‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 55 sur 63 · Apôtre tenant les restes d’un bâton et un livre fermé · texte numérisé non relu

Apôtre tenant les restes d’un bâton et un livre fermé

16. — Apôtre dont la longue barbe est divisée en plusieurs mèches bouclées.

Il tient un livre ouvert et une hache. La hache a été donnée comme attribut à

saint Jude, à saint Mathias, à saint Mathieu. Par la place qu'il occupe, il est assez naturel de penser que c’est ce dernier qu'on a voulu représenter.

17. — Apôtre tenant horizontalement un objet difficile à comprendre et qui doit être incomplet. Serait-ce l’équerre, attribut de saint Thomas?

18. — Apôtre tenant un livre fermé et les restes d’un bâton rond.

19. — Apôtre ayant sous son bras gauche un livre fermé; sa main de ce côté manque. On ne lui voit pas d'autre attribut.

20. — Apôtre tenant un livre fermé dans sa main gauche; sa droite est brisée.

21. — Apôtre tenant un livre ouvert et une hampe ornée de nœuds, dont

l'extrémité est brisée.

22. — Apôtre portant un livre fermé sous son bras gauche, et tenant une longue hampe, dont l'extrémité est brisée, mais où il reste un gland : c’était apparemment une hallebarde ou une pique, ce qui nous donne encore ici le choix entre saint Mathieu, saint Jude et saint Thomas, dont la lance est aussi assez souvent l’attribut (1).

Au centre du grand gable qui surmonte la rangée des apôtres, les trois grandes figures suivantes, placées dans des tabernacles, représentent le Couronnement de la Vierge (pl. XXXV) :

(1) V. Cahier et Martin, Caractéristiques des Saints. Art. Lance.

23. Le Christ après sa résurrection, debout : il est barbu, presque nu, couvert seulement d'un manteau, et fait voir les plaies de ses mains.

24- Marie assise, les mains jointes, la tête nue, la chevelure tombant sur ses épaulés. Deux angelots tiennent au-dessus de sa tête une grande couronne royale, que domine le Saint-Esprit en forme de colombe.

25. Dieu le Père, debout, vieillard à longue barbe, vêtu de l'aube, de 1 etole croisée et de la chape, coiffé de la tiare et bénissant. Sa main gauche manque.

Ces trois statues peuvent compter parmi les plus belles de la façade : elles sont malheureusement placées un peu haut pour être bien vues.

Cinq statues ornent la tour, le long des piédroiis des ouies et devant le petit contrefort qui sépare celles-ci (pl. XXXIV).

Placées à une très grande hauteur, elles semblent moins soignées que les autres. Tous les personnages sont debout.

26. — Adam. C’est un homme à forte barbe, entièrement nu, muni d’une simple feuille de vigne. Il montre du doigt Eve qui lui fait vis-à-vis.

27. Eve. Comme son mari, elle est entièrement nue, à l’exception d'une feuille de vigne. Sa longue chevelure retombe sur ses épaules. Elle regarde le ciel, vers lequel elle semble tendre la pomme qu'elle tient dans sa main droite.

28. — Sur le contrefort central : saint Michel, terrassant le dragon. L’archange est couvert d’une armure de plates et tient un bouclier. C’est encore un souvenir de l’usage qui faisait dédier à saint Michel les lieux élevés, et notamment les tours des églises.

29. — Moïse, à longue chevelure et à longue barbe. Il est tête nue, mais on ne peut distinguer si ses cornes sont indiquées. Il porte une robe fort longue, par dessus laquelle est une tunique frangée par le bas. Il tient devant lui les tables de la loi.

30. — David. Il est barbu et porte le costume royal. Sa tunique, bordée d’un galon, descend jusqu’aux mollets, laissant voir ses pieds chaussés de houseaux en cuir mou, qui retombent en plis pressés sur les chevilles. Il est coiffé d’un chapeau et il joue de la harpe.

Contreforts. — A chacun des deux grands contreforts qui consolident la tour, à droite et à gauche de la porte centrale, il y a deux rangées de trois statues chacune, debout dans des tabernacles.

Rangée inférieure (pl. XXXV). — Elle comprend six évêques, ou tout au moins six prélats au visage rasé, mitrés, vêtus de la chape par dessus la dalmatique, la crosse à la main. Faute d’attributs suffisants ou tout au moins suffisamment bien conservés, il est à peu près impossible d’identifier la plupart de ces statues.

