‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 56 sur 63 · EL · texte numérisé non relu

EL

La travée 1 5, 1 6, 17, 18 a été laissée vide, pour servir de dégagement entre les stalles des religieux et le sanctuaire.

Celui-ci est surélevé de cinq marches.

Question de style et de convenance mise à part, il faut convenir que le parti adopté par l’architecte de l’abbé d’Aligre est loin d’être heureux. Il a entouré le sanctuaire d'un ordre ionique en marbre de Rance rehaussé de marbre blanc, le tout surmonté de pots à feu. Mais comme, par une intention très louable, il n’a voulu ni masquer les chapiteaux des piliers gothiques du rond point, qui ne sont pas déjà placés très haut, ni boucher les grandes arcades, il a dû descendre son entablement fort bas, et ne placer de colonnes qu'au droit des piliers, par conséquent à des intervalles beaucoup trop grands. Il en résulte dans l’ensemble un aspect lourd, écrasé, disgracieux et brisant d’une façon tout à fait fâcheuse l’harmonie des lignes (1).

Des soleils en bronze ornent la frise au-dessus des colonnes.

Vers le déambulatoire, le revers de cet ensemble architectural est garni de menuiserie.

Sur l’entablement, dans la grande arcade centrale du rond point, au-dessus du maître autel, s’élève un grand crucifix (fig. 48) en chêne sculpté et peint (2), qu’une tradition constante et autorisée, bien qu’elle ne soit appuyée sur aucun document écrit, attribue au sculpteur François Girardon (3). C’est une fort belle pièce et de tous points digne du grand artiste. Je dirai plus, ce Christ présente les plus grandes analogies avec celui — bien authentiquement de Girardon — que conserve l’église Saint-Remy de Troyes. La tête, dont le type est à peu près le même, est penchée de la même façon, peut-être avec un peu plus de pathétique à Troyes qu’à Saint-Riquier : c’est la même manière de rendre les mains avec l’index levé, la même manière de placer les jambes, le genou gauche sous le droit, la même draperie flottant à droite.

Sous les six autres grandes arcades qui entourent le sanctuaire, l’entablement était surmonté de six châsses contenant les corps saints possédés par l'abbaye. Les anciennes (4), qui étaient pour la plupart en métaux précieux, ont disparu à la Révolution; les corps qu’elles renfermaient ont été replacés dans d’autres moins somptueuses, mais dont deux sont anciennes et intéressantes et seront décrites avec les meubles divers de l’église.

ce musée avec le musée des Monuments français dont parle Gilbert. — Au dire de Dusevel (Eglises, châteaux beffrois, t. II, p. 13), il aurait été brisé en 1793, « par un bon citoyen, qui voyait avec peine qu'on allait l’enlever et le porter à Abbeville »?

(1) Dupuis et Christophle ont été mieux inspirés dans la décoration du sanctuaire de la cathédrale d’Amiens.

(2) Haut, du Christ : 2 mètres.

(3) Prarond, Histoire de cinq villes et de trois cents villages , 40 partie, t. I, p. 308, d’après Traullé. — Gilbert,

Descr. histor. de l’église . de St-Riquier , p. 123, — etc. L’inscription commémorative des travaux et des

embellissements dus à l’abbé d’Aligre (v. ci-dessus, p. 228) n’y fait aucune allusion.

(4) Parmi ces châsses : celle de saint Riquier, était « une belle grande châsse d’argent, très bien élabourée et faite en forme d’église, avec vitres. Dans cette châsse sont les corps de saintes Elevare et Sponsare, vierges et

martyres . La châsse d’argent en laquelle est le corps de saint Vigor, évesque de Bayeux . Dans une autre

châsse d’argent sont les corps de saint Caydoc et saint Adrian, autrement Fricorius, prestres hybernois, qui ont converti saint Riquier à la foy; ou au moins la plus grande partie, car ils ont une châsse aussy de ces saints au Trepport; et le corps de saint Mauguil. Une autre petite châsse d’argent, en forme de pavillon quarré. d’environ un pied et demi de hauteur, en laquele sont des reliques de saint Pierre, saint Paul, saint Lite, saint Timothée, sainte Pétronille et sainte Thècle. Une autre châsse de bois doré, dans laquelle sont plusieurs reliques incognues ». Lettre de dom Cotron à dom Mabillon, 27 janvier 1673, publ. dans Lot, Hariulf, p. 293. — La châsse de saint Angilbert était un don de l’abbé d’Aligre. « Capsam .... erexit ». Inscript, commémorât. V. ci-dessus, pp. 228 et 229. — L’abbé Hénocque prétend que la châsse en bois noir qui renferme actuellement le corps de saint Angilbert est la même que

celle qui fut faite par l’abbé d’Aligre, moins les lames d’argent enlevées à la Révolution (Hist . de St-Riquier ,

t. II, p. 293). Cependant cette châsse est exactement semblable à celle qui renferme le corps de saint Riquier : ni l’une ni l’autre ne porte de traces d’arrachements.

Dans l’entablement, sous chacune des châsses, un cartouche en bois sculpté et doré porte le nom du saint qu'elle renferme : S. RICHARIVS. — S. MADELGISILVS. — PLVRIVM SS. — S. ANGILBERTVS. — S. VIGOR ET C. — PLVRIVM SS. (i).

Dans la travée du milieu, sous le grand Christ, un cartouche semblable porte le mot : IESVS.

