‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 50 sur 63 · V. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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La balustrade qui règne sous l'appui des fenêtres, formant galerie découverte, est composée d'une suite de rosaces flamboyantes. Elle se continue tout le long de la nef. On ne peut la considérer comme appartenant aux constructions de Pierre le Prestre, ni même à celles d’Eustache le Quieux, tant elle est lourde et d'un dessin peu agréable, il y a, dans le transept, des témoins de l’ancienne, qui sont d'un tout autre caractère (pl. III, VI, XX) (1).

Il faut donc supposer qu’elle aura été refaite du temps de l’abbé d'Aligre, comme celle qui court à l’extérieur à la base du grand comble et qui a exactement le même dessin (2). Cette balustrade s’arrête à chaque pilier, pour laisser passer les colonnettes qui supportent les nervures de la voûte.

Pour recevoir celles-ci, en effet, on a continué aux piliers 17 a, 18 a, les groupes de trois colonnettes, et, aux autres, la petite colonnette unique, amorcée dès le xme siècle. On a couronné ces colonnettes par des chapiteaux très délicatement sculptés dans le goût de l’époque où ils ont été faits.

Ce sont des feuillages découpés et frisés : chardons-, choux frisés, artichauts, panais, vigne, etc.

Leurs tailloirs sont polygonaux.

Le chapiteau 23 a porte Fig- 35’ — CouPe transversale du chœur et du déambulatoire entre . , les piliers 17 et 19 (relevé par M. H. Deneux architecte),

une inscription en caractères

gothiques, où Gilbert (3), et,

après lui, l’abbé Hénocque (4) et autres ont cru voir une date, mais qui n’est en réalité, et très lisiblement, qu'une invocation :

in bito rofibo fin Domino confido ).

La travée 15-16-17-18 est voûtée d’une croisée d’ogives simples, avec une seule lierne dans l’axe longitudinal, laquelle se prolonge jusqu’à la clef A (fig. 34), au centre du rond point. De cette clef A partent les branches d’ogives retombant sur les colonnettes placées en avant des piliers 19 a, 21 a, 23 a, 24 a, 22 a, 20 a. Une

(1) V. ci-dessous.

(2) V. ci-dessous.

(3) Descr. liistor. de l'église . de St-Riquier, p. 118.

(^4) Hist . de St-Riquier , t. II, p. 165. — Ils ont lu : An. Dni 1500 (aiino Domini 1500). C’est ce qui les a

induits à attribuer cette partie de l’église tout entière à Eustache le Quieux, ce qui n’est peut-être vrai qu’en partie.

branche feuillue assez simple. La même corniche se prolonge sur les faces orientales du transept.

Rappelons qu’au-dessus de cette corniche règne la balustrade qui fait galerie tout autour de l’édifice, à la partie supérieure de celui-ci (t).

La voûte du déambulatoire, dont les amorces du xiii" siècle existent encore, est sur croisées d'ogives simples (2). Cependant, dans les travées tournantes 19-21 a b et suivantes, une lierne joint la clef de la voûte à celle de l'arcade ouvrant sur la chapelle. Les clefs de cette voûte ne sont pas sculptées.

En b, les retombées de cette voûte se font à pénétration sur les piliers 17 b, 19 b, etc., qui ne sont autres que le prolongement vertical, sans interposition de chapiteaux, de la mouluration prismatique, assez profondément refouillée, des arcades 17-19 b, etc. (pl. VII). Les principaux éléments de cette mouluration reposent sur un arrangement de petites bases buticulaires posées sur des socles fort élevés.

Les chapelles quadrangulaires III, IV, V, VI, sont voûtées sur croisées d'ogives simples, dont la clef n'est pas sculptée. Les quatre plus petites chapelles polygonales VII, VIII, IX, X, le sont également sur branches d’ogives. La clef commune à ces branches d'ogives est dépourvue de sculptures. Une lierne la réunit à la clef de la grande arcade qui sépare la chapelle du déambulatoire.

Dans ces huit chapelles, les ogives retombent sur des piédroits placés dans les angles, continuant verticalement, sans chapiteaux, la mouluration des ogives, qui est à profil prismatique. Leurs bases sont rendues invisibles par les boiseries dont toutes ces chapelles ont été garnies à la fin du xvti' siècle et au commencement du xviii". Les formerets viennent se perdre dans ces piédroits.

Dans toutes ces chapelles, l’intervalle entre les piédroits de la voûte est occupé par une fenêtre au remplage flamboyant.

Chapelle III (Saint-Angilbert). — Le profil de la grande arcade, suivant laquelle cette chapelle s’ouvre sur le déambulatoire, est encore tout entier dans l’esprit du xin* siècle. Il est semblable à celui des doubleaux 17 a b, 18 a b. Lors de la reconstruction des chapelles, sous l’abbé Eustache le Quieux, les anciens sommiers du xiii* siècle auront été laissés sur les chapiteaux du pilier i5 b, et leur profil continué au xve ou au xvi* siècle. En 17 b, elle retombe à pénétration dans la pile de cette dernière époque.

Pour les ogives, on n’a pas continué les profils du xiii* siècle, qui restent encore amorcés sur les colonnettes de cette époque en 1 5 b, i5 c, mais on leur a donné brusquement le profil prismatique du temps où elles ont été faites. Il n’y a pas de formerets.

