‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 47 sur 63 · Deuxième partie. ■ — Description · texte numérisé non relu

Deuxième partie. ■ — Description

Généralités.

Par la beauté de ses proportions, par l'harmonie de ses lignes, par l’ampleur de ses vastes nefs, par la continuité et la simplicité de leur ordonnance générale, par l’aisance véritable qui règne dans tout leur ensemble, l’église de Saint-Riquier semblerait, au premier coup d’œil, bâtie d’un seul jet et sortie tout entière du cerveau d’un seul maître et non des moins habiles. Dès qu’on entre dans le détail, dès qu’on cherche à analyser ce magnifique ensemble, on demeure surpris, troublé, devant des différences d’époques, de mains, de manières, devant des anomalies, des reprises parfois inexplicables, qui en font un édifice aussi difficile à comprendre qu'ingrat à décrire.

Telle qu’elle nous est parvenue, comme d’ailleurs son histoire en témoigne, elle a été évidemment élevée en plusieurs fois, tantôt à des intervalles assez éloignés, tantôt au contraire, en des campagnes très rapprochées, mais cependant distinctes. Toutefois le parti général adopté par le premier maître de l’œuvre a toujours été scrupuleusement suivi jusqu'au bout.

Nous devons donc la prendre telle qu’elle se présente à nous, et puisqu'elle est homogène, dans son ensemble et diverse dans le détail, nous commencerons

par en donner un aperçu général assez étendu, en le poussant jusqu’au point où commencent les nuances.

Nous tâcherons en même temps de dater chaque partie d’après les renseignements historiques que nous connaissons; mais nous serons parfois obligés de laisser des points d interrogation, sans chercher à expliquer l’inexplicable.

Nous reprendrons ensuite chaque partie en détail.

L’église est orientée à l’est-nord-est, ou à peu près.

C’est une vaste basilique, dont la superficie peut entrer en comparaison avec celles des cathédrales de Noyon, de Soissons, de Tours, d’Auxerre (i).

Elle comprend (V. le plan, pl. I, fig. i) six travées flanquées de bas côtés simples, un transept, dont chaque croisillon ne forme qu'une seule travée à peu près carrée, puis deux travées, la première égale à celles qui se trouvent en avant du transept, et l’autre plus courte, se terminant par un rond point en demi décagone. Au-delà du transept, les bas côtés se prolongent en un déambulatoire sur lequel s’ouvrent neuf chapelles. Les quatre chapelles — deux de chaque côté — correspondant aux deux travées droites, sont quadrangulaires, les cinq autres, au chevet de l’église, polygonales et rayonnantes. Celle du centre, beaucoup plus importante que les autres, comprend une partie droite très proéminente, terminée par un demi décagone; les quatre autres sont à cinq pans, mais d une très faible saillie et comme aplaties.

Une grosse tour carrée s'élève dans œuvre sur la première travée de la nef, à l’occident.

La façade occidentale est percée de trois grandes portes (A, B, C) (2), qui sont les principales de l'édifice : celle du centre, sous la tour, et deux portes latérales, à l'extrémité de chacun des bas côtés. 11 y a encore dans d’autres parties de l’édifice, de petites portes dont plusieurs ont été percées après coup suivant les besoins, et dont d’autres aussi sont aujourd’hui bouchées. Nous les signalerons au fur et à mesure qu’elles se présenteront dans la description de détail.

Quatre escaliers à vis conduisent dans les parties hautes. Deux sont renfermés dans des tourelles symétriques participant à l’ordonnance générale de la façade occidentale, à droite et à gauche de la tour (T, U). Ils ne montent que jusqu'à 1 étage du beffroi. A partir de là, on n'accède à la partie supérieure de cette tour que par un seul escalier d'un plus petit diamètre, placé dans l’angle nord-ouest de celle-ci, un peu en arrière du premier. Un autre escalier est placé dans l'aisselle occidentale du croisillon nord du transept (Y). Le quatrième s’élève entre les deux chapelles rayonnantes (VII et IX) du même côté (Z).

L’église entière est voûtée en pierres sur croisées d’ogives, avec liernes, tiercerons, et parfois d'autres nervures accessoires.

La nef principale étant peu élevée relativement à sa largeur — ce qui, par parenthèses, ne contribue pas peu à lui donner de la profondeur — l'ordonnance

ti) Dimensions principales : longueur totale dans œuvre, du grand portail à l'extrémité delà chapelle delà Vierge : 90 m. — Id., du grand portail au rond point : 66 m. 50. — Longueur totale hors œuvre : 96 m. 50. — Largeur de la nef d axe en axe des piliers : 13 m. — Id., des bas côtés : 6 m. 50. — Hauteur sous clef de la grande voûte : 24 m. 60. - Id., des bas côtés : 10 m. 40. — Hauteur de la tour Imaçonnerie) - 43 m. 50. - Id., y compris la charpente et la croix : 48 m. 80.

(2) En règle générale, à moins d indication contraire, les lettres et les chiffres renvoûnt au plan de l'éelise pl. I, fig. ]. ’

générale (pl. II, III, IV, V, VI) ne comprend en élévation que deux étages : les grandes arcades correspondant aux bas côtés, et les lenêtres hautes. Il n’y a pas de triforium.

Les grandes arcades, en cintre brisé, sont percées dans des murs d’une assez forte épaisseur (i m.). A i m. 3o, environ, au-dessus de la pointe de ces arcades règne un cordon qui coupe horizontalement l'ordonnance à un peu moins de la moitié de la hauteur totale du pavé à la clef des hautes voûtes. Une balustrade ajourée, posée sur ce cordon, forme une fausse galerie trop étroite pour livrer passage à un homme. A quelques centimètres au-dessus de cette balustrade se trouve

1 appui des fenêtres hautes. Garnies de meneaux, celles-ci occupent presque tout

mais non pas tout — le reste de chaque travée. A peu près au tiers de la hauteur totale de la fenêtre, les meneaux sont coupés par une arcature horizontale simulant un triforium ajouré (i).

La première travée de la nef à l’occident, sur laquelle s'élève la tour, diffère par suite des autres. Il a fallu d’abord donner aux supports de cette tour une plus grande épaisseur. La travée est de plus coupée horizontalement à la hauteur de l'appui des fenêtres hautes par une voûte formant tribune, dont la puissante arcade a surtout pour but d’étrésillonner les deux piliers qui soutiennent la tour vers la nef (3 a, 4 a). Il y a un étage au-dessus de la travée du bas côté, à droite et à gauche.

Le long des bas côtés s’ouvrent de larges fenêtres à remplages qui, comme celles de la grande nef, ne remplissent pas absolument toute la largeur de la travée.

Le transept affecte une disposition assez particulière. Chacun des croisillons avons-nous dit, ne forme qu’une seule travée. Celui du sud a une saillie à peu près égale à celle de la largeur du bas côté. La saillie du croisillon nord est un peu moins prononcée.

Le cloître établi le long du bas côté sud, se prolonge, non pas en dehors du transept, mais à travers, se confondant en quelque sorte avec lui. Il est en contre-bas d’environ i m. 8o (2) du sol de l’église, mais ses clefs de voûte s’élèvent à 2 m. 10 au-dessus du niveau de celui-ci. La quantité dont le croisillon sud fait saillie en dehors du bas côté est précisément de toute la largeur du cloître. On ne peut donc séparer la description de ce cloître de celle du reste de l’église, à laquelle il est intimement lié, aussi bien, comme nous le verrons, le long de la nef qu’au transept.

Sur la partie de cloître qui traverse le transept, on a établi une salle voûtée, servant de trésorerie, montant jusqu’à la hauteur de la voûte du bas côté : sa partie supérieure sert de tribune. Le mur qui sépare de l’intérieur de l’église le cloître et la trésorerie qui est au-dessus, a été richement décoré de sculptures. Vis-à-vis, dans la saillie du croisillon nord, on a établi, pour lui faire pendant, une tribune semblable, mais dont la partie inférieure, s’ouvrant sur l’intérieur de l'église par trois grandes arcades richement sculptées, elles aussi, forme chapelle.

Comme les bas côtés, les chapelles du chevet sont percées de fenêtres à meneaux.