Le maître autel (2), exécuté très vraisemblablement en Italie, est un autel dit à la romaine. Il comprend trois panneaux de marbre blanc : une corbeille de fleurs et des têtes de chérubins sont sculptées dans celui du milieu (3); des chûtes de fleurs dans les deux autres. Ils sont séparés par deux grands panneaux en mosaïque de Florence. Seuls un tabernacle et un gradin peu élevés surmontent cet autel. Le tabernacle est d’une forme assez peu gracieuse; la porte, en cuivre ciselé et doré, figure l'Agneau couché sur le livre aux sept sceaux, sous un pavillon drapé. La pierre d'autel, qui doit être plus ancienne, est une grande dalle de pierre grise mesurant 3 mètres de long, sur 68 centimètres de large. Cet autel est élevé sur trois marches de marbre de Rance. Des marbres de diverses couleurs, parmi lesquels on a remployé quelques morceaux de porphyre rouge et vert provenant de l’ancien dallage d’Angilbert, forment un dessin en damassage sur le palier. Sur cet autel sont posés un Crucifix et six chandeliers (4) en cuivre ciselé et argenté (5), d'un très beau style, aux armes et au chiffre de l'abbé d'Aligre (pl. XLII). Une très jolie lampe (6) également en cuivre ciselé et argenté, au même chiffre (pl. XLI) est suspendue devant l’autel. Le fumivore de cette lampe figure une couronne royale fleurdelysée.

On conserve dans le trésor quelques objets de la même provenance et de la même époque, destinés au service du grand autel (pl. LVII) :

i° Un canon d’autel avec le Lavabo et l 'In principio, dont le texte est gravé sur des lames d’argent, dans des cadres de cuivre ciselé et doré. Au milieu du canon, un bas relief en cuivre doré représente l’Agneau immolé, sur un autel surmonté des instruments de la Passion, et entouré de têtes d’anges sortant de nuages. Le revers des trois tableaux est en écaille.

20 Les ornements en cuivre doré et ciselé de la reliure d'un évangéliaire et d'un épistolier. Chacun d’eux se compose : pour le plat antérieur d’une grande plaque où est figurée en demi-bosse, dans l’une, le Crucifiement, et dans l’autre, les apôtres saint Pierre et saint Paul, le tout entouré d’un encadrement semblable à celui des canons; pour le plat postérieur, de quatre coins au chiffre de l’abbé d'Aligre et d'un écusson de milieu, sur lequel est figuré un abbé portant la crosse. Dans le courant du xviii1 2 3 4 5 6 siècle, ces ornements ont été remontés sur la reliure en maroquin rouge de deux exemplaires du missel d’Amiens de 1752, sur le titre duquel est écrit à la main : Ex libris monast. S. Richarii Centul. Catalogo inscriptis ij65 K J.

3° Un bâton de chantre également en cuivre ciselé et doré, à l’effigie de saint Riquier, en chape, mitre et crosse, et dans l’ornementation duquel figurent des fleurs de lys et des soleils.

Près de l'autel, du côté de l’épître, est placée une crédence toute en marbre de Rance.

(1) S. Riquier, S. Mauguille, plusieurs saints, S. Angilbert, S. Vigor, plusieurs saints.

(2) * Altare marmore ... ditavit ». Inscr. commémorât., v. ci-dessus, p. 228.

(3) Sur la corbeille, le sculpteur s’est amusé à figurer très légèrement et d’une façon à peine visible la Fuite en Egypte.

(4) Haut, du Crucifix : 1 m. 70. — Id. des chandeliers : 92 centimètres.

(5) Je ne sais où l’abbé Hénocque a vu qu'ils étaient autrefois dorés (Htst de St-Riquier , t. II, p. 387). Cela

n’est guère vraisemblable.

(6) Haut, totale, 3 mètres.

Le dallage du chœur et du sanctuaire (i) est formé de carreaux de marbre alternativement noirs et blancs.

Chapelles.

A l’exception de la chapelle actuelle de Saint-André (chapelle VI), qui, jadis, servait de passage, toutes les chapelles ont été meublées au temps de l’abbé d’Aligre (2) et de ses successeurs (3), d’une façon uniforme. Elles sont garnies jusqu’à l’appui des fenêtres par des boiseries en chêne sculpté, dont le motif principal est un ordre ionique à pilastres, motif adopté déjà pour le haut dossier des stalles du

Fig. 49. — Clôture des chapelles.

chœur (4), avec lesquelles elles forment un ensemble. Celles-ci, cependant, sont traitées avec un peu plus de simplicité et n’ont de sculptures qu’aux chapiteaux des pilastres et le long de la frise (pl. VII, X, XX). On a donné un peu plus de richesse à celles de la chapelle centrale du chevet (chapelle XI — pl. XIII).

L 'autel de cette dernière est à la romaine. Dans toutes les autres, le retable est pris dans la boiserie même : un tableau sur toile, et notamment un de ceux qui ont fait l’objet du concours dont nous avons parlé (5), occupe le milieu de ce retable. Un simple fronton le surmonte (pl. VII). Les autels eux-mêmes n’ont aucune décoration. Ils étaient destinés à être couverts par des parements d’étofîe. Ceux-ci n’ont été supprimés que dans ces derniers temps et remplacés par des menuiseries très vulgaires.

La clôture de chaque chapelle consiste en une balustrade en fer forgé à hauteur d’appui, d’un très joli dessin, datant de 1710 (pl. VII, XIII, XX, fig. 49) (6).