La moitié du mur extérieur, en 13-17 c, est pleine, et occupée par la branche orientale du contrefort d’angle du transept (3). L’autre moitié est occupée par une fenêtre à remplage flamboyant, avec un seul meneau vertical.

|i) V. ci-dessus, p. 263.

(2) V. les profils de ces ogives, fig. 33, p. 267.

)3) On y voit très bien les arrachements de la partie qui remonte au xm® siècle et le raccord des constructions du xvie. (V. pl. X).

Cinq belles statues (1) debout, en pierre, abritées par de riches dais de même matière, de style flamboyant, le tout polychromé, garnissent le mur i5 b c et la partie pleine du mur 15-17 c (pl. X).

Chacun des culs-de-lampe, sur lesquels les statues sont placées, représente un angelot vu de face, tenant une banderole avec inscription en caractères gothiques noirs. Ces culs-de-lampe sont d'une exécution un peu moins bonne que celle des statues qu’ils supportent. Toute leur partie inférieure a été coupée pour faire place à la boiserie dont la chapelle a été garnie au xvn° siècle, de sorte que les inscriptions que portent les banderoles deviennent à peu près impossibles à lire. Elles donnaient les noms des personnages représentés dans les grandes statues.

i° La Véronique. Une femme richement costumée, portant deux robes, dont celle de dessus est beaucoup plus courte que l’autre, et une ceinture ornée de pendants. Sa coiffure est en forme de turban très compliqué. Elle tient devant elle un linge sur lequel est peinte une fort belle face du Christ.

2° Sainte Hélène, en costume d’impératrice : le manteau impérial est jeté sur un surcot richement brodé et gemmé; il est ramené devant le corps et maintenu par le bras droit. La tête de la sainte est enveloppée dans une petite coiffe, sur laquelle est posée une couronne fleurdelysée. Sa main droite est brisée; elle tient dans le bras gauche une grande croix, dont la partie supérieure manque.

3° Saint Benoît. Il est tonsuré et il a le visage rasé; la taille de ses cheveux est assez singulière. Très raides et très droits, ils retombent en calotte autour de la tête, avec deux échancrures sur les tempes II est vêtu d'une robe et de la coule bénédictine, ample, en forme de cloche, à larges manches, en étoffe mince et souple, tombant jusqu’aux pieds, et qu'il relève de la main gauche, en formant avec elle des plis multiples et chiffonnés. Le capuchon, très vaste, retombe à plat sur les épaules (2). Cette coule relevée laisse voir le bas de sa robe, en montrant qu'il ne porte pas le scapulaire. Sous son bras gauche est un livre fermé : sa main droite est brisée.

40 Saint Vigor, évêque de Bayeux. Drapé dans une chasuble d’une étoffe déjà raide, coiffé de la mitre posée sur le bonnet pontifical à la romaine, les mains couvertes de gants ornés de glands, et revêtu des autres insignes pontificaux, il lient un monstre par une corde à nœuds enroulée autour du cou de celui-ci [3). Sa main gauche a disparu.

5° Saint Riquier. Il porte le costume princier : une robe longue, et une autre un peu plus courte, sur laquelle est jeté un ample manteau à collet, attaché sur l’épaule droite et relevé par la main gauche. Une chaîne orne ses épaules. Coiffé d’un chapeau aux bords retroussés, il a le visage jeune et imberbe. En qualité de futur abbé, il tient un livre fermé dans la main gauche; la droite est brisée.

Ces statues appartiennent certainement à l’époque de l’abbatidt d’Eustache le Quieux. Elles portent tous les caractères de la statuaire picarde, j'ose presque dire amiénoise, du premier quart du xviü siècle, dont elles sont un magnifique spécimen : manque d’élancement dans les proportions, richesse et ampleur des vêtements, rondeur des têtes aux larges mâchoires, expressions de visages soignées et expressives, celles des hommes surtout.

(1) Haut., environ i m 70, en moyenne.

(2) Les bénédictins anglais portent encore ce vaste capuchon.

(3) Saint Vigor (vic siècle) combattit victorieusement les derniers restes du paganisme en Neustrie. La légende lui attribue la destruction de plusieurs serpents

Chapelle V (Saint-Gervin). — Le mur 17-19 b est percé d’une fenêtre à remplage flamboyant, à trois meneaux verticaux. Les soufflets du remplage sont dépourvus de redents. Cette chapelle ne présente pas d’autre particularité : les deux murs 17 b c, 19 b c sont entièrement nus.

Chapelle VII (Saint-Benoît). — C’est la première des chapelles rayonnantes : il n’y a non plus rien de spécial à y signaler.

Chapelle IX (Saint-Pierre). — Les deux piliers 21 b et 23 b, ainsi que les murs 21 b c et 23 b c, sont ornés de tabernacles renfermant des statues debout (i). Ces tabernacles, gothiques encore quant à l'aspect général, ont leur ornementation dans le goût de la Renaissance, avec mélange d’éléments gothiques.

Pilier 21 b (pl. XI). Saint Pierre, en costume papal : aube, chape attachée par un morgant d’orfèvrerie, tiare sur la tête. Un des pans de sa chape est gracieusement ramené en avant, retenu par la main gauche; celle-ci tient en outre une clef et un livre fermé, la droite bénit. Le personnage a d’ailleurs le type traditionnel du prince des apôtres, avec la chevelure et la barbe crépues.

