‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 52 sur 63 · ORA PRO NOBIS BEATISZIME PATER RICHAR PATRONE · texte numérisé non relu

ORA PRO NOBIS BEATISZIME PATER RICHAR PATRONE

Après le mot Richar., on a figuré une gerbe de blé, qui est une des pièces des armoiries de l’abbé Eustache le Quieux.

Sous cette arcade est placée une très curieuse statue de saint Riquier (fig. 42) (7), remontant au commencement du xvie siècle. Le saint, qui est debout, est représenté

(1) V. ci-dessus, p. 222, note 5.

(2) Haut., environ 80 centimètres.

(3) C'est à tort que l’abbé Hénocque (Hist . de S. Riquier, t. II, p. 406) s’est refusé à reconnaître la Vierge et

saint Jean dans ces deux personnages, sous prétexte qu’il avait cru voir une épée brisée pendue à la ceinture de saint Jean, et qui n'est autre que le bout de cette ceinture.

I4) Cette sculpture, dont l’explication est pourtant bien simple, a donné lieu, dans certaines descriptions de notre église, à beaucoup de divagations, sur lesquelles il n'est pas nécessaire de s’étendre. — V. à ce sujet Cahier, Caractéristiques des saints, p. 7.

(5) Haut., environ 80 centimètres.

(6) Le mot Patrone a été refait en bois découpé, au xixe siècle.

(7) Haut., 1 m. 50 environ.

■ — 3oi

dans sa jeunesse; le visage imberbe, avec le costume princier rappelant la parenté royale que lui attribue la légende. Sa chevelure, longue par derrière et tombant en frange sur le front, est taillée à la mode de la première partie du règne de François I". Il est coiffé d’un chapeau en forme de toque extrêmement riche, orné d’un ruban passé en coulisse ; ses bas de chausses moulent absolument ses jambes et ses chaussures en bec de cane et à crevés, sont celles d'un élégant. C’est tout ce que l'on voit de son costume séculier. 11 est en effet entièrement couvert par dessus celui-ci de l’ample et longue coule bénédictine au capuchon retombant à plat sur les épaules et à larges manches, que nous avons déjà rencontrée (i), et qu’il relève légèrement, pour laisser voir le bas de la jambe gauche; mais cette coule est ornée d’un semis de fleurs de lys et d’autres motifs en relief. On ne saurait dire si c’est pour faire honneur au saint qu’on lui a donné une coule aussi ornée, ou si les abbés de ce temps en portaient bien de semblables : nous savons en effet que Thibaut de Bayencourt, à l’abbatiat duquel appartient certainement notre statue, était extrêmement recherché dans sa mise, et qu’il portait des vêtements doublés de soie et d’hermine (2). Nous rencontrerons dans le portail occidental, construit par le même prélat, la statue d'un abbé dont la robe est faite d’une étoffe damassée. Par dessus cette coule, est posé le cordon de Saint-Michel, et le saint porte un livre fermé sous son bras droit, en signe de sa dignité abbatiale. L’idée d’avoir accouplé le costume princier avec la coule bénédictine est très originale (3).

A côté de cette arcade, tout à fait dans l’angle, est une petite statue de saint Fiacre en pierre, assez médiocre (4). Le saint est debout, en costume religieux,* assez semblable à celui que porte le saint Antoine qui se trouve contre le mur de la trésorerie vers l’intérieur de l'église, tenant un livre fermé et la bêche avec laquelle il marqua d'un sillon les limites du terrain qui lui fut concédé. On sait que cette bêche, devenue son attribut habituel, l'a fait choisir comme patron par les jardiniers. La statue est posée sur un cul-de-lampe orné d’un écu de France (5) tenu par deux angelots.

La paroi septentrionale est entièrement couverte de peintures qui datent du commencement du xvie siecle. Elles sont accompagnées de légendes en caractères gothiques. Le Dit des trois morts et des trois vifs, si populaire à la fin du moyen âge (6), occupe, en deux sujets, les lunettes des deux voûtes.

1 (PI. XXX). — Trois jeunes cavaliers, élégamment costumés, sont en chasse et viennent de lâcher le faucon. Ils font un geste de terreur en voyant l’apparition des trois morts qui se manifeste à eux dans le sujet suivant. Au-dessous, on lit ces trois quatrains (7) :

&)on pourc cœur bc paour inc tranBfe quoi trois mort; ainfp vop enfamSfe bcffiglltej (jpbcity biucre tono pourris rt mcgict; bc vers.

(1) V. ci-dessus, pp. 273, 283.

(2) V. ci-dessus, p. 225.

(3) Les mains sont en grande partie refaites.

(4) Haut., environ 80 centimètres.

(5) Les fleurs de lys ont été martelées.

(6) Sur le Dit des trois morts et des trois vifs et les autres sujets macabres et sur leur succès à la fin du moyen âge, v. E. Male, L'art religieux de la fin du moyen âge , p. 374 et suiv.

(7) V. Anat. de Montaiglon, Recueil de poésies françaises des xve et xvi° siècles, tome V, p. 60

Cftone bu monbc f es pfaifit6 mafuais vofoits et faufj> befire cat bc fa mort tous fc6 bcftroi6 noue paflTcrons 9»tie cce trois.

?f up a point bc befeonfort o6cir poits fauft a fa mort par quop nous tous Jcucs et vieufjp aions fa mort beuat no? peutfe.

2 (PI. XXXI). — Près d’une croix de cimetière s’avancent trois morts en décomposition et à demi décharnés, tenant l’un un dard, l'autre une faulx, le troisième une pelle : deux sont drapés dans des linceuls. Dans le lointain, on aperçoit des églises, des châteaux, etc. Les strophes suivantes servent de légende :

If) dus tous benonefions tout pour voir qu’il? vous eomiieut mort Kccficpuoir tcfj romc vous ung tap6 no- fumes et tcf? fcrcs corne nous fouies.

Dons qui cftc6 outrccuibic?

pfit6 6ricfvcmcnt que ne cuibic?

fa mort en tout taps vo9 cfpie pour vous oftrr bu corps fa vie,

G1 foffes gens maf abuifees qui eftes bu fiauft fieu princes penfes a fa mort trcfccrtaiuc et fcfeÇics fa 3!opc monbainne.

Au-dessous, se déroule l'histoire du recouvrement du corps de saint Riquier par Hugues Capet (i), en dix sujets, sous autant d'arcades en accolade surbaissée, portées par des colonnettes, et accompagnés chacun d’un quatrain.

i (PI. XXX). — Hugues Capet couché dans son lit et coiffé d'un bonnet de nuit, voit lui apparaître saint Valéry, en dalmatique et chape, crossé et mitré.

Jininct wafferp vit anucÇicr a ijuc cappet fc 6on ïRop pour îRauoir fc corps fatct îRiefiicv que aniouf cote prit p befrop.

2. — Dans une cour, par dessus les murs de laquelle on aperçoit la campagne, avec une église et un château dans le lointain, Hugues Capet s'entretient avec ses conseillers.

Ctuôt febit Bue eut apar fop eonfibcrc fa cBofc teffe bit a fou ronfeif fur ma fop ïap eu bc fainct ïRicfiier iiouacflc.

(i) V. ci-dessus, p. 200.

3. — Les messagers et les hérauts du roi en route vers le comte Arnould. A cheval, en costume civil et armés de lances, ils cheminent à travers une riante campagne.

3lncontinët « gtanb quercfTe envoya fycaufy et mejfagee feauoir fif tenroit en tutelle fc corpe fainct üRtcÇicc a fee gages.