Pour soustraire les tableaux à l'action de l’humidité qui compromettait gravement leur conservation, on a pris naguère le parti, regrettable, mais nécessaire, d’en enlever plusieurs de leur place, pour les accrocher aux murs des chapelles.

Chapelle I. Saint-Michel. — La boiserie occupe seulement la travée la plus orientale de cette chapelle, vers le chœur, dans laquelle l’autel est appuyé au mur 1 5 b c.

(1) « Chori . pavimentum . construxit *. Inscr. comraémor. V. ci-dessus, p. 228.

(2) Chapelles III, VII (probablement), VIII, IX, X, XI.

(3) Chapelles I, V.

(4) V. ci-dessus, p. 331.

(5) V. ci-dessus, p. 230. Il faut y ajouter ceux des chapelles I et V, placés seulement en 1710.

(6) V. ci-dessus, p 231

Le tableau (i) du retable (pl. XLIX) représente le patron de la chapelle, l'archange saint Michel, terrassant le dragon, par Louis Silvestre, 1712. Il est signé : Silvestre pinxit 1712. Cette peinture est une des plus défigurées par la restauration de 1840 (2).

La balustrade en fer forgé n'enferme également que cette seule travée, qui constitue la chapelle proprement dite.

Chapelle III. Saint- Angilbert. — Le tableau (pl. L) (3) par Bon Boullongne, est un de ceux qui avaient été mis au concours par l'abbé d'Aligre en 1690 (4). Il représente saint Angilbert recevant l’habit de religieux. Dans un édifice de style baroque, Symphorien, abbé de Saint-Riquier, en simple costume de religieux, passe à Angilbert la coule sur ses habits de soldat romain de fantaisie, en présence d’autres soldats et d’un enfant de chœur qui tient un cierge et un livre. La toile est signée : Boullongne in. fec.

Chapelle V. Saint-Gervin. — Le tableau (pl. LI) (5), peint par Louis Silvestre en 1712, représente l'invention du corps de saint Angilbert par l'abbé saint Gervin (6). A l’entrée du chœur de l’église, une fosse est ouverte, de laquelle des fossoyeurs retirent des ossements. Gervin, l'étole au cou, tient dans ses mains le crâne d’Angilbert qu'il examine avec attention, assisté de deux autres religieux et d’un enfant de chœur en aube tenant un cierge allumé. Un autre religieux assis dresse le procèsverbal de l'invention : on voit à côté de lui la pierre sépulcrale, sur laquelle ces mots sont écrits : Rex, lex, lux, pax. Ce tableau est signé : Silvestre pinxit 1712. La restauration qu’il a subie est fortement blâmée par Pli. de Chennevières (7).

Chapelle VIL Saint-Benoit. — Le tableau (pl. LU) (8) d'Antoine Paillet, bien qu'il ne soit ni daté ni mentionné par d’Argenville, doit être un de ceux que l’abbé d’Aligre avait mis au concours en 1690. Paillet n’avait pas la même notoriété que les auteurs des autres tableaux; c’est pourquoi, sans doute, d'Argenville, qui n’avait pas la prétention d’être complet, l’a passé sous silence. On y voit l'oblation de saint Maur et de saint Placide enfants à saint Benoît. A la porte du monastère de Subiaco, saint Benoît accueille les deux enfants agenouillés devant lui et présentés par leurs parents. Le tableau porte pour signature : Paillet inv. et pinxit (9).

Chapelle IX. Saint-Pierre (10). — Le tableau (pl. LIII) (11) du retable a été peint par Claude-Guy Hallé pour le concours institué en 1690 par l'abbé d'Aligre. Il représente, d'une façon assez banale, Jésus donnant à saint Pierre les clefs du ciel, en présence de cinq autres apôtres. Il est signé : Hallé , 1690. Ce tableau, que Ph. de Chennevières (12) trouve « peu harmonieux », manque d'originalité et de profondeur; il est un peu fait comme un carton de tapisserie ( 1 3).

(1) Haut. 1 m. 20; larg. o ra. 80.

(2) V. Ph. de Chennevières, Les Tableaux de l'abbaye de Saint-Riquier , dans 1 Artiste, 5e série, t. V, p. 115.

(3) Haut. 1 m. 50; larg., 1 mètre.

(4) V. d'Argenville, Abrège de la vie des plus fameux peintres, 2e édit., t. IV.

(5) Haut., 1 m 48; larg., 0 m. 83.

(6) V. ci-dessus, p. 204.

(7) Op. cit., p. 115.

(8) Haut. 1 m. 50; larg. 1 m. 05.

(9) Ce tableau, retiré de sa place primitive est aujourd'hui accroché au mur de la chapelle.

(10) Appelée aujourd’hui du Sacré-Cœur.

(11) Haut., 1 m 50; larg., 1 m. 05.

(12) Op. cit., p. 115.

(13) Il est aujourd’hui accroché au mur de la chapelle Saint-Benoît (VII).

ÉGLISE DE SAINT- RIQUIER Zf II- Le trésor

Hèliocj Dujardin

Chapelle XI. Notre-Dame. — C’est la chapelle centrale de l’abside. Nous savons par d'Argenville (i) que, lors du concours institué en 1690 par l’abbé d’Aligre, Louis Boullongne « avait peint, pour l'abbaye de Saint-Riquier, une belle Annonciation, en concurrence de son frère, de Jouvenet, de Halle et d Antoine Coypel ». Cette Annonciation était vraisemblablement destinée à la chapelle de la Vierge, mais il n’en reste plus trace.