Le motif principal du cul-de-lampe est un écu d’azur à trois fleurs de lys d’or, qui ont été martelées, mais dont les silhouettes sont encore bien visibles, timbré d’une couronne royale et tenu par deux animaux fantastiques au milieu d’enroulements de feuillages.

Pilier 20 b (pl. XII). Saint Riquier en costume d’abbé, vêtu de l’aube et de la chape au morgant d’orfèvrerie, la mitre en tête. Il a le visage rasé. On raconte que saint Riquier étant allé à Rome auprès du pape Jean III, celui-ci l’aurait envoyé près d’un anachorète dans une église située dans une île à l’embouchure du Tibre, et que là, saint Pierre lui étant apparu, lui aurait transmis le pouvoir de lier et de délier (2). C’est ce fait qu’on a voulu rappeler ici, en opposant saint Riquier à saint Pierre, et en lui mettant une clef dans une main. De l’autre main, il tient une crosse et un livre fermé. Les fleurs de lys en relief qui ornaient sa chape ont été martelées; la crosse est brisée. Son visage et sa main droite sont mutilés, comme si on lui avait lancé des pierres.

Au milieu du cul-de-lampe se trouve un écu aux armes de l’abbaye de Saint-Riquier : d’azur à trois fleurs de lys d’or, à un dextrochère tenant une crosse du même brochant sur le tout, outrepassant l’écu, et dont les pièces héraldiques ont également été mutilées, tenu par deux enfants nus parmi des enroulements de feuillages.

Ces deux statues sont polychromées. ainsi que leurs tabernacles.

Bien que le goût de la Renaissance domine dans les dais qui les abritent et dans les culs-de-lampe qui leur servent de supports, ces deux statues ont une très grande analogie de style avec celles que nous venons de voir dans la chapelle Saint-Angilbert (chapelle III), ce qui n’a d'ailleurs rien de bien surprenant, quand on sait que, pendant une période assez longue, les deux styles ont été employés

(1) Haut., environ 1 m. 50.

(2) Malbrancq, De Morin fs, lib II, p. 257.

concurremment et qu'un motif de style gothique flamboyant n'est pas nécessairement antérieur à un autre où la Renaissance règne sans partage.

Nous avons vu qu’Eustache le Quieux avait fait placer dans cette chapelle les statues de plusieurs saints (1). Celles que nous venons de décrire doivent être du nombre; mais celle de saint Eustache, la seule qui soit désignée par Dom Cotron, n’existe plus.

Par leur style, et aussi par une particularité qui ne peut laisser aucun doute, les statues' (2) qui ornent actuellement l'intérieur de la chapelle ne peuvent remonter qu'à l’abbatial de Thibaut de Bayencourt.

Contre le mur 21 b c, trois statues sont posées 1 et 2 (pl. XI).

Rang inférieur : i° Un ermite à la chevelure et la barbe abondantes, tombant en tire-bouchons, les pieds nus, vêtu d’une tunique assez courte et drapé dans un manteau aux plis multiples et pressés, relevé sur le bras gauche, tient de la main du même côté un livre ouvert, dans lequel il semble lire; un bâton est appuyé sur son bras droit, et, de sa main, il semble présenter au Christ qui se trouve à côté de lui, un petit priant en costume de bénédictin, tonsuré, sans barbe, et enveloppé dans les plis bouillonnants d’une ample coule. On ne peut y voir autre chose que l'abbé Thibaut de Bayencourt présenté par saint Thiébaut, son patron.

2° Le Christ ressuscité. Il est presque entièrement nu; une draperie voltige autour de lui d’une façon assez gauche, pour venir à propos cacher les parties de son corps qu’on n'a pas voulu laisser voir. Sa barbe est courte; sa chevelure, partagée en deux par une raie au milieu du front, retombe sur ses épaules; ses mains et ses pieds portent les stigmates de la Passion. Il tient une grande croix dans son bras gauche, sa main droite s’appuie à la hanche d’une façon assez vulgaire.

Tout le bas des culs-de-lampe, sur lesquels ces deux statues sont posées, a été coupé pour faire place à la boiserie du xvn° siècle. On voit encore à chacun d'eux un écu, dont les pièces héraldiques n’ont pas échappé au marteau révolutionnaire.

Rang supérieur : Le Sauveur du monde. Le Christ a les pieds nus, et se drape

dans une tunique que relève agréablement un mouvement du bras gauche. La main

gauche tient le globe du monde, l’autre bénit; elle est mutilée.

Le cul-de-lampe est orné de deux animaux fantastiques affrontés, au milieu de rinceaux, le tout d'un beau style et d'une grande élégance.

Les trois statues, qui décorent le mur 23 b c, sont disposées en sens inverse : 2 et 1 (pl. XII).

Rang inférieur : Saint Jacques le Majeur, en costume de pèlerin : longue barbe

en tire-bouchons, chapeau garni de coquilles. Drapé dans un manteau jeté sur une

tunique tramante, il tient un bourdon et un livre fermé.

Le cul-de-lampe a totalement disparu, pour faire place à la boiserie sur laquelle la statue est aujourd'hui placée.

