des églises grecques, et on lui en donne parfois le nom.
Où cette poutre était-elle exactement placée? Les textes précités disent : devant l’autel
de saint Riquier. dans l'arcade devant cet autel : « Coram altare Sancti Richarii .
Ante altare ejusdem sancti .. . In areu coram altare beati Richarii » (2). Elle était donc très vraisemblablement dans l’arcade séparant l'abside, où se trouvait l’autel, de la travée droite qui la précédait, au-dessus des marches par lesquelles on montait de l’une à l’autre « in loco editiori ». Elle se trouvait peut-être ainsi un peu rapprochée de l’autel, mais il y a des exemples d'une pareille disposition dans plusieurs basiliques de Rome et non des moindres (3j.
Outre cette grande poutre de gloire, Angilbert cite encore trois plus petites poutres ornées d’argent, « avec leurs arcs » (4). De même, après avoir décrit la grande poutre de gloire, la description du trésor de 83 1 ajoute : « Il y a aussi trois plus petites poutres de cuivre, ornées d'argent et d'or, autour de l’autel ou du chœur, supportant dix-sept arcs faits de cuivre, d’argent et d’or, entre lesquels se tiennent sept images d’airain de bêtes, d'oiseaux et d’hommes » (5).
Les textes contemporains, et notamment le Liber Pontificalis , parlent souvent d'arcus, et cela dans les acceptions les plus variées. Indépendamment du sens le plus commun d’arc architectural: arc triomphal, arcade longitudinale, voûte même, etc., etc., nos auteurs donnent certainement à ce mot d’autres acceptions, lorsqu'ils parlent d’arcs en métaux et même en métaux précieux. On a vainement essayé d’en fournir des explications : toutes peuvent être bonnes suivant les cas, car le mot arcus est un de ces termes déconcertants et élastiques que les anciens auteurs appliquaient un peu à tort et à travers, et dont ils se servaient pour désigner tout ce qui pouvait avoir une forme courbe (6).
Le mot arcus ne serait-il pas pris ici dans le sens de cercles, ou de couronnes pendus aux poutres? Celles-ci auraient été quelque chose d’analogue aux trois
quam in areu coram altare beati Richarii statuimus ». Scriptura D. Angilberti , dans Hariulf, Citron., lib. 1 1, cap. ix, édit. Lot, p. 66. — * Ceterorum sanctorum reliquias, quæ supra leguntur conscriptæ, per alias tredecim capsas
minores auro argentoque vel gemmis pretiosis honestissime paratas quas . dividere atque super trabem quam in
areu coram altare B. Richarii statuimus, ponere curavimus « Scriptutn S. Angilberti , dans Acta SS. Bail , Febr ., t. III, p. 106.
(1) Cette poutre n’était pas nécessairement en bois; elle pouvait être d'autre matière plus précieuse : en marbre, en métal, etc.
(2) V. les notes ci-dessus.
(3) Saint-Paul hors les murs, par exemple. A l’ancien Saint-Pierre, la poutre de gloire n’était que très légèrement en avant de l’abside.
(4) * Trabes minores cum arcubus suis argento paratæ III ». Scriptura D. Angilberti, dans Hariulf, Chron., lib. II, cap. x, édit. Lot, p. 68. — V. aussi Acta SS. Boll., Febr., t. III, p. 105. — Vie d’Angilbert attrib. à Anscher, dans Acta SS. O S. B., t. V, p. 127. — Angilbert cite ces trabes minores immédiatement après les six colonnes placées devant l’autel de saint Riquier.
(5) ». Sunt et aliæ trabes minores très ex cupro, argento auroque paratæ in circuitu altaris vel chori, sustentantes arcus XVII ex cupro. argento auroque fabricatos; inter quos stant imagines bestiarum, avium, hominumque VII ex ære ». Descriptio de thesauro, dans Hariulf, Chron., lib. III, cap. m, édit. Lot, p. 87.
(6) V. Ducange, Gloss., au mot Arcus. — Liber pontificalis, édit. Duchesne, passim. — Kraus, Real encyclopadie , etc., t. I, p. 41, etc. — Ce mot ne ligure pas dans le Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie de Dom Cabrol. Peut-être celui-ci a-t-il considéré que le nombre infini de ses acceptions ne pouvait pas le faire considérer comme caractérisant suffisamment un objet plutôt qu’un autre. — Cf. Zaccaria, Onomaslicon rituale, art. Arcus : « Veteris legis exemplo. parietes per circuitum altaris auro et argento priscis Ecclesiæ sæculis exornabantur. Hæc ornamenta quæ ad presbyterii arcus adpendebantur, arcus quoque nominata sunt. Sœpissime de his arcubus argenteis et aureis Anastasius. In chronico quoque Centulensi », etc.
traverses portées par quatre colonnettes, qui, dans les églises françaises du moyen âge, entouraient souvent l’autel de trois côtés et où pendaient des tentures. On peut en rapprocher un texte du ix' siècle tiré d’un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, provenant de Saint-Denis, et où il est parlé de couronnes, d’anneaux au-dessus de l’autel (i).