31. — Un évêque. Sa dalmatique simule une étoffe diaprée ou damassée à grenades. Des broderies formant des arabesques Renaissance ornent les orfrois de sa chape : sa mitre est très richement brodée; la hampe de sa crosse, dont la volute manque, est ciselée. Il tient de la main droite un livre fermé. A ses pieds sont deux quadrupèdes extrêmement frustes. Seraient-ce les deux bœufs attributs de saint Fursy ( 1 ) ?

(1) D'après la légende, saint Fursy, abbé de Lagny, se rendant en Angleterre, mourut à Mézerolles (Somme, arr. de Doullens). Deux compétiteurs se disputant ses restes, il fut décidé qu'ils seraient placés sur un chariot attelé de deux taureaux et qu’ils appartiendraient à celui sur le domaine duquel les taureaux s’arrêteraient. Un troisième prétendant étant survenu, on remplaça les taureaux par deux enfants de sept ans, qui amenèrent le char au Mont des Cygnes, à Péronne — V. Corblet. Hagiographie du diocèse d’Amiens, t. If, p. 232.

32. — Un évêque. Des raies de broderie ornent sa dalmatique. A ses pieds, une petite cuve où, sans doute, se trouvaient trois enlants, qui n'existent plus, permet de reconnaître presque à coup sûr saint Nicolas. Tout un coté de la statue est

f '/y ; e/'êvi ’ÿfca , ace yeccrùec /

de sa chape courent des arabesques en fermé. Sa main gauche est brisée.

Comme le n° 33 qui lui tait pendant,

entièrement rongé par l’action de la pluie et des vents de mer. Sur la cuve, il y a un écu à la bande cantonnée de six billettes, trois en chel 2 et i, et trois en pointe, posées en bande. Plusieurs familles picardes portent ces pièces dans leurs armoiries, et notamment la tamille le Vasseur d'Abbeville, qui portait d’argent à la bande d’azur cantonnée de six billettes de gueules, trois en chef et trois en pointe, et dont plusieurs membres s'appelaient Nicolas, particulièrement Nicolas le Vasseur, qui fut écheviu d’Abbeville en 1497 et '499 et maieur en 1498 (1).

33. — Un évêque. Un damassage à grenades est tracé sur sa dalmatique. A ses pieds est une sorte de reptile.

C’est très vraisemblablement saint Vigor, évêque de Bayeux, dont l’église possède le corps (2 , et qui, suivant la légende, aurait détruit plusieurs serpents (3).

L’ornementation du socle comporte trois statuettes :

a. — Elle manque entièrement.

b. — Un personnage relevant sa robe, les pieds dans l’eau et faisant un mouvement de la hanche. Tout le haut du corps manque. Malgré sa petite taille, il semble qu’on doive y reconnaître saint Christophe passant la rivière avec l’enfant Jésus sur les épaules, suivant la légende bien connue.

c — Un diacre vêtu de la dalmatique, le manipule au bras, les mains jointes. La tête manque.

3q. — Un évêque (fig. 47). Sa dalmatique est ornée d’orfrois formant une broderie quadrillée : le long des orfrois style de la Renaissance. 11 tient un livre

il a son socle orné de statuettes.

Il) V. I-A Gorgue Rosny, Recherches généalogiques sur les comtés de Ponthieu, de Boulogne , de Guines, e te. X. III, p. 1474-

(2) V. ci-dessus, pp. 20T, 273.

(3} Cahier, Caractéristiques des Saints, p. 327.

a- — Saint Michel, couvert d’une armure de plates et d’un manteau, terrassant le dragon (?). La tête, la main et le pied gauche manquent.

b. — Personnage en costume civil du commencement du xvi' siècle : pourpoint à manches tailladées, ceinture, baudrier et épée. La tête et les jambes manquent.

c- — Un religieux, portant sur sa robe un scapulaire et s’appuyant sur une bêche. La tête manque. La bêche fait tout de suite penser à saint Fiacre, dont elle est l’attribut habituel (i).