Rang supérieur : i° Saint Pierre. Vêtu d’une tunique courte qui laisse voir ses jambes nues, drapé dans un manteau, la barbe crépue, il tient d'une main une clef, et de l’autre un livre ouvert qu’il appuie contre sa poitrine. Sa tête est penchée de côté avec affectation.

20 Saint Paul. Il est vêtu à peu près de la même manière; ses jambes nues sont encore plus visibles. Il s'appuie sur une énorme épée au fourreau: son front est chauve et sa barbe longue.

Les culs-de-lampe de ces deux dernières statues ne sont ornés que de rinceaux.

(1) V. ci-dessus, p. 223.

(2) Haut., environ 1 m. 70, en moyenne.

Le style général de ces six statues, très remarquables elles aussi, est assez différent de celui des précédentes et même en général de celui de la région à cette époque, et il dénote un art plus avancé, mais aussi plus épuisé, moins primesautier : les proportions du corps sont plus sveltes, plus anatomiques, mais l’exécution est plus prétentieuse : les veines des mains et des pieds sont marquées avec une précision affectée : les visages à longues barbes plates, encadrés par de longues chevelures, font penser à un art qui n'est pas du pays. Faudrait-il chercher des analogies dans l'Allemagne du sud (i)?

Chapelle XI (Notre-Dame) pl. XIII). — La chapelle centrale, dédiée à la Vierge, diffère considérablement des autres chapelles absidales, et par ses dimensions et par sa richesse (2). Elle est à la fois plus haute, plus profonde et plus large, et elle forme à elle seule un charmant édifice d’une ordonnance élégante et de proportions agréables.

Comme les autres, elle fut construite par l’abbé Eustache le Quieux.

Pour lui donner plus de largeur, le maître de l'œuvre a très habilement triché sur la largeur et la forme des piles 23 b c et 24 b c, et sur leur écartement. La chapelle entière, qui mesure dans œuvre g m. 25 de largeur sur i5 m. 75 de profondeur, se compose de trois travées droites, et d'un chevet polygonal à cinq côtés, le tout couvert par deux voûtes à nervures multiples, dont l’une s’étend sur les deux premières travées droites, et l’autre, sur la troisième et sur le chevet

Les nervures sont simplement moulurées et les clefs ne sont pas sculptées. Au commencement du xixc siècle, on a appliqué sur ces clefs des médaillons circulaires en bois, où sont peints, d’une façon assez triviale, les emblèmes des litanies lauretaines.

Entre chaque travée, les moulures des nervures se pénètrent sans intermédiaire en un faisceau vertical, jusque sur des culs-de-lampe placés un peu plus haut que l’appui des fenêtres.

Ces culs-de-lampe sont sculptés de sujets à personnages, dont la plupart sont empruntés à l’histoire de la Vierge Marie. Us ont conservé leur ancienne polychromie et leur ancienne dorure. Ceux qui se trouvent aux nos 25, 26, 27, 28 du plan sont plus importants que les autres; ils comportent des motifs d’ornement qui accompagnent le sujet à personnages : au-dessus et au-dessous, en 2 5 et 26, au-dessus seulement en 27 et 28. Nous les décrirons en commençant, comme toujours, par la gauche du spectateur.

23 b. Dans l'angle (pl. XIV, XIX). — Un homme à barbe noire vêtu d’une courte saye, aux chausses collantes, chaussé de houseaux, coiffé d'un chapeau ou

( 1 ) M André Michel a bien voulu me communiquer les photographies de trois statues d’apôtres du château de Blutenburg (Bavière), qui, sans être assurément de. la même main, présentent avec les nôtres certaines analogies très remarquables, notamment dans la manière dont les barbes sont traitées et dans la raideur de certains plis.

(2) La gloire de l'église de Saint-Riquier n’aurait pas été complète, si l’on n'y avait trouvé quelque part la déviation chère aux archéologues de la vieille école et pour laquelle quelques-uns des modernes, et non des moindres, conservent encore quelque attachement. Aussi Gilbert a-t-il remarqué « dans l’arête de la voûte de cette chapelle, une déviation avec l'axe de la grande voûte de la nef et du chœur, qui la fait incliner de 7 à 8 pouces du côté du nord-est, mouvement dont on a cru jusqu’à présent devoir attribuer la cause principale à un préjugé pieux qui aurait pour but de rappeler l’inclinaison que prit la tête de Jésus-Christ au moment de l’expiration sur la croix *. (Descr. de l'église de S. Riquier, p. 104). Sur quoi l’abbé Hénocque n’a pas manqué de renchérir (Hist. de S. Riquier, t. II, pp. 566, 382). En réalité, la chapelle de la Vierge est parfaitement dans l’axe de l’église, et celle-ci ne présente aucune déviation.

d’un bonnet velu, ayant à la ceinture une épée, au large fourreau de laquelle deux couteaux sont attachés, terrasse un lion dont il écarte la mâchoire avec ses mains. C/est très probablement Samson luttant contre le jeune lion qui se jetait sur lui (i), sujet affectionné des artistes de la fin du moyen âge (2).

25 (pl. XVIII). — Présentation de Marie au Temple. Un édifice aux fenêtres gothiques représente le Temple. Anne et Joachim s'avancent, suivant du regard la petite Marie qui gravit les marches du Temple, à la porte duquel le grand prêtre l’attend. Des curieux sont aux fenêtres.