Malgré la grande unité qui règne dans l’ordonnance générale de l’édifice, il n’est pas besoin d'en avoir fait un examen bien approfondi, pour y distinguer au moins

U) Cette disposition de fenêtres hantes descendant jusqu’un peu au-dessus des grandes arcades, sans triforium avec une galerie découverte à l'appui des fenêtres, a été fréquemment usitée dans les pays flamands aux xtv et xv siècles. (Cathédrale St-Jaeques, St-Paul à Anvers; N.-D. de la Chapelle à Bruxelles; St-Bavon à Gand : N.-D. de la Dyle.à Malines). On la rencontre aussi en Allemagne (St-Laurent à Nuremberg) ; en Normandie (St-Étiennele-Vieux, St-]ean, à Caen), etc.; mais 1 église de St-Riquier parait en être un des plus anciens exemples.

(2) Le sol actuel du cloître doit être à environ 60 centimètres au-dessus du sol primitif.

deux styles, et par conséquent deux principales périodes de construction nettement tranchées.

Disons tout de suite qu'il ne subsiste absolument rien des constructions antérieures au xiii' siècle.

Le transept tout entier, avec les travées de cloître qui en dépendent, sauf quelques remaniements, et les grandes arcades du chœur et du rond point, appartiennent sans conteste à la seconde moitié du xm' siècle : leur ornementation, leur mouluration ne permettent pas de s’y tromper.

Tout le reste de l’édifice : façade, tour, nef, bas côtés, étage supérieur du chœur, déambulatoire, chapelles rayonnantes, trésorerie, est du style gothique flamboyant le plus caractérisé.

Pouvons-nous dater ces différentes parties d’une façon plus précise?

Ce qui appartient au xm' siècle remonte très probablement au long abbatiat de Gilles de Machemont (1257-1292). Dom Cotron nous présente cet abbé comme ayant fait élever de nombreux et somptueux édifices; mais il ne nous en désigne que quelques-uns. Au sujet de l’église, il dit : « Qitœdam sacella ecclesiœ Sancti Richarii, præsertim capellam Sancti Andreæ, quam consecrari curavit per Attrebatensem episcopum, anno 1274, aliaque superba et ampla œdificia immensis sumptibus erexit ».

C’est vraisemblablement la partie de l’église reconstruite par celui-ci, que désignent ces mots « une notable massonnerye piéça commencée », que l’abbé Hugues Cuillerel avait fait couvrir vers 1448, avec l’aide pécuniaire de Philippe le Bon (1).

Rappelons-nous en outre qu’en 1460, Pierre le Prestre fit, non pas construire, mais orner la chapelle de la Vierge, en y établissant un sépulcre, un oratoire, des stalles et un retable d’autel (2).

Nous nous souvenons enfin qu’après avoir narré l’horrible incendie de la ville et de l’abbaye par ordre de Louis XI, en 1475, et les premiers travaux qu’il avait fait exécuter pour sa réparation, l’abbé Pierre le Prestre ajoute : « Quand laditte église de Saint-Riquier fu brullée, comme dit est par avant, il y avoit ung commencement d’église, c’est asçavoir le cœur et croisie à laditte église, moult riche, et qui avoit esté fait passé trois cens ans, mais il sembloit aussi nouvel que s’il n’y eult que X ans; par quoy ledit abbé emprint de le parmonter de machonnerie », etc. (3). 11 ne peut être ici question que des constructions du xm' siècle en partie parvenues jusqu’à nous. Pierre le Prestre se trompe évidemment d’une centaine d’années, mais cela n’a rien de bien surprenant, Il a simplement voulu indiquer un long espace de temps (4).

Considérons d’autre part que la disposition du transept, un peu anormale, a été prévue dès sa première construction, au xm' siècle, comme nous le verrons, que le faux remplage qui orne la face ouest du petit mur i5 b c, sous la tribune, se retrouve identique sur la face est, vers la chapelle III, et enfin que celui-ci ne paraît avoir jamais été au contact de l’air extérieur (5); nous pourrons en conclure que des chapelles rayonnantes ont dû être construites dès le xiii' siècle, en même temps

(1) V. ci-dessus, p. 212.

(2) V. ci-dessus, p 216 — C’est Pierre le Prestre lui-même qui nous donne ce renseignement. Il semble que s'il avait lui-même fait construire la chapelle de toutes pièces, il n'aurait pas manqué de le dire.

(3) Chron ., c. clxxx bis, édit. Belleval, p. 116.

(4) C’est cette erreur de date qui a induit à tort l’abbé Hénocque (Hist . de S. Riquier, t. II, p. 457) et après lui

l'abbé Bouthors (Hist. de S. Riquier , p. 164 ) à attribuer à l’abbé Riquier II (1 170-1176) les fondements ou tout au moins les premiers projets de l’église actuelle.

(5) Nous verrons au surplus que, dans les profils des nervures du déambulatoire actuel, il en est qui sont incontestablement du xiiic siècle.

que le transept et les grandes arcades du rond point, et que ce sont sans doute ces chapelles que dom Cotron rapporte avoir été élevées par Gilles de Machemont. Remarquons que celle de la Vierge devait déjà avoir d’assez vastes dimensions pour que Pierre le Prestre ait pu la garnir notamment d'un Sépulcre, d'un oratoire et de stalles.

De tout ce qui précède, il résulte que Gilles de Machemont aura entrepris la reconstruction de l’église, non pas tout à la fois, mais, comme cela se faisait souvent, par morceaux. En possession du projet général, il aura fermé la nef vers l'est par une cloison ou par un mur provisoire, afin de pouvoir servir au culte pendant qu’on élevait le chœur et le transept, à la place de l’ancien chœur et du transept oriental qui furent abattus. Il aura commencé par élever les chapelles du chevet. La première de ces chapelles étant terminée en 1274, il l’aura fait consacrer par l’évêque d’Arras. Poursuivant ses travaux, il sera parvenu à élever le nouveau transept, le déambulatoire et tout au moins les grandes arcades du rond point.

Les choses devaient en être là au moment de sa mort (1292), mais ses successeurs les auront laissées dans cet état, et les constructions de Gilles de Machemont n’auront été couvertes qu’au xv' siècle par Hugues Cuillerel (1448) (1). L’étage des fenêtres hautes et les voûtes du chœur n’existant sans doute pas, celui-ci aura reçu un comble provisoire à la hauteur du bas côté. Ce dut être à ce moment seulement que la clôture fermant la nef à l’est, fut abattue et les constructions du xm" siècle livrées au culte.

Nous savons par Pierre le Prestre lui-même que ce « commencement d’église » n’eut pas à souffrir de l’incendie de 1475. La partie de l’église qui, comme il dit, fut « par dedens toute caufïourée », ne fut donc que la vieille nef romane, qui ne devait pas être voûtée. Ce qui prouve que cette nef a dû être soudée, au moins provisoirement, au transept du xm' siècle, c’est que les jambages des fenêtres hautes de la nef contre le transept ( 1 1 - 1 3 a et 12-14 a)i ie i°ng des piliers i3 a et 14 a, appartiennent encore au xm' siècle et sont rongés par le feu, tandis que les autres, contre les piliers 11 a et 12 a, qui sont du xvi', sont intacts, ainsi que tout le reste de la nef à l’intérieur. Les premiers ont donc été touchés par l’incendie avant la construction de la nef actuelle.

Quand Pierre le Prestre dit qu’il entreprit de « parmonter de machonnerie » le susdit a. commencement d’église », je crois qu’il faut comprendre qu’il entreprit de faire élever les fenêtres hautes et les grandes voûtes du chœur, que Gilles de Machemont avait dû laisser inachevées.

D’après ce qu’il dit lui-même, Pierre le Prestre dut n’avoir le temps que de restaurer le clocher et de commencer l’achèvement du chœur, lorsqu’il fut arrêté par la guerre et par les événements dont nous avons parlé.

Les travaux furent continués par Eustache le Quieux, qui lui succéda en 1480, et cela malgré un nouvel incendie arrivé en 1487.

Nous savons également que ce dernier reconstruisit la chapelle de la Vierge, telle qu’elle existe actuellement, avec les statues de vierges qui la décorent à l’intérieur et que, pour cela, l’oratoire élevé peu de temps auparavant par Pierre le Prestre dut être détruit; et enfin qu'il fit placer des statues et des vitraux dans la chapelle voisine dédiée à Saint-Pierre.

(1) V. ci-dessus, p. 212.

Si nous considérons le monument, nous constaterons que le transept en entier — excepté bien entendu la trésorerie et la tribune qui lui fait vis-à-vis — appartient aux constructions qui ont dû être élevées par Gilles de Machemont, au xm" siècle. Ici. il n’y a nulle difficulté.