35. — Un évêque. L étoffe de sa dalmatique est à raies brodées. Deux monstres ou animaux très frustes sont à ses pieds. M. Hénocque a voulu voir dans ces deux animaux deux licornes, et il a fait de l'évêque saint Firmin le martyr. D’abord les deux animaux en question sont beaucoup trop détériorés pour qu’on puisse y reconnaître quoi que ce soit, et même des licornes moins que toute autre chose. En second lieu, si, dès cette époque, la ville d’Amiens avait pris deux licornes pour support de ses armes, je ne sache pas qu’on les ait jamais données comme attribut à saint Firmin, sous prétexte qu’il aurait été le premier évêque de cette ville. Le P. Cahier (2), qui cite la statue en question à l’article Licorne , se montre, avec beaucoup de raison, très sceptique sur cette attribution. En les regardant bien, il semble que ces deux animaux aient été plutôt des dragons.

36. — Un évêque. Sa dalmatique est ornée d’orfrois à quadrillages : un quadrillage forme également le fond des orfrois de sa chape; sur ce fond, des fleurs de lys se détachent en relief. Il tient dans sa main droite un livre fermé. A ses pieds est un petit priant imberbe, en costume royal : manteau à collet de fourrure, chapeau couronné. Il fait face au spectateur.

Rangée supérieure (pl. XXXV, XXXVI). — Le retour des deux contreforts (2 1 , 22), est occupé par deux statues d’apôtres, qui ont été décrites précédemment avec les autres.

37. — Un évêque au visage rasé, vêtu de la dalmatique et de la chape, mitre en tête, crosse à la main. La volute de cette crosse est brisée. Il tient un livre ouvert.

38. — Un pape coiffé de la tiare, vêtu de la dalmatique et de la chape, tenant la hampe brisée d’une crosse, ou plutôt d’une double ou triple croix, et un livre ouvert, dont il présente le texte au spectateur. Dans l’état où il nous est parvenu, il ne semble pas avoir d’attribut.

39. — Un cardinal au visage rasé et fruste, vêtu de la cappa magna lui enveloppant la tête, qui est coiffée par dessus du chapeau cardinalice. Il tient la hampe d’une crosse ou plutôt d'une double croix, dont le sommet est brisé. Il caresse un lion debout à côté de lui. A ces attributs bien connus, il est impossible de ne pas reconnaître saint Jérôme. A ses pieds est un écu à un chevron accompagné de trois pièces frustes (3).

<40. — Un évêque, dont le visage est très fruste, vêtu de la dalmatique et d’une chape aux orfrois brodés d'arabesques Renaissance. Il est mitré et crossé — la volute de la crosse est brisée — et il tient un livre ouvert.

Il ne semble pas avoir plus d’attribut que l’évêque qui porte le n° 37, mais la présence de saint Jérôme accompagné d’un pape et de deux évêques, ne peut

(ij V. ci-dessus, p. 301.

(2) Caractéristiques des Saints, p. 504.

I3) M. Hénocque y a vu les armes d’Eustache le Quieux (au chevron accompagné de trois gerbes); c’est probable, mais les trois pièces qui accompagnent le chevron sont absolument méconnaissables.

laisser aucun doute : ce sont bien les quatre grands docteurs de l’église latine : saint Jérôme, saint Grégoire le Grand, saint Ambroise et saint Augustin, bien que l'absence d’attributs distinctifs ne permette pas de distinguer ces deux derniers évêques l’un de l’autre.

Ailes latérales (i) — Porte du nord (pl. XXXVII;. — Les piédroits sont ornés chacun d’une statue.

41. — Statue très abîmée d’un homme en très somptueux costume civil. Son pourpoint est orné de bandes obliques. Devant sa ceinture est un objet de forme rectangulaire ressemblant à un livre fermé, et difficile à expliquer. On ne peut plus distinguer son geste, ses bras étant brisés. On voit encore la main gauche oui relève son manteau. Un chien est assis à côté de lui. Un autre chien (?) semble lui lécher ou lui mordre le pied. On fait généralement de cette statue un saint Roch; mais ce n’est pas ainsi que l’on représente d’ordinaire ce personnage, à qui l’on donne un vêtement beaucoup plus simple de mendiant ou de pèlerin; de plus, saint Roch n’est jamais accompagné que d’un seul chien, lequel lèche, non pas le pied du saint, mais une plaiè que celui-ci porte à la cuisse et qu’il montre du doigt (2).

42. — Le personnage qui lui fait face est évidemment saint Gilles. C'est un ermite barbu, coiffé d'un bonnet et caressant une biche (3). Cette statue est très fruste; un peu plus petite que celle qui lui fait pendant, elle a été grossièrement surélevée par des briques et par des carreaux de terre cuite.

