PI CAR D I E HISTORI Q UE
à gauche d'une façon assez bizarre, pour ne pas dire maladroite; celle de sainte Barbe est à peu près traitée de la même façon. Il tient un livre ouvert dans sa main droite et la croix en X, son attribut habituel, dans la gauche (t).
Les culs-de-lampe soutenant ces deux statues n’étaient ornés chacun que d'un écusson, qui, comme tous les autres, ont été martelés.
Chapelle VI (Saint-André). — On ne remarque rien de particulier dans son architecture. Ce n’était d’ailleurs autrefois qu’un passage conduisant du chapitre ou plutôt de l’ancienne sacristie dans l’église, et qui ne fut converti en chapelle que dans le courant du xixc siècle (2). On ne lui a donné le vocable de Saint-André que parce qu'on disposait d’un ancien tableau représentant ce saint, pour orner le retable de son autel (3).
Chapelle IV. — Le grand escalier de grès qui monte de l’église dans la trésorerie occupe entièrement cet emplacement. Cet escalier semble dater des travaux du xvii' siècle, mais il est vraisemblable qu'antérieurement il y en avait déjà un à cet endroit.
La clef de voûte est sculptée d'une tête humaine barbue et chevelue.
On n’y voit pas trace d'architecture du xm" siècle; le mur 16 b c est percé d’une baie en cintre brisé, aux arêtes abattues, donnant accès à une petite salle qui précède la trésorerie proprement dite.
Il y a peu de chose à dire sur l’extérieur des chapelles absidales (pl. IV, VIII, LVIII) (3). Jusqu'à l’appui des fenêtres, le mur est nu, avec un soubassement en grès assez élevé, dont la faible saillie se raccorde au mur par une moulure très simplement profilée. Le bas du 'glacis des fenêtres se prolonge en une moulure formant larmier, qui court sans interruption, en contournant les contreforts.
Entre chaque travée, au droit de la retombée des voûtes, est un contrefort orné sur sa face antérieure d'un demi-pinacle posé en bec. A la chapelle de la Vierge, qui est plus élevée que les autres, il y a deux rangs de ces demi-pinacles.
La corniche supérieure des chapelles est profilée en moulures. Elle est surmontée d’une balustrade pleine, qui a été refaite au xixs siècle.
Aux trois travées droites du côté sud, la corniche de la chapelle de la Vierge est simplement moulurée; dans le reste de la chapelle, elle porte un petit ornement sculpté, mais cette partie a été entièrement refaite au xix” siècle. Au-dessus de cette corniche règne une balustrade découpée à jour, dans le goût flamboyant.
Ajoutons que la différence de hauteur entre la chapelle centrale et les autres est assez mal raccordée.
(1) Nous nous rappelons (v. ci-dessus, p. 21 1) qu’une des chapelles construites par Gilles de Machemont avait pour vocable Saint André. Y en aurait-il là quelque souvenir?
(2) V. Hénocque, Hist . de S. Riquier, t. II, p. 404.
(3) V. ci-dessous.
(4) Depuis l’exécution de la pl. VIII, les laides toitures à pignons de pierre dont on avait couvert les chapelles latérales du chevet ent été enlevées. Nous avons fait exécuter la pl. LVIII, pour montrer combien ce chevet avait gagné à leur suppression. — V. ci-dessus, p. 246.
Grande nef et Bas côtés.
Nous nous souvenons que la nef presque tout entière est l’œuvre de l'abbé Eustache le Quieux (1481-1511).
Les grandes arcades (pl. II, V, VI) sont peu aiguës et d’une forme agréable, comme d ailleurs la plupart des arcs de l’église, à quelque époque qu'ils appartiennent. Elles sont à double rang de claveaux.
Chose assez extraordinaire, au milieu d'une architecture qui, historiquement aussi bien qu archéologiquement, date des environs de l'an 1 5oo, leur profil est exactement le même que celui des grandes arcades du chœur, qui remontent à la fin du xme siècle (fig. 18). Ce fait peut cependant s’expliquer.
Les piliers 1 3 b, 14 b, appartiennent aux constructions du xm' siècle. Dès cette époque, les premiers sommiers des grandes arcades avaient été établis sur les éléments de ces piliers destinés à les recevoir. A la reprise des travaux de la nef, au xvc siècle, on les aura conservés, en continuant simplement jusqu’au bout leur courbure et leur mouluration.
Dans tous les cas, les arcades i3 a b, 14 a b, i5 a b, 16 a b, sur le transept, existaient, avec leur mouluration et leur courbure du xm" siècle, et le maître de l’œuvre du xvi' a eu le bon esprit de les reproduire.
Comme nous l’avons vu, la tour occidentale est dans œuvre et plus étroite que le vaisseau central. La suite des grandes arcades partant du mur occidental à droite et à gauche de ce clocher, il en résulte qu’à la première travée, ces grandes arcades confinent à celles qui supportent la tour; elles ne sont séparées de celle-ci que par un espace de quelques centimètres, rempli par une petite voûte en berceau (v. le plan, pi. I n° 1).
Les retombées des grandes arcades et des voûtes des collatéraux, du côté de la nef, jusqu’au transept, se font sur de gros piliers cylindriques flanqués de quatre demi-colonnes : deux pour les grandes arcades, une pour le doubleau du bas côté, et la quatrième correspondant aux retombées de la grande voûte (pl. In* 1, III, V).
Cette forme de piliers n’est plus guère usitée non plus au xvi' siècle (1). 11 est probable qu’ici encore on aura cherché à continuer les projets du xm" siècle. 11 y a une recherche très remarquable de la restitution archéologique.
Les bases (pl. XXII) sont de profil buticulaire assez grossièrement taillé (2), d’une coupe peu gracieuse et qui semble, elle aussi, assez archaïque : c’est presque encore la base attique, dont la scotie aurait été remplacée par une surface cylindrique surélevée et raccordée aux deux tores supérieur et inférieur par des espèces de doucines.