Il n en est pas de même pour le chœur. Seules les grandes arcades du rond point, avec les piliers qui les supportent et les sommiers de la voûte du déambulatoire, retombant sur ces piliers, peuvent remonter à cette époque. Ces piliers ont été l’objet d'un remaniement sur lequel je reviendrai plus en détail. Leurs chapiteaux, vers le déambulatoire surtout, ont été extrêmement abîmés, soit par le feu, soit par la gelée, soit par toute autre cause, et ont été raccommodés en plâtre (1). Il en est de meme de la corniche intérieure qui passe sous l’appui des fenêtres, et qui, elle encore, date du xm' siècle.

Nous avons vu que le petit mur i5 b c conservait intacte sa décoration du xiii" siècle vers la chapelle 111 (pl. XX). Au-dessus des voûtes des bas côtés, les murs du xm siècle i5 a c, 16 a c du transept, étaient, avant la restauration de 1909-1910, absolument rongés par un violent incendie, sous l'appui des fenêtres surtout; de même la base des culées 17 b, 18 b, au-dessus des voûtes des bas côtés, sur leurs laces regardant le transept. Au contraire, toutes les fenêtres hautes et toutes les autres culées du chœur et du rond point étaient parfaitement intactes.

Les bizarres et disgracieuses toitures à pignons, qui couvraient naguère le déambulatoire et les chapelles (pl. IV, VIII), avaient été faites après coup : les pignons enserraient sans liaison les culées. Par la pauvreté de leur système de charpenterie et de leur couverture en tuiles plates, elles semblaient n'avoir été que des couvertures provisoires. Elles étaient posées de la façon la plus barbare et aussi mal agencées que possible avec les maçonneries. On ne s’était pas gêné pour entailler à tort et à travers les moulures qui ornaient les piédroits des fenêtres, afin d’y encastrer les pièces de bois. Cependant elles avaient dû être posées presque immédiatement après l'achèvement de la maçonnerie, car toute la partie de celle-ci, qui était abritée par ces toitures, non seulement ne portait aucune trace d’incendie, mais était comme neuve, et n avait certainement jamais subi le contact de l’air extérieur. Enfin, faute de construction absolument inconcevable, le larmier des glacis des fenêtres hautes 1 5-17 a, 17-19 a, 19-21 a, etc., est légèrement plus bas que les chéneaux des chapelles absidales 111. V, \1I, IX, etc. Celui qui a construit les uns ne s’est pas occupé de la manière dont se comportaient les autres, et il ne s’est pas demandé comment il assurerait l’écoulement des eaux.

lotîtes ces données sont bien difficiles a concilier avec les renseignements incomplets et imprécis que l’on peut tirer des documents écrits Après avoir retourné la question dans tous les sens et m'être heurté chaque fois à des invraisemblances et à des impossibilités, j ai fini, comme on dit, par donner ma langue aux chiens, et par laisser les choses dans l’indécision avec laquelle elles se présentent à nous.

Ce que l'on peut tenir pour certain, c’est que la chapelle de la Vierge, telle qu’elle existe actuellement, est l’œuvre d’Eustache le Quieux. Il doit en être de même des autres chapelles absidales, bien que dom Cotron dise seulement qu’Eustache le Quieux fit placer des statues et des vitraux dans la chapelle Saint-Pierre (chapelle IX), et que ces chapelles se raccordent assez mal avec celle de la Vierge; mais elles ont avec celle-ci une trop grande similitude de style pour ne pas être de la même main, et dom Cotron, parlant de faits dont il n’a été ni l’auteur ni le témoin, ne

h) Toute la partie inférieure de ces piliers, au contraire, est intacte.

dit pas tout. Dans tous les cas, ce ne sont plus celles que Gilles de Machemont avait dû élever au xiii' siècle.

Pourquoi Eustache le Quieux a-t-il reconstruit ces chapelles? Avaient-elles trop souffert de l’incendie de 1475 ou de celui de 1487, ou bien tout simplement, comme on ne regardait pas de son temps à le faire, les anciennes n’étaient-elles pas de son goût? Il faut nous résigner à l’ignorer.

Quant à l’étage des fenêtres hautes du chœur, je ne crois pas, avec les données que nous possédons, pouvoir dire exactement s’il appartient à Eustache le Quieux ou à Pierre le Prestre. Je le croirais plus volontiers de ce dernier, du moins dans ses parties basses, et d’un autre maître de l’œuvre (1), précisément à cause de

l’erreur de niveau qui existe entre les glacis de ces fenêtres et les chéneaux des

chapelles. Dans ce cas, l’incendie de 1487 n’aurait pas atteint les combles du déambulatoire. Mais, encore une fois, c’est loin d’être certain (2).

Les mêmes difficultés ne se présentent ni pour la nef avec ses bas côtés, ni pour la façade avec son clocher. Nous savons pertinemment, et dom Cotron est très explicite sur ces points, que les premiers sont l’œuvre d’Eustache le Quieux, et les seconds, celle de Thibaut de Bayencourt, son successeur (3). La vieille nef romane avait été calcinée par l’incendie de 1475 et Pierre le Prestre n’avait pas eu le temps de la reconstruire. Nous savons qu’il avait fait restaurer le clocher. Pourquoi Thibaut de Bayencourt a-t-il fait réédifier de fond en comble celui-ci

ainsi que la façade ? Ce clocher a pu avoir été de nouveau atteint par l’incendie de 1487,

ou bien plutôt, l’ancienne façade romane et son clocher ont-ils semblé détonner avec le reste de l’église nouvellement reconstruit.

Bien que, dans sa plus grande partie et dans l’impression générale qui s’en dégage, l’église de Saint-Riquier soit de style gothique flamboyant, son plan et son ordonnance appartiennent donc sans conteste à la fin du xiii' siècle. C’est au maître de l’œuvre de cette époque qu’il faut par conséquent faire honneur de ces belles proportions (4), de cette simplicité, de cette clarté, de cette tempérance majestueuse et élégante qui manquent d’ordinaire aux églises de la fin de l’époque gothique, et qui mettent la nôtre hors de pair parmi celles-ci (5).

A un peu plus d’un kilomètre de l’église de Saint-Riquier, vers le sud, entre la route d’Yaucourt et celle de Bussu, s'étendent de vastes carrières de pierre calcaire d'un beau grain, bien égal et sans nœuds, d’abord très tendre dans ses couches supérieures, mais devenant graduellement très dure à une certaine profondeur. Elles portent le nom de carrières de Saint-Pierre à Vaux. Les immenses galeries qui les sillonnent, naguère retrouvées, mais dom l'entrée est aujourd’hui bouchée, témoignent de l’énorme quantité de pierres qui en a été extraite. C’est généralement de cette pierre qu’est construite l’église de Saint-Riquier.

(1) Peut-être de Philippe de Bernay, Jean le Febvre et Jean Panier, à qui Pierre le Prestre s’est adressé pour la restauration de l’église après l’incendie de 1475. (V. ci-dessus, p. 2181.

(2) Nous verrons que c’est tout à fait par erreur qu’on a cru lire la date de 1500 sur l’un des chapiteaux qui supportent les branches d’ogives du rond point.

(3) Rappelons-nous qu’en 1503, du temps d’Eustache le Quieux, Nicolas Lesveillié était maître-maçon des ouvrages de Saint-Riquier. V. ci-dessus, pp 221, 223, 224).

(4 En joignant les clefs de la grande voûte au pied des murs des bas côtés, on obtient à peu prés un triangle équilatéral Est-ce un cas fortuit?

(5) Je ne parle bien entendu que des nefs, et non de la façade et du clocher, qui sont loin d’avoir ces qualités.

Le maître de l’œuvre du xm* siècle a choisi les bancs les plus durs; les tailles ont été faites au marteau. Pour économiser la main d'œuvre, ceux de la fin du xv' siècle et du xvt”, au contraire, se sont servis des couches tendres; ils se sont contentés de réserver pour les membres essentiels des pierres un peu plus résistantes, qui ont été finies à la griffe. Ils n’ont usé de la pierre dure que pour les gros piliers de la nef et pour les bases des dosserets des bas côtés.

Les bases des piliers du chœur et de la nef sont faites d’une pierre jaunâtre extrêmement dure.