4 — La procession ordonnée par Arnould pour accompagner le corps de

saint Riquier : un porte-croix, deux chapiers et le peuple sortent de la porte d'une ville.

SDuat fc conte arnouf fao ouftrageo eut auy feue concfafton manba par viffeo et viffagets qtton vint faite proce/fton.

5. — A travers la campagne, le comte Arnould et un autre personnage portent la châsse de saint Riquier couverte d'une riche étoffe. Une procession les suit.

Cuy meifme fano ïReBcflïon ropaigqict ÇonocaBfcmcnt fc mift eu granî» ôcvotiori appoctant fe corpo Signeniët.

6 (PI. XXI). — Hugues Capet reçoit le corps de saint Riquier. Toujours au milieu de la campagne, la châsse est déposée à terre sur les bâtons du brancard, qui, repliés verticalement, lui servent de pieds. Arnould est agenouillé à côté, tandis que le roi prend la châsse entre ses mains Deux chapiers et le peuple assistent à la remise de la châsse.

jTBont vint fjiic fn6ifcmet Kccficpuoie fe corp6 pcccfieufv que feftit arnouf IJttmBfemët fuy rcn&it fage et gratieufy.

7. — Hugues Capet rapporte la châsse à Centule. Le roi et un autre personnage portent la châsse sur leurs épaules, suivis d'un groupe de fidèles. Le clergé de Saint- Riquier, notamment deux enfants de chœur dont l’un porte la croix et l’autre un livre ouvert, et deux chapiers, sort d'une des portes de la ville et s’avance au devant des précieux restes.

£?tic capprt inouft fort îoyettf^

Pc fa Bonne ïKcfatiop rapporta fc corpe gforicnfy en 3lce ffc ÏRcifigion.

8. — Croisés protégés par saint Riquier (i). Un navire, orné d'écussons de gueules

(i) * Eo tempore quo omnis terra festinabat venire in Jérusalem ui, . contra impios Turcos . arma ferrent,

. fuit quædam trigeris . ... plena hominibus armatis», etc, Miracula S. Rie. auct. Hariulfo, Mon. germ., SS., t. XV,

p. 920. — " Navis plena hominibus diversarum nationum in mari naufragium faciens. et omnibus sanctis invocatis, ab iis nihil obtinuerunt. Invocato autem sancto Richario solo, subito tempestas cessât ». Historia relationis, dans Acta SS. Boll. April., t. III, p. 463.

à la croix d'argent, vogue sur la mer, dont le rivage est agrémenté de villes et de châteaux.

tKouft îic gene en fictif cftopnit que foinct ffiiefit vnuft pfrrver car en îfjetufafem affopctit par met fee tÇurc6 fuppebiter.

9- — Au milieu d'une campagne, où s’élèvent plusieurs châteaux, on tire un homme d’un puits (i).

0ii mig purfi fc Jour fninct ïxiefir femme nvrcq fioimiic ttefBucfja fcfqncfi on fift toft ra|Jaquicr et fane bangicr on fee ttouiia.

io. — Guérison du clerc qui avait avalé une arête de poisson (2). Dans l’intérieur d’une église, deux religieux et d’autres personnages sont en prières devant un autel entouré de courtines, dont le retable est surmonté d’une statue de saint Riquier en costume seigneurial ; le clerc est couché sur cet autel (3).

©mine finrccqtic fcftraitgfa mig cfcrcq mciigaiit au refroitoir fcqticf fou6it rcfiifcita fur ffioftcf fouie 3lf eft a voir.

Au-dessous de ces dix sujets, une arcature en accolades est peinte en grisaille, dans les écoinçons de laquelle les animaux symboliques des quatre évangélistes alternent avec des bouquets de feuillage.

Contre la paroi occidentale à droite et à gauche du corps principal de l'armoire qui contient le trésor, on voit encore deux sujets peints sur le mur, du même style que les précédents et formant ensemble avec eux (pl. XXXII).

1. — Un religieux bénédictin est agenouillé devant saint Riquier en costume princier et couvert du manteau fleurdelysé, tenant les deux clefs qui lui servent d’attribut. La pièce où la scène se passe s’ouvre sur une sorte de galerie ou de cloître en style gothique flamboyant, et, d’un autre côté, sur une pièce que meuble un dressoir garni de vaisselle. Par la fenêtre, on aperçoit de vastes bâtiments pittoresquement arrangés. Au-dessous, on lit cette inscription :

©oui pfiifippi waflbiit tijcfntiram ab 6rntiffiiiuiin patrem ricfjatiu bcprccatio

petripari rutifane virtutc patronc rirfiari perfora mcffiffito nu6ifa rare fuie ?ni6rc riganbo grattes fafu6ri proc cyciitc forbes Vit qnent eyceffoe fpiritue ire farce.

(1) Vir et mulier lapsi in profundum putei sicci existentis prope monasterium S. Richarii, ex eo sani et incolumes educti sunt ». Ibid. — Ce miracle et le suivant sont développés avec plus de détails dans la Relatio S. Richarii en vers, par l’abbé Ingelramne, dans Acta SS. O. S. B., t. Vil, p. 564.

(2) ' Clericus in monasterio edens piscis glutivit aristam; et cum pene expiraret, invocato S. Richario, sanitatem recepit ». Ibid.

Relatio S. Richarii , loc. cil.

r Jam famé expirans sanctam conscendit ad aram >

2. — Saint Marcou donnant au roi de France le pouvoir de toucher les écrouelles. Saint Marcou, en costume de bénédictin, la crosse à la main, touche le menton d’un roi de France en manteau fleurdelysé, couronné, orné du collier de Saint-Michel, et agenouillé près de lui. Un livre est ouvert sur un passet couvert d’une draperie verte; sur le mur de la pièce où la scène se passe, est accroché un tableau représentant le Christ souffrant, accompagné des instruments de la Passion, autrement dit le sujet si populaire à la fin du moyen âge sous le nom de « Christ de saint Grégoire » (i). Une porte fait communiquer la pièce où se passe la scène avec l’intérieur d’une église, vers l’autel de laquelle s’avance un bénédictin. Au-dessous on lit ces vers :

O mnrnifpÇc tute meîncnris cm (ct'ofiifofie fCtiioB rrbigie pcrcgtx partiGue iroftimce êf)or6igcra6 faofttfae frïcfjotu rcy patiniti pùoftc pnt'i fniitur (te triBuentê) mcbicue ft)icacft6 igc qui tsntie fepe contfcae Jlftrifcntm mcrcar famis abirc pafimt.

L’inscription qui accompagne le premier de ces deux sujets ne dit pas positivement que le trésorier Philippe soit le donateur de nos peintures, mais tout peut le laisser supposer, et notamment l’attitude qu’il s’y est fait donner à lui-même.

Philippe de Valois, d’Abbeville, religieux de Saint-Riquier, obtint en 1 52 1 la charge de trésorier de l’abbaye (2). Nos peintures ne peuvent donc être que postérieures à cette date.

Si l’on compare ces peintures aux magnifiques tableaux du Puy d’Amiens de 1 5 1 8 à 1 52 1 , qui leur sont absolument contemporains, on les trouvera, l’histoire de l’Invention de saint Riquier, surtout, d’une facture inférieure et même d’un caractère plus archaïque. Le Dit des trois morts et des trois vifs n’est cependant pas sans mérite et les trois morts notamment ont des gestes qui ne manquent ni d’aisance ni de vérité.