Celles des colonnes engagées sont un peu moins hautes et d’une plus petite
(1} On retrouve bien encore à cette époque, par endroits, le souvenir du pilier cylindrique flanqué de colonnettes, mais le plus souvent d'une façon beaucoup moins franche; les colonnettes et leur raccord avec le pilier central ne formant ordinairement plus qu une suite d ondulations composées de courbes alternativement convexes et concaves, comme, par exemple, dans l’église de Davenescourt (Somme). Les piliers de celle d’Harbonniéres (Somme) se rapprocheraient peut-être un peu plus des nôtres, mais leur section est plus indécise.
(2) La grossièreté de cette taille est certainement causée par l'extrême dureté de la pierre.
échelle que celles du gros pilier central, et, comme leur partie supérieure est à la même hauteur, celles de ces dernières descendent un peu plus bas que les premières. Toutes reposent sur un socle fort élevé, à deux étages. L’étage supérieur, arrondi, embrasse la forme du pilier et des quatre colonnettes dont il est flanqué. L’étage inférieur forme un polygone à douze côtés, dont huit sont concaves.
La fig. 38 montre le profil de ces bases : en A, celle du pilier central, en B, celle des colonnes engagées.
A la retombée des grandes arcades, qui est aussi celle des voûtes des bas côtés, ces piliers sont couronnés par des chapiteaux sculptés de feuillages enroulés, très découpés, très refouillés, mais cependant d’un faire encore vigoureux, large et bien monumental. Ces feuillages sont parfois entremêlés de figures d’hommes ou d’animaux plus ou moins chimériques. Les tailloirs, peu épais, mais assez mollement profilés, sont polygonaux, aux côtés concaves. Les chapiteaux ressautent, mais sans changer de hauteur, sur les trois demicolonnes correspondant aux grandes arcades et aux doubleaux des bas côtés. La quatrième, celle qui se trouve vers la nef, file sans interruption à travers le chapiteau, jusqu’à la corniche qui marque la hauteur de l’étage des fenêtres hautes.
Comme plusieurs de ces chapiteaux offrent des particularités intéressantes, nous les décrirons séparément. Il va sans dire que les noms de plantes que nous appliquerons à leur ornementation ne seront que très approximatifs, car, bien que le sculpteur ait imprimé à ses plantes une allure naturelle, il s’en faut de beaucoup qu’il se soit astreint à une exactitude botanique absolument rigoureuse.
Côté nord. — 3 a (pi. XXI). — Guirlande de chardons.
5 a. — Varechs et feuilles d'érable, parmi lesquels se joue un quadrupède dressé sur ses pattes de derrière.
7 a (pl. V). — Varechs et cep de vigne, sur lequel se promènent un serpent et un colimaçon. Ailleurs, un monstre à corps de lion et tête fantastique, à la gueule garnie d'une formidable denture, mordille les varechs.
9 a (pl. V). — Varechs à travers lesquels courent trois quadrupèdes monstrueux.
11 a (pl. V). — Varechs et vigne où rampe un colimaçon.
Côté sud (pl. XXII). — 2 a. — Feuillage très découpé, auquel il est très difficile de donner un analogue dans la nature, et à travers lequel se jouent des animaux fantastiques.
4 a. — Mélange de houblon, de chêne et de varech, dans lequel on remarque un dragon.
6 a. — Vers l'ouest, un enroulement de rubans est tenu par l’homme ailé, symbole de saint Mathieu, qui occupe le milieu du chapiteau de la demi-colonne de ce côté. Le reste du chapiteau est occupé par une guirlande de vigne, à travers laquelle on remarque plusieurs sujets :
Sur le chapiteau de la demi-colonne sud, il y a, une sirène tenant d’une main un peigne, et de l’autre un miroir.
Sur celui de la demi-colonne orientale, l’aigle, symbole de saint Jean l’Evangéliste, et, à côté, un homme nu, barbu, poursuivi par un autre homme habillé d’un saye et coiffé d’un chapeau à plumes.
Du côté de la nef, au nord-ouest, on voit un des sujets qui ont le plus exercé la verve satyrique de nos pères. Une femme, armée de sa quenouille, bat, en le tirant violemment par l’oreille, son mari, qui tient un trousseau de clefs. Nous retrouverons la même scène, reproduite peut-être par le même artiste, sur le mur de la trésorerie, vers l’intérieur de l’église.
8 a. — Des varechs, ou plutôt des chardons, à travers lesquels courent des animaux fantastiques, plus le lion et le veau ailés symboliques de saint Marc et de saint Luc; enfin un homme nu, la tête couverte d’une sorte de capuchon, jouant avec un petit quadrupède qui ressemble à un ourson.
io a. — Varechs, chêne et autres branchages à frondaison découpée, où l’on aperçoit un centaure à tête humaine entourée d’une barbe en collier, muni de mains, avec l’arrière-train d’un quadrupède; un homme nu, armé d’une sorte de massue et jouant avec un chien; deux spadassins s’escrimant à travers les branches; un quadrupède à tête monstrueuse (i).
Vers l’ouest, contre le mur de façade, comme il a fallu percer des portes à cet endroit, pour donner accès aux escaliers en tourelles qui se trouvent juste sur le prolongement des grandes arcades, la première retombée de celles-ci, se fait, non sur des piédroits, mais sur de puissants culs-de-lampe, sculptés d’enroulements de feuillages dans le même style que ceux qui ornent les chapiteaux que nous venons de décrire (pl. XXI, XXV).
Vers l’est, les retombées extrêmes se font sur les gros piliers du transept, qui appartiennent aux constructions du xme siècle, et qui ont été décrites avec ce transept.
Le long du vigoureux cordon qui règne presque immédiatement au-dessus des clefs de ces arcades, est sculptée une guirlande de feuillages découpés et refouillés, dans le même esprit que les chapiteaux des maîtres piliers, mais avec moins de verve, une exécution moins soignée et un relief moins heureux. Ces feuillages remplissent d’une façon assez lourde l’épannelage du gros tore dans lequel ils sont pris et qu’ils suivent d’un peu trop près (pl. V, VI).
La vigne, le houblon, le chêne, le chou frisé, le varech, librement interprétés, et d’autres feuillages difficiles à nommer, y alternent un peu au hasard. Par endroits, des oiseaux becquettent les grappes de raisin; on y voit aussi deux oiseaux à longs cols enlacés l'un dans l’autre, un colimaçon, un quadrupède monstrueux. A maints endroits, cette guirlande, sans doute endommagée par suite de l’incendie de i55q, a été refaite, très vraisemblablement au xvii® siècle, par une main qui a essayé d’imiter le style gothique, mais dont la maladresse se trahit elle-même.