L’autel, en lumachelle, est à la romaine.

Chapelle X. Saint- Jean-Baptiste (2). — Le Baptême du Christ (pl. LIV) (3) qu’Antoine Coypel a peint pour la chapelle Saint-Jean-Baptiste (4), aurait, paraît-il, balancé longtemps la victoire dans le concours institué par l’abbé d’Aligre. Philippe de Chennevières le trouve, avec raison, « peu digne d'un tel honneur, à moins toutefois que le lavage à cru qu’il a subi nouvellement, comme le Jouvenet et tous ses confrères, n’en ait encore plus altéré les glacis et les délicatesses » (5). Mais le manque de délicatesse n’est pas, semble-t-il, le seul défaut de ce tableau. Evidemment Coypel n'a pas été inspiré par le sujet qui lui fut imposé. Il ne s’est pas mis en frais pour la mise en scène; elle est d'une banalité indigne d’un artiste, qui, toujours un peu mondain, parfois un peu prétentieux, à su faire de la rencontre d’Eliézer avec Rebecca une idylle charmante, et déployer un luxe tout oriental dans la chambre d’Assuérus. Le sujet principal n’est pas plus heureux. D’un geste compassé, les yeux en coulisse, Jean-Baptiste verse l’eau sur la tête d’un Christ non moins poseur que lui. Dans le ciel, au milieu d’une volée de petits anges effrontés, apparaît un Père Eternel inénarrablement ébourriffé. Peut-être faut-il voir dans cette affectation l'influence du Bernin, avec lequel Coypel, étant à Rome, s'était lié d’amitié. La toile est signée Coypel idgo (6).

Chapelle VIII. Saint- Marcou. — Le tableau (pl. LV) (7) que Jean Jouvenet peignit pour le retable de cette chapelle, remporta, à juste titre, la médaille au concours de 1690.

L'abbaye de Saint-Riquier possédait un doigt de saint Marcou, qui était devenu le but d'un véritable pèlerinage. On sait que le corps de saint Marcou, abbé de Nanteuil, au diocèse de Coutances, avait été porté, au milieu du ix' siècle, par crainte des Normands, à Corbeny, au diocèse de Laon. Là, on éleva sous son invocation une église, où les scrofuleux allaient implorer leur guérison. On sait aussi que, suivant la tradition, saint Marcou aurait communiqué le don de guérir les écrouelles au roi Robert le Pieux, et que, depuis lors, tous les rois de France, jusques et y compris Charles X, avaient conservé la coutume de toucher les scrofuleux qui en attendaient leur guérison.

C’est ce double privilège de saint Marcou et du roi de France que, par une sorte de flagornerie, on a voulu rappeler dans le tableau qui nous occupe, en y figurant Louis XIV guérissant les scrofuleux en compagnie de saint Marcou. C’est le grand roi, en effet, qui, dans la composition, occupe la place d'honneur, et qui, par l’éclat de ses vêtements, attire l’œil tout d'abord, éclipsant, pour ainsi dire, la

(1) Abrège de la vie des plus fameux peintres, 2e édit., t. IV, p. 215.

(2) Appelée aujourd'hui de Saint-Joseph.

(3) Haut., 1 m. 50; larg., 1 m. 05.

(4) V. D’Argenville, Abrégé delà vie des plus fameux peintres , 2e édit., t. IV, p. 205.

(5) Ph. de Chennevières, Les Tableaux de l’abbaye de St-Riquier, dans l'Artiste, 5' série, t. V, p. 114.

(6) Il est aujourd’hui accroché au mur de la chapelle Saint-Marcou (X).

(7) Haut., 1 m. 50; larg., 1 m. 05.

sombre coule du titulaire de la chapelle. Le roi, accompagné de courtisans et de gardes armés de hallebardes, est promené par le saint abbé au milieu des malades parmi lesquels il en touche un au front. Tout le monde, bien entendu, est habillé à la mode de 1690. Dans ses médiocres proportions, peu conformes aux habitudes du maître, qui a surtout laissé d'immenses toiles, c’est, au dire de Pli. de Chennevières, un des tableaux où brillent le plus ses qualités par la largeur et le fini, la richesse de ton, la transparence et l’harmonie, et qui serait digne à la fois du Louvre et de Versailles. Et, ajoute l’éminent critique d’art, « Jouvenet, que la fougue de sa brosse dévoua aux grandes machines, aurait peut-être acquis, sur des toiles de moindre proportion, une renommée différente, mais au moins égale. J'ai écrit autrefois que Jouvenet était un admirable peintre de chevalet, et qui traitait avec un charme merveilleux de pinceau et de sentiment les scènes familières. Je pensais alors aux deux tableaux de Paris que je viens de nommer (la Messe de l’abbé Delaporte et l 'Extrême-Onction), à l'Education de la Vierge de Florence, à la Bénédiction d’Esaii et à YEx-poto des deux malades de Rouen. Le Louis XIV de Saint-Riquier, chefd'œuvre en ce genre, ne m'en fait pas dédire » (1). En peignant de très grandes toiles, sur des sujets qui ne l'inspiraient que médiocrement, Jouvenet satisfaisait sans doute beaucoup moins ses goûts personnels que les commandes de ses clients. Le tableau est signé Jouvenet p. i6go (2).

2” Meubles divers.