43. — L’archivolte de la voussure est ornée de six groupes sculptés, malheureusement dans le plus pitoyable état, ce qui ne facilite pas leur explication.

a. — Un groupe de personnages, dont un seul a conservé sa tête. Il est barbu. Un autre semble vouloir se défaire de son manteau que son voisin l’aide à ôter. Un quatrième semble s’avancer vers les premiers, tenant à la main un bâton garni d’un nœud. Ce bâton, qui est brisé, pourrait bien être un bourdon de pèlerin.

b. — Deux personnages paraissant aller l'un vers l’autre. L’un d’eux tient son chapeau velu à la main Tous deux ont la tête brisée.

c. d. — Groupes entièrement frustes et où il n'est plus possible de rien distinguer.

e. — Un religieux mort étendu sur une natte : un autre religieux se tient debout à ses pieds. Dans le haut de la composition, on croit apercevoir des anges. Toutes les têtes sont cassées.

f. — Un cercueil couvert d'un drap, et, en avant, les débris de deux personnages.

Doit-on voir dans ces différents sujets les événements qui ont précédé et

accompagné la mort de saint Riquier? Leur mauvais état de conservation, la disparition de la grande chronique de Saint-Riquier, ne nous permettent rien de précis sur ce point.

Le petit tabernacle qui occupe le milieu du tympan est aujourd’hui dépouillé de la statuette qu'il abritait jadis.

44. — Au commencement du xix' siècle, on voyait encore dans l’accolade renflée qui surmonte la porte, une statue que Gilbert (4) décrit ainsi : « une statue représentant saint Riquier revêtu du costume ordinaire aux gentilshommes de son temps, qui, suivant l’habitude des artistes du xvi° siècle, est celui de cette époque.

(1) Correspondant aux bas côtés.

(2) V. ci-dessus, p. 29 7.

(3) On connaît la légende de saint Gilles, qui, dans sa solitude, était nourri par une biche. Poursuivie par des chasseurs, la biche alla se réfugier près de lui, et il fut lui-même atteint de la flèche dirigée contre elle.

(4) Description historique de l'église de St-Riquier , p. 79.

(1) Hist . de St-Riquier , I. Il, p. 379.

(2) V. ci-dessus, p. 300.

A ses pieds se voient un lion et un loup qui dévorent deux jeunes enfants. Ces ligures, qui sont allégoriques, offriraient, suivant toute vraisemblance, le symbole de l'idolâtrie que saint Riquier contribua à détruire, et de l’enfancedu christianisme qu’il établit dans cette contrée ». La statue n’existait déjà plus du temps de l’abbé Hénocque. Celui-ci soupçonne bien (i), et il aurait pu le faire d’une façon plus affirmative, que c’était non pas saint Riquier, mais saint Eustache, patron d’Eustache le Quieux. C'est en effet la façon bien connue et très fréquente de représenter saint Eustache, passant un fleuve entre ses deux enfants, qui, dans le même instant, sont ravis l’un par un lion et l'autre par un loup Nous l’avons déjà rencontrée dans la Trésorerie (2).

Porte sud. — Les piédroits sont ornés chacun d’une statue.

q5. — Une femme richement costumée. Elle est fortement cambrée en arrière, le ventre porté en avant : sur sa fausse jupe ornée par en bas d'un très riche galon, s’étale une magnifique ceinture double, dont les deux rangs sont réunis par une sorte de lacet, et le rang inférieur, orné de bouffettes. Sa tête est brisée; on ne voit plus que le bas de sa chevelure, qui retombait sur ses épaules.

46 fpl. XXXVIII). — Une femme assez simplement vêtue, mais largement drapée dans un ample manteau. Elle a le buste moulé dans un corset. Elle tient un bénitier, ce qui pourrait faire reconnaître sainte Marthe; mais on ne voit pas trace de la tarasque. Sa tête est brisée.