Au-dessus des deux derniers sujets que nous avons décrits et de l’armoire contenant le trésor qu’ils accompagnent, la lunette de la voûte est occupée par une peinture toute moderne, d’une tonalité assez sombre, et représentant un paysage rempli de ruines antiques, à la façon de Claude le Lorrain.

Ce paysage servait de fond à l’arrangement que l’abbé Padé avait fait dans cette partie de la trésorerie. 11 y avait primitivement, au dire de Gilbert, entre les deux peintures du moine Philippe, « derrière une grande armoire qui vient d’être

récemment enlevée . une porte avec chambranle surmonté d’ornemens de style

gothique; ces ornemens ont été détruits et la porte murée depuis longtemps » (3).

Un peu avant 1 83 5, en faisant de la trésorerie une chapelle en l’honneur de saint Joseph, et affectée à une confrérie d’ouvriers, l’abbé Padé avait imaginé « contre le vœu de la Commission des monumens », non seulement d’en déplacer le retable d’autel qui se trouve sous la fenêtre i j, et de le mettre à la place de la susdite armoire, mais de faire scier le crucifix sculpté dans les meneaux de cette fenêtre, et de desceller les statues de la Vierge et de saint Jean qui l’accompagnent, pour en surmonter cet autel (4). En 1862, tous ces objets ont réintégré leurs places

(1) V. E. Male, L'art religieux de la fin du moyen âge, p. 91.

(2) V. Hénocque, Hist .... de S. Riquier , t. II, p. 190.

(3) Gilbert, Description historique de l’église de S. Riquier , p. 135.

(4) Gilbert, op. cit., p. 125. — V. aussi un rapport de l’architecte Lion au ministre de l’intérieur, du 5 septembre 1842. Arch. de la Somme, série O, S. Riquier. — Hénocque, Hist . de S. Riquier , t. II, p. 406.

primitives, el on les a remplacés par une solide armoire en chêne, pour y renfermer le trésor.

Rappelons-nous que, comme la trésorerie elle-même, la tribune qui occupe l'extrémité du croisillon nord était prévue dès le xin' siècle (pl. XXXIII). Sa voûte, sa devanture et les remplages de ses fenêtres au dessin flamboyant, sont seuls l'œuvre d’Eustache le Quieux et de Thibaut de Bayencourt (i).

C’est la partie inférieure de cette tribune qui forme la chapelle 1, ou chapelle Saint-Michel.

Dans les nervures de la voûte, on a continué les profils indiqués par les sommiers subsistant du xme siècle, mais ils sont découpés avec plus de mollesse. Les clefs sont ornées d’écussons, dont les pièces héraldiques ont été détruites à la Révolution.

La devanture (pl. VI, XX, XXXIII) est d’une extrême richesse. Comme celle de • la trésorerie, elle comprend trois grandes arcades; mais au lieu d’être pleines, comme de l’autre côté, celles-ci s’ouvrent sur les trois travées de la chapelle. En i3 b et i5 b, les retombées extrêmes ont été emmanchées sur les piliers du xm" siècle. Les retombées intermédiaires se font sur de petites piles à profils prismatiques.

L’ordonnance générale est identique à chacune des trois travées. La grande arcade, en cintre brisé, est ornée à son intrados d’un double arrangement, très compliqué, de redents et de pendentifs, dont malheureusement la plupart sont brisés. Le long de l’extrados monte une accolade garnie de crochets, et, au sommet de l'arcade, cette accolade encadre un tabernacle. Le cul-de-lampe de celui-ci, extrêmement ornementé, descend en pendentif. Au milieu de son ornementation il y a un écusson dont les pièces ont été détruites à la Révolution. Ceux de droite et de gauche sont timbrés d’une crosse qui n’existe pas à celui du milieu. Les dais, sans doute terminés jadis par des clochetons, sont aujourd'hui brisés à leur sommet.

Chacun de ces tabernacles était destiné à recevoir une statue. Les statues qui s’y trouvent aujourd'hui, sauf peut-être celle du centre, ne sont pas celles qui devaient y être à l’origine.

Toutes trois sont debout et polychromées.

i (En commençant à l'ouest). — Cette statue est en bois (2). C’est une sainte en costume de religieuse, vêtue d’une robe blanche, d’un scapulaire de même couleur, d’une chape et d’un voile noir, en un mot le costume des Dominicaines. Elle a sur la tête une couronne d'épines et elle tient un bâton, dont la partie supérieure est brisée, et qui peut bien avoir été la hampe d’une croix. La couronne d’épines est l'attribut bien connu et bien caractéristique de sainte Catherine de Sienne, du tiers ordre de Saint-Dominique, et qui fut une des femmes les plus illustres du moyen âge. Son histoire raconte que Jésus-Christ lui ayant donné à choisir entre une couronne d’or et une couronne d’épines, elle enfonça cette dernière sur sa tête (3).

2. — La statue du milieu est en pierre (4). C’est un personnage en costume civil d’apparat. Il porte un manteau bleu largement drapé, à collet d’hermine, et une chaîne d’or sur les épaules. Il tient son chapeau à la main. Serait-ce un saint Riquier?

(1) V. ci-dessus, pp. 222, 224, 258.

(2) Haut., environ 1 m. 50.

(3) On lui donne aussi parfois une croix pour marquer son amour de la souffrance et de la tribulation.

(4) Haut., environ 1 m. 50.

- 3oy -

3. — Une Vierge à l’Enfant en pierre, paraissant dater du xiv' siècle (i). Beaucoup plus petite que les deux autres, elle est assez fruste et entièrement peinte en rouge. On voit sous ses pieds un reste de cul-de-lampe. Elle provient très certainement d’ailleurs.

Aux quatre retombées des trois arcades, s'élèvent des combinaisons de pinacles.

Les écoinçons sont garnis d'une profonde arcature aveugle, en plein cintre, au-dessus de laquelle règne une corniche à feuillages découpes de varechs, d'artichauts, etc., et une moulure en larmier, sur le prolongement de la grande corniche qui règne tout autour de l’église sous l’appui des fenêtres hautes. La balustrade flamboyante se continue également au-dessus de cette corniche.

Façade occidentale et clocher.

Le mur de façade, la tour, et très probablement toute la travée dans laquelle elle se trouve, peut-être même encore les travées voisines des bas côtés, sont certainement l’œuvre de Thibaut de Bayencourt ( 1 5 1 1 - 1 536) (2), sans qu’on puisse dire exactement où finit celle d'Eustache le Quieux.

Y eut-il changement de maître de l'œuvre en même temps que d'abbé? C'est assez probable. Nous constaterons en effet dans les parties qui vont être décrites une manière très différente de celle du reste de l’église; nous n'en retrouverons plus les qualités de clarté, d'ampleur et de simplicité. Il en résulterait même que les voûtes des travées 2-4 b c, 4-6 b c devraient être attribuées à Thibaut de Bayencourt. C’est ce qui expliquerait leur extraordinaire richesse.

Bien que d’une époque déjà avancée, toute cette dernière partie de l'église appartient encore presque exclusivement au gothique flamboyant.

Les tours ont toujours été la pierre d’achoppement pour les constructeurs d’églises; mais la plus grande difficulté a toujours été de donner aux façades à une seule tour centrale un aspect satisfaisant, et, en somme, leur effet n’est jamais très heureux. Dans la solution de ce problème délicat — ne craignons pas de le dire tout de suite — le maître de l’œuvre de Thibaut de Bayencourt ne s’en est guère tiré à son honneur.