Enfin, toute la maçonnerie repose sur plusieurs assises de grès qui est très abondant dans la région et notamment à côté des carrières dont nous venons de parler.

Constructions du xm" siècle.

Comme les constructions du xm' siècle, ainsi que nous l’avons vu, ont commandé l’ordonnance générale du reste de l’édifice — Pierre le Prestre nous laisse bien entendre que c’est d’elles qu’il est parti — force nous est de commencer par elles.

Le transept (pl. IL III, IV, V, VI. VII, VIII, IX, X, XX, XXXIII, XLI) appartient tout entier par son style, du moins dans son gros œuvre, à la seconde moitié du xm' siècle (1).

Il se distingue par un caractère assez original. Les profils de toutes ses parties moulurées sont tracés dans l’esprit général de l’époque, mais avec quelque chose de particulier, de personnel, qui les rend extrêmement intéressants. Les archivoltes et les nervures des voûtes comportent des tores déjà assez fins, d’autres plus gros garnis d’un méplat ou filet saillant, et des épannelages rectangulaires, tantôt aux arêtes abattues, tantôt creusés suivant leurs côtés par des canaux cylindriques (2).

La coupe ci-jointe (fig. 6) montre comment le cloître (3) et la trésorerie qui est au-dessus sont encastrés dans le croisillon sud du transept. Les trois travées de cette partie du cloître, qui occupe l’extrémité du même croisillon, sont certainement, par leur style, par leur mouluration et par la sculpture de leurs chapiteaux, antérieures de quelques années au reste du transept; mais dès lors la disposition de ce transept était prévue, et elles font partie intégrante de celui-ci.

(1) Je suis heureux de pouvoir accompagner ce travail de magnifiques relevés exécutés par M. Jean Hardion, architecte des monuments historiques (pl II, III, IV).

(2) On retrouve des éléments de mouluration analogues dans le chœur de l'intéressante église voisine d Ailly-le-Haut-Clocher, qui date â peu près de la même époque; de même aussi dans les fenêtres de la tour sud de Saint-Vulmer de Boulogne. — J’ai trouvé dans des caves de la fin du xmc siècle ou du xivc siècle, à Boves, des ogives aux arêtes abattues avec un canal de ce genre au milieu de chacune des faces obliques. C’est un profil de nervures assez fréquent dans l’Est et en Allemagne : par exemple à la cathédrale de Saint-Dié, àNotre-Dame de Nuremberg, etc.

(3) 11 ne subsiste de ce cloître que ces trois travées et celles qui bordent le bas côté sud de l’église. On peut le

voir dans son entier dans la fig. 4. — La bibliothèque d’Abbeville en possède un plan du xviii® siècle, publié par Hénocque, Hist . de S. Riquier, t. II, p. 440.

Chacune de ces trois travées (pl. IX) est voûtée d’une croisée d’ogives simple, dont la clef est sculptée.

Une de ces clefs est formée d’un bouquet de feuillages; les deux autres d’une tête feuillue, l’une empruntée à la feuille de chêne et l’autre à la feuille de vigne, le tout du meilleur style ornemental de la fin du mi' siècle. Les profils très nerveux des doubleaux et des ogives (fig. 7) (1) comportent déjà les (canaux dontnous venonsdeparler.

Les arcades ouvrant du cloître sur le préau ont été disposées d’une façon assez particulière, pour pouvoir supporter le mur épais qui ferme le croisillon sud du transept. Elles sont formées (fig. 8) de deux arcs juxtaposés, sans liaison l’un avec l’autre et d’une moulurationtrèsoriginale, mais toujours dans le même esprit que celle qui caractérise les parties de notre église élevées au xm* siècle.

L’arc intérieur B emboîtait le remplage, qui, certainement fermait les baies du cloître. Lorsqu’on a supprimé ces remplages,

on a garni l’intrados d’une doublure C reproduisant à peu près le même profil que l'intrados de l’arc A, mais en pierre tendre. A la travée qui est le plus à l’est (j k), et qui devait former l’angle du cloître, il y a un troisième arc

faisant aujourd'hui saillie à l’extérieur, et qui, primitivement, , fM'

servait d’arc doubleau à la première travée en retour d’équerre (2).

Toutes ces archivoltes sont actuellement fermées en partie par de petits murs et en partie par des vitrages.

De ce côté, toutes les retombées se font sur des groupes de colonnettes, dont les chapiteaux sont à crochets épanouis, avec tailloirs polygonaux. Le style de ces chapiteaux est encore très voisin de celui des chapiteaux des chapelles rayonnantes

Fig. 6. — Coupe transversale du croisillon sud du transept.

Fig. 7. — Profil des doubleaux et ogives du cloître.

(1) M. Pinsard, architecte à Amiens, a relevé le même profil dans une cave, 5, rue du Bloc, à Amiens.

(2) Dans l’arcade j k, formant l'angle du cloître qui se retournait à l’est, il n’y a, bien entendu, jamais eu de

de la cathédrale d'Amiens, qui, comme nous le savons, doivent dater de 1240 à 1245,

li) V. G. Durand, Monogr. de la . Catli.

(2} A environ une diznine de centimètres au pas le dallage primitif du cloître.

environ (1). L'abbatiat de Gilles de Machemont ne commença qu'en 1257, mais on fit assez longtemps de ces crochets épanouis. Dans tous les cas, nous n’avons pas la preuve que cette partie de l'édifice n'a pas été commencée sous le prédécesseur de celui-ci, Gautier II de Gaissart (1 248-1257).

Le plancher actuel de ces travées de cloître servant de sacristie, lequel doit être à environ ôocentimètresau-dessousde l’ancien sol du transept, empêche de voir les bases de ces colonnettes (2).

Contre le mur septentrional, en 16 b c, les retombées se font sur des culs de lampe qui sont en parties masqués par des armoires modernes. Un de ces culs de lampe est formé de deux petits personnages d’un très bon style, mais il est devenu presque invisible.

Le long du mur 14-16 b, les doubleaux, les ogives et les formerets sont également reçus par des culs de lampe composés chacun de trois chapiteaux à crochets, que de petites têtes d’hommes terminent par en bas. Ils devaient être fort jolis, mais ils sont très frustes et cachés par les armoires de la sacristie.

remplage : l’arc intérieur A est profilé d’une seule pièce, comme l’arc extérieur B, et tout en pierre dure comme celui-ci. d' Am., t. I, p. 33.

dessous du plancher, il y a un dallage, mais qui n'est certainement

Au-delà du mur 14 b c, vers l'ouest, la continuation du cloître a été amorcée en arrachement dès le xiii' siècle : cette amorce comprend les sommiers de la voûte et les colonnettes leur servant de supports en 14 b et 14 c. En ce dernier endroit, les profils du xin' siècle ont été conduits jusqu’au nu du contrefort qui est en retour d’équerre vers l'occident.

Une puissante arcade est percée dans le mur 14 b c, épais de im3o. Elle a été bouchée au commencement du xix" siècle, mais une partie de la maçonnerie dont elle est remplie, récemment dégagée, permet de voir qu’elle a été construite suivant le même système que les archivoltes ki, ij, jk, et qu’elle se compose de deux fortes archivoltes d'un profil analogue à celui de ces dernières et n’ayant pas plus de saillie que les doubleaux de la voûte; ces deux archivoltes sont séparées par une petite voûte en berceau.

Dans la travée la plus orientale de celles qui sont sous le transept, une porte donne accès du cloître dans l'intérieur de l'église. Cette porte semble d'un style un peu plus avancé que le reste du cloître et ne paraît pas liée à la maçonnerie. Elle aurait donc été faite après coup, mais au bout d’un laps de temps fort court, peut-être lorsqu'on a élevé le transept. Il ne subsiste du xiii' siècle que les piédroits et les corbeaux qui soutenaient son linteau ou son tympan. Les piédroits, qui sont en ébrasement (fig. 9), sont ornés à leur partie supérieure d'une arcature portée sur de petits culs de lampe et dont chaque arc est surmonté d'un gable. Une statue était très vraisemblablement ou devait être adossée à chacun de ces piédroits. Les corbeaux représentent chacun un ange à la chevelure bouffant sur les oreilles. Ils sont un peu frustes, principalement celui qui se trouve à gauche en entrant dans l’église

Le seuil de la porte était primitivement à 60 centimètres, au moins, au-dessous du sol actuel de l’église, et à 1 m. 20 environ au-dessus de l’ancien sol du cloître (1). Au xiii' siècle, ou bien le dallage primitif de l’église devait n’être qu’à cette hauteur, et, dans ce cas, les socles des piliers du transept 1 3 a, 14 a, t5 a, 16 a, 1 3 b, 14 b, i5 b, 16 b, étaient beaucoup plus élevés qu’ils ne sont, ou bien, ce qui est encore moins vraisemblable, il y avait dans l'intérieur même de l’église plusieurs marches descendantes (2).