47. — Les six groupes sculptés qui s’échelonnent le long de l’archivolte sont consacrés à l'histoire de la Vierge Marie, dont les principaux épisodes sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'y insister.

a. — Rencontre d’Anne et de Joachim à la Porte dorée. Une porte de ville flanquée de deux grosses tours rondes à créneaux et mâchicoulis. Devant cette porte. Anne et Joachim s’embrassent. Joachim, vêtu d’une longue robe, a son chapeau attaché sur l’épaule; une bourse est pendue à sa ceinture. 11 semble affaissé par l’âge. Anne est très simplement vêtue, un voile sur la tête. Ce groupe est à peu près intact.

b. — Nativité de Marie. Anne est couchée dans un lit à ciel. Deux suivantes

— la tête manque à l’une d’elles, et, à l’autre tout le haut du corps — font le geste de baigner l’enfant dans un baquet. L’enfant n’existe plus.

c. — Ce groupe est très fruste. Peut-être représentait-il les fiançailles de Marie.

d. — L'Annonciation. Marie est agenouillée devant un prie-Dieu; l’ange est debout devant elle. Les têtes manquent; tout le reste est en très mauvais état.

e. — Nativité de Jésus. A l’entrée d’une cabane, l’Enfant nu est couché dans la crèche. Marie et Joseph, dont les têtes sont brisées, sont agenouillés à ses côtés. Dans le fond, on aperçoit un chœur d’anges.

f. — L’Adoration des Mages. Marie est majestueusement assise sur un escabeau rustique à quatre pieds, à la porte de la cabane. Sa tête manque. Elle tient l’enfant

— presque entièrement détruit — sur ses genoux. Un roi mage barbu est agenouillé devant lui, la tête découverte, son chapeau couronné dans une main, et présentant de l’autre un hanap dont il ne reste que le pied. Les deux autres rois mages, dont les têtes sont brisées, se tiennent debout par derrière.

48. — Dans la pointe de l’accolade, une statue représente une femme debout, très somptueusement costumée. Sur son corset qui lui moule le buste et les hanches

s’étale une magnifique ceinture retombant par devant en forme de chaîne. Un manteau est jeté sur ses épaules et élégamment ramené en avant des jambes. Une coiffure en forme de bourrelet est posée sur sa longue chevelure qui retombe sur ses épaules. Elle tient un gros cierge dans sa main droite; la gauche manque. C'est évidemment sainte Geneviève avec le cierge qu'elle tenait à la main lorsqu'elle était en prières et qui s'alluma spontanément (i).

Chacun des contreforts extrêmes de la façade est orné d'une grande statue dans un tabernacle sculpté :

4g. — Sur une console et sous un dais, est une statue extrêmement fruste, dont la pierre est entièrement rongée par les pluies et par les vents de mer. On y distingue à peine que le personnage représenté avait les jambes nues et qu'il était drapé dans un manteau. Il tenait un objet qui a presque entièrement disparu. Sa tête est brisée. A ses pieds était un quadrupède, lion ou caniche. Dans l’état où se trouve cette statue, il paraît absolument impossible d'identifier le personnage qu’elle pouvait bien représenter.

5o. — Cette statue n’est pas en beaucoup meilleur état que la précédente On peut toutefois y reconnaître à coup sûr sainte Anne assise apprenant à lire à Marie enfant. Les têtes manquent.

Les vantaux en chêne des portes datent du temps de l'abbé d’Aligre. Ceux de la porte centrale sont couverts de sculptures assez riches, mais d’une composition assez mauvaise. On voit sur l’un le buste du Christ, et sur l’autre celui de la Vierge, sculptés en bas relief dans des médaillons circulaires. On y voit aussi les armes de l’abbé d'Aligre et celles de l'abbaye, tenues, les premières par deux lions, les autres par deux anges à peu près nus, toutes deux timbrées de couronnes (2).

Ceux des portes latérales sont beaucoup plus simples.

Couvertures.

Les combles et les couvertures ne remontent, bien entendu, qu’à l’époque de l'abbé d’Aligre.

Du grand comble, qui est couvert en ardoise, il y a peu de chose à dire.

Au centre de la croisée s’élevait jadis un campanile en bois couvert de plomb. 11 était de forme octogonale et se composait de deux étages formant galeries à jour et surmontés d’une calotte terminée par une croix en fer. Au dire de Gilbert (3), il s’élevait à environ quatre-vingt pieds au-dessus du comble de l’église. A la suite de l’ouragan du 18 brumaire an IX, il fut supprimé (4). Le dessin du Monasticon gallicanum (fîg. 4) peut en donner une idée suffisante.