On peut surtout trouver des analogies dans les travaux exécutés un peu auparavant par l’illustre évêque de Metz, saint Chrodegang {742-766), dans les églises de saint Etienne et de saint Pierre le Majeur de sa ville épiscopale. « A l’aide des libéralités du roi Pépin, il fit faire le ciborium et l'autel de saint Etienne, premier martyr, avec des chancels, le presbyterium et des arcs tout alentour. De même, dans l’église de saint Pierre le Majeur, il fit faire un presbyterium. Il y construisit aussi un ambon orné d’or et d'argent et des arcs autour du trône, devant l’autel même. « Fabricare jussit, una cum adjutorio Pippini regis, rebam sancti Stephani protomartyris et altare ipsius atque cancellos presbyterium, arcus per gyrum. Simiiiter et in ecclesia beati Pétri majore presbyterium fieri jussit. Construxit etiam ambonem aura argentoque décoration et arcus per gyrum throni, ante ipsum altare » (2). Pour les expressions d arcus per gyrum, Aug. Prost (3) a eu raison d’écarter l’idée de cloître ou de déambulatoire. Faut-il y voir avec lui des arcatures pleines décorant les murailles formant le pourtour des absides? Nous avons vu qu’une arcature de ce genre devait exister à Centule (4), mais elle devait être en pierre et soutenue par des colonnes de marbre. Il semble plutôt que, comme pour les dix-sept arcs soutenus par les trabes minores de notre église, ce soient des cercles suspendus (5). A saint Pierre
le Majeur, ces arcs étaient en effet autour du trône, devant l'autel. Prost suppose
cependant que l’autel avait été placé de manière à ce que le prêtre fît face aux fidèles : dans ce cas « ante ipsum altare » aurait pu signifier l’abside elle-même. Cela n’est guère probable. N’oublions pas combien le sens du mot arcus était variable. L’histoire de saint Chrodegang attribuée à Jean de Gorze, qui vivait deux siècles plus tard, reproduit presque textuellement Paul Diacre, ajoutant seulement ces mots à ce qui concerne les arcs du presbyterium de Saint-Etienne : « arcusque per gyrum miro operariorum cultu, miro argenti et auri ornatu, nobilissime extruxit, quia ditior cunctis prœdecessoribus esse videbatur » (6).
Suivant l’usage d’alors, d’ailleurs fort naturel, de daller plus richement la partie
la plus auguste de l’église, Angilbert avait doté tout le chevet de l’église dédié à
saint Riquier, probablement aussi le carré du transept oriental, et le chancel, d’un de ces somptueux dallages en porphyre rouge et vert ( opus Alexandrinum) que seules les plus riches basiliques étaient en état de posséder (7).
(1) « In gipsa super altare sunt arcus XII, hubi habentur bandelli rotundi XII. Arcus majores IIIIor, hubi habentur coronulæ IIIIor. Item, arcus VII, hubi habentur bandelli cornuti VI, et unus jacinctus, cum tobatio superius posit[us] in medio. Item, arcus III, cum bande’llis cornutis majoribus II, et in medio anulum cum jacincto, et desuper bandellum dependentem cum berillo. Arcus minores II, hubi habetur anulus in medio cum smaragdo. et desuper bandellus cum berillo, et ex utraque parte duæ cruciculæ. Et in superiorem arcum habetur anulus cum smaragdo ceteris nobilior Et de (r1 2 3 4 5 6 7) superiorem arcum dépendent ex utraque parte duæ cruciculæ minores [et bejrilus cum lapidibus auro optime intentis ». B. N. ms. lat. 7230. Instructions adressées parle Comité des trav. hist ., etc. Léop. Delisle, Litt. latine etc 1890, p. 8. V. J. VON Schlosser, Ouellenschriftcn fïir Kunstgcschichte , etc., p. 213.
(2) Paul Diac., Liber de ord. episcoporum Metensium, dans Patrol ., t XCV, col. 709. — Gesta episc Mett ibid., col. 720. — Mon. Germ. SS., t. X, p. 540, etc.
(3) La Cathédrale de Met\, dans Mèm. de la Soc darchéol. et d'hist. de la Moselle, t. XVI, 2e partie, p. 240
(4) V. ci-dessus, p. 155.
(5) V. ci-dessus, p. 172.
(6) Vita Chrodegangi episcopi Mettensis dans Mon. Germ. SS , t. X, p. 564.
(7) V. Alb. Lenoir, Archit. monast., t. 1, p. 184. — Cattaneo, L'Architecture en Italie, traduct. Le Monnier, p. 50
Hariulf en parle en ces termes :
« On voit encore aujourd'hui dans le dallage du chœur (t) un travail de marbre si beau et si distingué, que tous ceux qui le regardent le déclarent incomparable » (2). Angilbert y avait fait placer cette inscription sur une table de marbre (3) :
Septimus hoc pavimentum abbas componere feci (4)
Angilbertus ego ductus amore Dei Ut michi post obitum sanctam donare quietem Dignetur Christus vita salusque mea.
Ce précieux dallage existait encore, au moins en partie, à la fin du xv' siècle, du temps de Jean de la Chapelle. Il avait survécu à tous les incendies, à toutes les reconstructions de l’église, et on le conservait dans l’église actuelle, à la construction de laquelle on travaillait quand le curé d’Oneux écrivait, « in futura ecclesia » (5). Il semblerait, à lire ce dernier, que ce pavé aurait été perdu ou caché, puis, à une certaine époque, retrouvé, car il dit : <t et de inventione ejus inferius tractabitur »; ou bien veut-il dire tout simplement qu’il traitera de la manière dont Angilbert se l’est procuré? Dans tous les cas, il a oublié de nous parler de cette invention.
Quand fut-il détruit? Nul ne le sait exactement. L’abbé Hénocque en accuse les architectes qui restaurèrent l’église du temps de l’abbé d’Aligre, dans la seconde moitié du xvn' siècle (6). C’est assez probable.
Toujours est-il qu’encore aujourd’hui, on en retrouve souvent des fragment ■ plus ou moins importants (7). Ils sont découpés pour former des figures géométriques. Déjà au xvn' siècle, on en employa quelques-uns dans la mosaïque de marbre qui forme le palier du maître autel actuel. D’autres ont trouvé place dans le dallage de la chapelle du Petit Séminaire. Le reste a été dispersé. Ces vénérables débris sont de véritables reliques.
Les textes que nous avons cités parlent souvent du « trône de saint Riquier ».
(1) N’oublions pas que, pour Hariulf, le chœur, c’est toute la partie orientale de l’église, celle qu’Angilbert avait dédiée à saint Riquier, c’est-à-dire l’abside, le carré du transept, et le chancel s’étendant probablement sur deux travées de la nef. « Turris orientalis, cuin cancello et butico ».