(i) Les piliers 5 a, 7 a, 9 a, 11 a, plus le gros pilier 15 a, ainsi que ceux qui leur font vis-à-vis, portent des croix de consécration avec leurs porte-cierges, en bois doré, du xvme siècle.
Une moulure en larmier régne au-dessus de celte guirlande.
Ce cordon sculpté serait-il un souvenir de celui de la cathédrale d’Amiens? Nous avons vu que le maître de l'œuvre du xm' siècle l’avait déjà prévu, et que celui du chœur ne l’avait pas reproduit.
Guirlande et moulure se retournent au-dessus de la demi-colonne correspondant aux retombées de la grande voûte, pour lui servir de chapiteau et de tailloir. Ces tailloirs sont polygonaux, aux côtés concaves. A partir du chapiteau du gros pilier, cette demi-colonne est accompagnée de deux minces colonnettes, ou plutôt de deux tores verticaux, sans basçs ni chapiteaux.
La balustrade, qui règne au-dessus du cordon sculpté dont nous venons de parler, est la même que celle qui fait le tour du chœur au même endroit. Il faut donc lui appliquer ce que nous avons dit de celle-ci (i). A la nef, cette balustrade contourne d’une façon bizarre et naïve les chapiteaux des demi-colonnes correspondant aux doubleaux du vaisseau central, en épousant la concavité des côtés de leurs tailloirs. Mais, la preuve que cette balustrade ne date pas de la construction primitive, c’est qu’à cet endroit, les retombées verticales de la voûte, reposant sur ces chapiteaux, ont été grossièrement entaillées pour lui faire place.
Les retombées des nervures de la maîtresse voûte se trouvent à peu près à mi-hauteur des fenêtres hautes. Elles se font à pénétration dans des faisceaux de moulures descendant verticalement jusque sur le grand cordon qui règne au-dessus des arcades longitudinales.
Nous savons que cette voûte s’est écroulée peu après l'incendie de 1 5 54, et qu’elle n’a été reconstruite que dans la seconde partie du xvii” siècle par l’abbé d’Aligre. Mais les sommiers anciens tout au moins, et sans doute davantage, avaient dû rester adhérents aux murs, et l’architecte du xvii* siècle n’a eu qu’à continuer les profils des nervures. Nous nous rappelons que cette voûte est sur croisée d’ogives, avec liernes et tiercerons. Les clefs ne sont pas sculptées, mais elles ne datent évidemment que de la restauration.
Le cintre brisé des fenêtres hautes et celui des formerets qui les encadrent sont un peu plus aigus que celui des grandes arcades et forment à peu près le triangle équilatéral.
Nous nous rappelons que ces fenêtres n’occupent pas exactement toute la largeur de la travée et que leurs archivoltes ne se confondent pas avec les formerets de la voûte. Ces archivoltes ont, à l’intérieur, un seul rang de claveaux. Leur mouluration, encore assez retardataire, bien que tournant fortement au prismatique, descend, sans intermédiaire, le long des jambages de la fenêtre, s’arrêtant brusquement et sans base sur l’appui en talus de celle-ci.
Le remplage, à quatre meneaux verticaux, reposant sans bases, comme les jambages, sur l’appui de la fenêtre, est d’un dessin flamboyant un peu monotone, ne variant guère d’une fenêtre à l’autre (2). Celui des fenêtres 7-9 a et 8-10 a, cependant, est composé de deux rangs de fleurs de lys.
Dans la petite portion de mur qui sépare l’archivolte du formeret, l’appareil suit la direction des claveaux; archivolte et formeret sont d’ailleurs concentriques. •
(1) V. ci-dessus, p. 269.
(2) A la fenêtre 10-12 a, le remplage, aux profils lourds et maladroits, semble avoir été refait au xvmc siècle, ou au commencement du xixe. Il s’emboîte d’ailleurs assez mal dans l’encadrement de la fenêtre. Nous verrons qu’à l'extérieur, tous les murs de la nef de ce côté ont considérablement souffert de l’incendie de 1554.
A la différence des fenêtres hautes du transept et du chœur, qui descendent a peu près jusqu'à la hauteur de la balustrade passant au-dessus des grandes arcades à l’intérieur, celles de la nef s’arrêtent sur un bahut qui a au moins i m. 5o de haut.
Les travées 3-5 a et 4-6 a, en partie envahies par les gros piliers 3 a et 4 a, qui supportent la tour, ont des fenêtres plus étroites, à un seul meneau vertical. Le reste du mur est plein.
Fig. 39. — Profil des doubleaux des bas-côtés.
Les collatéraux sont couverts de voûtes à nervures multiples, diversement disposées. En général, ces nervures ont un profil simple, qui est à peu près le même que celui des nervures du xvi" siècle du déambulatoire. La figure 3g donne celui des arcs doubleaux. Celui des autres nervures est absolument semblable, mais d'une plus faible section.
Dans les deux travées i-3 a b et 3-4 a b, au bas côté nord (pl. XXI), des cordons à nœuds de saint François (i) sont sculptés le long de ces nervures, et, sur les clefs secondaires, des bouquets de feuillages ou des ornements flamboyants, au milieu desquels sont des écussons vides. La clef centrale n’est pas sculptée.
Dans les travées correspondantes 2-4 a b et 4-6 a b, au bas côté sud (pl. XXIII), la voûte est encore plus surchargée de sculptures. Il y a, le long des nervures, non seulement des cordons de saint François, mais aussi des guirlandes de feuillages. Toutes les clefs, dont plusieurs sont pendantes, sont également sculptées. Cette sculpture décorative, qui est de la même manière que celle de la façade occidentale, est d’une grande perfection d'exécution.
Une pareille débauche de sculpture, qui détonne un peu avec la simplicité
relative et la retenue qui ne sont pas un des moindres charmes des nefs de
Saint-Riquier, semble avoir été dépensée en pure perte, puisque ces deux travées, appuyées au pignon des bâtiments de l'abbaye, et n’ayant pas de fenêtres, sont la partie la plus obscure de l’église.