(1) Leg. aur. addit. De sancta Genovefa. Il ne faut pas s’étonner de la richesse de son costume. La légende dorée ne dit nullement que sainte Geneviève ait été bergère, comme on le croit généralement aujourd’hui, mais au contraire qu'elle était née de parents « honestis ». V. ci-dessus, p, 279.

(2) Elles ont été mutilées à la Révolution ; et de plus, les parties les plus saillantes, qui étaient appliquées à la colle, sont presque toutes tombées.

(3) Description historique de l'église . de St-Riquier, p. 83.

(4) V. ci-dessus, p. 233.

Ce campanile a dû contenir un certain nombre de cloches : outre Yoculus ménagé au centre de la voûte de la croisée pour servir de passage à celles-ci, cette voûte est percée vers cet endroit de sept passe-cordes.

La chapelle de la Vierge est également couverte en ardoises.

Originairement, chaque travée des bas côtés et du déambulatoire devait être couverte d une toiture en pavillon à quatre pans, peu élevée, de manière à ne pas intercepter la lumière dans les fenêtres hautes, qui, nous nous en souvenons, descendent presque jusqu’à la hauteur des clefs de voûte du bas côté. Nous en avons d'ailleurs une preuve dans 1 existence de gargouilles en pierre dans chaque culée à la hauteur de la corniche des collatéraux. Avec la façon dont les bas côtés ont été couverts par la suite, ces gargouilles n eurent plus aucune utilité. Antérieurement, elles servaient à rejeter les eaux tombant dans la noue entre deux toitures sous l’arc boutant, et qui passaient dans un caniveau pratiqué à l’intérieur de la culée.

Ces bas côtés avaient reçu un mode de couverture assez barbare, dont le moindre inconvénient était de boucher une partie des fenêtres hautes de la nef et de dénaturer assez sensiblement l’aspect extérieur de l’édifice, sans parler de la difficulté qui en résultait pour l’écoulement des eaux.

Ces pignons de pierre avaient été établis non pas, comme on l’avait fait, par exemple à la cathédrale d’Amiens, dans l'axe de chaque travée, mais dans celui des arcs-boutants, de sorte que les deux rampants du pignon étaient à droite et à gauche de la culée. Sur ces pignons dont l'effet, au chevet surtout, était extrêmement disgracieux, on avait jeté des toitures couvertes en tuiles dont la poutre faîtière allait de la culée au contrefort sur lequel s’appuie l’arc-boutant. Entre deux toitures, sur les bas côtés, un appentis couvert de même, et dont on se demande l’utilité, puisqu'on avait pu s’en passer au déambulatoire, descendait de l'arcature qui partage horizontalement en deux les fenêtres hautes, dont toute la partie inférieure avait été bouchée. Les anciennes gargouilles en pierres pratiquées dans les culées de la nef étant devenues ainsi inutiles, l’écoulement des eaux entre deux toitures voisines se faisait par de misérables gargouilles en plomb placées au milieu de chaque travée.

Ces couvertures étaient devenues très mauvaises. On est en train de les remplacer par des terrasses en ciment armé, qui ont du moins l’avantage de dégager les fenêtres hautes. Ce travail est déjà exécuté sur tout le déambulatoire et les chapelles rayonnantes. Il va être poursuivi sur les bas côtés de la nef (i)

Accessoires et mobilier.

i° Ameublement de l’abbé d’Aligre.

Nous avons vu (2) qu'au xviii0 siècle, l'abbé d'Aligre, après avoir relevé l'église de ses ruines, la dota d'un somptueux mobilier, qui fut complété par ses successeurs.

Comme ce mobilier a été exécuté pour former un ensemble, suivant une donnée générale scrupuleusement suivie, qu’il nous est parvenu à peu près au

(1) V. ci-dessus, p. 240.

(2) V. ci-dessus, p. 228.

complet, et qu'il lorme encore aujourd'hui presque tout l'ameublement de l'église, nous le décrirons séparément. Nous parlerons ensuite des quelques autres objets dignes d'intérêt qui n'en font pas partie.

Chœur.

Dans le sens liturgique du mot, c'est-à-dire en le comprenant comme l'enceinte réservée aux religieux et dans laquelle s’accomplissaient les cérémonies, le chœur s'étend jusqu'aux piliers occidentaux du transept ( 1 3 a. 14 a), englobant tout le carré de celui-ci .