(2) « Videtur us que hodie in pavimento chori tam pulchra et tam distincta marmoris operatio, ut quicumque illud inspicit, incomparabile opus asseveret ». Hariulf, Citron., lib. II, cap. vu, édit. Lot, p. 55. Hariulf ne distingue pas
le marbre du porphyre. — « In pavimento altaris beati Richarii », etc. Angilberti . libellas, dans Mon. Gtrm. SS.,
t XV, p. 177.
(3) « In tabula marmorea ». J. de la Chapelle, Citron, abbr., édit. Prarond, 1893, p. 22.
(4) Dans Hariulf et dans le Libellus (Loc. cit.), le premier vers est ainsi transcrit :
Hoc pavimentum humilis abbas componere feci.
M. Dümmler (Poêla: latini cevi Carolini , dans Mon. Germ., in-40, t. I, p. 365), a suivi aussi cette dernière version. — Mais ce vers est faux : j’ai donc reproduit la version de Jean de la Chapelle [loc. cit.), qui, pour une fois, semble plus correcte.
(5) * Recuperavit ( Angiloertus) pavimentum porphireum rubri et viridis coloris quod de præsenti est in futura ecclesia, ita prætiosum quod in toto orbe terrarum non est visum simile et experientia docet ». J. de la Chapelle Citron, abbr., édit. Prarond, 1893, p. 22
16) Hénocque, Uist . de St-Riquier, t. I, p. 151. — L'inscription existait encore au xvine siècle, au dire de
dom Ceillier : « Outre l’inscription qu’il (Angilbert) avoit mise dans la tour occidentale, il en fit mettre une devant l’autel de saint Riquier, sur le pavé même qui étoit de marbre. Elle s’est conservée jusqu’aujourd’hui et porte qu’Angilbert fit faire ce pavé par un motif d’amour de Dieu et de son salut». Histoire des auteurs sacrés ecclésiastiques, t. XVIII, 1752, p. 371. Ce fait vient à l’appui de l'opinion qui attribue à l’abbé d'Aligre la destruction du dallage, dont on n'aurait alors conservé que l’inscription à titre de curiosité. Celle ci aurait disparu à la Révolution.
(7) « Vers 1783, en creusant dans une cour basse située au septentrion de l’église, on découvrit des débris de
cette mosaïque . Il en fut conservé plusieurs par les Bénédictins, mais il paraît que le reste fut abandonné à la merci
des habitans. Un naturaliste d'Abbeville (M. Bâillon) en possède des fragmens ». Gilbert, Descript. histor. de
l’éghse . de St-Riquier, p. 16, note 1. — Lors des fouilles que j’ai fait exécuter récemment dans le sanctuaire, il en
a été retrouvé quelques fragments dans le remblai qui forme le terre-plein de cette partie de l’église.
Il faut y ajouter ce passage de la vie d’Angilbert attribuée à Anscher. Rapportant qu’Angilbert avait distribué ses religieux en trois chœurs, dont le premier devait se tenir dans la tour occidentale, devant l’autel du saint Sauveur, le second, au milieu de l’église devant la représentation de la Passion, il s’exprime ainsi relativement au dernier : « Le troisième chœur chantait dans la partie orientale de la basilique dite le trône de saint Riquier , parce que l’autel de celui-ci y est vénéré avec une singulière dévotion en un lieu plus élevé, et que son tombeau est placé tout auprès » (i).
On appelait donc ainsi cette partie de l’église dédiée à saint Riquier et illustrée par son autel et par son tombeau. Il semble cependant qu’on réservait plutôt cette expression de trône de saint Riquier au carré du transept oriental. Les prescriptions de l’ Institutio pour le Vendredi Saint distinguent en effet, d’une part, ce qu’elles appellent tout simplement « Saint Riquier d qui ne peut être autre chose que le buticum ou l’abside, où se trouvait l’autel de saint Riquier, et d’autre part, le trône de saint Riquier (2).
Nous nous rappelons que les textes que nous avons cités, concernant les travaux exécutés par saint Chrodegang aux églises de Metz, parlent également de trône « per gyrum throni ante ipsum altare » (3).
Cette partie orientale de l’église, autour du tombeau de saint Riquier, était donc celle qu’Angilbert avait ornée avec la plus grande richesse. Ses deux autels étagés, sa poutre de gloire dominée par le ciborium de l'autel de Saint-Riquier, les tombeaux des saints, tout cela resplendissait, comme un trône, de marbre, de porphyre, d’or d’argent et de pierres précieuses.
Bien que, dans la pensée d’Angilbert, le vocable du Sauveur ait été le principal de l’église, celui-ci ne semble pas faire de différence entre l’autel du Sauveur et celui de saint Riquier, et jamais, même dans Y Institutio, il ne parle de maître autel. Il semble cependant résulter de ce qui nous a été conservé de Y Institutio d’Angilbert, qu’en général, et, à moins d’indication contraire, les offices se faisaient à l’autel de saint Riquier (4) : il y avait toutefois beaucoup d’exceptions.
Indépendamment des trois autels dont nous avons parlé, la basilique en renfermait encore huit autres, qu’Angilbert énumère dans l’ordre suivant :
i° Autel de saint Jean-Baptiste, contenant des reliques de saint Jean-Baptiste et de son père Zacharie.
2“ Autel de saint Etienne, contenant des reliques de saint Etienne et du vieillard Siméon.
(1) « Tertius autem chorus decantabat in orientati parte basilicæ quæ dicitur thronus sancti Richarii, eo quod altare ipsius sancti in loco editiori ibidem mira honorificentia sit excultum, et ejus sepulcrum juxta ppsitum sit ». Vie d’Angilbert attrib. à Anscher, dans Acta SS. O. S. B., t V, p. 127.
(2) V. ci-dessus, p. 151.