La tour occidentale, dans œuvre et à peu près carrée (pl . II, III), se trouve un peu plus étroite que la première travée de la nef, sur laquelle elle s’élève. Pour la porter, et en même temps pour faire communiquer facilement sa partie inférieure avec la nef et les bas côtés, il a donc fallu donner à cette première travée de la nef une disposition particulière, en la faisant reposer vers le nord, l'est et le sud, sur trois grandes arcades assez puissantes, d'une assez faible ouverture et portées sur des supports assez solides et assez bien étayés pour pouvoir résister à son poids.

Indépendamment de leur saillie extérieure, les deux piles occidentales ont encore été renforcées vers l’intérieur.

(i| Haut., environ i mètre.

(2) V. ci-dessus, pp. 224 et 247.

Vers l’est, les deux piles 3 a et 4 a, qui, du côté des collatéraux, ont conservé

1 ordonnance des grands piliers de la nef, et qui sont restées sur le même alignement, ont été considérablement renforcées du côté de la nef, de manière à servir de supports aux trois puissantes arcades qui soutiennent la tour vers le nord, l'est et le sud. Ces trois arcades, placées exactement à la même hauteur que les arcades longitudinales, ont trois rangs de claveaux, et retombent à pénétration sur les piliers 1 a,

2 a, 3 a, 4 a. L’arcade orientale 3-4 a été remaniée au xvme siècle, sans doute lors du placement de l'orgue, et remplacée par un arc en anse de panier, décoré dans le style de l’époque où il a été fait.

Entre ces trois arcs et le mur occidental — percé par la porte principale — s'encadre une voûte sur croisée d’ogives avec liernes et tiercerons, ayant à son centre un ocitlus pour le passage des cloches. Les nervures de cette voûte sont simplement moulurées d’après les profils usités à la fin du gothique flamboyant; les clefs ne sont pas sculptées (1).

Cette voûte placée à la même hauteur que celles des bas côtés, et enserrée par quatre gros piliers qui en diminuent d’autant les ouvertures, forme une sorte de porche à l’entrée de la nef. Elle a aussi pour effet d’étrésillonner vigoureusement les deux piliers 3 a, 4 a, qui auraient pu avoir une tendance à boucler et à fléchir s'ils avaient monté sans interruption jusqu’à la hauteur de la maîtresse voûte.

Au-dessus, est une vaste tribune qui occupe le second étage de la tour ; elle s’ouvre sur la nef par une baie limitée par les deux gros piliers 3 a, 4 a, qui se prolongent jusqu'à une puissante arcade à deux rangs de claveaux, placée un peu plus bas que les doubleaux de la nef et concentrique à ceux-ci. Les moulures de cette arcade retombent à pénétration dans les gros piliers 3 a, 4 a, sans l'intermédiaire de chapiteaux.

Cette tribune est aussi voûtée sur croisée d'ogives, avec liernes et tiercerons et avec oculus pour les cloches. Mais, pour une raison qui nous échappe, alors que la voûte inférieure, la première que l’on devait voir en entrant, est traitée avec une extrême simplicité, celle-là est de la plus grande richesse (fig. 43). Toutes les nervures sont sculptées suivant un ornement d'un dessin très original, qui n'est déjà plus gothique, mais qu’on ne peut pas considérer comme de la Renaissance. Il est formé d’une suite de rosaces aux lobes aigus, au milieu de rubans croisés. Nous le retrouverons encore dans l’ornementation de la façade occidentale, à différents endroits. Les clefs étaient sculptées et pendantes : il n’en reste plus qu’une à peu près intacte.

Les retombées de cette voûte se font sur quatre colonnettes d’angle raccordées aux murs d’une façon un peu recherchée et prétentieuse, par des surfaces arrondies concaves. Ces colonnettes ont de fort beaux chapiteaux sculptés. Ceux qui sont vers la nef, sont formés de feuillages découpés; les deux autres, d’animaux fantastiques ingénieusement enlacés (fig. 44).

Une sorte de salle fermée se trouve au-dessus de la première travée de chacun des bas-côtés, à droite et à gauche de la tour.

Du côté nord, cette salle ne semble jamais avoir eu d’utilité : elle n’a d’autre couverture que son toit (2).

(1) Le formeret de la voûte, du xvic siècle, qui existe encore derrière l'arcade en anse de panier 3-4, est légèrement déformé. Peut-être la réfection de cette arcade aura-t-elle été nécessitée par un fléchissement de l’ancienne.

(21 Le jour de la Pentecôte, 21 mai 1673, la toiture provisoire en chaume de cette salle fut brûlée dans un incendie qui consuma une grande partie des maisons de la rue Saint-Jean qui longe les murs de l’abbaye de ce côté. Cet accident ne fut pas considérable, pour l’église du moins, et la réparation des dégâts causés à celle-ci ne dépassa pas 500 1. V. Dom Cotkon, C/iron., lib. X, cap. ni, et lib. XI, cap. 1.

— 3og —

Celle ,qui est au sud, au contraire, contiguë au bâtiment de l'abbaye, est couverte d’une belle voûte sur croisée d'ogives simple, retombant dans les angles sur des culs-de-lampe sculptés de feuillages découpés d'un tort beau style et d’une excellente exécution (i), assez semblables à ceux qui reçoivent les retombées des grandes arcades et des voûtes des bas côtés en i a b et 2 a b, mais plus petits (2).

La salle n'est pas pavée.

La paroi 2-4 b est presque entièrement occupée par une grande arcade aveugle dans laquelle il y avait une petite porte, aujourd’hui bouchée, qui devait communiquer avec les bâtiments de l’abbaye.

Pour en finir avec cette travée, ajoutons que les deux gros piliers 3 a, 4 a (pl. XXIV) sont ornés chacun vers la nef, à droite et à gauche de l’arcade qui donne accès dans celle-ci, d'un riche tabernacle de pierre, renfermant une statue colossale (3). Les dais sont de style flamboyant, malheureusement très endommagés, peut-être par la chute des voûtes après l'incendie de 1554.

Ces statues ont pour supports des groupes de colonnes polygonales, torses et enlacées, avec bases au profil buticulaire et chapiteaux, dont les enroulements de feuillages profondément refouillés, mais à une échelle assez forte, sont dans le sentiment de la sculpture décorative de la nef. Elles sont montées sur des socles polygonaux en style de la Renaissance ornés d’écussons (4) dans des chapeaux de triomphe et de bustes en demi-relief (5), le tout d’une très grande finesse et d’une grande perfection d'exécution.

D’un côté (pilier 3 a) est une statue de saint Jacques le Majeur debout, barbu, les pieds nus, la panetière au côté. Ses deux mains sont brisées. Sa main droite et le bourdon (en bois) qu’elle tenait ont disparu il y a peu d’années (6).

La statue qui lui fait pendant, au pilier 4 a, représente saint Christophe, barbu, aux traits vigoureux, fortement musclé, presque nu, une courte draperie jetée sur ses épaules. Appuyé sur un bâton noueux, il traverse une rivière, en paraissant fléchir sous le poids de l’enfant Jésus, tenant le globe du monde, et qu’il porte sur son dos.

Si les colonnes supports et leurs chapiteaux, si, peut-être même, les dais semblent appartenir aux constructions d’Eustache le Quieux, il n’en est pas de même des statues et de leurs socles, qui sont certainement d’une époque beaucoup plus avancée. On voit très bien qu’elles ont été placées après coup. Le style des socles est d’une Renaissance assez avancée. Celui des statues l’est peut-être encore plus, et si l'on ne savait l’histoire de Saint-Riquier, on serait tenté de les dater de la seconde moitié du xvi* siècle. Mais elles ne doivent pas être postérieures à l’abbatiat de Thibaut de Bayencourt; elles ne le sont certainement pas à 1 554, puisque, à dater de cette époque, cette partie de l’église a été en ruines et abandonnée pendant plus d’un siècle.