Lors des travaux exécutés sous Pierre le Prestre et sous Eustache le Quieux, le sol du transept fut rehaussé, ou bien on supprima les degrés qui descendaient de

(1) Il y a dans cette partie une sorte d’hésitation qui montre qu’elle n’a pas dû être faite d’un seul jet.

(2) Une fouille pratiquée sous le seuil de cette porte n’a fait rencontrer que des gravois de remplissage (1908).

Il se pourrait encore qu’après la construction du cloître, le niveau du sol de l’église ait été établi plus haut qu’il n’avait été prévu tout d'abord. Mais, dans ce cas, la porte communiquant du cloître dans l’église aurait dû être surélevée dès ce moment-là.

Il a dû certainement s’écouler un intervalle de quelques années entre la construction de ces trois travées de cloître et l’achèvement du transept. Il y a en effet une légère avance dans le style de la sculpture ornementale de celui-ci.

Les bases des colonnes (pl. VI, XX, XXXIII, fig. io) sont formées d'une petite moulure en talon renversé, synthèse du tore supérieur et du listel de la base attique, et d'un tore très aplati. Entre ces deux moulures, l’ancienne scotie est remplacée par un rang de pointes de diamants : par endroits, elle manque totalement. Le tore inférieur repose, en le débordant, sur un socle circulaire ( auquel il se raccorde par un congé :

ce socle est à deux ressauts réunis par une forte moulure en talon renversé.

Les tailloirs des chapiteaux, polygonaux pour la plupart, sont tous profilés en larmier, afin de dégager la naissance des arcades.

Les chapiteaux (pl. VII, X, XX, fig. n) sont ornés de bouquets de feuillages découpés et chiffonnés, disposés sur deux rangs. Parmi les plantes dont les artistes se sont inspirés pour les composer, on peut reconnaître la vigne, le lierre, le chêne, l'ancolie, le trèfle, l’aubépine, le poirier avec ses fruits, et surtout l’érable.

Le carré du transept, aussi bien que les croisillons, sont voûtés sur croisées d’ogives, avec liernes et tiercerons.

Les profils de toutes les nervures de cette voûte : arcs triomphaux, ogives, formerets, liernes, tiercerons, sont tous tracés dans l’esprit de la fin du xine siècle, et avec les mêmes éléments que l’on retrouve dans toute la mouluration de cette partie de l’église.

(1) Vers 1 806, pour la plus grande commodité de la sacristie installée dans cette partie du cloître, on y établit un plancher, et on supprima le perron de pierre qui fut remplacé par une vulgaire montée en bois.

(2) Est-il besoin d’observer que ces socles circulaires sont surtout usités en Angleterre et en Normandie? On en voit notamment dans la partie du xive siècle de l'église du Tréport, toute voisine de la Picardie. — Il ne sera pas non plus inopportun de rappeler que l’abbaye de Saint-Riquier possédait originairement en Angleterre des biens considérables qu’elle perdit durant la guerre de Cent Ans ?

Les quatre arcs triomphaux (fig. 12) sont formés chacun de deux ressauts principaux : l’un, le ressaut supérieur, coupé carrément, avec un canal creusé dans son côté vertical et un autre dans son côté horizontal, profil d’une grande originalité et assez rare. Le ressaut inférieur comprend deux tores, chacun entre deux gorges et une partie plate à pans coupés. Dans Tare 14, 16 a, les deux ressauts sont taillés dans la même pierre. Il n’en est pas de même dans les trois autres, où ils constituent deux arcs distincts superposés. Ces quatre arcs triomphaux sont chargés par de petits murs qui disparaissent sous les combles.

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du transept.

Chacun des quatre gros piliers de la croisée présente un faisceau de seize colonnettes. Les quatre plus grosses, disposées en croix, correspondent (fig. i3) : A, aux arcs triomphaux transversaux 1 3- 1 4, 1 5- 1 6 ; B, aux arcs triomphaux longitudinaux 1 3- 1 5 a, 14-16 a; C, aux derniers doubleaux des bas côtés i3 a b, 14 a b, i5 a b,

16 a b; et D, au départ des grandes arcades. Quatre autres colonnettes, de section un peu plus faible, placées sur la diagonale, reçoivent les retombées communes des ogives et des ticrcerons de la nef, des bas côtés et du transept. Les huit autres, beaucoup plus ténues et intercalées entre les huit premières, correspondent aux ressauts supérieurs des grandes arcades et des arcs triomphaux.

Les petites colonnettes L et O reprennent sur la corniche qui règne au-dessus des grandes arcades, pour recevoir, la première, le formeret du croisillon, l’autre, celui de la nef.

Il est à remarquer que la base du pilier i5 a (fig. 10, en A), a, en hauteur, environ 10 centimètres de moins que celle du pilier 16 a (B).

Tout en bas du socle du pilier i5 a, en regardant vers le nord, on aperçoit avec peine une inscription gravée sur la pierre en capitales du xme siècle, mais dont on ne peut plus lire qu’une partie. C’est une invocation pieuse. Nous eussions souhaité qu’elle fût plus instructive et qu’elle nous renseignât sur la date exacte de la construction de cette partie de l’édifice ou sur son auteur. On y lit seulement :

HV6 JllHtQH. Le reste est fruste et illisible.

Fig. 14. - Prolil des formerets de la grande voûte du transept.

Les formerets (fig. 14) ont un profil carré, à canaux, analogue à l'élément supérieur des arcs triomphaux. Ils retombent sur les colonnettes B, B' (fig. 1 5), dont le tailloir est posé carrément.

Ogives et tiercerons retombent à pénétration sur une seule et même colonnette d angle A (fig. 1 5), au tailloir posé en bec. Leur départ est amorcé sur la même pierre

que ce tailloir, qui est bien du xin' siècle Or ce départ (fig. 16) comprend très visiblement les trois tores à filet saillant dont chacun forme l’élément inférieur de l'ogive et des deux tiercerons. Il montre que le profil de ces nervures devait comporter, suivant la mode de la fin du xiiib siècle, deux tores dans des gorges, en accompagnant un troisième plus gros et muni d'un filet saillant. Lorsque les nervures se dégagent, ce profil s’amollit; le tore à filet saillant est conservé, mais les deux tores dans des gorges qui devaient l'accompagner, ont fait place à une sorte de doucine (fig. 21) (1). L’époque n’est plus la même.

Rappelons que les colonnettes d'angles A, B, B' (fig. 15) ont leurs bases sur les tribunes.

Fig. 15. — Section d’un des piliers d’angle du transept (13 c).

Fig. 16 — Section du sommier de départ des ogives et des tiercerons au carré du transept.

La fig. 17 montre l’arrangement des colonnes et le départ des nervures de la voûte dans les angles du transept.

Les clefs qui se trouvent aux rencontres des bernes avec les formerets sont sculptées de feuillages incontestablement dans le goût du xin' siècle et absolument dans l'esprit de tous les chapiteaux de cette partie de l’édifice, qui datent certainement de cette époque. Les autres clefs, au contraire, ne sont pas sculptées. D'un autre côté, la courbure de la voûte n’est pas concentrique à celle des quatre arcs triomphaux 1 3- 1 4, 1 3- 1 5 a, 1 5- 1 6, 14-16 a; elle est un peu plus aiguë.

Qu'est-ce que tout cela signifie, sinon que les voûtes actuelles datent bien de 1 abbatiat d’Eustache le Quieux, comme le dit d’ailleurs dom Cotron (2), mais que leur disposition avec bernes et tiercerons était prévue dès le xm’ siècle? Au surplus,

(i) L’embryon des deux tores se perd assez gauchement dans cette doucine. (. 2 ) V. ci-dessus, p. 223.

l’existence en France dans la seconde moitié du xmc siècle, de voûtes avec liernes et tiercerons sur de grandes surfaces, ne doit plus rien avoir de quoi surprendre, quand on sait pertinemment que celle du transept de la cathédrale d’Amiens est antérieure à 1269 (1). D’ailleurs de récents travaux sur l’origine de l’architecture flamboyante sont en train de singulièrement modifier les idées reçues jusqu’à présent sur ce sujet.