Il est très vraisemblable que ces voûtes ont été construites sous Thibaut de Bayencourt, par les artistes qui ont élevé le clocher et la façade occidentale, où la recherche de la richesse est évidente.
Dans les autres travées des bas côtés (pl. XXII>, les nervures sont simplement moulurées, sans aucunes sculptures, pas même dans les clefs. Un grand nombre
de celles-ci sont formées d’écussons dans lesquels il n’y a rien (2).
Le long des murs, les nervures des voûtes retombent sur des piédroits puissants, à moulures prismatiques continuant celles des arcs doubleaux, sans intermédiaire. Leurs bases, au profil buticulaire, sont beaucoup plus fines que celles des gros piliers (pl. III, V).
Au bas côté sud, les nervures obliques principales retombent à pénétration dans
(1) Sur le cordon de saint François et son succès dans l'art décoratif de la Renaissance française, v. notamment Léopold de Cherancé, Saint-François d’ Assise. — P. Vitry, Michel Colombe, p. 196.
(2) Dans les través 6-8 a b et 10-12 a b, au bas côté sud, quelques nervures secondaires manquent. La voûte de ces travées a dû avoir été crevée à un certain moment, et, en la réparant, on n’a pas pris la peine de rétablir les nervures qui n’étaient pas nécessaires pour sa solidité; mais les sommiers de celles-ci existent encore sur les piédroits.
les piédroits; les autres sont reçues par de minuscules culs-de-lampe sculptés. Il n’en est pas de meme au bas côté nord : là, toutes les nervures pénètrent dans les piédroits verticaux, sans aucun intermédiaire.
Contre le mur de la façade occidentale, les retombées se font seulement sur un cul-de-lampe sculpté, placé dans l’angle. Chacun de ces culs-de-lampe est formé d’un monstre d’un assez beau caractère. Vers le transept, les bas côtés se raccordent aux parties du xme siècle.
Les archivoltes des fenêtres des collatéraux ont des profils d'un caractère prismatique plus accentué, plus précis, plus sûr, si j’ose ainsi parler, que ceux des fenêtres hautes. Ces profils descendent également sans intermédiaire le long des jambages, mais ils s’arrêtent sur de petites bases buticulaires, que l’on retrouve également au pied des meneaux. Nous nous rappelons que ces bases manquent aux fenêtres hautes.
Le remplage de ces fenêtres des bas côtés est, cela va sans dire, dans le goût flamboyant (pl. II, IV, V). Aux fenêtres 5-7 b, 7-9 b, 9-1 1 b, 6-8 b, 10-12 b, le dessin du remplage est le même. A la fenêtre 8-10 b, il se compose de trois fleurs de lys.
Les fenêtres i-3 b, 3-5 b, 1 1 - 1 3 b et 12-14 b, voisines de la façade et du transept (pl. II, VI), sont plus petites que les autres. Le dessin de leur remplage est, naturellement, déterminé par leurs dimensions (1).
Dans la travée 1 1 - 1 3 a b, il y a une petite porte en arc surbaissé, surmontée d'une accolade à crochets sculptés, et qui est aujourd'hui bouchée. A côté, en est une autre, également surbaissé, mais sans aucune ornementation, et qui donne accès à l'escalier placé à cet endroit (Y) (2).
On voit, sous l’appui de la fenêtre 6-8 a b, un arc en anse de panier haut de 1 m. q5 du pavé de l'église à la clef, et large de 2 m. 20, assez semblable à une voussure destinée à recevoir un tombeau. Il n’a pour tout ornement qu’un petit tore sur son arête, et il est aujourd’hui bouché. Il ne paraît pas à l’extérieur. Son peu d’élévation, son absence de base, pourraient faire supposer que le sol de l’église a été surélevé depuis sa construction.
Le mur extérieur des bas côtés (pl. IV) est nu, sans autre ornementation que la moulure en talon qui marque la saillie du soubassement, le larmier qui court à l’appui des fenêtres et les encadrements de celles-ci. Ces encadrements, à moulures prismatiques, descendent verticalement de l'archivolte le long des jambages de la fenêtre, jusque sur le talus à l'appui de celle-ci. L'archivolte est entourée d’un rang de claveaux en saillie, profilé en larmier.
La corniche supérieure est à deux assises. La première est un gros quart de rond sculpté d’une guirlande de feuillages entremêlés d’animaux monstrueux, d’escargots et de têtes grimaçantes. La lourdeur et l'inhabileté de son exécution contrastent avec la perfection qui règne dans la sculpture décorative du reste de l'église. La seconde est profilée en larmier. Cette corniche, endommagée sans doute par l’incendie de 1 5 5q, a dû être raccommodée en plusieurs endroits. Dans les parties refaites, le quart de rond n’a souvent pas été sculpté.
Au-dessus, règne un bahut plein en pierre, qui protège la galerie de circulation en avant des toitures des bas côtés. Ce bahut ne date apparemment que du temps
(1) Nous avons vu que les travées 2-4 a b et 4-6 a b n'avaient pas de fenêtres, et pour quelle raison.
(2) Cette porte semble avoir été refaite.
où les toitures du bas côté furent refaites. Il y avait sans doute, antérieurement, une balustrade à jour, détruite, ou à peu près, par l’incendie de 1 554 ; Par économie on n'aura pas jugé à propos de la refaire, surtout dans cette partie de l'église qui était alors peu en vue (i).
La circulation dans cette galerie est assurée par des ouvertures pratiquées dans les culées des arcs boutants.
Les murs goutterots de la nef, à l'extérieur, n'ont également aucune décoration.
Le revers des formerets de la voûte ne paraît pas de ce côté. Les archivoltes des fenêtres hautes, qui n’ont qu'un rang de claveaux à l'intérieur, en ont deux à l'extérieur (2). Leur mouluration est dans le même sentiment archaïque qu'à l'intérieur. Ses profils comportent encore des plates-bandes, des doucines et des tores : ceux du rang inférieur de claveaux descendent, sans intermédiaire, le long des jambages de la fenêtre jusqu'à l'appui de celle-ci, dont ils sont séparés par de petites bases buticulaires.