Ces statues, celle de saint Jacques surtout, sont d’ailleurs d’une facture assez ordinaire.

Les deux gros piliers 3 a, 4 a, se prolongent forcément jusqu’à la grande voûte et au delà, pénétrant celle-ci d’une façon brutale et peu gracieuse.

(1) L’angle 4 a étant occupé par une sorte de contrefort qui pénètre la voûte, il n’y a pas de cul-de-lampe à cet endroit.

(2) Cette voûte est en très mauvais état. On voit en outre des traces d’incendie dans l’angle 2 b et dans l’archivolte de la fenêtre.

(3) Haut., environ 2 m. 50.

(4) Les pièces héraldiques en ont été effacées. On voit cependant encore que chacun d’eux était sommé d’une crosse.

(5) Toutes les têtes ont été brisées.

(6) Thibaut de Bayencourt aurait fait, en 1484, le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. V. Hé.nocque,

Hist . de S. Riquier , t. II, p. 172.

Dans le mur occidental, à peu près sur le prolongement de la ligne des arcades longitudinales, deux petites portes amorties par un arc surbaissé, surmonté d’une accolade à crochets, donnent accès aux escaliers T, U, qui montent à droite et à gauche de la tour (pi. XXV, 2).

Le revers des portes latérales reproduit, mais d'une façon plus simple, la disposition générale qu'elles ont à l'extérieur, Leur tympan est ajouré dans sa partie cintrée et garni d’une arcature aveugle dans sa partie inférieure, qui est pleine.

La façade occidentale (pl. XXIV) est surtout remarquable par l’extrême richesse

/vy Voù/n f/e /a O'iôusx* r/e tordue.

de son ornementation, richesse mal pondérée toutefois, qui ne fait que mieux ressortir l’insuffisance et, on peut le dire, la négligence de l’architecture.

L’ornementation semble avoir été jetée à tort et à travers pour attirer et éblouir le regard, sans souci de la ligne, de lechelle, des proportions et de la logique. Découpures, arcatures, dais, pinacles, gables, faux fenestrages se pressent et se heurtent, les lignes sautent, montent, descendent, s'arrêtent, reprennent, se décrochent un peu à l’aventure. Rien ne paraît motivé : on a mis de la décoration, parce qu’on a voulu en mettre. Et encore certaines parties sont-elles trop nues à côté d autres trop chargées. C’est une inquiétude perpétuelle qui ne parvient même pas à dissimuler la sécheresse de 1 ensemble. La rareté des percés vient encore ajouter à la confusion. On dirait 1 œuvre d un homme préoccupé, ennuyé, sans inspiration, dont la main a jeté machinalement au hasard et sans goût des formes devenues trop familières.

C’est tellement une décoration en <c tape à l'œil », si j’ose ainsi m’exprimer, de placage mensonger, sans liaison avec le reste, que, par économie, on a évité de la continuer sur les faces nord, est et sud de la tour. On a traité celles-ci

beaucoup plus chichement, sous prétexte quelles devaient être moins en vue, manque de sincérité rare dans l’architecture française et indigne d'elle.

Nous sommes loin de l'ample et noble simplicité des nefs : c’est peut-être l’indice le plus certain d’un changement de main. Nous sommes loin aussi, par exemple, de la belle et raisonnable ordonnance que présente encore la façade occidentale de l’église voisine et contemporaine de Saint-Vulfran d’Abbeville.

La sculpture décorative est encore presque tout entière, comme nous l’avons vu, dans le goût gothique. Si elle a été répandue sans grand discernement, il faut reconnaître qu’elle est en elle-même du meilleur goût et qu’elle a été exécutée avec une grande perfection par des ouvriers extraordinairement habiles à ciseler la pierre et à la couvrir d’ornements d’une extrême délicatesse. C’est du beau gothique

— CA .cée. x£e- /'ar^y-tce-.

flamboyant français, retenu et presque calme, sans froideur, toujours distingué dans son exubérance même. La beauté et le fini du détail rachètent le décousu de l’ensemble.

Un coup d’œil sur les figures en rendra bien mieux compte que toute description, qui serait d'ailleurs beaucoup trop longue et fastidieuse. Ce sont en général tous les éléments habituels du gothique flamboyant et parfaitement connus : guirlandes de vigne, de chicorées et d’autres plantes aux feuillages refouillés, chiffonnés, pointus, profondément découpés, etc. On rencontre cependant par endroits quelques motifs d’une réelle originalité : la frise formée d’une suite de fleurettes frisées à quatre pétales, encadrées chacune par deux rubans qui s’entrecroisent que nous avons déjà rencontrée dans la voûte de la tribune de l’orgue (i); ou bien des crochets formés de monstres, à l’accolade de la porte latérale sud; une dentelle de pierre, en grande partie détruite, dans l'archivolte de la même porte; des culs-de-lampe à animaux judicieusement enlacés, mais placés trop haut à l’étage du beffroi de la tour, etc.

(i) Grand gable central et corniche qui court au-dessus de lui; cordon séparant la partie pleine de la partie ajourée dans le tympan de la porte latérale nord, etc. (pl. XXXV, XXXVIII).

La Renaissance n'apparaît que dans les arabesques qui remplissent le fond de l’arcature aveugle dont les tympans des portes latérales sont ornés (pl. XXX\I1, XXXVIII), et dans des oves librement interprétées sur les socles des statues garnissant les deux piédroits de la porte centrale, à droite en entrant.

Pour plus de clarté, nous décrirons d’abord l'ordonnance architecturale extérieure de la façade, nous reviendrons ensuite sur la nombreuse statuaire qui la décore.

Dans cette façade, qui s’élève sur un parvis de cinq marches, les lignes verticales sont seules marquées. Elles le sont même trop, et leur multiplication ne fait qu'accentuer la disproportion et l'indécision de l’ordonnance générale.

Elles forment trois divisions accusées par les contreforts qui contrebutent les murs extérieurs des bas côtés et les angles de la tour.

Mais comme cette tour, placée dans œuvre, est à peu près carrée et plus étroite que la nef, ces contreforts ne se trouvent pas sur le prolongement des murs goutterots de la nef; ils sont plus rapprochés. D'un autre côté, les deux escaliers qui montent le long de ces contreforts, occupant plus que la différence de largeur entre la tour et la nef, mordent sur les deux ailes de la façade correspondant aux bas côtés et les rétrécissent d’autant : il en résulte une solution de continuité, fort désagréable; l’ensemble en devient étriqué, et, qui pis est, contrairement à la logique et aux bonnes traditions de l’architecture gothique, la division extérieure ne correspond plus à celle de l'ordonnance générale à l’intérieur.

La partie centrale correspondant à la tour comprend la porte principale, dont la voussure, peu profonde, n’a que deux archivoltes en retraite, garnies de sujets sculptés et retombant sur des piédroits ornés de statues; le tout est agrémenté par deux dentelles de pierre, l’une à l'extérieur et l’autre contre le tympan, et qui, pour obtenir plus de relief, sont placées, non pas verticalement, mais obliquement.

Cette porte était jadis partagée en deux par un trumeau, qui a été supprimé au xvne siècle.

Une accolade brisée, à crochets, et terminée par un pinacle, surmonte la voussure : elle est accompagnée à droite et à gauche de deux rangées de statues dans des tabernacles.