Parmi les châsses actuellement placées sur l'entablement de marbre qui forme la décoration du sanctuaire (3), celle qui contient le corps de saint Mauguille et celle qui renferme celui de saint Vigor, sont anciennes et méritent d’attirer un instant l’attention. Toutes deux sont en bois sculpté et entièrement doré. Leur ornementation, dans le style de la Renaissance, permet de les dater du temps de Louis XII ou de François I".

La première (pl. XLIV) (4), celle de saint Mauguille, vaut mieux que l’autre, comme style et comme composition. Chacune de ses faces latérales est ornée de trois médailles séparées par des pilastres : la médaille du milieu renferme un amour, l’un joue de la flûte et du tambourin, l'autre, d'une sorte de trompette; une tête d’homme et une tête de femme, de profil et se regardant remplissent les deux autres médailles; une des deux têtes d’hommes est couronnée de lauriers; l'autre est coiffée d’un casque. Les deux pignons sont ornés de pilastres, d’ornements Renaissance, et d’une petite arcade en accolade, ornée de crochets, réminiscence du gothique flamboyant. De jolis rinceaux en style de la Renaissance sont jetés sur la toiture. La châsse repose sur quatre lions accroupis.

La seconde châsse (pl. XLV) (5), qui renferme les restes de saint Vigor, est garnie sur chacune de ses faces de quatre arcades en plein cintre, amorties en accolade, d’apparence encore gothique, sous lesquelles sont placées des statuettes. Plusieurs de ces statuettes, qui étaient sculptées séparément et attachées par des tenons, sont tombées. De chaque côté, sous la première arcade, à la gauche du spectateur, il y a une auréole rayonnante qui entourait une statuette aujourd’hui

(1) Ph. de Chennevières, Les Tableaux de l'abbaye de S t-Riquier, dans V Artiste, 5e série, t. V, p. 114.

(2) Il est aujourd’hui accroché au mur de la chapelle.

(3) V. ci-dessus, p. 333.

(4) Long, totale : 1 m. 05; larg., o m. 45; haut., o m. 70.

(5) Long., 1 m. 05; larg , 0 m. 40; haut., 0 m. 65.

disparue, et qui devait être une Notre-Dame au soleil, dont le culte était très répandu au xvi' siècle (i). Chacune des six autres arcades — trois de chaque côté — est partagée en deux et renferme deux figures d’apôtres d’un style déjà très avancé et dans des poses visant au mouvement et à l’effet. Parmi celles qui subsistent, on remarque : saint Pierre, tenant les clefs; saint Paul, une épée; saint Jean, un calice; saint Jacques, une épée; saint Barthélemy, un couteau. Dans chaque pignon, est une arcade en plein cintre, à accolade. Sous l’une d’elles, est un personnage en costume civil sculpté à part et rapporté comme les premiers (2). L’autre abrite deux personnages, un évêque en chape tenant une croix à hampe, et un diacre tenant le livre des Evangiles, le tout taillé en demi-bosse, à plein bois, et d’une facture encore toute gothique, qui contraste absolument avec le style bien plus moderne des autres statuettes dont cette châsse est ornée. Il est très probable que l’auteur de la châsse se sera procuré ces dernières toutes faites, tandis qu’il a exécuté de sa main le saint évêque titulaire de la châsse, et son compagnon, qu’il n'a pas pu trouver

dans le commerce. La toiture se décompose en quatre panneaux carrés, sculptés

d’ornements Renaissance. Les pieds ont disparu : ils ont été refaits d’une façon extrêmement barbare, en forme de chiens accroupis.

Il y a quelques années, on a placé dans le sanctuaire, près de l’autel, l’ancienne chaire abbatiale de la salle capitulaire, qui avait été conservée et qui servit longtemps de chaire au maître d’école de Saint-Riquier. C’est un vaste siège en chêne sculpté du xvn” siècle, sur le haut dossier duquel sont les armes de l’abbaye : à trois fleurs de lys, au dextrochère tenant une crosse en pal. Celle-ci n’outrepasse pas l’écu. Celui-ci est timbré d’une couronne de comte, d’une crosse et d'une mitre.

Contre le mur i3 b c, sous la tribune (3), est accroché un assez curieux retable

(pl. XLVI), composé de cinq’ bas reliefs en albâtre, séparés par quatre montants en chêne sculpté, le tout paraissant dater des environs de i5oo, et réuni par un simple bâti en chêne, qui est moderne.

Les montants ont conservé leur peinture et leur dorure : les albâtres n’en portent plus que des traces.

Quatre de ces albâtres mesurent 42 centimètres de haut sur 25 de large; le cinquième, placé au milieu, porte 97 centimètres sur 35.

1° Nativité de Jésus. — Sous une chaumière à demi ruinée, l’enfant Jésus nu, le globe du monde dans la main gauche et bénissant de la droite, est étendu dans une sorte de corbeille en forme d’amande. La Vierge, qui porte une couronne sur sa longue chevelure, est agenouillée devant lui, les mains jointes. A côté d’elle se tient une femme coiffée d’un bourrelet posé sur un court voile, et tenant un objet dont la partie supérieure est brisée : Joseph, vêtu d’une longue robe, la bourse pendant à la ceinture, s’avance, son bonnet à la main : il tient dans son bras un long bâton crochu par en haut, d’une forme assez singulière. Le bœuf et l’âne mangent dans une crèche placée près de l’enfant, et qui ressemble à un autel. Dans le haut, un ange déroule une banderole.