Ceux du rang supérieur, qui est en saillie et profilé en larmier, se retournent à angle droit à la naissance du cintre, pour venir buter dans les contreforts des arcs boutants. En 11 a, la retombée du rang supérieur de claveaux se fait sur un cul-de-lampe sculpté.
Extérieurement, l’ébrasement des fenêtres étant plus considérable qu'à l’intérieur, et les contreforts des arcs boutants étant plus épais que les faisceaux de moulures d’où sortent les retombées de la grande voûte, les fenêtres occupent de ce côté toute la largeur de la travée.
Nous avons vu, en décrivant l'intérieur, que, dans les travées 3-5 a, 4-6 a, la fenêtre haute était plus étroite que les autres, la moitié de ces travées étant bouchée par les gros piliers 3 a, 4 a, qui soutiennent la tour. A l’extérieur, le rang supérieur de claveaux de l’archivolte de la fenêtre, qui aurait dû occuper toute la travée, existe, ce qui tendrait à faire supposer que ces deux travées avaient été préparées, avant la construction de la tour, pour recevoir une large fenêtre, comme les autres, ou plutôt que l'on a voulu éviter de faire le mur goutterot de ces travées trop épais dans toute son étendue, d’autant qu'il se trouve en dehors des piliers qui soutiennent la tour.
Le haut du mur, au-dessus des fenêtres hautes, est garni d'une corniche très peu saillante et sommairement moulurée en larmier.
Cette corniche est surmontée de la balustrade de pierre ajourée qui règne tout autour de l’édifice, à la base du grand comble (3).
Du côté sud, les murs de la nef et des bas côtés, placés du côté des bâtiments de l’abbaye, ont considérablement souffert de l'incendie de 1 5 D4 : les pierres, notamment celles des encadrements des fenêtres hautes, sont toutes effritées. Au commencement du xixe siècle, il a même fallu refaire les jambages de ces fenêtres, en même temps que les contreforts des arcs boutants (4). Sous l’inspiration sans doute de l’architecte de Gisors, on ne s’est pas donné la peine d’y reproduire les anciennes moulures : on s’est contenté de simples piédroits sommairement équarris, que l'on a raccordés avec les moulures de l’archivolte de la façon la plus barbare qu'il soit possible d’imaginer.
(1) Cependant les relevés de Cheussey portent à cet endroit une balustrade ajourée, formée d’une suite de rosaces flamboyantes. Mais on sait que ces relevés sont très inexacts, surtout pour le détail : la preuve, c'est qu’il a donné à la balustrade, qui règne à la base du grand comble, un dessin tout différent de celui qu’elle a en réalité.
(2) C'est probablement pour cette raison qu’a l’intérieur, la portion de mur entre l’archivolte de la fenêtre et le formeret est appareillée en claveaux. (V. ci-dessus, p. 289).
(3) V. ci-dessus, pp. 263, 272.
(4) V. ci-dessous.
On a de même refait l’encadrement de la fenêtre 6-8 b du bas côté, sans moulures. Dans toute la nef, des tirants de fer passent au-dessus de la clef de voûte de chaque travée.
Fig. 40. — Coupe transversale de la nef, d’après Cheussey.
La coupe transversale exécutée par Cheussey en 1818 (fig. 40) peut nous donner une idée de l'ancienne disposition des arcs boutants dans son ensemble, sinon avec une exactitude rigoureuse de proportions et de détails. Ils étaient à peu près
semblables à ceux qui subsistent encore au chœur et au chevet, et qui ont été respectés par ceux qui les ont restaurés dans le courant du xixe siècle.
Ces arcs boutants venaient s’appuyer sur de puissantes culées, qui sont en partie en porte-à-faux sur les doubleaux des bas côtés, et en partie faisant saillie à l'extérieur d'environ i m. 90. D’une médiocre épaisseur, celles-ci étaient renforcées à droite et à gauche par deux demi-pinacles et chargées à leur sommet par des pinacles sculptés.
Du côté nord, il y a, devant chaque culée, deux demi-pinacles l’un au-dessus de 1 autre. Entre les deux est la gargouille de pierre rejetant les eaux des combles des bas côtés (1). Des talus se combinent avec les demi-pinacles, pour marquer les retraites successives des culées, qui diminuent de saillie au fur et à mesure qu'elles s'élèvent.
La présence du cloître, dont la continuation le long du collatéral sud a été élevée en même temps que lui, a fait donner aux culées de ce côté une disposition toute particulière.
La partie inférieure des culées de l’église vers l'extérieur a dû être, elle aussi, élevée en porte-à-faux sur les doubleaux du cloître, de sorte qu’elles étaient en double porte-à-faux vers l’intérieur et vers l'extérieur. Pour les maintenir en équilibre, on avait établi par dessus le cloître, à la hauteur de la voûte du bas côté, une volée d’arcs boutants semblables aux grands arcs boutants de la nef, mais d’une plus faible portée, et qui venaient buter sur de puissantes culées faisant une forte saillie à l’extérieur du cloître. Ces culées étaient elles-mêmes garnies de renforts à droite et à gauche et chargées par des pinacles sculptés; un demi-pinacle orne leur face antérieure. Les eaux des combles des bas côtés, après avoir traversé les grandes culées de la nef, passaient sur le chaperon des petits arcs boutants franchissant le cloître, et étaient rejetées par des gargouilles sculptées en haut des secondes culées (2). C'était en somme la reproduction de l’arrangement du côté nord, mais pour ainsi dire dédoublé par la présence de la seconde volée d’arcs boutants sur le cloître.
Ce système très habile devait produire un effet très pittoresque, Gisors n’y a rien compris, ou du moins il a affecté de n’y rien comprendre et de ne voir dans tout cela « qu’un papillotage et une confusion désagréable à la vue ».
Il a fait refaire purement et simplement les arcs boutants, sans même leur donner de chaperon, ce qui produit l'effet le plus bizarre; puis, supprimant l’arcature qui unissait cet arc boutant à son ancien chaperon-aqueduc, il a fait remplacer celui-ci par un second arc boutant surmonté cette fois d’un chaperon formant canal pour la conduite des eaux.
Ne soupçonnant pas l’utilité des pinacles qui, en chargeant le haut des culées, leur donnaient à la fois plus d’élégance et plus de stabilité, il les a également fait supprimer, ainsi que les gargouilles sculptées qui rejetaient les eaux du grand comble, amenées par les aqueducs des arcs boutants. Il a couvert les culées d'un simple chaperon creusé en caniveau, avec une ignoble gargouille en plomb, consolidée par une barre de fer.