(3) V. ci-dessus, p. 173 — Peut-être dans l’espèce, Paul Diacre n'a-t-il voulu parler, comme le croit Prost (op. cit.), qui toutefois ne connaissait pas nos textes de saint Riquier, que du trône épiscopal. Malheureusement la phrase du chroniqueur des évêques de Metz n’est pas suffisamment explicite.
14) Nous n’avons malheureusement de cette Institutio que des extraits assez incomplets. Cependant on peut induire cette règle des passages suivants : « Omnia officia in festivitatibus sanctorum coram altaribus in quibus reliquie eorum sunt posite vel in ecclesiis que in eorum veneratione sunt consecrate percelebrentur. Cetere vero hore seu sollemnitates, sicut superius comprehensum est, apud sanctum Richarium omni tempore impleantur ». Institutio S Angilberti, dans Lot, Chron. d’Hariulf, p. 304. — « Omnibus horis vespertinis more solito celebratis, quando ad
sanctum Richarium expleverint omnia . Cumenim vesperos et matutinos ad sanctum Salvatorera cantaverint », etc.
3° Autel de saint Quentin, contenant des reliques des saints Quentin, Crépin et Crépinien.
4" Autel de la sainte Croix, contenant du bois de la vraie croix.
5“ Autel de saint Denis, contenant des reliques des saints Denis, Rustique et Eleuthère.
6° Autel de saint Maurice, contenant des reliques des saints Maurice, Exupère et Candide.
70 Autel de saint Laurent, contenant des reliques des saints Laurent, Sébastien et Valérien.
8° Autel de saint Martin, contenant des reliques des saints Martin, Remy, Vaast, Médard, Valéry, Leu, Servais, Germain et Eloi (1).
Mais avant de chercher l’emplacement de ces différents autels, nous devons parler de certaines compositions historiées dont Angilbert décora l'église, parceque les textes qui nous serviront à placer les uns nous aideront aussi pour les autres.
Un des principaux motifs de décoration de l’édifice consista donc en quatre grands sujets : « au milieu de l’église, la sainte Eassion; du côté sud, la sainte Ascension; du côté nord, la sainte Résurrection, et, sous le porche, le long des portes, la sainte Nativité, d'un travail merveilleux de gypse (de plâtre ou de stuc), d’or en mosaïque et d’autres couleurs précieuses » (2).
C’étaient donc de ces ouvrages de plâtre ou plutôt de stuc, mode de décoration venu des Romains et encore très usité aux époques mérovingienne et carolingienne et plus tard (3), jusqu’au xn” et même jusqu’au nu' siècle, mais dont les exemples subsistants sont assez rares. Pour l’époque qui nous occupe, on peut surtout citer à la tour lanterne de l’église de Germigny-les-Prés, des restes assez considérables de l’ornementation en plâtre que Théodulphe, abbé de Fleury, avait donnée à cette église construite par lui vers 806 (4). On peut encore citer les curieux fragments de sujets à personnages en plâtre polychromé trouvés naguère dans l’abbaye de Disentis (5), dont les plus anciens remontent à l’époque carolingienne (6), etc. Ceux-ci
(1) « Altare sancti Joannis Baptiste, in quo reliquie ejus et Zacharie, patris ipsius; altare sancti Stephani, in quo reliquie ejus et Symeonis, qui Dominum in ulnas suscepit; altare sancti Quintini, in quo reliquie ejus et sanctorum Crispini et Crispiniani martyrum; altare sancte Crucis, in quo reliquie ligni ipsius; altare sancti Dionysii.in quo reliquie ejus, Rustici et Eleutherii; altare sancti Mauricii, in quo reliquie ejus, Exuperii et Candidi; altare sancti Laurentii, in quo reliquie ejus, Sebastiani et Valeriani; altare sancti Martini, in quo reliquie ejus et sanctorum Remigii, Vedasti, Medardi, Gualarici, Lupi, Servatii, Germani atque Eligii ». Scriptura D. Angilberti, dans Hariulf, Citron., lib. II, cap. vin, édit. Lot, p. 59. — V. aussi Mon. Gerrn. SS., t. XV, p. 174.
(2) « In medio ecclesiæ, sancta Passio, in australi parle, sancta Adscensio, in aquilonali, sancta Resurrectio, et in porticu secus januas, sancta Nativitas, mirifico opéré ex gipso figuratæ et auro musivo aliisque pretiosis coloribus pulcherrime compositæ sunt ». Vie d'Angilbert attrib. à Anscher, dans Acta SS. O. S. B., t. V, p. 127.
(3) Les textes anciens y font souvent allusion : « Quidquid enim aut instructor parietum, aut sculptor marmorum .
aut gypsoplastes, aut musivarius ignorât ». Senator, lib. VIII, epist. 5, dans Duc., art. Musivum. — Félix, év. de Nantes (vic s.), fit, entre autres choses, dans sa cathédrale : « in arcubus gipseos flores variis coloribus distinctos ». Chron. Nannetense, édit. Merlet, p. 1. — « In circuitu sepulcri, in muro, quinque columnæ erant de gypso factæ, quarum capiu-lla et arcus eleganti sculptura ornati, sed et desuper erant vites et volatilia et quadrupedia decenter formata; ad caput autem ejus, imago Crucifixi, et a dextro latere jacentis imago ipsius in medio tanquam ad officium altaris parati pontificalibus indumentis, cui assistebant a dextra lævaque ministrorum ejus figuræ, una habens librum, altéra vero linteum, et hoc totum optime de gypso formatum ». Descr. du tombeau de Gebhart, év. de Constance; Chronicon Petershusanum. dans Patrol., t. CXLIII, col. 322, — etc
(4) « Totam namque arcuato opéré eamdem extruens basilicam, ita floribus gypseis atque musivo ejus venustavit interiora ». Chron. des abbés de Fleury. V. A. Lenoir, Arcliit. monast., t. II, pp. 87, 107, etc. — Enlart, Manuel, Archit. relig., p. 186.