Au-dessus de cet ensemble, une crête découpée et un larmier marquent une division horizontale ornée d’un gable triangulaire, richement sculpté et garni de crochets, brochant sur une arcature aveugle, et sous lequel se trouve un groupe de trois statues abritées par des dais.

Le gable traverse une corniche sculptée supportant une galerie garantie par une balustrade à jour, et se rattache au contrefort central de la tour dont nous allons parler. Cette galerie marque la hauteur de la base du grand comble, et, en même temps, l’étage du beffroi. Celui-ci est percé sur sa face antérieure de deux ouies en cintre brisé, séparées par un petit contrefort qui s’étend sur toute la hauteur de l’étage.

Le mur d’appui sous les ouies, qui est assez élevé, est orné d’une arcature aveugle d’un dessin assez simple. Des statues garnissent les jambages de ces ouies et le contrefort qui les sépare, à la même hauteur; des gables à crochets contournent et terminent leurs archivoltes; elles n’ont ni ébrasement ni remplage. Peut-être en avaient-elles originairement, qui auront été détruits par l’incendie de 1 5 54, car tout l'intérieur de l’étage du beffroi est horriblement calciné, et les encadrements de ces ouies, vers l’intérieur, sont dans le plus déplorable état. Par une particularité assez

rare, au milieu du talus de chacune de celles-ci, un cul-de-lampe sculpté semble appeler une statue qui n’existe pas, ou qui n'existe plus. Les abat-sons, que les ouies n’étaient pas destinées à recevoir, empêchent de bien voir ces culs-de-lampe. Peut être formaient-ils la base du meneau central des ouies?

La distance assez grande qui sépare ces ouies de la corniche supérieure de la tour est tapissée d’une double arcature aveugle.

Les trois faces septentrionale, orientale et méridionale de la tour (pl. III et IV), tout en conservant l'ordonnance générale de celle de l’ouest, sont, comme nous l’avons dit, beaucoup plus simplement ornées.

Chacune d’elles est divisée en deux, comme la face occidentale, par un petit contrefort central. Seuls les contreforts sont ornés, dans leur hauteur, d’architectures flamboyantes, et les encadrements des ouies sont moulurés. Le reste des murs est entièrement nu. Sur la face sud (pl. IV), il y a deux ouies : la face nord n’en comporte qu une sur sa partie la plus à I est ; l’autre est occupée par la tourelle polygonale renfermant l’escalier à vis qui monte de l’étage du beffroi au sommet de la tour. Cette tourelle est couverte d’un petit dôme en pierre sculptée, peu aigu (i).

Les deux ouies de la face orientale (pl. III) sont plus courtes que les autres parce que la toiture de l’église, qui est très aiguë, monte jusqu’à plus de la moitié de la hauteur de l’étage du beffroi (2). Toute la pierre de ce côté de la tour a été calcinée par l’incendie de la toiture en 1504. Une grande lézarde existe entre l’archivolte de l’ouie qui se trouve le plus vers le sud et la corniche supérieure.

Une corniche sculptée portant une balustrade à jour au dessin flamboyant, avec de petits pinacles dans les angles, couronne la tour.

Nous ne savons comment cette tour était couverte avant 1 554. L’abbé d’Aligre l’avait fait surmonter d'une toiture très plate, qui devait à peine se voir d’en bas (fig. 4). Le petit clocheton en bois, assez disgracieux, qui la couronne actuellement, ne date que des premières années du xix° siècle (3).

Deux rangs de statues placées dans des tabernacles garnissent les deux grands contreforts d’angle de la tour, sur la façade occidentale, à leur partie inférieure, jusqu’à la naissance du gable qui occupe l’étage intermédiaire. Un échelonnement de pinacles couvre le reste.

En dehors de ces deux contreforts montent deux tourelles polygonales, renfermant les escaliers qui conduisent au clocher (T, U).

C’est dans ces tourelles surtout que notre maître de l’œuvre a été particulièrement mal inspiré. Visiblement gêné, il n’a su ni les dissimuler, ni les faire servir d’une façon agréable et intéressante à l’ordonnance générale. Elles viennent là mal à propos, comme un hors-d'œuvre, comme un accessoire indispensable, mais fâcheux, auquel il a bien fallu faire une place, au détriment du reste. Il n’a même pas su leur donner une décoration satisfaisante et liée avec celle des parties voisines. Il s’est contenté de les rayer verticalement, du haut en bas, par une mince et sèche arcature aveugle, interrompue de distance en distance et absolument au hasard par des accolades à remplages flamboyants et par des larmiers horizontaux. Cet étagement monotone, dont les lignes n’ont aucune liaison avec celles des autres parties de la façade, n’a même pas été judicieusement divisé : l’inégalité trop peu marquée entre les différents étages rend la division molle et indécise, sans rien enlever à sa monotonie.

Ces tourelles ont de plus obligé le maître de l’œuvre à faire les portes latérales trop étroites, et celles-ci se trouvent comme comprimées, comme étriquées et trop loin de la porte centrale. A la hauteur de l’étage du beffroi, des pyramides sculptées, obtuses et manquant d’élancement, terminent les deux tourelles. Intérieurement, ces pyramides sont simplement évidées. Seul l’escalier U communique avec la cage du beffroi des cloches.

Intérieurement, l'escalier T et les parois de la tourelle qui le renferme, jusqu’à la hauteur du comble des bas côtés, ont énormément souffert de l’incendie de i554- Il faut que cet escalier, qui est tout en pierre, ait été rempli de bois et d’autres matières combustibles, pour avoir pu être mis en un pareil état. Toujours est-il que, jusqu’à la hauteur ci-dessus indiquée, on a dû en refaire entièrement les marches et le noyau, et que ses parois intérieures ont dû être raccommodées, le tout en briques.

Cet escalier conduit seulement à la galerie supérieure qui fait le tour du grand comble à l’extérieur, sans communiquer avec le beffroi.

Chacune des ailes latérales correspondant aux bas côtés est percée d’une porte étroite (pl. XXXVII); nous avons vu pourquoi. Pour racheter la différence de hauteur entre ces portes et celle du centre, on a considérablement surélevé leur voussure et leur tympan, mais l’élancement qui en résulte ne fait qu’accentuer leur étroitesse.

Leur linteau, appareillé en anse de panier et très surbaissé, est amorti en accolade ornée de crochets, à la pointe de laquelle est placé un petit tabernacle renfermant jadis une statue, aujourd'hui absente à l’une et l’autre porte ; le tout se détache au milieu de l’arcature aveugle qui décore la partie inférieure du tympan. Le haut de ce tympan, dans le cintre, est ajouré par un remplage flamboyant vitré. Ce remplage, qui est à trois divisions, se raccorde mal avec l’arcature garnissant la partie pleine des tympans, qui en a quatre.

La voussure est à une seule retraite, dont l’archivolte est ornée d’une dentelle de pierre et de groupes sculptés. Des statues garnissent les piédroits.

Sur un fond simulant un remplage flamboyant aveugle, l’extrados de la voussure se prolonge en une sorte d’accolade renflée, ornée de crochets, et disposée de façon à former niche, pour y placer une statue. Celle-ci est abritée par un dais, qui vient couper une corniche sculptée et une balustrade flamboyante, marquant à peu près la hauteur des clefs de voûtes des bas côtés (i).