Au-dessus du sujet principal règne un cordon formé d'un concert d’anges; au milieu, deux anges tiennent un écu d’argent (?) à la croix ancrée de gueules (3), ou plutôt d’azur, ou de sable; on voit encore en effet sur le rouge dont l’écu entier a dû être recouvert avant l'application des émaux, des traces d'une autre teinte bleue ou noire qui sera tombée. Nous verrons d’ailleurs qu’il a dû en être ainsi dans d'autres écussons dont l'identification et les émaux ne peuvent faire aucun doute. Les familles ayant une croix ancrée dans leurs armes sont extrêmement nombreuses. On peut citer cependant la famille de Gourlay, en Picardie, qui portait d’argent à la croix ancrée de sable. A la partie inférieure du cul-de-lampe est un enlacement de branchages aux feuilles découpées.

27 (pl. XV). — Annonciation. D'un édicule en style gothique flamboyant sort l’archange Gabriel tenant un bâton, autour duquel une banderole est enroulée. Il fléchit le genou devant Marie, agenouillée elle-même devant un prie-Dieu, sur lequel est posé un livre ouvert, et détournant la tête aux paroles de l’ange. Au-dessus de la tête de la Vierge est un ciel d’étoffe aux courtines troussées. Un vase de lis est placé sur le sol entre les deux personnages.

Le bandeau formant le couronnement du cul-de-lampe est formé de pampres enlacés, au milieu desquels est un écu barré d’or et de gueules, de six pièces, à une ombre de lion brochant de sable. Cette dernière pièce héraldique, assez rare, fait tout de suite penser aux armes de la famille bien connue de Trazégnies, qui portait bandé d’or et d’azur à une ombre de lion brochant de sable, à la bordure de gueules. Très probablement, comme nous venons de l'observer, le bleu posé sur la couche de rouge qui couvrait tout l’écu, sera tombé. Quant à l'absence de bordure et aux barres substituées aux bandes, c'est soit une brisure, soit une erreur du peintre.

La partie inférieure du cul-de-lampe est ornée d’un bâton écoté, autour duquel un ruban est enroulé. Il en est de même à tous les autres jusqu’au n° 28 inclus.

29 (pl. XVI). — Visitation. Au milieu d'un paysage agrémenté d’arbres et de manoirs à tourelles, Marie et Elisabeth sont debout, se posant réciproquement la main sur le ventre.

Au bas, est un écu de gueules, à trois fleurs de lis d’or, sur le tout, au dextrochère tenant une crosse du même. Ce sont bien les armes de l’abbaye, dans lesquelles, suivant l’observation que nous venons de faire, l’azur a disparu, laissant apparaître le premier fond rouge.

3i (pl. XVIII). — Nativité de Jésus. A l’abri d'une chaumière grossièrement construite, moitié en bois, moitié en maçonnerie, l'Enfant est étendu nu sur de la

(1) Jud. xiv, 5, 6.

(2) On le rencontre notamment à plusieurs reprises dans les stalles de la cathédrale d’Amiens (G. Durand,

Monogr. de la . Cath. d'Am., t. Il, pp. 201, 256). — On peut y voir peut-être aussi Hercule tuant le lion de

Némée, ou bien David, auquel un fait analogue à celui de Samson est arrivé ; mais dans ce cas on aurait probablement donné à David un costume de berger, comme on l’a fait dans les stalles de la cathédrale d’Amiens (op. cit ., p. 208).

(3) Dans les écussons qui figurent sur quelques-uns de ces culs-de-lampe, les pièces héraldiques ne sont pas sculptées, mais simplement peintes.

paille, réchauffé par le souffle du bœuf et de l'âne. Marie, joignant les mains, est à genoux devant lui. Joseph s’avance, tenant un cierge allumé dont il garantit la flamme avec sa main.

33 (pl. XIV). — Annonce de la naissance de Jésus aux bergers. Des moutons paissent dans la campagne, sous un ciel étoilé. Trois bergers, agenouillés ou assis, dont un tient une musette, regardent avec étonnement et crainte un ange qui apparaît, déroulant une banderole où est écrit en caractères gothiques : jSforin in cyrrf.

3q (pl. XIX). — Adoration des Mages. Sous la même chaumière qu’au n" 3i, Marie est assise, tenant sur ses genoux l’Enfant, qu’elle présente aux trois rois mages. Le premier de ceux-ci est agenouillé, offrant un hanap. Les deux autres debout préparent leurs présents. Joseph se tient près de la Vierge.

32 (pl. XVII). — Purification de Marie. Marie pose l’Enfant nu sur un autel qui occupe le centre de la composition. Près d’elle, une femme, coiffée d’un bourrelet, apporte deux colombes dans un panier. De l'autre côté de l’autel, le vieillard Siméon tourne ses regards vers l’Enfant.

Dans le bas est un écu de gueules, ou plutôt d’azur, toujours pour la même raison; au chevron d’or, accompagné de trois gerbes du même, armes d’Eustache le Quieux, qui, comme nous nous en souvenons (1), a fait élever la chapelle.

3o (pl. XVI). — Fuite en Egypte. Marie est assise sur un âne, l’Enfant dans ses bras; Joseph, un bâton à la main, conduit la caravane. Ils viennent de franchir la porte fortifiée d’une ville.