De vulgaires contreforts vinrent également remplacer les demi-pinacles qui renforçaient les culées à droite et à gauche.
De l’ornementation ancienne des arcs boutants et de leurs culées, il ne laissa subsister que les pinacles posés en bec, qui ornent la face antérieure de celles-ci, mais sans prendre la peine de refaire leur couronnement, qui avait été abattu pour refaire la partie haute des culées (3).
(1) Dans le dessin, cette gargouille a été oubliée.
(2) Ces gargouilles ont été également omises dans le dessin.
(3) Toute la partie basse de la culée 11 b a été reprise en sous-œuvre jusqu’à la hauteur de la corniche du bas côté. On l’a refaite carrément et sans aucun ornement.
Le cloître n’a pas été mieux traité. Gisors en a fait purement et simplement supprimer les doubleaux et les petits arcs boutants passant au-dessus, et il les a fait remplacer par des murs pleins partant du sol, unissant les grandes culées à celles placées à l’extérieur du bas côté. Il est inutile de dire que les pinacles qui couronnaient ces dernières n'ont pas davantage trouvé grâce devant lui. Cette suite de murs fait de chaque travée du cloître autant de chambres communiquant les unes avec les autres par des portes étroites et imparfaitement couvertes par un mauvais toit en appentis. Les voûtes sont tombées et on n’en voit plus que les arrachements. J’ignore si elles existaient encore au commencement du xixe siècle. Pourtant, dans ce cas là, Gisors ne se serait peut-être pas aperçu du porte-à-faux des grandes culées, et il aurait fallu qu’il les fît démolir pour établir ses murs. Il n’est question de rien de cela dans son rapport.
Peut-être les arcs doubleaux subsistaient-ils seuls entre les voûtes défoncées.
Toujours est-il qu’il ne reste aujourd'hui du cloître du xvie siècle que les formerets tenant au mur du bas côté, et les grandes archivoltes extérieures sur le préau. Le remplage des archivoltes n’existe plus (i) : fidèle à son système économique, Gisors l’a fait remplacer par un mur plein.
On peut voir sur la planche III le résultat du beau travail de Gisors. Voilà comme les plus grands architectes du commencement du xixe siècle traitaient l'architecture gothique.
Au-dessous des archivoltes du cloître, à l’extérieur, on voit encore l’ancienne balustrade flamboyante (2), mutilée par l’incendie de 1 5 5q, mais que l’abbé d’Aligre n’avait pas jugé bon de refaire. Très vraisemblablement celles qui jadis couraient le long du grand comble et de ceux des bas côtés avaient le même dessin.
Trésorerie et chapelle Saint-Michel.
Avant d'entreprendre la description de la façade occidentale élevée par Thibaut de Bayencourt, il nous faut revenir dans le transept, pour examiner en détail la trésorerie et la chapelle Saint-Michel (3), qui sont encore, pour la plus grande partie, l’œuvre d’Eustache le Quieux (4).
Trésorerie. — Le mur qui ferme la trésorerie vers l’intérieur de l’église (pl. XXVI) est couvert d’une riche ornementation comprenant trois grandes arcades aveugles en accolades, garnies à l’intrados de redents redentés et de crochets, à l’extrados. Quatre contreforts, composés de pinacles ingénieusement arrangés, séparent
(1) On l’aperçoit dans la vue de l’abbaye tirée du Monasticon Gallicanum. V. fig. 4.
(2) Elle a le même dessin que celle qui existe encore sous l’appui des fenêtres hautes du transept à l'intérieur (pl. III, VI, fig. 1).
(3) Chapelle I.
(4) V. ci-dessus, p. 222.
ces trois arcades. Les deux contreforts qui accompagnent l’arcade centrale descendent jusqu'au sol de l'église ; les deux autres, placés aux extrémités, contre les piliers 14 b et 16 b, ne descendent que jusqu'à mi-hauteur, ou environ, et reposent en porte-à-faux chacun sur trois corbeaux superposés en encorbellement et ornés de sujets sculptés, malheureusement en très mauvais état.
On y remarque :
En 16 b : i° Deux lévriers ayant des colliers aux cous, et jouant ensemble.
20 Un diable (?) entre deux femmes qui semblent se disputer. II est à peine nécessaire de rappeler que les anciens auteurs satyriques français ne sont généralement pas tendres pour la femme qu’ils dépeignent volontiers comme un être volage, acariâtre et mal embouché. Les caricaturistes n'en avaient pas une meilleure idée.
3° Un sujet presque entièrement brisé : on n’y voit plus que des restes de pampres et un oiseau fruste.
En 14 b (pl. XXVIII) : 1° La plus grande partie du corbeau inférieur est
détruite : on n’y voit plus qu’un homme accroupi, coiffé d’un chapeau aux bords retroussés. Ses bras sont cassés.
2° Une femme, sa quenouille à la main — sa tête est brisée — bat et piétine son mari, qui est étendu par terre. 11 y a beaucoup d’animation et de vérité dans cette petite scène de ménage, si populaire, et que nous avons déjà rencontrée dans un chapiteau de la nef.
3” Le sujet dont ce troisième corbeau était orné a complètement disparu.
Entre les quatre contreforts (pl. XXVI), toute la partie inférieure du mur, jusqu’à la hauteur où commencent les encorbellements, est à peu près nue, à l'exception d'un soubassement mouluré, et d'une porte en plein cintre placée dans l’arcade la plus voisine du pilier 16 b, et faisant communiquer le cloître avec l’intérieur de l’église. Cette porte est très simple de ce côté; seule, une moulure terminée en accolade, sans crochets, garnit l’extrados de son archivolte.
Une moulure en larmier sépare cette partie inférieure d’un autre étage beaucoup plus orné. Là, des tabernacles, abritant de grandes statues (1) debout, occupent le milieu des trois grandes arcades. 11 y en a trois dans l'arcade centrale, et un dans chacune des deux autres. 11 faut remarquer la richesse et la grande originalité des culs-de-lampe sur lesquels les statues sont posées.