(1) Les inventaires après décès de la ville d’Amiens, au xvic siècle, portent assez souvent des mentions telles que celles-ci : « une ymage de Nostre Dame estant dedens un soleil (1518; FF 162). — « Ymage de Notre Dame au soleil » (1539; FF 222). — « Ymaige de Notre Dame dorée, ayant un soleil derrière, avec le tabernacle ». (1541 FF 229), — etc.

(2) Sa tête et ses bras sont brisés.

(3) Chapelle I.

2° Adoration des Mages. — Marie, dont la couronne est posée sur un court voile, est assise, ou plutôt à demi étendue, sous un dais d’étoffe drapée, le dos appuyé sur un coussin. Elle tient sur ses genoux l'enfant Jésus entièrement nu, qu’elle présente aux Rois Mages. Le premier s’avance fléchissant le genou, sa couronne à la main. Les deux autres sont debout, tenant l’un un coffret, l’autre, un hanap couvert, et montrant tous deux l’étoile qui apparaît dans le ciel. Deux personnages imberbes les accompagnent : l’un encapuchonné dans un chaperon^ l’autre coiffé d’un chapeau : ils tiennent des bâtons à l’extrémité recourbée, un peu comme une crosse d’évêque. Joseph, toujours porteur du même bâton crochu, et la tête découverte, est endormi, accoudé sur un escabeau. Le bœuf et l’âne mangent dans la crèche comme au groupe précédent.

3° (sujet central). Crucifiement. — Le Christ, couronné d’épines, attaché à la croix surmontée du titulus, occupe le milieu de la composition (1). A ses côtés se dressent deux croix en forme de tau, où les larrons étaient attachés, mais ceux-ci ont disparu. Tout autour, se presse la foule des Juifs, des soldats, les uns à pied, les autres à cheval, des saintes femmes en pleurs. Au premier plan, Marie s’évanouit entre les bras de Jean; la Madeleine, richement costumée, coiffée d’un bourrelet à gourmette, serre la croix dans ses bras : à côté d’elle est le centurion à cheval (2). Dans le fond, on aperçoit une ville.

4° Mise au tombeau. — Jésus est mis dans un sépulcre en forme de sarcophage par Joseph d’Arimathie et par Nicodème, tous deux barbus et couverts de vêtements longs; l’un d’eux est coiffé du bonnet juif. La tête voilée, Marie s'approche soutenue par saint Jean; Marie, mère de Jacques, et Salomé, l’une coiffée d’un bourrelet et l’autre d’un voile et tenant un vase à parfums en forme de tour, l’accompagnent Au premier plan, la Madeleine, vêtue comme dans le groupe précédent, est assise par terre, tenant la main de Jésus.

5" La Résurrection. — Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé, vêtues comme ci-dessus, s’approchent du tombeau : la Madeleine tient un vase à parfums en forme de tour. Elles écoutent avec étonnement l’ange qui leur parle, assis sur le sépulcre, dont le couvercle gît à terre près de deux arbustes.

La raideur des personnages, la longueur des têtes, malgré l’époque avancée de la facture révélée par les costumes et certains arrangements, font aisément reconnaître dans ces bas reliefs des produits que l'industrie anglaise, favorisée par d’abondantes carrières d'albâtre (3), a répandus sur le continent pendant des siècles, et dont on retrouve encore çà et là d’assez nombreux spécimens.

Les quatre montants de bois mesurent chacun 65 centimètres de haut sur 12 de large. A l'encontre des bas reliefs qu’ils accompagnent, leur caractère bien français saute aux yeux, et il est inutile d’y insister. S’ils proviennent bien du même retable que les bas reliefs, ils montrent comment un artiste français a utilisé les albâtres venus tout faits d’Angleterre. Il est même regrettable que tout l’arrangement du retable ne nous soit pas parvenu.

Chacun d'eux porte une figurine debout dans un tabernacle, dont le cul-de-lampe est formé d’enroulements de chardons ou de varechs, et le dais d'architecture flamboyante.

i° Saint Jean-Baptiste. — Il est barbu et nu-tête Son corps est simplement enveloppé dans un ample manteau; il tient 1 ’Agnus Dei sur sa main gauche; la droite est brisée.

(1) Son bras gauche est brisé.

(2) Sa tête et la jambe gauche de derrière du cheval sont brisées.

(3) Principalement dans la région avoisinant Nottingham, Stafford et Derby.

Dans le cul-de-lampe est un écu chargé de trois espèces de cloches de forme bizarre, munies de queues, dont seul un dessin peut rendre compte. Elles sont de couleur brune sur fond rouge, mais il se peut que les émaux ne soient pas exactement rendus (i).

2° Saint Pierre. — Barbu, vêtu de l'aube, de la dalmatique et d’une chape à chaperon, la tiare en tête, il devait tenir les clefs, mais celles-ci sont brisées. Il déroule en outre une banderole, où on lit peint en capitales noires sur fond blanc : s. petre.

3° Un roi imberbe, couronne en tête, vêtu d'une robe fleurdelysée à larges manches et à collet d'hermine. Il tient une banderole, qui est brisée, ainsi que ses mains.

4° Une reine portant une couronne royale sur sa chevelure flottante. Sa longue robe, à manches largement évasées, retroussée sur le côté, laisse voir une jupe de dessous d’une autre couleur. Sa main gauche est brisée : la droite tenait un objet dont la partie supérieure a disparu, peut-être un sceptre.