(5) Suisse, cant. des Grisons.
(6) V. E. A. Stuckelberg, Die Ausgrabungen \u Disentis, dans Zeitschrift fur Geschichte und Altertumskunde, t. VI, p. 489, fig. — J. R. Rahn, Die Ausgrabungen ini Kloster Disentis, dans An\eiger fur Schwei\erische
ne donnent pas une haute idée de l'habileté des stuccateurs du temps de Charlemagne. Il faut dire qu’il s’agit d’une abbaye perdue au fond des Alpes. Angilbert put-il se procurer de meilleurs artistes? Nous sommes trop pauvres en monuments datés de cette époque pour répondre d une façon certaine à cette question (i).
Quoi qu il en soit, on ne connaît pas de travaux de ce genre en ronde bosse. Les figures isolées pouvaient avoir plus ou moins de saillie, mais elles étaient toujours plaquées contre une surface plane, comme un mur, par exemple (2). A plus forte raison, lorsqu il s’agissait de sujets plus compliqués à plusieurs personnages, tels que ceux dont nous avons à parler (3). Dans ceux-ci, les personnages et les accessoires modelés et peints, devaient se détacher sur un fond de mosaïque d’or (4).
Nous savons exactement où se trouvait la représentation de la Nativité; nous n’avons pas à y revenir (5).
Pouvons-nous établir la situation des trois autres sujets avec plus de précision que ne le fait Anscher r Ils sont souvent mentionnés dans YInstitutio d’Angilbert, et ils jouaient, comme le premier un rôle considérable dans le cérémonial réglé par celui-ci.
Disons tout d abord qu’ils étaient absolument distincts des autels et qu’ils n avaient avec eux aucun rapport (6). Ce que nous savons de la Nativité est, pour celle-ci, absolument péremptoire. L'inslitutio rend tout aussi impossible la confusion des trois autres avec des autels, car elle distingue très nettement les uns des autres. Nous connaissons parfaitement les vocables des autels, et jamais il n’y a confusion entre ceux-ci et les sujets en stuc. Là où ceux-ci se trouvaient, il n’y avait pas d autel. C est un tait absolument certain et qui ne peut faire aucun doute.
Nous nous rappelons qu Angilbert avait divisé ses trois cents religieux et ses cent enfants en trois chœurs qui, habituellement, devaient se tenir : le premier, sous la tour occidentale, devant l’autel du saint Sauveur; le second, dans la partie orientale de la basilique, dite le trône de saint Riquier ; le troisième au milieu de l’église « devant la Passion » (7).
II ordonne en outre qu’après matines et après vêpres, tous les chœurs doivent se réunir devant la Passion, pour de là se rendre, suivant l’itinéraire marqué, dans
Altertumskunde. Indicateur d’antiquités suisses, nouvelle suite, t. X, 1908, Zurich, p. 35, fig. — On a longtemps considéré comme remontant à l’époque carolingienne tes fameuses figures en stuc de Santa Maria in Valle à Cividale en Frioul, et les ornements de même matière qui les accompagnent. Les plus récents travaux les font redescendre aux environs de l'an 1100 et même plus bas. Cattaheo, L'Archit. en Italie du vt* au xi” s. Traduct. Le Monnier, p. 180 : Rivoira, Le origini délia architettura lombarda, édit. 1908, p. 116.
(1) Au dire de M. Cattaneo, les travaux en stuc seraient toujours plus grossiers que ceux en marbre de la même époque. Ils auraient au surplus constitué un art à part, possédant des motifs différents de ceux de l’architecture. L'Archit. en Italie du vic au xxe 5., trad. Le Monnier, pp. 103, 227.
(2) Telle la statue de Charlemagne dans l’abbaye de Munster (Grisons), xne s. V. Zemp et DÜrrer, Le couvent de Saint-Jean à Munster dans les Grisons , dans Les Monuments de l'art en Suisse, nouv. série, tt. V et VI 1908 p. 54, pl. XLII.
(3) « Plastice est parietum ex gypso effigies signaque exprimere pingereque coloribus ». Hraban Maur De Universo, 1. XXI, cap. vin, dans Patrol., t. CXI, p. 563.
(4) « Ex gypso figuratæ et auro musivo aliisque pretiosis coloribus pulcherrime compositæ sunt ». Vie d'Ano-fibert attr. à Anscher, dans Acta SS. O. S. B., t. V, p. 127.
(5) V. ci-dessus, p. 158.
(6) Une des principales erreurs de MM. Graf et Holtzinger a été de les confondre avec les autels
171 e Chorus sancti Salvatoris centenos monachos cum XXXIV pueris habeat. Chorus sancti Richarii centenos monachos et XXXIII pueros jugiter habeat Chorus psallens ante Passionem, centenos monachos, XX.XIIl’ adjunctis pueris, similiter habeat ». Angilberti libellas, dans Hariulf, Citron., lib. II, cap. xi, édit Lot p 7o — V aussi Script, un S. Angilberti, dans Acta SS. Bail., Febr., t. III, p. rofi. - « Statuit très seraper esse choros, quorum unus ordinale consistebat in turre occidental!, coram altare sancti Salvatoris; secundus chorus, identidem ordinatus in medio ecclesiæ, coram memoria sanctæ Passionis; tertius autem chorus decantabat in orientait parte basilicæ q’ua: dicitur thronus sancti Richarii ». Vie d’Angilbert attrib. à Anscher, dans Acta SS. O. S. B. t. V n
Salvatoris » se tenait évidemment sous la tour occidentale, devant l’autel du Sauveur; le <t chorus sancti Richarii » occupait la partie orientale de l’église dédiée à ce saint; enfin le a chorus psallens ante sanctam Passionem » trouve naturellement sa place dans le chancel, tel que nous en avons déterminé la situation.