Au centre de la croisée, il y a un oculus pour le passage des cloches, ce qui prouve que dès le xvie siècle, sinon dès le xme, un campanile était prévu à cet endroit.

Les grandes arcades i3 a b, i5 a b, 14 a b, 16 a b, qui font communiquer les bas côtés et le déambulatoire avec le transept, ont un profil très intéressant (fig. 18), qui sera celui de toutes les grandes arcades de l’église, même de celles du xvie siècle. Elles sont doublées : leur ressaut inférieur est le même que celui des grands arcs triomphaux de la croisée. L’autre est très particulier. Il est formé d’un tore à filet saillant entre deux gorges. Ce tore est taillé, non pas dans l’équarrissage formé par le prolongement du joint, mais en saillie sur celui-ci, ce qui donne au profil général une profondeur qu’on a peine à comprendre au premier abord. Une petite moulure en doucine couvre le joint entre les deux arcs. Ces arcades retombent d’une part sur les gros piliers de la croisée, de l’autre, sur des faisceaux de colonnettes symétriques à ceux-ci et de la même époque, bien entendu.

Le cordon (fig. 1) qui règne au-dessus des arcades, à l’appui des fenêtres hautes, est à deux assises. Une guirlande de roses de Provins d’un excellent style, charmant spécimen de la sculpture décorative de la seconde moitié du xme siècle, est sculptée sur la première. L’assise supérieure est profondément moulurée en larmier. De minuscules têtes d’hommes et d’animaux sont jetées de distance en distance à travers cette moulure, formant un motif original et assez rare (2).

(1) Georges Durand, Monogr. de la . catli.

d'Amiens, t. I, p. 283.

(2) On peut en rapprocher les délicieuses petites têtes qui semblent s’échapper de la gorge du linteau du portail

/4iÿ. J 7- Colonnetie-S d’a/uf/es du. /rarisepi- sus* /ci û-i6u/ie dJcj

La balustrade au dessin flamboyant, qui est posée sur ce larmier (pl. VI,. continue celle des tribunes et aura été placée lors de l'établissement de celles-ci au xvi* siècle. Nous ne saurions dire si le maître de l’œuvre du xme siècle avait prévu une balustrade à cet endroit.

Les grandes fenêtres orientales et occidentales des croisillons du transept sont percées non pas au milieu de ceux-ci, mais dans l'axe des bas côtés (pl. III, VI,

fig. 6) : elles sont de la même largeur que ces derniers, de sorte que, dans toute la partie qui s’étend depuis ces fenêtres jusqu'à l'extrémité de chacun des croisillons, c’est-à-dire sur toute la profondeur des tribunes, (i3 b c, 14 b c, t5 b c, 16 b c), il n'y a qu'un mur absolument nu (1).

Ces fenêtres sont, bien entendu, en cintre brisé, et assez aigu. La courbe du cintre est la même que celle des formerets i3 a c, 143 c, 1 5 a c, 16 a c, contre lesquels elle s’appuie d’un côté. La moulure de l'archivolte, qui est d’un profil assez simple, se prolonge le long des piédroits (fig. 19). Le principal élément de cette mouluration est un tore, qui devient colonnette en descendant le long des jambages de la fenêtre. Un petit chapiteau sculpté de feuillages chiffonnés, au tailloir polygonal très mince et moins saillant que la corbeille du chapiteau, marque le passage de la partie cintrée à la partie verticale. La colonnette boudin repose sur une petite base dont le profil, encore bien caractéristique du xme siècle, est formé d'une interposition d’une scotie, sur un tore aplati, qui déborde de toutes parts un petit socle quadrangulaire; de petites consoles font le raccord (fig. 20, en A).

Une moulure semblable encadre la fenêtre à l’extérieur, mais l’ébrasement étant beaucoup plus grand de ce côté, la différence a été remplie par une grande cannelure, dont la section forme une courbe qui n'est pas un arc de cercle.

Le remplage, dont la mouluration est encore à élément torique (fig. 20. en B), marque bien l’acheminement vers le dessin rayonnant. Il semble un peu plus classique que celui des fenêtres des plus anciennes chapelles de la nef de la cathédrale d Amiens, qui datent des environs de 1290. Cependant les deux arcs secondaires sont déjà tracés avec les mêmes centres que l’archivolte de la fenêtre, et sont par suite

petite moulure en talon posée, sans

qui s'ouvre dans le transept de la cathédrale d'Auxerre. M. Camille Enlart (Congrès archéologique de France, LXXIV' session tenue à Avallon , p 622) date ce portail de l’occupation de cette ville par les Anglais de 1356 à 1370. J avoue que j ai peine à considérer ce portail comme aussi récent. Par son architecture, par sa statuaire, il semble d'une époque un peu plus rapprochée de celle du transept de Saint-Riquier. - V. aussi C. Enlart, L'origine a, , glaise du style flamboyant, dans Bull, monum., t, LXX, p. 520; A. Saint-Paul, L'architecture française et la guerre de Cent ans, ibid., t. LXXIII, p. 404.

(1) En 16 b c, à la hauteur des fenêtres hautes, ce mur porte une assez forte lézarde, qui s’est produite, parait-il, lorsqu'on a démoli l’ancien chapitre et la partie du cloitre de ce côté (v. ci-dessus, p. 237), ce qui a nécessité la réfection complète du contrefort ,6 c. Il y a un tirant de fer le long de ce mur. L’appareil de celui-ci, qui est asser irrégulier, indique d ailleurs des reprises beaucoup plus anciennes, paraissant indiquer que ce côté aurait toujours manqué de solidité.

Fig. 19. — Profil des piédroits des fenêtres du transept (15 b).

d’une acuité peu agréable. Ce défaut est racheté par une courbure plus élégante donnée aux deux petits arcs qui subdivisent ces derniers, et par la simplicité et le bel arrangement des trois roses à quatre lobes qui achèvent la découpure du remplage.

Les trois meneaux verticaux descendaient directement sur l’appui de la fenêtre, profilé en glacis surmonté d'un bourrelet, et placé à quelques centimètres plus haut que le cordon qui règne au-dessus des grandes arcades; sur cet appui on voit encore, à plusieurs de ces fenêtres, les départs de ces meneaux, avec les petites bases qui terminaient les tores dont ils étaient ornés. Elles sont semblables à celles des colonnettes boudins qui descendent le long des jambages (1).

Lors des travaux des xv° et xvi° siècles, les meneaux verticaux des quatre fenêtres ont été entièrement refaits suivant un profil prismatique extrêmement simple. En outre, pour harmoniser autant que possible ces fenêtres avec le parti qui fut alors adopté pour les autres fenêtres hautes que l’on faisait à neuf, on a coupé ces meneaux à un peu moins de la moitié de leur hauteur par une arcature en cintre brisé et redenté, mais qui, certainement n’existait pas au xme siècle. Les raccords sont très visibles dans les jambages de la fenêtre.

Les murs dans lesquels les grandes arcades sont percées étant fort épais, le maître de l’œuvre du xiii0 siècle avait disposé à l’extérieur, sous l’appui des fenêtres, un chemin de ronde tel qu’on en voit généralement aux grandes églises de l’époque, par exemple à la cathédrale d'Amiens. Aux fenêtres i3 a b, i5 a b, 14 a b, 16 a b, les seules qui datent de cette époque, une sorte de rigole demi cylindrique tracée le long de ce chemin de ronde, avait pour but de recueillir les eaux de pluie qui fouettaient les fenêtres, et qui allaient s’écouler par de petites gargouilles placées en 1 3 b, i5 b, 14 b, 16 b.

Le croquis ci-joint (fig. 22), pris avant la récente réparation de ces parties de l’église, qui, comme nous l’avons vu, avaient considérablement souffert du feu, rend assez bien compte de cette disposition (2).

Extérieurement, les murailles à l’est et à l'ouest du transept n’ont pas d’autre ornement que les

fenêtres dont nous venons de parler : en i3 b c, 14 b c, 1 5 b c, 16 b c, elles sont nues comme à l’intérieur. Cependant en i5 b c et 16 b c, il y a une grande arcade aveugle (pl. VIII) dont on ne s’explique pas très bien l’utilité, car elle ne paraît pas à l’intérieur.

