‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 48 sur 63 · P IC A RD II*; III STO RIO U · texte numérisé non relu

P IC A RD II*; III STO RIO U

Fig. 28. — Profil des tailloirs des piliers du rond point.

Il y a, dans la construction de ces supports, une irrégularité absolument inexplicable dans l'état de nos connaissances. Ces supports sont formés chacun d’un noyau) cylindrique flanqué de colonnettes de divers diamètres et diversement disposées pour supporter les grandes arcades, les ogives et les doubleaux. Un peu au-dessous des chapiteaux placés à la retombée des grandes arcades, la disposition et le diamètre de ces colonnettes changent brusquement, sans que l'on sache pourquoi (pl. VII, XX) : les colonnettes partant des chapiteaux ne’ descendent pas jusque sur les bases : elles reposent sur des culs de lampe formés pour la plupart de têtes humaines d'une exécution assez médiocre, ou d’arrangements de feuillages; plusieurs sont inachevés. Leur style semble un peu en avance sur celui des chapiteaux, mais ils ne doivent pas être postérieurs au milieu du xiv" siècle.

Ce qui augmente la difficulté, c’est que les chapiteaux, ornés de bouquets de feuillages découpés, refouillés et chiffonnés, où on reconnaît la vigne, l’érable, le chêne, le persil, l'aubépine, etc., ne diffèrent pas sensiblement dans leur style de ceux du transept, et qu’ils semblent à peu près contemporains de ceux-ci; le profil des tailloirs (fig. 28) se compose d’un tore à filet saillant, d’une gorge et d’une baguette, tandis que les bases ont un profil tout différent, que l’on peut considérer comme un peu plus moderne.

Par endroits, la sculpture des chapiteaux est inachevée; ailleurs, elle semble fortement endommagée, soit par le feu, soit peut-être par une exposition prolongée à l’air et aux intempéries; elle est raccommodée en plâtre (1).

Il faut croire que les piliers du rond point auraient été commencés peu après l’achèvement du transept, mais par un autre maître de l’œuvre. Ces piliers montés jusqu’à une certaine hauteur, — peut-être y a-t-il encore là un changement dans la direction des travaux — on se serait aperçu que leur tracé se prêtait mal aux retombées des futures voûtes du chœur et du déambulatoire, et on l’aurait brusquement changé, sans faire la dépense de recommencer ce qui était déjà fait. Tout cela se serait passé dans un laps de temps assez court pour que la sculpture ornementale n’ait pas pu beaucoup évoluer, ou du moins pour que les chapiteaux du rond point aient pu être taillés par les artistes qui avaient fait ceux du transept. Ou bien plutôt n’y a-t-il pas eu une de ces reprises en sous-œuvre devant lesquelles, nous le savons, les maîtres-maçons du moyen âge ne reculaient pas ?

Les bases (fig. 29) ne se composent plus que d’un petit talon sur un tore, le tout très aplati, reposant, en

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