Là, une magnifique grille en fer forgé (1) ferme le chœur, entre les piliers i3 a et i3 b, i3 a et 14 a, 14 a et 14 b. D'autres grilles occupent l’intervalle entre les piliers 1 5 a et 17 a, 16 a et tS a, formant les portes latérales du chœur. Ces grilles échappent, bien entendu, à toute description, et une reproduction peut seule en donner une idée (pl. V, VI, XX, XXXIX).

Observons seulement que l’écusson, qui ornait le fronton central de la grille principale, a dû être enlevé à la Révolution. Il portait sans doute, soit les armes de l'abbaye, soit celles de l'abbé d'Aligre — le chiffre de celui-ci est répété six fois dans la frise de cette même grille. — L'abbé Padé fit mettre à la place un écu aux armes de Mgr de Chabons, évêque d’Amiens (1822-1837) (2). La modeste croix de fer qui surmonte ce fronton doit en remplacer une autre plus riche, qui aura aussi été abattue à la Révolution (3).

Le fronton de chacune des deux grilles latérales i5 a- 17 a et 16 a - iS a est orné d’un écusson aux armes de l’abbé d'Aligre (4), qui a échappé à la destruction des emblèmes féodaux. Le dessin de ces deux grilles est un peu moins riche que celui de la grille principale.

D'autres grilles dormantes, encore plus simples, garnissent les intervalles laissés vides par l'ornementation du sanctuaire entre les piliers du rond point (5).

Les stalles (6) des religieux ipl 11, VI, XL, XLI1, XLIII) occupent toute la croisée du transept. Elles sont en chêne sculpté, d'une composition satisfaisante, et d'une parfaite exécution, mais d'un style un peu banal (7). Placées sur deux rangs, elles occupent les intervalles entre les piliers i3 a et 1 5 a, 14 a et 16 a, et se retournent face à l'autel, à droite et à gauche de l'entrée du chœur, derrière la grille.

Il y a en tout soixante-huit stalles, dont deux maîtresses stalles, à droite et à gauche de l'entrée du chœur, trente-huit stalles hautes et vingt-huit stalles basses.

Dans leur ornementation, ori a souvent fait figurer des soleils. A-t-on voulu rappeler l'emblème de Louis XIV ou bien les armes de l’abbé d’Aligre (8).- Peut-être les deux.

Toutes les miséricordes sont en forme de cul-de-lampe, d'un dessin uniforme.

Des passages ménagés à travers les stalles basses, permettent d'accéder aux stalles hautes, et des rampes sculptées arrêtent toutes les extrémités. Les deux rampes qui

(1) * Cancellos, valvas, magnifiée erexit Inscr. commémorât., v. ci-dessus, p. 228.

12) D'azur au lion d'argent, à la fasce de sinople chargée de trois besants d'argent brochant sur le tout. — V. Hknocque, Hist.. . de St-Riquier, t. II. p. 391.

(31 II en fut de même, par exemple, pour la grille de l'entrée du chœur de la cathédrale d’Amiens.

(4) Burelé d’argent et d’azur, de dix pièces, au chef d’azur, chargé de trois soleils d’or.

(5) Malheureusement, faute d'entretien, ces grilles se détériorent de plus en plus.

(6) « Chori sedilia . construxit *. Inscr. commémorât. V. ci-dessus, p. 228.

(7) Pendant la Révolution, des vandales ont brutalement mutilé les couronnes, les fleurs de lys et les autres emblèmes héraldiques.

(8) Nous retrouverons encore le soleil à d'autres endroits des décorations de l’abbé d'Aligre,

avoisinent les deux maîtresses stalles, à l'entrée du chœur, sont surmontées chacune d un lion luttant contre un autre animal. Des lions au repos couronnent toutes les autres rampes à travers les stalles basses. Les quatre rampes placées à droite et à gauche de l'entrée du chœur sont en outre décorées de bas reliefs représentant les quatre évangélistes écrivant leurs évangiles et accompagnés chacun de son animal symbolique (i). D'autres bas reliefs représentant saint Pierre et saint Paul garnissent également les deux rampes aux extrémités des stalles basses vers le sanctuaire.

Du même côté, la menuiserie des stalles hautes se continue à la partie inférieure des piliers i5 a et 16 a. Le panneau principal de cette menuiserie est sculpté en bas relief : du côté sud, saint Angilbert la tête ornée d'un nimbe, et Charlemagne en costume impérial, le globe à la main, devisant devant un édifice en ruines; du côté nord, les deux mêmes personnages devant un édifice terminé, que Charlemagne montre du doigt. On a évidemment voulu synthétiser dans ces deux sujets la restauration de l'abbaye par Angilbert encouragé par Charlemagne, avec peut-être l’idée de symboliser en même temps la nouvelle restauration entreprise par l'abbé d’Aligre(2).