(1) Aux fenêtres 15 a b et 16 a b du moins. Aux fenêtres 13 a b et 14 a b, ces petites bases n’existent plus.

(2) Dans la réparation qui vient d’en être faite, on a remplacé toutes les pierres rongées par le feu, sans rétablir la rigol-e. Seuls les débris des gargouilles ont été conservés comme témoins.

Fig. 20. — Profil et base des meneaux des fenêtres occidentales et orientales du transept.

— 2ÔO —

Au-dessus, jusqu’à la base du pignon du grand comble, les susdits goussets sont ornés d'un étagement d’arcades aveugles très longues et très étroites, profilées en boudins.

Les deux contreforts intermédiaires, posés en bec, ont leurs deux faces visibles

ornées de la même façon, dans toute leur partie du xiii* siècle, c'est-à-dire jusqu'à la base du pignon. Au-dessus, le constructeur de la fin du xve siècle ou du commencement du xvi% les a ornés, sur leur face antérieure, d’un pinacle flamboyant posé également sur la diagonale. Ils sont aujourd'hui terminés par un simple talus.

Les deux étages qui forment la partie inférieure de ce côté, ont été très retouchés à l’extérieur à diverses époques, ce qui les rend difficiles à comprendre.

L’étage du rez-de-chaussée est formé des trois travées de cloître qui passent sous le transept, et qui devaient être à peu près de plain pied avec le sol extérieur, lequel, de ce côté, est d’environ 2 m. 25 plus bas que celui de l'église.

L’étage suivant est celui de la trésorerie.

Dans les deux travées les plus voisines de la nef, correspondant à la salle du trésor, au-dessus des baies du cloître, règne un cordon à deux assises (pl. XIX), l’une sculptée d'une alternance de crochets doubles et de bouquets de feuilles de chêne en refend, l’autre, moulurée en larmier et ornée de distance en distance de têtes minuscules, comme nous l'avons vu à la corniche intérieure au-dessus des grandes arcades sur les croisillons du transept (i). Quelques-unes de ces têtes sont feuillues. Une grande partie de ce larmier vient d’être refaite (1908). Au droit de chacune d’elles est un ressaut triangulaire, aujourd’hui sans objet, et dont on ne comprend pas très bien l'utilité première.

A ces deux mêmes travées on a jeté entre les contreforts de puissantes arcades dont les profils révèlent le xmc siècle. Ces arcades étaient sans doute garnies de remplages et servaient de fenêtres pour éclairer la trésorerie.

(1) V. ci-dessus, p. 255.

— 2ÔI —

Lors de la reconstruction ou de l’achèvement de celle-ci, sous l'abbé Eustaché le Quieux, on a changé toute cette disposition. Les deux grandes baies ont été en partie bouchées à droite et à gauche, pour ne laisser place qu’à une étroite fenêtre au remplage flamboyant à un seul meneau vertical. Au-dessus, on a laissé visible la partie supérieure de l’arcade du xme siècle. Entre l’appui de ces fenêtres et la corniche qui sépare cet étage de celui du cloître, on a accollé au mur une balustrade flamboyante.

La dernière travée vers l’est — la plus voisine du chœur, dans laquelle se trouve le palier de l’escalier du xvih siècle conduisant de l'intérieur de l’église à la trésorerie — diffère sensiblement des deux premières. Elle n’est marquée au-dessus du cloître que par une simple moulure en larmier d’une seule assise; son mur est presque entièrement nu et n’est percé que d une minuscule fenêtre en plein cintre. Ce mur a d’ailleurs été fortement remanié, et il n’est pas certain que ce soit sa disposition primitive. Je croirais volontiers que, dans la pensée du maître de l’œuvre du xnt' siècle, la salle de la trésorerie devait occuper les trois travées.

Au croisillon nord, les trois vigoureuses arcades doublées, qui étrésillonnent la construction entre les contreforts, forment en même temps les archivoltes des fenêtres de la chapelle I. sous la tribune. Extérieurement, leur profil très sommaire leur communique une très grande apparence de force : les deux archivoltes en retraite l’une sur l’autre dont elles sont composées sont simplement chanfreinées. A l'intérieur, elles ont un profil très savant (fig. 25), dont l’élément principal est un gros tore à filet saillant, avec une combinaison de filets et de gorges. Tout en Conservant l’ampleur du xm' siècle, ce profil présage certainement le système prismatique des siècles suivants. Toutes les moulures descendent verticalement le long des jambages, sans chapiteaux, et reposent sur de petites bases qui tournent déjà à la forme buticulaire. Dans cette archivolte, on a greffé d’une façon très visible le remplage flamboyant.

Extérieurement et intérieurement, le mur est nu jusqu’à l'appui des fenêtres. A cet endroit, règne un cordon mouluré. A l’extérieur, ce cordon, profilé en larmier, a été entièrement refait lors des dernières réparations de cette partie de l'église. A l'intérieur, largement profilé, il se prolonge le long des murs i3 b c, t5 b c, et se relève sous la fenêtre centrale pour former l’archivolte supérieure, seul reste d’une porte en arc bombé, aujourd’hui bouchée. Cette porte apparaît également à l’extérieur, sans aucune ornementation (i).

Au-dessus de ce cordon, en i3 b c, i5 b c, à l’intérieur, une fausse fenêtre cache la nudité du mur (pl. III). Chacune de ces fausses fenêtres est divisée en deux par un meneau vertical supportant deux arcs trilobés aigus. Au-dessus de chacun de ces arcs trilobés est un trèfle aux lobes arrondis, et, au-dessus, dans la pointe du formeret qui forme également l’archivolte de la fenêtre, un quatrefeuille aux lobes pointus. Un crochet est sculpté à l'extrémité de chaque redent. Il faut remarquer la maigreur du profil de ce remplage (fig. 26), qui est tracé suivant une section anguleuse, sans tore, et qui semblerait d’une époque plus avancée, si ce n’était le dessin du remplage lui-même et le style des parties avoisinantes.

(1) Avant les derniers travaux de restauration, elle n’était bouchée que d'un grossier moellonnage, qui fut remplacé alors par un appareil un peu plus décent.

Fig. 25. — Profil des piliers d'angle et des piédroits des fenêtres de la chapelle I à l’intérieur (13 c).

Dans la fausse fenêtre i5 b c, on aperçoit, au-dessus de la boiserie du xvn' siècle

qui forme le retable de l'autel, le haut d’un gable très aigu, orné de trèfles, garni de

crochets sur ses rampants, et amorti par un épi. En regardant

par-dessus la boiserie qui le cache en partie, on voit qu’il se détache

du cordon mouluré qui court à la hauteur de l’appui des fenêtres,

lequel se retourne à angle droit et à onglet pour recevoir ses

retombées. On ne peut savoir si ce gable, qui fait partie de la

construction, a été destiné à servir de retable à un autel ou à

Fig. au. — Profil du quelque autre accessoire. Aux quatre angles 1 3 b, 1 3 c, i 5 b, 1 5 c, remplace des faus- . . , .

ses fenêtres 13 b c, “ y a des colonnettes avec chapiteaux à crochets aux abaques

etc- carrés, avec bases aux profils aplatis (1) et aux socles circulaires

caractéristiques de tout le transept. Elles sont destinées à recevoir les retombées de la voûte de la chapelle. Deux culs de lampe à feuillages découpés, également du xiii* siècle, existent entre les deux fenêtres pour Jes retombées intermédiaires (pl. XXXIII).

Les sommiers des nervures du xm“ siècle existent encore sur ces culs de lampe et sur les colonnes d’angle t3 c et i5 c.

L’étage supérieur, correspondant à celui des fenêtres hautes, est marqué extérieurement, au nord et au sud, par un cordon en deux assises; la première sculptée, au sud, d'une alternance de crochets doubles et de feuilles de refend, au nord, d’une suite de feuilles de refend fort simples, prises chacune sur une pierre plus large que haute et d’un dessin très joli et très original. L'assise supérieure, profilée en larmier, est surmontée d'une balustrade flamboyante Cordon et balustrade ont été presque entièrement refaits dans ces dernières années.

Ici encore, trois puissantes arcades réunissent les contreforts en formant les archivoltes d'autant de fenêtres dont les remplages, mais les remplages seulement, ont été refaits, au xve ou au xvic siècle, en style gothique flamboyant.