28 (Pl. XV). — Couronnement de Marie. La Vierge est assise entre Dieu le Père, coiffé de la tiare, et le Christ tenant le globe du monde, qui lui posent une couronne sur la tête. On ne voit pas le Saint-Esprit.

Le haut du cul-de-lampe est orné d'une guirlande de vigne, au milieu de laquelle est un écu écartelé, aux 1 et 4, d’or à la croix de sable, aux 2 et 3, d'azur au sautoir d’argent. Ce sont les armes de la famille de Bruges la Gruthuse que nous retrouverons sur le tombeau de Jean de la Gruthuse (2). Il n'est pas surprenant, mais il est intéressant de constater que ce personnage, qui témoigna toujours une grande amitié pour l’abbaye de Saint-Riquier, et qui voulut s’y faire enterrer, a aidé Eustache le Quieux tout au moins dans la construction de la chapelle de la Vierge.

26 (pl. XVIII). — Un navire allant à la dérive au milieu d’une mer agitée : son mât est brisé. Deux passagers — la tête de l’un d'eux manque — semblent implorer Marie, qui, entourée d'un soleil et sortant d’un nuage, apparaît dans un ciel d’or étoilé de bleu. Sur le rivage, on aperçoit une porte de ville flanquée de deux tours rondes crénelées.

On n’a jamais bien pu expliquer ce sujet. Gilbert (3), qui y voit « Jésus-Christ marchant sur la mer au milieu de la tempête, pour rejoindre ses disciples placés dans une barque », ne l'avait certainement pas bien regardé. L’explication proposée par l’abbé Hénocque (4) de « Marie dans le ciel protectrice de l’Église, représentée par une barque, qu’une tempête secoue et fait entrer au port », est bien moderne. Il semble qu’on devrait plutôt y voir quelque miracle de la Vierge, célèbre dans une contrée si voisine de la mer. Malheureusement le nombre des miracles attribués à la Vierge par la piété populaire est infini. Ils ont été racontés, mais non pas

(1) V. ci-dessus, p. 222.

(2) V. ci-dessous.

(3) Descr. de l'église de S. Riquier, p. 108.

(4) Hisl . de S. Riquier, t. II, p. 400.

tous, par une foule de pieux auteurs. Les exemples de naufragés recourant à Marie ne sont pas rares. Peut-être celui que l’on voit ici est-il particulier à l’abbaye de Saint-Riquier ou à l'abbé Eustache le- Quieux. La proximité pourrait faire penser à Notre-Dame de Boulogne, qui était particulièrement invoquée par les navigateurs en détresse. Le ciel étoilé montre que le fait a dû se passer la nuit.

Comme dans le cul-de-lampe placé vis-à-vis, le couronnement de celui-ci est formé d’un concert d’anges. Deux d’entre eux tiennent un écu dont les pièces héraldiques sont effacées, ce qui est fâcheux, car elles auraient peut-être pu mettre sur la voie du sujet représenté dans le cul-de-lampe. La partie inférieure de celui-ci est ornée d'enroulements de vigne.

24 b (pl. XIV, XIX). — Dans l’angle. Un homme luttant ou jouant avec un singe.

Sous ces culs-de-lampe est une suite de douze statues en pierre, posées aujourd’hui sur la corniche de la boiserie du xvn° siècle, dont toute la partie inférieure de la chapelle est garnie jusqu’à l’appui des fenêtres. Il est plus que probable qu’à l’origine ces statues devaient être supportées par des consoles aussi en pierre et placées un peu plus bas, car leurs têtes viennent actuellement toucher les culs-delampe d’une façon assez disgracieuse. Bien plus, comme les deux culs-de-lampe 25 et 26, sont plus importants que les autres et descendent plus bas, les statues qui étaient là n’ont plus trouvé une place suffisante entre eux et la boiserie, et on les a remplacées par deux horribles magots qui ont la prétention de représenter saint Pierre et saint Paul. Ces deux images doivent provenir d’ailleurs, car elles semblent d’une époque antérieure au xvn" siècle. Beaucoup plus mauvaises que les statues de saint André et de sainte Barbe, que nous rencontrerons dans la chapelle Saint-Marcou (chapelle VIII), elles ont cependant avec celles-ci certaines analogies, principalement dans la manière un peu étrange de traiter la chevelure. Toutes les autres sont des Vierges, ou du moins des saintes, faisant cortège à la Vierge Marie, patronne de la chapelle, dont l’image devait sans doute être sur l’autel (1).

La polychromie ancienne de la plupart de ces statues a été enlevée.

23 a (pl. XIV). — Cette statue a été restaurée et polychromée à neuf au xixe siècle. C’est une femme de qualité richement vêtue, ayant sur sa robe un surcot orné de larges bandes brodées et un manteau dont elle ramène le pan droit en avant, avec la main gauche. Sur sa longue chevelure, qui tombe sur ses épaules, est posée une coiffe qui encadre carrément le visage. Un livre fermé est sous son bras gauche. Lors de sa restauration au xix' siècle, comme on la prenait alors pour sainte Geneviève, à cause de l'agneau qui est à ses pieds, tendant la patte vers elle, on a terminé en forme de cierge l’objet brisé qu’elle tenait dans la main droite. Mais ce qui reste de cet objet ressemble beaucoup plus à la poignée d’une épée qu’à la partie inférieure d’un cierge. L’idée de faire de sainte Geneviève une gardeuse de moutons ne paraît pas, dit le P. Cahier (2), <c antérieure à l’époque des bergeries dans la peinture. En somme, ce n’était pas la représentation acceptée dans l’art populaire avant le xvn' siècle ». Ni Vincent de Beauvais, ni surtout la Légende dorée, qui, à l’époque qui nous occupe, était encore l’ouvrage classique sur la vie des saints et qui était entre toutes les mains, n’y font la moindre allusion. Dans tous les cas, le costume que porte notre statue ne ressemble guère à celui d’une bergère.