Logiquement, les deux ailes auraient dû s’arrêter là, puisque là finissaient les bas côtés, mais, soit qu’il ait craint qu'elles ne parussent écrasées par la hauteur de la tour, soit qu’il ait voulu épauler celle-ci un peu plus haut, soit pour l’un et l’autre motif, le maître de l’œuvre les a surmontées d’un second étage amorti par un demipignon assez aigu, qui vient rattraper la tour centrale un peu plus haut que la galerie marquant l’étage du beffroi. Mais là, il s’est trouvé à bout de ressources et son ardeur décorative s’est brusquement arrêtée. Il n’a su garnir le mur de cet étage que d’une fenêtre, dont le tympan plein porte un écusson aujourd’hui dépourvu de ses armoiries; ce tympan est supporté par une sorte de meneau ou plutôt de trumeau central assez mince, partageant la fenêtre en deux baies rectangulaires, qui sont aujourd'hui bouchées, mais qui certainement ne l’étaient pas à l’origine. L’archivolte de cette fenêtre est assez pauvrement entourée d'une accolade à crochets ; le reste est entièrement nu. Le chaperon du demi-pignon est orné de crochets et terminé à sa base par un pinacle. Tout ce couronnement a été refait du côté nord dans

(x) A l'aile septentrionale, le pinacle et la corniche ont étére faits au xixe siècle, mais en attente et sans être sculptés. •

le courant du xtx' siècle. Le chaperon du côté sud a été rongé par l’incendie de 1 5 54 ; le pinacle qui le termine a été refait, ou du moins consolidé d'une façon assez gauche, sans doute lors de la restauration de l’abbé d’Aligre.

Des murs parallèles à ceux-ci ont été élevés sur le prolongement de la face orientale de la tour : l’intervalle, fermé par un mur au nord et au sud (1) et couvert par un toit en appentis, forme une sorte de salle au-dessus de la première travée du bas côté, où l’on accède par les escaliers T et U (2).

La culée, ou plutôt le contrefort 3 b, qui correspond, non à un arc boutant, mais au mur 3 a b, qui ferme l’aile nord de la tour, diffère des autres. Ce contrefort est plus gros et plus saillant; sa saillie diminue au fur et à mesure qu’il s’élève, au moyen de trois talus superposés, jusqu’à la hauteur de la corniche du bas côté. Là, sa face antérieure est ornée d’un demi-pinacle.

N’ayant pas été remanié comme les culées, au commencement du xixc siècle, il a conservé son couronnement, qui consiste en un pinacle sculpté d’une forme un peu trapue (fig. q5). Les pinacles surmontant les culées lui étaient-ils semblables?

Cela n’est pas probable : ils étaient plus anciens, puisqu'ils remontaient à Eustache le Quieux, tandis que celui qui nous occupe appartient aux constructions de Thibaüt de Bayencourt.

Ajoutons que ce contrefort est, lui aussi, muni d’une gargouille sculptée rejetant les eaux du grand comble, amenées par un aqueduc creusé dans le chaperon du demi-pignon 3 a b.

Du côté sud, qui s'appuie aux bâtiments de l’abbaye, le demi-pignon 4 a b a été refait

du temps de l’abbé d’Aligre, et le pinacle placé sur le pilier 4 b, si tant est qu’il y en ait eu un, n’a pas été rétabli.

Le mur de la travée i-3 b est un peu en retraite sur les autres, et son appareil est très inégal. Il doit y avoir une reprise à cet endroit (3).

La façade se termine à droite et à gauche par un contrefort sur le prolongement du mur extérieur des bas côtés. Chacun de ces contreforts est garni d'une statue dans un tabernacle et d’un clocheton.

Il est fort regrettable qu’une grande partie de la statuaire, qui achève l'ornementation de ce portail, ait été aussi abîmée, tant par l’effet des pluies et des vents de mer, qui ont par endroits complètement rongé la pierre, que par la main des hommes. Malgré quelques défaillances, elle n’est pas sans mérite. Quelques morceaux sont d’une réelle valeur.

(1) Au sud il est appuyé au pignon des bâtiments claustraux.

(2) L’intérieur de ces salles a été décrit ci-dessus, p. 308.

(3) Toute la partie basse de son parement extérieur, ainsi que le remplage de la fenêtre, ont été complètement refaits au xixe siècle.

On ne peut cependant s’empêcher d’y constater, sous une main généralement habile — sauf quelques exceptions — un art déjà épuisé, à bout de moyens, incapable de créer quelque chose d’original. Ce sont des types et des formules auxquels on était accoutumé depuis de longues années déjà, et que les artistes reproduisaient à satiété, presque sans y penser. Les physionomies n’ont d’ordinaire rien de vivant, de personnel; ce ne sont que des types conventionnels, de véritables têtes d’expression, comme les artistes se croiront obligés d’en donner aux personnages religieux, presque jusqu’à nos jours.

Dans cette statuaire elle-même, se révèle le besoin de faire riche dont la façade tout entière donne l’impression. Certaines statues, celles surtout qui sont le plus à portée de la vue, ont non seulement les somptueux vêtements chargés de broderies, de passementeries, de bijoux et d’accessoires de toutes sortes, si à la mode dans la première moitié du xvi‘ siècle, mais on aperçoit que l’artiste a figuré jusqu’au damassage et au brochage des étoffes. Rarement la recherche de l’effet de richesse a été portée aussi loin (i).

Suivant la mode du gothique flamboyant les grandes statues isolées ne sont pas toutes à la même échelle, et elles varient de hauteur selon la place qu’elles occupent Il en résulte souvent quelque chose de boiteux et de disparate peu agréable : ainsi par exemple les statues ornant les piédroits de la porte principale n'ont que la moitié de la hauteur de celles, toutes voisines, qui garnissent les grands contreforts.

11 est inutile de dire qu’il n’y a plus à chercher une grande pensée symbolique, théologique ou liturgique dans le choix des sujets sculptés qui ornent cette façade. 11 n’y en a pas d’autre que la dévotion particulière de celui qui en a prescrit l’ordonnance ou même parfois celle des donateurs de telles ou telles statues, et que quelques vagues données traditionnelles, plus ou moins bien comprises.

Comme, dans cette façade, les divisions verticales sont les mieux marquées, nous les suivrons dans la description de la statuaire (2).

Partie centrale. (3). — 1 . — Le tympan (pl. XXXV) est entièrement occupé par un arbre de Jessé, dont les meneaux forment un fenestrage à jour.

Au centre, sur le prolongement du trumeau, aujourd’hui détruit, un riche tabernacle abrite la figure de Jessé, vieillard à barbe épaisse et crépue, somptueusement costumé, coiffé d’une sorte de turban, vêtu d’une robe garnie d’un collet à bordure gemmée, serrée par une ceinture à boucle; une chaîne s’étale en deux rangs sur ses épaules. Assis dans un faldistoire, il est endormi, la tête appuyée sur son coude, dans une attitude qui rappelle celle du Pharaon songeant, dans les stalles de la cathédrale d'Amiens.

A ses pieds est un écu dont les pièces ont été effacées à la Révolution : il devait être aux armes de France, à trois fleurs de lys, car l’écu est entouré du collier de Saint-Michel. Il était timbré d’une couronne également mutilée.

Au-dessus du dais qui abrite Jessé, on voit l’image de la Vierge, debout au

(1) Dans la façade occidentale de l’église de Frémontiers (Somme!, une statue de saint Eloi, à peu près de la même époque, porte également des damassages sur ses vêtements pontificaux.

(2) Pour préciser l’emplaçement de chacun des sujets, je les ai indiqués par des numéros et par des lettres sur le schéma ci-joint (fig. 46).