Les archivoltes de ces fenêtres ont une acuité qui détonne avec la courbe agréable des autres arcs de l’église, à quelque époque qu’ils appartiennent, et qui sont généralement en tiers point. Cette acuité est sans doute motivée par ce fait que l’archivolte des fenêtres extrêmes a dû suivre la courbe du formeret de la voûte en cet endroit, sans quoi ces fenêtres eussent été trop basses, et il aurait existé entre leur archivolte et le formeret une portion de mur en pointe d’un effet encore plus disgracieux. Donnant à ces deux fenêtres un amortissement aigu, il fallait le donner également à la fenêtre centrale. Leurs profils sont dans le même esprit que les autres moulures de cette partie de l’église, avec le tore et la cannelure demicylindrique entre deux filets, comme principaux éléments. A la différence des fenêtres occidentales et orientales, la mouluration des archivoltes se continue le long des jambages sans interruption, et notamment sans interposition de chapiteaux. Leur tore principal repose sur de petites bases passant du circulaire au polygonal d’une façon très curieuse, et débordant un petit socle polygonal à deux ressauts séparés par une moulure en baguette. On sent très bien dans ces bases le point de départ du passage à la base buticulaire (fig. 27).

Extérieurement, les archivoltes des fenêtres se perdent à pénétration dans les

(1} Dans ces bases, comme à celles des gros piliers de la croisée, la scotie est remplacée par un rang de pointes de diamants.

contreforts d, e, f, g, h, i, j, k, et seule la partie extrême de leur mouluration descend le long de ceux-ci (fig. 1 5, en D).

Le mur dans lequel ces fenêtres sont percées étant moins épais que celui dans lequel s’ouvrent les baies des -étages inférieurs, la différence est rachetée par une petite galerie extérieure, protégée par une balustrade au dessin flamboyant, qui ne date que des travaux du xvi' siècle.

Dans les encadrements des fenêtres du xm“ siècle, on a alors agencé des remplages flamboyants. L’arcature qui, comme dans toutes les autres, coupe celles-ci horizontalement, n’existait pas plus à l’origine qu'aux fenêtres occidentales et orientales i3 a b, 14 a b, i5 a b, 16 a b. Le raccordement en est encore plus visible qu’à ces dernières.

Au croisillon sud, les meneaux verticaux des deux fenêtres latérales se terminent sur de petites bases buticulaires posées sur de longs socles aux angles arrondis concaves. 11 devait en être de même au croisillon nord, mais là, des reprises postérieures ont un peu dénaturé le tout. Toute la partie inférieure de ces trois fenêtres, en effet, et leurs appuis ont été fortement remaniés à diverses époques, et notamment au xix° siècle. Elles sont, par en bas, en partie bouchées.

Au xm' siècle, l’appui de ces fenêtres était seulement à 27 centimètres du sol projeté de la tribune (1). Lorsqu’on a refait les remplages, au xvi” siècle, on a fait cet appui plein sur l'ancien talus du xm% jusqu’à une hauteur d’environ 1 m. 5o au-dessus du sol projeté de la tribune.

Pour comble de malheur, les restaurateurs du commencement du xix" siècle ont renforcé l'archivolte et les piédroits de la fenêtre centrale de la façon la plus barbare que l'on puisse imaginer (pl. Il, IV, VI).

Dans les écoinçons entre les trois fenêtres, aux deux croisillons, il y a, à l'intérieur, des tabernacles sculptés assez élégants, qui datent, comme le reste, du xm- siècle (pl. VI). Leurs culs de lampe sont formés, au nord, de têtes grimaçantes, au sud, de petits personnages accroupis. Le tout est très fruste et très empâté de badigeon. Il manque un dais au croisillon sud. Les statues qu'ils devaient abriter n’existent plus ou n’ont peut-être jamais existé.

A l'extérieur, au-dessus de chacune des trois fenêtres est un gable triangulaire orné de crochets et surmonté d’un épi. Puis, sous le pignon, règne une corniche à deux assises, l’une sculptée de feuilles de refend — elle est en grande partie refaite — et l’autre profilée en larmier. Par dessus passe la balustrade qui fait le tour de l’édifice à la base du grand comble où l’épaisseur du mur forme à la fois chéneau et galerie de circulation.

Le dessin de cette balustrade, composé d’une suite de rosaces flamboyantes, exactement comme dans celle que nous retrouverons à l’intérieur de la nef. sous l’appui des fenêtres hautes, est fort lourd. Toutes deux doivent être attribuées aux travaux de l'abbé d’Aligre, d'autant plus qu'ici l'ancienne avait dû être plus qu’endommagée par l’incendie de 1554. Elle est cependant déjà, par endroits, en assez mauvais état et rongée par les pluies, les gelées et les vents de mer, si bien que, dans le chœur notamment, des parties considérables ont dû être refaites dans le courant du xix‘ siècle.

méridionales du transept.

( 1) Le sol actuel, qui n'est pas dallé, est un peu plus bas, sur l'extrados même des voûtes.

L’escalier Y appartient encore, dans sa partie inférieure, aux constructions du xme siècle. Son bourdon a une base à socle rond semblable à celles des colonnettes du transept. A cette base, la scotie fait entièrement défaut, sans être remplacée par un rang de pointes de diamant. Ce bourdon est raccordé à la deuxième révolution de l’emmarchement par une petite arcade trèliée, aussi du xm° siècle. Les marches sont d’une pierre dure, qui a fort bien résisté (1), tandis que les trois autres escaliers, beaucoup moins anciens, puisqu’ils remontent tout au plus au xv° siècle et même plutôt au xvic, construits en pierre tendre, sont tellement usés qu’ils en sont par endroits devenus dangereux. Tout le haut de cet escalier est en bois.

Sur les sommiers des premières grandes arcades 1 1 - 1 3 a et 12-14 a, on voit fort bien le raccord entre les parties du xm° siècle et celles du xviu, et les anciens arrachements ; de même le long des jambages des fenêtres hautes, au-dessus de ces arcades, lesquels appartiennent encore au massif formé parles maîtres piliers i3 a, 14a.

A la fenêtre haute 1 1 — 1 3 a, on a continué au xvie siècle le profil du xm9, le long de l’archivolte. Il n’en a pas été de même à la fenêtre 12-14 a, dans laquelle le remplage flamboyant a été assez maladroitement emboîté. Il n’y a pas trace d’ogives ni de formerets du xm° siècle vers la première travée de la nef, 1 1 - 1 2- 1 3- 1 4, et il est vraisemblable qu’on n’en avait pas amorcé de ce côté.

Les colonnettes destinées à recevoir les formerets existent toutefois : elles sont, ainsi que leurs chapiteaux, fortement rongées par un violent incendie (2). Les autres chapiteaux des piliers i3 a, 14 a, vers la nef, portent aussi des traces de feu, mais moins profondes.

Dans les murs des bas côtés, le raccord en arrachement des parties du xmc siècle avec celles du xvi° est également très visible (3).

Contre le pilier i3 b, dans le bas côté nord, le formeret 1 1 - 1 3 b garde le profil du xme siècle jusqu'à la clef, ce qui se comprend aisément, puisque l’escalier Y, qui occupe la moitié de la travée vers le transept, est lui-même du xma siècle. Les sommiers de l’ogive i3 b-11 a, jusqu'au point où elle se dégage entièrement de l'arcade i3 a b, sont également du xme siècle. A partir de là, tous les profils de la travée 11 a b - 1 3 a b appartiennent au xvic siècle. En i3 b. les tiercerons, que, très certainement, le projet du xm° siècle ne comportait pas, s’emmanchent tant bien que mal entre l’ogive et les formerets.

Contre le pilier 14 b. au contraire, les deux premiers sommiers de l’ogive appartiennent au xme siècle; le sommier commun, à pénétration, de l’ogive et des tiercerons, du xvie siècle, a été posé sur le second.

A l’est du transept, les grandes arcades et leurs supports appartiennent seuls à la seconde moitié du xin° siècle.

(1) Quelques marches de cet escalier ont été faites avec d'anciennes dalles funéraires du xme siècle, retournées. On y voit encore gravés au trait des fragments d'architectures, de gisants, d'inscriptions, dont la seule présentant quelque importance est ainsi conçue :

CAÏjBOyqiG^jS IGjS . PÏ\IICj3 POYÏ\ jSAffîG.

(2) V. ci-dessus, p. 245.

(3) En 11-13 b, le long de l’escalier Y, l'appareil est plus bas d'assises.

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