Quant aux deux autres sujets en stuc, en combinant l’emplacement que nous avons assigné aux autels secondaires avec les évolutions prescrites par Angilbert, je ne crois pas qu’ils aient pu occuper d’autre place que le mur goutterot de la nef, entre les grandes arcades et les fenêtres, la Résurrection au nord, l'Ascension au sud. Les murs orientaux du second transept, qui devaient être fort nus (t), viendraient, il est vrai, plutôt à l’esprit (2), mais les évolutions de Y Institutio s’accommodent mal avec eux, surtout l’itinéraire du jour de saint Maurice. Cet itinéraire est, il est vrai, plus compliqué que les autres, parce que les offices se faisaient ce jour là à l’autel de saint Maurice qui n’était pas central ; mais si l’on suppose l’Ascension dans le croisillon sud du second transept, on se demande comment le choeur aurait pu aller de là à l’autel de saint Riquier en passant par l’autel de saint Jean placé dans le bas côté nord.
Il y avait encore dans l’église deux « lectoria », c'est-à-dire deux ambons, pour lire les leçons ou l’Evangile. Ils étaient ornés d’or, d'argent et de marbres (3). Rien ne nous permet d’en préciser l’emplacement. L'un se trouvait sans doute près de l'autel du saint Sauveur et l’autre près de l'autel de saint Riquier (4).
Nous savons également qu'il y avait des fonts baptismaux. Ils sont cités une fois dans YInstiiutio d'Angilbert, à propos de la cérémonie du Samedi Saint. Nous ignorons où ils pouvaient se trouver. Angilbert laisse seulement entendre qu’on descendait pour s'y rendre (5).
Nous nous rappelons le somptueux dallage dont Angilbert avait doté la partie de l’église spécialement dédiée à saint Riquier. Le reste de l’église devait être pavé en albâtre, ou plutôt en marbre blanc. Ce dallage souffrit considérablement de l’incendie allumé par les Normands en 881 (6). Le dallage de porphyre, au contraire, dont nous possédons des fragments, paraît s’être conservé intact, sa matière étant plus résistante au feu.
En avant de la façade occidentale, il y avait un parvis. Le récit des miracles de saint Riquier de 864 ne laisse aucun doute sur son emplacement. Un malfaiteur, dit-il, était conduit enchaîné par des gardes à travers le monastère. C'était jour de
(1) A moins qu’Angilbert et Hariulf aient omis de nous dire ce qui les garnissait; ce qui n’est pas impossible.
(2) V. H. Graf, op. cit.
(3) « Lectoria auro, argento et marmoribus parata duo» Scriptura D. Angilberti , dans Hariulf, Chr.on.t lib. II cap. x, édit. Lot, p. 67. — V. aussi Descriptio de thesauro (831), op. cit.. lib. III, cap. m, p. 87.
(4) A moins que, étant donné que, par le fait, les offices se faisaient la plupart du temps à l’autel de saint Riquier, qui paraît avoir été mieux disposé pour cela, les deux ambons aient été à droite et à gauche de cet autel, l’un pour l’Evangile et l’autre pour les autres leçons.
15) « ln sancto etenira sabbato . antequam perveniatur ad fontes, . descendant ad fontes letaniam ad
faciendam ». Institutio S. Angilberti , dans Lot, Citron, d’ Hariulf , p. 298.
(6) « Quamplurima tamen videmus ait (chronicon) a lapidibus marmoribusque contrita, necnon pavimenta ex alabastrite corrupta flammis ». Malbrancq, De Morinis, t. Il, p. 347.
jeûne : les religieux et les fidèles suivaient les croix que l’on portait en procession. « Lorsqu ils revinrent dans l'espace clos de mur qui se trouve devant l’église, du côté de 1 occident, et que l’on nomme parvis », le garde entra dans l’église pour entendre la messe, laissant à la porte son prisonnier enchaîné. Par l'intercession de saint Riquier, les liens du prisonnier tombèrent d’eux-mêmes, et il entra précipitamment dans l’église (i).
Une jeune fille aveugle de naissance fut amenée par ses parents à la fête de saint Riquier. La veille, le custode de l'église la rencontra « dans les murs que l’on appelle le parvis » (2).
De ce parvis il est très souvent question; nous en avons vu de nombreux exemples, sur lesquels il est inutile de revenir.
Au xie siècle, du temps de l’abbé saint Gervin, il y avait un toit. Hariulf raconte en effet qu’un aveugle originaire de Tournai était venu implorer le secours du saint fondateur de l’abbaye : arrivé le soir, il ne trouva personne pour lui donner l’hospitalité et il dut s’abriter sous le toit du parvis où, couché sur un dur grabat, il passa la nuit à supplier le saint confesseur. Le matin, lorsque les portes de l’église furent ouvertes, il y fut introduit (3).
Ce toit était sans doute un auvent ou plutôt une galerie en appentis longeant les murs sur les trois côtés du parvis qui n’étaient pas occupés par la façade de l’église. Y en avait-il déjà un du temps d’Angilbert? C’est probable.
Une porte s’ouvrait au milieu de chacun de ces trois côtés. Ces trois portes, élevées en forme de tours « turrita mole surgentia » contenaient chacune, probablement à son étage supérieur, une chapelle dédiée à l’un des trois archanges dont le nom est connu : sur la porte du midi, à saint Gabriel; sur la porte occidentale, à saint Michel; sur la porte du nord, à saint Raphaël. Chacune de ces chapelles renfermait un autel (4).
La porte occidentale, dédiée à saint Michel, le plus grand des trois archanges, faisait donc face au grand portail de l'église : c’était la principale.