(1) Les statues de saintes ont environ i m. 70 de hauteur, en moyenne. — Celles de saint Pierre et de saint Paul n’ont pas plus d’un mètre.

(2) Caractéristique des saints, p. 135.

L’agneau et le glaive dont elle fut égorgée (i), sont les attributs bien connus de sainte Agnès. Nous avons vu qu’elle était revêtue du surcot. A l’époque qui nous occupe le surcot n’était plus porté que par les dames de la noblesse en costume d’apparat. Sainte Agnès était de famille noble.

25. — • Saint Paul, tenant un livre, une épée et une banderole; c’est une des deux exécrables figures placées au xvn' siècle aux endroits où les anciennes statues de saintes ne pouvaient plus entrer.

27 (pi. XV). — Sainte Marguerite. Elle a conservé la polychromie de sa tête et de ses mains. Elle porte une ample robe, sur laquelle est posée une ceinture d’où s’échappe une chaîne qui tombe verticalement sur le devant. Une petite croix est pendue à son cou. Elle est tête nue : sa longue chevelure, bouclée à rouleaux sur les oreilles, retombe sur le manteau dans lequel la sainte est drapée. Elle joint les mains et foule aux pieds un dragon, son attribut habituel (2).

29 (pl. XVI). — Une femme à robe traînante, drapée dans un manteau à la fois ample et raide. Une chaîne tombe de sa ceinture par devant. Elle est tête nue : sa chevelure, relativement courte, tombe néanmoins sur ses épaules. Le livre ouvert posé sur sa main gauche n’est pas un attribut suffisamment explicite pour permettre de l’identifier. L’objet qu’elle tenait de la droite la désignait sans doute d’une façon plus claire : il n’en subsiste qu’un fragment de tige assez mince, trop incomplet pour permettre d’en déterminer la nature. Gilbert (3) appelle cette sainte tout simplement sainte Marie, l’abbé Hénocque (4), Marie, mère de Cléophas. Cependant, suivant les usages du commencement du xvi” siècle, la chevelure flottante désignerait plutôt une vierge qu’une femme mariée (5). C’est d’ailleurs une des moins bonnes parmi les statues de saintes qui ornent la chapelle.

3i (pl. XVII). — Sainte Catherine. Elle porte les somptueux vêtements qu’à cette époque on avait coutume de donner à la patronne des jeunes filles. Le surcot à la bordure gemmée des dames de qualité indique qu’elle était fille de roi. Par dessus, est jeté un manteau dont elle ramène le pan gauche en avant avec la main droite. Un joyau pend à son cou. Sur sa longue chevelure qui retombe sur ses épaules, est posée une très riche coiffe en forme de bourrelet réticulé. Un livre fermé sous le bras droit, elle tient de la main gauche une petite roue dentelée, et, de la droite, une longue épée, dont elle appuie la pointe sur la tête de l’un de cinquante orateurs qu’elle confondit en présence de l’empereur (6), et qu’elle foule aux pieds. Ces attributs habituels de sainte Catherine sont trop connus pour qu’il soit nécessaire d'y insister. L’orateur est figuré par un petit personnage à la chevelure et à la barbe crépues, somptueusement costumé, une chaîne sur les épaules, un turban sur la tête, une sorte de bâton court surmonté d’une pomme à la main. Il fait une grimace de douleur.

(1) Leg. aur., De sancta Agnete virgine, p. 1 15.

(2) Le dragon qui lui était apparu dans sa prison, et que d’un signe de croix elle fit évanouir. Leg. aur., De sancta Margareta.

(3) Descr. de l'église de S. Riquier, p. 108.

(4) Hist . de S. Riquier, t. II, p. 39g.

(5) J'ai rappelé ailleurs une délibération de l’échevinage d’Amiens, qui montre qu’à cette époque, la coiffure en cheveux était un signe de virginité. « Avoit dit que la fille dont on faisoit la feste pour son mariage n’estoit pas bonne fille et ne deveroit pas aller en cheveux à l’église à sondit mariage » 19 avril 1456. Arch. de la v. d’Ara., BB 8,

fol. 23 V0. V. G. Durand, Monogr. de la . Cath. d'Am., t. II, p. 212. — Dom Cotron (Chron. 1. IX, c. 1) dit

positivement qu’Eustache le Quieux fit placer dans la chapelle des images de Vierges. (V. ci-dessus, p. 222). Des pénitentes comme la Madeleine ou la Jussienne ont pu à la rigueur être mises avec les Vierges, mais non pas une femme mariée.

(6) Leg. aur. De sancta Cathanna.