Entre les piliers i3 a et i5 a, 14 a et tô a, les stalles hautes sont surmontées d'un haut dossier également en menuiserie, dont la composition générale comprend un ordre ionique riche, à pilastres cannelés. Entre chaque pilastre est une archivolte en plein cintre, dont les piédroits encadrent un panneau plein et nu. Des motifs variés et fort jolis sont sculptés dans les tympans des archivoltes. Un emblème, généralement entre deux figures d'anges, forme le milieu de chacun d'eux. Du côté nord (3) : les armes de l'abbaye (4); le buste du Christ, sur la tête duquel les deux anges qui l'accompagnent posent une couronne de feuillage; un calice surmonté d'une hostie, avec des épis et des raisins figurés dans les rinceaux; une flamme à laquelle l'un des deux anges présente un cœur; une croix; la couronne d'épines tenue par les deux anges; une couronne royale (5). — Du côté sud : les armes de l'abbé d'Aligre (6), tenues par deux lions tenant la place des deux anges qui se trouvent dans les autres; le buste de la Vierge couronnée par les deux anges qui l’accompagnent; un ostensoir en forme de soleil; la lance et l’éponge de la Passion tenues par les deux anges: une mitre; le chiffre de l’abbé d’Aligre surmonté d'une couronne (7); un soleil accompagné de deux lions, est-ce l’emblème de Louis XIV ou celui de l'abbé d’Aligre :

Des couronnes (8) et des branchages (9) décorent le soubassement. Une suite de rinceaux entremêlés de fleurs de lys (10) court le long de la frise (11).

Ce haut dossier est adossé à un mur en pierres de taille simulant un ordre toscan à pilastres, fort nu et fort laid, du côté des croisillons du transept.

Entre les piliers i3 a et 14 a, le haut dossier n'a pas été continué. Tout l'intervalle au-dessus des stalles a été rempli par la grande grille dont nous avons parlé, afin de ne pas masquer la perspective de l'église.

fi) Aux stalles hautes, saint Luc et saint Marc; aux stalles basses, saint Jean et saint Mathieu.

(2) « Illustrissimo abbati Carolo d'Aligre .. .. Angilberto alteri «. Inscr. commémorât.; v. ci-dessus, p. 228.

(3) En partant de l’entrée du chœur.

(4) Les fleurs de lys ont été enlevées.

(5) Elle est mutilée.

(6) Elles sont mutilées.

(7) Le chiffre et la couronne sont mutilés.

(8) Elles sont mutilées.

(9) Houx, vigne, palmier, olivier, chêne, rosier, jasmin.

(10) Celles-ci sont mutilées.

(11) Les boiseries du chœur de l’église voisine d'Ailly-le-Haut-Clocher ne sont pas sans analogie avec les hauts dossiers des stalles de Saint-Riquier.

Ali milieu de ce chœur se dresse un magnifique lutrin (pl. XLIII) (i). Sur un pied triangulaire en marbre de Rance, orné de motifs en bronze (2), trois petits génies à peu près nus, également en bronze, soutiennent l’aigle qui sert de pupitre.

/r/r/ 4#.- Z e C/i rts/ afr GiretreZo/i .

Cet aigle, qui était, dit-on, primitivement en bronze et « modelé avec art », fut, dit Gilbert, « enlevé lors de la première Révolution et porté au musée des Monuments français » (3). Un aigle en bois assez bien sculpté le remplace.

(1) « Pulpitum . construxit *. Inscr. commémorât.; v. ci-dessus, p 228. — Haut 2 m. 70.

(2) Plusieurs de ces motifs sont tombés

(3) Gilbert, Descr. hist de l’église . de St-Riquier, p. 120. — Je l'ai vainement cherché dans le catalogue de ce

musée Alexandre Lenoir, Musée des Monuments français, 6 vol. in-8°. an IX-1806, etc.). Dans tous les cas, il ne se trouve pas au musée de Cluny, comme le prétend l'abbé Bouthors (Hist. de St-Riquier , p. 286’, qui a dû confondre

Page 1