Arcade centrale (pl. XXVII). — 1” Saint Antoine. C'est un ermite à la barbe puissante. Par dessus sa robe, il porte un scapulaire et une chape qu'il retrousse de la main gauche; il est coiffé d'un bonnet. Sa main droite, tenant un chapelet, s’appuie sur un bâton en forme de béquille; de l'autre main, il tient un livre fermé. A ses pieds, un cochon assez mal venu, entouré par des flammes, lève vers lui une de ses pattes de devant, d'un air suppliant, rappelant à la fois la puissance attribuée à l’invocation de saint Antoine contre la maladie appelée vulgairement le feu de saint Antoine , et le privilège qu’avaient les hôpitaux des religieux de Saint-Antoine de Viennois de laisser divaguer leurs pourceaux dans les rues.
Le cul-de-lampe est orné de délicats enroulements de houblon sortant de la gueule d’un monstre.
20 (au centre). — Saint Sébastien. C'est un jeune homme imberbe, les cheveux coupés droit, la raie au milieu. Il est presque nu; une simple draperie est jetée sur ses épaules. Appuyé à une colonne, il tient une flèche.
(1) Haut., environ 2 m., en moyenne.
ÉGLISE DE SAINT - RIQUIER XLVII. Font if baptisnmiur .
Le motif central du cul-de-lampe, auquel on a donné une très grande importance, consiste en un écu de France, à trois fleurs de lys, qui ont été enlevées à la Révolution, mais dont on voit encore fort bien la trace. L’écu est timbré d'une couronne royale, dont il ne reste qu’un fragment, et entouré du cordon de saint Michel. Il a pour tenants deux angelots d'une sculpture très soignée, et dont les draperies sont d’une extrême élégance.
3° Saint Roch. C’est un pèlerin, d’une assez belle expression, à la physionomie osseuse, ornée d’une barbe plate taillée en rond, à la bouche largement fendue. Son chapeau, rejeté sur la nuque et retenu par une gourmette, lui forme comme un nimbe autour de la tête. Ses chausses, retombant en plis nombreux sur ses chevilles, laissent voir la plaie de sa jambe léchée par un caniche à demi tondu qu’il montre du doigt. A côté de lui, un prêtre — à une beaucoup plus petite échelle — vêtu de l'aube et de l’étole croisée sur sa poitrine, met aussi sa main sur la plaie. Tout le haut du corps de ce dernier est brisé.
Le cul-de-lampe est également fort abîmé. On y voit encore des restes de pampres mordus par un quadrupède.
Saint Antoine, saint Sébastien, saint Roch, sont, comme on le sait, avec saint Adrien, les saints les plus communément invoqués contre la peste et la mort subite. De i5oi à 1 504, la peste et la « maladie de Naples » ont ravagé la Picardie. Serait-ce une date?
Arcade voisine du pilier 16 b. — Le tabernacle est occupé par une assez belle statue de la Vierge à l’Enfant (pl. XXVI) d’une époque beaucoup plus ancienne que celle durant laquelle cette partie de l’église a été construite, et qui doit remonter à la fin du xm° siècle.
Marie est tête nue, les cheveux tombant sur les épaules : elle est fortement cambrée en arrière, le ventre proéminent. Sa main droite portée en avant tenait sans doute un objet qui n’existe plus. L’Enfant, assis sur le bras gauche de sa mère, a les mains et la tête refaites (i). La figure de la Vierge, sommairement modelée, manque un peu de cette finesse qui fait le charme des belles Vierges de cette époque, telles que la Vierge dorée d’Amiens (2). Les draperies sont en revanche très belles et très élégantes : les plis de la robe, qui est traînante, se cassent en tombant à terre. Suivant une mode qui deviendra fréquente au xiv8 siècle, le manteau est ramené par devant, son bord inférieur, retenu sur le bras, retombe en multiples spirales sous le bras gauche, afin d’amener une heureuse opposition entre ses plis concaves et les tuyaux verticaux de la robe. Près de la jambe gauche, les plis de celle-ci rentrent en produisant une profonde cavité, par dessus laquelle passe le bord du manteau, et qui forme à cet endroit un effet d'ombre extrêmement vigoureux, en accusant en même temps sous la robe les formes du corps.
Très vraisemblablement cette place a été ménagée pour y mettre cette statue, que, pour une raison ou pour une autre, on aura tenu à conserver. Elle remplit fort bien le tabernacle, sans être ni trop grande ni trop petite, et ce tabernacle semble avoir toujours été destiné à renfermer une statue de la Vierge, à en juger par le soleil et le croissant qui ornent son cul-de-lampe (3). On remarque en outre
(1) Les mains sont même refaites d’une façon fort peu habile, et la tête est très laide.
(2) Le nez est refait, ce qui ne contribue pas médiocrement à enlaidir ce visage.
(31 II faut aussi observer qu’ici la Vierge Marie tient une place peu honorable, en comparaison de celle qui est occupée par les trois saints placés dans l’arcade centrale; mais, au commencement du xvie siècle, on se souciait plus de l'effet décoratif que des convenances iconographiques.
dans ce cul-de-lampe, un écu aux armes de l'abbaye : à trois fleurs de lys d’or — celles-ci ont été martelées, mais on voit encore fort bien leurs silhouettes — au dextrochère tenant une crosse outrepassant l’écu. L'écu est tenu par deux chérubins nus, à quatre ailes déroulant une banderole. Au-dessous, un chérubin semblable tient la hampe de la crosse.
Arcade voisine du pilier 1 4 b (pl . XXVI II . — La statue qui fait pendant à celle de la Vierge que nous venons de décrire, remonte certainement, elle aussi, à la fin du xm° siècle. C'est un religieux bénédictin, que l'on considère généralement comme une représentation de saint Riquier. Il a le visage rasé et porte une large tonsure ne laissant subsister qu'une mince couronne de cheveux. Son costume de bénédictin présente des différences notables avec celui des religieux du même ordre que nous avons déjà rencontrés et que nous rencontrerons encore, appartenant au commencement du xvi' siècle.