33 (pl. XIV). — C’est la seule statue de la série qui ait conservé son ancienne polychromie entière et à peu près intacte. Devant sa robe brune retombe une longue chaîne terminée par une boule et partant de la ceinture, que son manteau drapé, semé de motifs bleu et or, empêche de voir. Tête nue, les cheveux retombant sur les épaules, elle tient un petit livre ouvert, sur lequel elle semble méditer, sans autre attribut qui permette de l'identifier d’une façon certaine. Les auteurs qui ont vu dans la première statue (23 b) sainte Geneviève, ont appelé celle-ci sainte Agnès. Nous avons vu pourquoi la première devait être plutôt sainte Agnès que sainte Geneviève. Quant à celle qui nous occupe, à défaut d'attribut caractéristique, il nous semble impossible de lui donner un nom.

34. — La sainte qui se trouvait originairement en cet endroit a dû être détruite pour une cause et à une époque que nous ignorons. Elle a été remplacée par une figure de sainte Cécile, la tête couronnée et portant une harpe. La préoccupation évidente de son auteur de lui donner quelque chose d’archaïque et d’harmoniser autant que possible son style général avec celui des autres, fait qu'il est impossible de la dater.

32 (pl. XVI 1). — ■ Sainte Marie Madeleine. Suivant l’habitude, l’élégance de sa mise rappelle qu’elle fut femme de plaisirs. Son corset moule ses formes; les plis de sa robe ne commencent qu’à la ceinture qui est posée sur les hanches, un peu plus bas que la taille. Après avoir fait deux fois le tour du corps, la ceinture, en forme de gourmette et terminée par des boules, a ses deux bouts plusieurs fois noués sur le devant de la jupe dont ils font l’ornement. Un manteau est jeté sur ses épaules; sa tête est coiffée d’un bourrelet d’où s’échappe sa longue chevelure. Elle tient de la main gauche la boîte à parfums, dont elle a enlevé le couvercle de la droite.

3o (pl. XVI). — Sainte Marthe. Presque aussi élégamment costumée que sa sœur, elle porte la même robe au corset moulé et la ceinture posée sur les hanches. Elle est coiffée d'un bourrelet à peu près semblable, mais de ce bourrelet part un long et ample voile dans lequel elle se drape. Elle tient le « béniloir » et le goupillon dont elle a aspergé la Tarasque qui se tord à ses pieds et qu'elle tient domptée et liée par une corde (1).

28 (pl. XV). — Sainte Marie l’Egyptienne, vulgairement appelée la Jussienne. Elle est presque nue; un ample manteau d’une épaisse étoffe laineuse et souple — le manteau de l’abbé Zosime, que celui-ci lui avait prêté pour cacher sa nudité, afin qu’elle pût se présenter devant lui? — est drapé autour d’elle avec une extrême habileté, de manière à s’harmoniser dans l’effet général avec les riches vêtements dont toutes les autres statues sont couvertes. Sa chevelure en désordre tombe sur ses épaules et sur son dos. Elle tient les trois pains qu'elle avait emportés avec elle dans le désert et qui avaient suffi à la nourrir durant quarante-sept ans.

26. — Saint Pierre (?) faisant vis-à-vis au saint Paul qui occupe le n° 25, et aussi laid que lui. Comme ce dernier, il tient une banderole. Sa main gauche est brisée.

24 b (pl. XIV). — Sainte Appoline. Elle a été polychromée à nouveau au xix° siècle. Sur sa robe est une sorte de fausse jupe brodée, très courte, arrondie, raide et bordée d’un galon (2). Un étroit passement forme sa ceinture, attachée par une boucle d’orfèvrerie. Un manteau est jeté sur ses épaules. Une sorte de bourrelet est posé sur sa chevelure tombante. Elle tient d'une main un livre ouvert, et de l'autre les tenailles dont on lui arracha les dents.

(1) D’après la Légende dorée (De sancta Martha) elle aurait lié la tarasque avec sa propre ceinture.

(2) Un grand nombre des personnages des stalles et des clôtures du chœur de la cathédrale d’Amiens, mais principalement des hommes, portent une pièce de vêtement analogue.

est posée sur sa longue chevelure bouclée. Il tient deux énormes clefs dans sa main droite (i) et un livre fermé sous son bras gauche. Cette statue, assez médiocre et assez banale, doit être d'une époque un peu plus avancée dans le xvie siècle.

Un écu, mutilé comme les autres, et une banderole ornent le cul-de-lampe.

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Dans les deux autres statues, contre le mur 20 b c, la pierre est laissée au naturel, sans peinture (fig. 37, n° 2). Bien que remontant au commencement du xvie siècle, ces deux statues sont assez ordinaires.

3° Sainte Barbe. Elle est vêtue d'une robe à corset moulant le buste; une chaîne pend à sa ceinture; sur le tout est jeté un manteau dont elle ramène devant elle le pan gauche de la main droite, qui tient également un livre fermé. Elle est tête nue, sa chevelure retombant sur ses épaules. Une tour à plusieurs étages, attribut bien connu de sainte Barbe, s’élève à sa droite (2).

40 Saint André, apôtre. Sa tunique descendant à la cheville par des plis en tuyaux d'orgue, est retenue à la taille par une courroie à boucle; un manteau est drapé sur cette tunique. Il a le visage orné d’une forte barbe frisée, et le front chauve; mais de derrière la tête part une longue chevelure bouffant à droite et

(1) V. ci-dessus, p. 274.

(2) V. ci-dessus, p. 282.

Heliog Dujardin

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