(3) Correspondant à la tour.

milieu d’un soleil, les pieds sur le croissant. Tête nue, la chevelure retombant sur les épaules, elle porte un manteau et une sorte de double jupe frangée par le bas et retroussée. L'enfant Jésus, entièrement nu, est presque couché sur le ventre, la tête

en avant, sur les bras de sa mère, et semble prendre quelque chose dans un vase que tient celle-ci.

Douze rois, six de chaque côté, sont disposés à travers les rameaux de l'arbre, qui remplit le reste du tympan. Tous sont agenouillés. La complication de leurs costumes est plus recherchée que jamais. Presque tous ont les vêtements longs.

a. — Grosse face rasée; coiffé d’une sorte de tiare de forme bizarre, il joint les mains.

b. — Barbu, et coiffé d'un turban surmonté d’une tiare.

c. — Imberbe, exceptionnellement couvert de vêtements courts, chapeau à enseigne sur la tête, sceptre à la main, il met un genou en terre et semble parler

au suivant. A-t-on voulu figurer François Ier, qui devait être encore jeune lors de la construction de ce portail? C'est assez vraisemblable, attendu l'usage où l'on était parfois de figurer le prince régnant dans les arbres de Jessé.

d. — David, barbu, coiffé d’un turban, chaussé de houseaux et tenant une harpe.

e. — Imberbe, agenouillé à deux genoux, et regardant en l’air, il porte sur la tête un bonnet fort bizarre en forme de casque à mèche.

f. — Barbu, coiffé d'une tiare, il étend les bras.

g. — Barbu, il porte un chapeau aux bords retroussés.

h. — Barbu, la tête découverte, il tient à la main son chapeau, ou sa couronne,

qui est fruste.

i- — Barbu, il est coiffé d’une couronne surmontée d’une sorte de bonnet.

j. — Imberbe, il porte une couronne sur la tête.

k. — Sa tête couronnée, brisée, est placée à côté de son épaule.

l. — Imberbe, couronne en tête, il tient un sceptre.

A chacun des piédroits des deux principales archivoltes de la voussure, il y a

une statue (i) posée sur un piédestal élevé, orné lui-même de statuettes.

2. — Piédroit extérieur, à gauche du spectateur. Personnage imberbe, au visage jeune, portant le costume royal : robe de dessus ou manteau en étoffe damassée ou diaprée, à collet de fourrure; robe de dessous fleurdelysée doublée de fourrures; couronne — brisée — en tête, le collier de Saint-Michel sur les épaules, un reste de sceptre dans la main droite, la gauche, qui est brisée, était posée horizontalement, comme si quelque chose avait été placé dessus. Serait-ce un modèle d’église, ou plutôt une couronne d’épines? Dans ce dernier cas, ne serait-ce pas saint Louis?

Statuettes :

Une femme (?) portant un scapulaire, et, par dessus, un manteau. La tête est brisée.

Un homme de guerre revêtu d'une armure. Il tenait dans sa main droite une épée nue, la lame en l'air. Un lion est à ses pieds. La tête, la main gauche, la la jambe droite et la lame de l'épée sont brisées. Ce doit être saint Adrien (2).

Un homme en costume civil court, tenant dans les deux mains des bâtons qui sont brisés, ainsi que la tête et les jambes.

3. (pl. XXXV). — Un homme en costume civil court, d’une très grande richesse : chausses collantes, robe courte d’étoffe diaprée, ornée de rubans posés horizontalement, à manches tailladées, et rattachée devant un pourpoint également diapré par des passementeries ressemblant à des brandebourgs ou à de grands lacets, manteau jeté sur les épaules, une épée au côté. La tête et la jambe gauche sont brisées.

Statuettes :

Une femme couverte d’amples vêtements. La tête et les mains sont brisées.

Une femme au corset collant et au manteau retombant sur les épaules, retenu par un cordon lâche. La tête et les mains sont brisées.

Une femme (?) dont la tête et les mains sont brisées.

4- — Un religieux bénédictin drapé dans son ample coule d'étoffe souple, au

(1) Haut. env. i m. 25.

(2) Saint Adrien fut un saint très populaire au xve siècle et au xvic, et principalement invoqué contre la peste et la mort subite II reste encore de nombreuses images de lui en Picardie. On n'a jamais pu expliquer d'une façon absolument satisfaisante le lion qui lui est donné souvent comme attribut. M. E. Male, L’Art religieux de la fin du M.A. en France, p. 199, admet comme très plausible l'opinion proposée par le P. Cahier, que ce serait tout simplement le lion des armes de Flandre, pays où se trouve l’abbaye de Grammont.qui conservait les reliques de saint Adrien et qui était un lieu de pèlerinage très fréquenté.

très large capuchon retombant sur les épaules (i). Il la relève de la main gauche, laissant voir sa robe, qui est d’étoffe diaprée; la même main tient un livre fermé. La tête et la main droite sont brisées.

Statuettes :

Une femme dont la ceinture retombe par devant en forme de cordon de saint François. Elle tient une palme dans la main droite et un agneau (?) très fruste, dans la gauche. La tête est brisée. Serait-ce sainte Agnès?

Une femme de qualité, vêtue de l'antique surcot échancré et d’un ample manteau. Dans sa main gauche on reconnaît les restes d'un livre ouvert; à ses pieds sont une roue brisée et un philosophe terrassé par elle; ce sont les attributs bien connus de sainte Catherine. La tête et la main droite sont brisées.

Une femme également en surcot et manteau drapé. On aperçoit à ses pieds les restes d’un quadrupède, lion ou monstre. La tête est brisée. Serait-ce sainte Marguerite?

5. (pl. XXXV). — Un abbé bénédictin, vêtu de la même façon que celui auquel il fait pendant (n° 4). Il tient une crosse et un livre ouvert; une mitre perlée est à ses pieds. Sa robe est d’étoffe unie. Sa tête est brisée.

Statuettes :

Un franciscain, les reins ceints d’une corde à nœuds et étendant les bras. Sa poitrine semble découverte; le long de celle-ci on aperçoit une grande traînée qui pourrait être du sang. A ses pieds sont quelques objets frustes, impossibles à distinguer, mais parmi lesquels quelque chose ressemble à une tête. La tête et les mains sont brisées. Serait-ce saint François marqué des stigmates?

Un franciscain, dont la tête et les bras sont brisés.

Un franciscain, dont la tête et les bras manquent également.

Douze groupes, séparés par des dais d’architecture, composent chacune des deux archivoltes de la voussure. Ils sont malheureusement tellement frustes, tant par l’action du temps que par des mutilations volontaires, qu’il est impossible, bien souvent, d’y reconnaître quelque chose; plusieurs manquent absolument ; aussi faut-il apporter une très grande prudence dans leur explication.

Les groupes de personnages ont été sculptés séparément et fixés entre les dais qui les séparent au moyen de crampons de fer, qui sont encore visibles aux endroits d'où les groupes ont disparu.

En réalité, ils représentent l’histoire de saint Riquier, dont les divers épisodes ont été très certainement empruntés à la légende merveilleuse et romanesque rejetée avec dédain dans les derniers siècles, et qui se trouvait dans la grande chronique manuscrite de Centule ou de Saint-Riquier de Clovis à l’année 1437, conservée jadis dans l'abbaye. Elle est aujourd'hui perdue : Jean de la Chapelle (2) et le P. Malbrancq (3) s’en sont beaucoup servis; ils n'en ont cependant pas absolument tout reproduit, et les emprunts qu'il lui ont faits, si larges qu'ils soient, ne suffiront pas à expliquer tous nos sujets.

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