Le jour des Rameaux, après avoir reçu les palmes dans l’église de sainte Marie, la procession revient « per viarn monasterii » (5) jusqu’à la porte de saint Michel,
(1) « Erat enim illo tempore indictum jejunium, et fratres cum ceteris fidelibus cruces sequebantur. Cum vero reverterentur ad mcenia quæ sunt secus ecclesiam ex parte occidentis, quæ obtinent vocabulum paradisi, perve-
nissent . Cum . ad interiora iret ecclesiæ gratia audiendi divinum officium missarum, et prædictum vinctum ante
januas basilicæ reliquisset, intercessione sancti confessons soluta sunt sponte vincula, et celeri cursu sese in ecclesiam dédit ». Mirac. S. Richarii , lib. I, cap. xvii. Acta SS. O. S. B., t. II, p. 221.
(2) « Puella cæca a nativitate . allata est a suis parentibus ad celebrem B. Richarii festivitatem. Quam cum
illic in ipsius diei vigilia inter mœnia quæ paradisi nomine vocantur, custos ecclesie a suis tentam comperisset, cognitos scissitatur quid illi accidisset ». Ibid., lib. I, cap. x, p. 217.
(3) « Compulsus est inhospitare tectum paradisi, ubi in duro lecto cubans pernox, inclamat pietatem sanctissimi confessoris. Mane intromissus, reseratis templi valvis *, etc.. Hariulf, Chron., lib. IV, cap. xxxi, édit. Lot, p. 259, etc.
(4) « Ipsa mœnia quæ vocantur paradisus, turrita mole surgentia, tribus altariis consecrata sunt, videlicet in porta occidentali, altare sancti Michaelis; in porta australi, altare sancti Gabrielis, quæ venerabilis Gilduardus episcopus consecravit; in porta etenim septemtrionali, altare sancti Raphaelis dedicavit religiosus Ambianensis episcopus Jesse, pridie nonas septembris ». Vie d'Angilbert attrib. à Hariulf, dans Acta SS. Boit. Febr., I. III, p. 102. — Le mot paradisus manque dans les Bollandistes. Il est rétabli dans une note de Mabillon, Acta SS. O. S. B., t. Il, p. 217. —
« Altare beati archangeli Gabrihelis, quod est situm in porta meridiana, VIII kal. aprilis in Annuntiatione sancte Mariæ ; Michaelis vero, quod est in porta occidentali, III kal. octobris, ab Hildiwardo, venerabili episcopo; Raphaelis autem altare, quod est in porta septentrionali, II nonas septembris, in honore ipsorum archangelorum, omnium virtutum
celorum, a Jesse, religioso episcopo, optime est eonsecratum . In ecclesiis vero sanctorum angelorum Gabrielis,
Mychaelis et Raphaelis, altaria III ». Scriptura D. Angilberti , dans Hariulf, Chron., lib. II, cap vin, édit. Lot, pp. 60, 67. — V. aussi Acta SS. Boll., Febr , t. III, pp. 185, 107. — Mon. Genn. SS., t. XV, p. 173.
(5) Cette « via monasterii », qui doit être la même chose que celle qu’on appelle ailleurs <r via publica », était une voie livrée à la circulation du public entre le mur extérieur occidental du monastère et les bâtiments claustraux. L'Inslitutio d’Angilbert en laisse bien comprendre la situation.
par où elle entre dans le parvis (i). Aux litanies solennelles, les processions des paroisses voisines réunies dans le parvis, le peuple est rangée à l’entrée de la porte de saint Michel, les hommes vers le nord, les femmes vers le midi, jusqu'à ce que les religieux et l’école sortent de l’église de saint Riquier. Trois porteurs d’eau bénite, leurs bénitiers à la main, franchissent les premiers la porte de saint Michel; le reste suit dans l’ordre prescrit (2).
La porte de saint Gabriel, placée au sud, faisait communiquer le parvis avec le logis abbatial et avec les bâtiments claustraux situés à l’ouest du monastère. L’ Institutio d’Angilbert le montre très clairement.
Après l’office du matin, comme après celui du soir, tous les chœurs sortent par la porte de saint Gabriel, et, après avoir traversé la salle de l’abbé, gagnent la galerie occidentale du cloître, pour se rendre à l’église de sainte Marie (3).
Le jour de l’Ascension, après tierce chantée dans l’église de sainte Marie, les religieux, traversant le monastère, arrivent à l’église du saint Sauveur par la porte de saint Gabriel (4). De même aux fêtes de saint Riquier (5). Quand, pour quelque nécessité, on portait les croix en procession, le second jour, on revenait par la petite cour de l’abbé, par la salle ou par la porte du monastère, puis, par la porte de saint Gabriel, on arrivait devant la représentation de la Nativité, pour de là aller célébrer la messe à l’autel de saint Riquier (7).
A la Pentecôte, c’était encore la porte de saint Gabriel que les religieux prenaient pour aller célébrer la messe dans l’église de sainte Marie et des saints Apôtres, après avoir chanté tierce dans l’église de saint Riquier (7).
Quant à la troisième porte percée dans la face nord du parvis, elle n’était guère là que pour la symétrie, car elle ne donnait accès que dans le passage étroit qui régnait — et qui règne encore — entre la grande église et le mur de clôture septentrional de l’abbaye. C’est pourquoi elle fut placée sous le vocable du moins
(1) « Per viam monasterii, una cum populo accedentes, ad portam beati archangeli Michaelis paradysum ingre-
diantur, et coram sancta Nativitate oratione facta, per ostium medianum . ad sanctum Salvatorem perveniant ».
Institutio S . Angilberti, dans Lot, Citron. d'Hariulf, p. 296.
(21 « Ad sollemnes letanias faciendas, conveniant cruces et processiones vicinarnm ecclesiarum ad sanctum
Richarium . Que omnes simul conjungant se in paradysum coram sancta Nativitate, ubi, oratione peracta, cruces
in eodem loco hinc et inde ordinate persistant. Populus autem in ingressu porte beati archangeli Mychaelis honeste ordinatus, ita tamen ut viri a septentrione, femine vero a meridie prestolentur, donec fratres, cum scola de ecclesia beati Richarii, egrediantur. Quo eo ordine exeant ut primum très situle cum aqua benedicta per portam ejusdem beati Mychaelis précédant, deinde », etc. Institutio S. Angilberti , dans Lor, Citron. d'Hariulf, p. 299. — De même « Cum
pro qualibet tribulatione cruces sequende . . per medium paradysi et per portam beati archangeli Mychaelis
exeant . Revertantur per portam beati Mychaelis usque ad gloriosam Nativitatem ». Ibid., p. 302, — etc. — « Cura
animarum in porticu sancti Michaelis deservit elemosinis fratrum, valens per annum D solidos ». Invent, des cens et redevances dus à l'abb. de St-Riquier, dans Lot, Citron. d'Hariulf, p. 307, etc.