A côté du retable sont les jolis Fonts baptismaux (pl XLVII) rapportés de l'ancienne église paroissiale Notre-Dame, lorsqu'elle fut abandonnée et détruite au moment de la Révolution.

C’est une cuve en pierre calcaire jaunâtre, en forme de prisme hexagonal, en trois morceaux superposés Son ornementation est entièrement en style de la Renaissance des environs de i520. Elle mesure i m. 18 de haut, sans son couvercle de bois.

Sa partie inférieure forme un socle mouluré. Au-dessus de celui-ci, chacune des faces est ornée d'un sujet en demi-bosse (2), posé sur un cul-de-lampe feuillu et surmonté d'un petit entablement. Sur chaque arête s'élève un pilastre dont la face est ornée d’arabesques de la Renaissance, avec chapiteaux composites, le tout portant un entablement général dont la frise est ornée d’un sujet sculpté sur chaque face : alternativement une tête humaine dans un chapeau de triomphe, et un écu à l'italienne, sans indication de pièces héraldiques, tenu par deux entants nus.

Les sujets représentés sur les faces principales se rapportent à l’enfance de Jésus; on y a ajouté le baptême du Christ commandé par la destination de l'objet.

i° Annonciation — Marié, tête nue, les cheveux retombant sur les épaules, est agenouillée, les mains jointes, devant un prie-Dieu, sur lequel est un livre ouvert. L'ange est debout devant elle, tenant un objet (un sceptre?), dont la partie supérieure est brisée. Un vase de lis est posé à terre entre les deux personnages. Au-dessus de la tête de la Vierge, des livres sont rangés sur une tablette accrochée au mur.

2° Visitation. — Marie et Elisabeth, aux vêtements élégamment drapés, se prennent par la main. Leurs têtes sont brisées. Dans le fond, on voit une montagne plantée d’arbres, sur laquelle s’élève un château.

3° Nativité de Jésus. — Un toit de chaume abrite Marie et Joseph, qui sont agenouillés, les mains jointes, devant l’enfant. Celui-ci, entièrement nu, est couché dans une sorte de corbeille oblongue. Dans le fond, le bœuf et l’âne sont à peine indiqués. La tête de Joseph manque; celle de la Vierge est à moitié brisée.

4° Les Bergers. — Un troupeau de moutons s’échelonne sur les flancs d’une montagne. Trois bergers, houlette en main, regardent avec étonnement lange qui apparaît dans le ciel, tenant une banderole Tout le sujet est assez truste.

5° Adoration des Mages. — Sous la même chaumière que dans la scène de la Nativité, Marie tête nue, les cheveux tombant sur les épaules, tient sur ses genoux

1 1) Faudrait-il y voir les trois fleurs d’ancolie, qui sont les armes de la famille de Bacouel.-1 Cette famille possédait un important domaine à Ailly-le-Haut-Clocher, près de Saint-Riquier.

( 2) Les personnages ont de o m. 20 à 0 m. 2| de hauteur, environ.

reniant nu. qu'elle présente aux Rois Mages. Le premier agenouillé, sa couronne à ses pieds, offre un hanap découvert à l'Enfant qui y porte les mains. Les deux autres, debout, nu-têtes, tiennent des hanaps couverts Dans le fond on aperçoit un personnage à peine indiqué et difficile à identifier. Est-ce Joseph? L'étoile est arrêtée sur le toit de chaume. Le tout est assez fruste.

6° Baptême de Jésus. — Le Christ, entièrement nu, est plongé jusqu'à la cheville dans l'eau du Jourdain. Sa tête et ses bras sont brisés. Jean, couvert d’une peau de chameau et d’un manteau drapé, lui verse l’eau sur la tête — sa main est brisée. — Un ange se tient debout de l'autre côté, joignant les mains; le Père Eternel parait à mi-corps dans les nuages. Sujet également un peu fruste.

La sculpture de ce petit monument est d'un bon style et d'une exécution

soignée, malgré peut-être un peu de rondeur et un manque de refouillé dans les sujets à personnages. Il faut dire que la plupart de ceux-ci sont plus ou moins

frustes. Celui de la Visitation semble le meilleur. Il est malheureusement mutilé.

Dans le monumental et curieux couvercle en chêne sculpté qui recouvre la cuve, le gothique flamboyant se mêle encore à l’ornementation de la Renaissance : il en est même le caractère dominant.

C’est une pyramide à six pans, haute de i m. 60, environ. Sa partie inférieure est ornée d’un bâton écoté entouré d'un ruban, et d’une frise ornée d'arabesques

de la Renaissance et de médailles : les effigies de celles-ci, qui étaient en forte

saillie se sont toutes détachées. A chaque angle s’élève un léger clocheton gothique, qui se relie à la pyramide par une sorte d'arc-boutant dans le goût flamboyant. Des crochets gothiques hérissent les arêtes de la pyramide : ses faces sont sculptées d'ornements de la Renaissance, au milieu desquels est une médaille à l’effigie fortement saillante. Deux de ces effigies ont seules subsisté; deux autres se sont détachées; enfin deux faces entières ont dû être refaites au xvii* ou plutôt au xviii® siècle. L’ornementation de la Renaissance y a été imitée gauchement.

Au sommet de la pyramide, un enfant à demi nu, fléchissant les jambes, tient le pied d'un objet dont la partie supérieure n'existe plus.

Un puissant bras de fer forgé, du xvii9 ou du xviii0 siècle, attaché au sommet de la pyramide et manœuvrant sur des gonds scellés au mur, permet d’enlever le couvercle et de le remettre en place.