Par dessus sa robe il porte le scapulaire, que n'ont pas ces derniers, et dont le capuchon vient s’emboîter dans celui de la coule. Cette coule elle-même n’a pas tout à fait la même coupe que celle du xvi" siècle. C'est toujours bien une longue cloche à larges manches et à capuchon, mais moins ample et d'une étoffe plus épaisse et plus ferme. Pour rompre la monotonie des plis, qui, sans cela, tomberaient verticalement jusqu’aux pieds, l'artiste l’a fait relever par le personnage, qui l’empoigne de la main gauche par le milieu, laissant voir ainsi le bas de la robe et du scapulaire; les plis rayonnent en étoile, mais ils restent droits ou à peu près, sans bouillonnements comme dans les autres. Le capuchon est de dimensions ordinaires, juste suffisantes pour enfermer la tête. Lorsqu’il est relevé, ce qui est le cas pour notre statue, loin de retomber à plat sur les épaules, sa visagière reste droite, remontant par derrière jusque vers l’occiput. Cette statue, au surplus,
n'est pas sans valeur. Le visage du saint, aux traits réguliers et distingués, est un beau type de moine du xine siècle. Il a malheureusement le nez ébréché. Les mains sont également brisées.
L’existence de ces deux statues du xme siècle, remployées par Eustache le Quieux, vient à l’appui de l'opinion précédemment émise, à savoir que les constructions de Gilles de Machemont auraient été plus considérables que ce qui nous en reste (i).
Des pampres furieusement contournés composent le cul-de-lampe; au milieu est un écu dont les pièces héraldiques ont été entièrement détruites, timbré d’une crosse et tenu par deux angelots.
Au-dessous, il y a deux banderoles, sur l’une desquelles on aperçoit encore les restes d’une inscription en caractères gothiques peints en noir, presque entièrement effacés. On n’y distingue plus que le mot tôtacia.
Une corniche sculptée de feuillages enroulés et une balustrade au dessin flamboyant, couronnent le tout, à la hauteur de la corniche et de la balustrade qui font le tour de l’église, devant l’appui des fenêtres hautes.
L'étage au-dessus de la travée du cloître la plus orientale sert de palier à l’escalier établi dans la chapelle IV pour accéder à la trésorerie. Il semble d’ailleurs inachevé. Il est couvert d’une voûte sur croisée d’ogives retombant sur des culs-de-lampe moulurés, dont quelques-uns sont agrémentés d’ornements sculptés assez abîmés. Une petite rosace orne la clef. Dans le mur extérieur est une archivolte en cintre brisé, dont le profil doit être du xin° siècle. Il devait y avoir là une fenêtre aujourd’hui bouchée.
Le mur occidental de ce palier est percé d’une porte fort simple qui donne entrée dans la trésorerie.
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Celle-ci s’étend au-dessus des deux autres travées du cloître qui passent sous le transept. Elle comprend elle-même deux travées, couvertes chacune d’une voûte à nervures multiples que reçoivent des culs-de-lampe sculptés à feuillages découpés et refouillés : varechs, chardons, etc., dans le style de la sculpture d’ornement de la nef, mais d’une exécution plus fine. Les tailloirs polygonaux de ces culs-de-lampe ont leurs côtés concaves (pl. XXIX, XXX, XXXI, XXXII).
Il n’y a pas de clefs de voûtes. A leur place, on a accroché de petits écussons en bois découpé et peint, dont la plupart sont modernes et dénués d’intérêt. L’un d’eux pourtant paraît ancien. C’est un écu d’azur à trois fleurs de lys d’or, timbré d’une couronne royale.
Vers l’extérieur, chaque travée est percée d’une fenêtre à remplage flamboyant n’occupant qu’une partie du mur dont on a rempli le formeret datant du xni° siècle.
(i) V. ci-dessus, pp. 244 et 246.
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Un autel devait se trouver devant la fenêtre i j (pl. XXIX). L'appui de cette fenêtre en formait le retable. Celui-ci est orné d’une sextuple arcature, sous chacune des arcades de laquelle devait se trouver une statuette, qui n’existe plus. Au-dessus, un grand crucifix est sculpté devant le meneau vertical de la fenêtre, ne faisant qu’un avec le remplage de celle-ci : la croix figure un tronc d’arbre écoté, autour duquel un ruban est enroulé. Ce Crucifix est cité par dom Cotron comme la principale curiosité de la trésorerie construite par Eustache le Quieux (i).
Aux deux côtés de la fenêtre, la Vierge et saint Jean (pl. XXIX, fig. 41) accompagnent Jésus en croix. Le style de ces deux statues (2), qui ne sont pas sans' valeur, est assez particulier : leurs postures sont extrêmement mouvementées et pathéthiques ; des draperies très amples et très épaisses les enveloppent de leurs plis abondants. Le manteau de la Vierge, orné de fleurs de lys en relief d’un dessin très élégant, est bordé d’un riche galon. Celui de saint Jean est également bordé d’un galon perlé et gemmé (3). Ce dernier personnage lient un livre fermé.
Les culs-de-lampe sur lesquels les deux statues sont placées sont composés de motifs macabres. Sous la Vierge, une tête de diable grimaçante, au milieu d’ossements humains; sous celle de saint Jean, un miroir tenu par deux squelettes drapés dans des linceuls.
Sur la droite, en regardant la fenêtre (fig. 41), il y a une piscine à deux cuvettes surmontée d’une accolade richement sculptée, se terminant elle-même par un sujet en demi-bosse, représentant un épisode bien connu de la vie de saint Eustache : le saint traversant un fleuve entre ses deux enfants placés sur l’une et l’autre rive et qu’un loup et un lion viennent enlever en même temps. Tout cela est arrangé d’une façon très ingénieuse, bien que la posture du saint soit un peu maniérée et dansante (4). Sous les pieds de saint Eustache est un cul-de-lampe orné d’un écu aux armes d’Eustache le Quieux : au chevron accompagné de trois gerbes.
De l’autre côté de la fenêtre est un saint en chape (5) — sa tête manque — posé sur un cul-de-lampe sculpté de varechs.
Le mur oriental (pl. XXIX) est occupé par une arcade aveugle ornée de crochets à son extrados, et dont l’intérieur devait contenir une sorte de remplage ou un système de redents, dont il ne reste plus que les attaches. Dans la gorge de la principale moulure qui encadre cette arcade, on lit ces mots en capitales de la Renaissance :