(3) « Matutinali etcnim seu vespertinali officio consummato, mox omnes chori . per portam sancti Gabrihelis ac
per salam domni abbatis ambulando, per occidentalem claustri regionem cantando veniant ad sanctam Mariam ». De Institutione, etc., dans Hariulf, Citron., lib. II, cap. xr, édit. Lot, p. 71.
(4) ■? In eadem ecclesia sancte Mariæ tertia cantata, . per medium monasterii et per portam sancti Gabrielis
accédant ad sanctum Salvatorem, ibique honore condigno missam perficiant ». Institutio S. Angilberti, dans Lot, Citron, d' Hariulf , p. 302.
(5) « In ecclesia sancte Mariæ tertiam cantent; inde per medium monasterii cum populo procedentes, per portam sancti Gabrihelis paradysum ingrediantur, et, coram sancta Nativitate oratione finita, perveniant ad altare beati Richarii, ibique honore condigno missam perficiant ». Institutio S. Angilberti, dans Lot. Citron. d'Hariulf, p. 304.
(61 « Et sic per curticulam domni abbatis, et per salam vel portam monasterii, necnon et per portam beati Gabrihelis perveniant ad sanctam Nativitatem ; ubi, oratione finita, veniant ad sanctum Richarium, ad missam perficiendam ». Institutio S. Angilberti, dans Lot, Citron. d'Hariulf, p. 303.
(7) * Ad sanctum Richarium tertiam cantant; unde, vestibus ornati, exeant per portam sancti Gabrihelis, et canendo perveniant ad sanctam Dei genitricem, et ad apostolos, ibique missa celebretur ». Institutio S. Angilberti dans Lot, Citron, d' Hariulf , p. 303.
illustre des trois archanges. Comme d'ailleurs elle ne menait à peu près à rien, elle n’est pas mentionnée une seule fois dans YInstitutio d’Angilbert.
Comme encore aujourd’hui, une place s’étendait en avant du parvis (i).
En résumé, la grande église élevée par Angilbert était une basilique à simples bas côtés et à deux transepts : l’un placé à l’ouest, l’autre à l’est. A la croisée de chacun des transepts s’élevait une tour de forme ronde. Le transept occidental faisait le tau en avant de l’église, dans le mur occidental duquel s’ouvraient les portes principales qui étaient au moins au nombre de trois, dans la largeur de la grande nef. Ces trois portes étaient précédées d’un porche flanqué lui-même de deux tourelles cylindriques renfermant des escaliers à vis, pour monter aux parties hautes de l’édifice. Ce porche était orné d’un grand bas-relief en stuc, représentant la Nativité.
Une vaste crypte, presque au niveau du sol extérieur, s’étendait sous le transept occidental : les portes principales de l’église donnaient accès dans cette crypte, qu'il fallait traverser pour pénétrer dans la nef.
Sur cette crypte s’élevait l’autel du Sauveur, couvert d’un ciborium. Cet autel était orienté.
La nef, ou vestibulum, comprenait six travées.
Deux grands bas-reliefs en stuc ornaient ses faces latérales : l’un représentant la Résurrection, l’autre l’Ascension. Un troisième bas-relief de même matière, figurant la Passion, devait occuper la portion de mur surmontant l’arc triomphal séparant la nef du transept oriental ou peut-être de celui qui se trouvait entre ce transept et l'abside.
Un chancel occupait tout ou partie des deux dernières travées de la nef, vers le transept oriental.
Huit autels latéraux, quatre de chaque côté, s’échelonnaient le long des bas côtés.
Une porte était percée dans le mur extérieur du bas côté septentrional, faisant communiquer directement l'église avec le cloître. Peut-être y en avait-il une autre vis-à-vis, dans le bas côté nord, mais cela n’est pas certain.
Au milieu du transept oriental, sous la tour, c'est-à-dire dans la croisée, se trouvait un autel dédié à saint Pierre.
Ce second transept était suivi d’une courte travée droite flanquée de deux escaliers en tourelles semblables à ceux qui accompagnaient le porche (2). Au milieu de cette travée se trouvait le tombeau de saint Riquier, magnifiquement orné, ayant à sa droite et à sa gauche ceux des saints Frichor et Caïdoc.
L’abside ou bulicum était élevée de quelques marches et fermée par la poutre de gloire supportée par six colonnes d’une grande richesse. Elle contenait l’autel de saint Riquier couvert d’un ciborium.
Six fenêtres disposées sur deux rangées de trois, séparées par un rang de trois oculus étaient percées dans chacune des extrémités des transepts. D’autres fenêtres se trouvaient dans les murs occidentaux et orientaux de chacun de ceux-ci.
(1) « Cum ergo in platea raonasterii quæ est ante paradisum reus ille cum comité pervenisset s>. Mirac. S. Richarii (895), insérés dans le Martyrol. de Wolfhardus Haserensis. Analecta Bol/andiana, t. XVII, p. 128.
(2) L’ancienne cathédrale de Metz construite vers l’an xioo, avait encore, à droite et à gauche du chœur, deux tourelles cylindriques renfermant des escaliers à vis, reste évidemment de tradition carolingienne. — V. Aug. Prost, la Cathédrale de Met\. , dans Mèm. de la Soc. d'archèol. et d'hist. de la Moselle , t. XVI, 2e partie.