On vient d’accrocher au mur servant d'appui aux stalles du côté nord, vis-à-vis la chapelle Saint-Michel (chapelle I), deux tableaux sur bois, conservés jadis dans la trésorerie et qui, dans ces derniers temps, avaient été placés dans le presbytère.

Le premier (n serait une assez belle peinture de la fin du xv° siècle ou du commencement du xvie, s’il n’avait été défiguré par ce à quoi on ne peut guère donner le nom de restauration. Quelques parties cependant sont intactes et de très bonne facture. C'est une Assomption. La Vierge, coiffée de la guimpe et les pieds sur le croissant, est enlevée par les anges dans le ciel où l’attend la Trinité entourée de la cour céleste. Dans le bas, les apôtres agenouillés tendent les bras vers elle. Cette composition rappelle assez la scène de l’Ascension dans les curieuses peintures provenant de la chartreuse d'Abbeville (2).

L’autre ( 3 » , moins ancienne d’environ un siècle, est un Crucifiement, au premier

1 Haut., 1 m. 30; larg., 0 m. 60.

2 V. Em. Delignikres, Notice sur plusieurs peintures inconnues t/e l'école flamande, dans Réunion des Sociétés des Beaux Arts des Départements, 1898, fig.

3I Haut., 0 m. 80; larg., o m. 84.

plan duquel sont le donateur et sa femme, agenouillés devant des prie-Dieu couverts de palliots à leurs armes, et entourés de leur famille I/homme porte d’argent, à la bande d’azur, chargée d’une alternance d'étoiles et de croissants d'argent, accompagnée de deux flammes de gueules (i), avec cette devise : spes mea altissimvm refvgivm. Sur le prie-Dieu, on lit : ætatis svæ 3q 9 a s 1607 La femme porte parti au 1 du mari; au 2, d'azur à la bande d'argent (?) accompagnée de deux besants d'or, et a pour devise : expkctatio mea domine, et, sur le prie-Dieu : ætatis suæ 3o 1608.

Dans la chapelle Saint-Pierre (chapelle IX), on vénère une sculpture en bois polychromée du commencement du xvie siècle d'un travail assez ordinaire, et représentant la Trinité sous la forme de Dieu le Père assis, ayant devant lui le Christ en croix et le Saint-Esprit en forme de colombe (2).

Dans celle de la Vierge (chapelle XI), on a placé deux grandes toiles envoyées par l'Etat. L’une (3), représentant l'apparition de la Vierge à sainte Philomène, par Ducornet, peintre sans bras, qui peignait avec ses pieds, et qui eut, de ce chel, son heure de célébrité (1847); 1 autre, la Flagellation, d'après le Titien (1859). Au-dessus de l’autel, contre la fenêtre, se trouve une grande statue de la Vierge en pierre (4) exécutée par les frères Duthoit d’Amiens, et offerte en 1862 par la jeunesse du pays (5).

La place laissée vide par le tableau de Jean Jouvenet dans le retable de 1 autel de la chapelle Saint-Marcou (chapelle VIII) laisse apercevoir une peinture murale, assez ordinaire d’ailleurs, du commencement du xvne siècle, et représentant le Crucifiement.

Avant la Révolution, l'emplacement occupé aujourd'hui par la chapelle Saint-André (chapelle VI) n’était qu'un passage qui faisait communiquer l’église avec la salle du chapitre. Vers 1822, l'abbé Padé, curé de Saint-Riquier, l'accommoda en chapelle, en y plaçant un autel composé de morceaux anciens; dans le retable, il a fait encadrer un tableau (6) de Nicolas-Bertrand Lépicié, représentant le crucifiement de saint André, qui avait orné le retable du maître autel de l'ancienne église Saint-André d'Abbeville. Malgré ses dimensions moyennes, ce tableau serait, au dire de Ph. de Chennevières (7), le plus grand qui soit sorti de la main de ce maître, qui excellait surtout dans les portraits. Il sort un peu de ses habitudes; malgré une grande virtuosité dans les raccourcis et les poses académiques, on ne peut s empêcher d'y constater une certaine banalité dans les figures et une absence complète de conviction. Ce tableau est signé ; Lépicié 777/.

A différents endroits du déambulatoire, on a placé quelques petites statues provenant de l’ancienne église paroissiale Notre-Dame, les unes très médiocres, les autres exécrables. Parmi ces statues, méritent seulement d 'être citées :

(1) Suivant les indications qui m'ont été obligc>mment fournies par nos collègues MM. Marcel Godet et Roger Rodiére, le premier appartient à la famille le Camus (Boulonnais), qui portait « d'argent à la bande d’azur, chargée de trois étoiles et trois croissants montants d'or placés alternativement, cantonné au chef gauche et au quartier droit d'une flamme à trois rayons de gueules *. La Gorgue Rosny, Recherches généalogiques sur les comtés de Ponthieu , etc., t I, p. 320. Dans le second, il faut voir non pas une bande, mais la moitié d'un chevron, armes de la famille de Parenty. Les deux priants ne peuvent être dans ce cas. qu’Antoine le Camus, sieur de la Bussoye et du Lucquet, échevin de Boulogne, qui vivait en 1610, et Marguerite de Parenty, sa seconde femme.

Haut.,

— V. ci

i-dessus, p.

Haut ,

larg., 3

Haut.,

environ.

Boutik

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