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Hist.
de St-
Riquier, p.
Haut.,
larg., 1
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v de St- Ri
qui
Contre le pilier 5 b. une statue du commencement du xvt" siècle, en bois polychrome (i . représentant saint Honoré, évêque d'Amiens, debout, in pontificalibus. A ses pieds est un écu parti : au i, à un fourgon chargé de trois pains et accompagné de quatre pains; au 2. à deux broches à rôtir, accompagnées d'un plat long chargé de trois tartes. Ce sont très vraisemblablement les armes de la confrérie des boulangers- pâtissiers de Saint-Riquier.
Au pilier 21 a, un personnage debout, en pierre (2), vêtu d'un manteau royal fleurdelysé, son bonnet à la main. Cette statue doit dater du milieu du xvt' siècle. L.a tête a été refaite d'une façon très grossière.
Le buffet de l'orgue, placé dans la tribune, sous la tour, est bien celui de l'orgue qui lut acheté de l'abbaye de Chartreuve et remonté par le facteur Labour en 1731 (3). C'est un buffet avec positif en chêne sculpté, du commencement du xvme siècle, sans grand intérêt. L'instrument a été à peu près renouvelé en 1824 par les frères de l'abbaye de Yalloire. Très ordinaire d’ailleurs, il a vingt-neuf jeux sur trois claviers à main et un pédalier (4).
Sépultures. — Des quelques monuments funéraires que l'église renfermait jadis, aucun, ou à peu près, n'a survécu aux dévastations du monastère et aux restaurations de l'abbé d'Aligre.
On voit seulement, entre les deux piliers 19 a et 21 a, vers le déambulatoire, le soubassement très mutilé du somptueux monument qui avait été élevé sur la sépulture de Jean de Bruges, seigneur de la Gruthuse et autres lieux, chambellan du Roi et lieutenant général en Picardie, décédé à Abbeville en 1 5 1 2, et qui avait voulu se faire inhumer dans l'abbaye de Saint-Riquier, à laquelle il avait toujours porté le plus vif intérêt :5).
Nous n'avons pas à nous étendre davantage sur ce personnage, qui fut un des plus considérables de son époque (6).
Le soubassement de son tombeau est formé d’une grande pierre noire de Belgique posée debout entre les deux piliers (71. On y voit encore les armes du défunt (écartelé, aux t et 4 à la croix; aux 2 et 3, au sautoir) (8). sculptées, entourées du cordon de Saint-Michel, et répétées trois fois, entre quatre petits culs-de-lampe : des crampons que l'on voit encore étaient sans doute destinés à maintenir des ornements de bronze aujourd’hui disparus. Le long de la moulure supérieure, une rainure marque le logement d’une inscription sur une lame de cuivre. Une plaque carrée de même métal, portant l'inscription suivante en caractères gothiques en relief, a été encastrée par l'abbé d'Aligre dans la menuiserie qui garnit le revers de l'entablement de marbre faisant le tour du sanctuaire :
(1) Haut., 1 ni. 15.
(2) Haut., environ i mètre.
3 V. ci-dessus, p. 231. — Par derrière on lit ces mots gravés sur le mur : 1332, Louis Labour , facteur d'orgues. .-li On en trouvera une description détaillée dans I.. Pktit, Guide du touriste dans l'église de Saint-Riquier, p. 21. — Y. aussi Hknocquk, Hist .... de St-Riquier, t. II, p. 384.
151 11 avait épousé en premières noces Marie d'Auxi, fille de Jean d'Auxi, lu bienfaiteur de l'abbé Pierre le Prestre. et que celui-ci appelait son » bon père » 'v. ci-dessus, p. 214 . — Nous avons vu que Jean de la Gruthuse avait dû aider liustache le Quieuxdans la construction de la chapelle de la Vierge v. ci-dessus, p. 278).
0) V. Hénocque, Hist . de St-Riquier. t, II, p. 173.
[~ Hauteur, 1 m. : longueur, 2 m. 25.
8 Jean tic Bruges portail : écartelé aux 1 et 4, d’nr à la croix de sable; aux 2 et 3, de gueules au sautoir d’argent.
tiJrfftre jdiaii 6c îSnigct; prince 6c (Icmicttfc fcigticur ôc fn gtiitufc etc cfinmfict 5c forbre gotiumtnic ri fientrnat gcnccaf bu ÜRoi> ce paie i>c picacbir ri capitaine bc cet lïontca barmee tccfpaffa a >t66riiiflï en fan mif vL et yit et fnft granb et eebou6te feigne'.
En 1908, des fouilles pratiquées sous le sanctuaire, ont mis à découvert un caveau voûté en berceau bombé, construit certainement au xvit" siècle, du temps de 1 abbé d Aligre, avec des matériaux de démolition, dont certaines pierres portaient sur leur parement des traces de peintures simulant une tapisserie à ramages, de deux dessins différents. Ce caveau carré, de 2 m. t3 de côté, sur environ 2 m. 5o de profondeur au-dessous du dallage du sanctuaire, renfermait le corps de Jean de la Gruthuse, dans un cercueil de plomb posé sur trois barres de fer. A côté étaient les fragments d'un vase à parfums en terre, assez grossier, datant vraisemblablement du xvit' siècle, et une lame de plomb (t) où on lisait cette inscription en capitales romaines :
MESSIRE IEAN DE BRVGES PRINCE DE jj STF.WEVSE SEIGNEV" DE LA GRVTHVSE 1 2 3 CHEVALIER DE LORDRE ET LIE VTENANT [| GENERAL DV ROY ES PAYS DE PICARDIE TRESPASSA A ABBEVILLE EN LAN MIL Ve [J ET XII.
Tout au bas, on lisait aussi en lettres capitales romaines, mais beaucoup moins bien tracées : nota qve cette inscription est (un mot illisible) coppie en i 68 1
De cette mention, corroborée par la forme des caractères de l'inscription, de l’orthographe Jean pour Jehan, tel qu'on n’aurait pas manqué de l’écrire en i5i2, de Stewense pour Stenneuse (2), mis en regard du style général, qui est archaïque et bien conforme aux habitudes des environs de l’an i5oo, il résulte que la susdite inscription est une copie faite en 1681, lors des travaux de l’abbé d'Aligre, sur une autre datant de l’inhumation du personnage et retrouvée alors avec son corps (3).
Nous ne dirons rien des autres tombeaux jadis renfermés dans l’église, aujourd'hui disparus, et sur lesquels, d’ailleurs, nous n’avons, pour ainsi dire, aucuns renseignements (4).
(1) Long-.. 0 m. 300; larg-., o m. 125.
(2) L’inscription primitive était très vraisemblablement en gothique, et le copiste du xvn' siècle aura pris les deux ii pour deux v.
(3) Le tout a été remis en place.
(4' Sans parler des personnages inhumés dans l'édifice antérieur à l'église actuelle, nous pouvons citer : Gilles de Machemont, abbé, mort en 1292 (v. ci-dessus, p. 21 î) ; Hugues Cuillerel, abbé, mort en 14^2 (v. ci-dessus, p. 216) ; la sépulture que l’abbé Pierre le Prestre, mort en 1480, v. s . s était fait préparer dans la chapelle de la Vierge, où il ne fut pas inhumé, et qui fut détruite par son successeur (v. ci-dessus, pp 216, 2211 ; Eustache le Quieux, abbé, mort en 1 5 1 1 , v. s. (v. ci-dessus, p. 223! ; le monument que l’abbé Thibaut de Bayencourt s’était fait élever de son vivant, mais où il ne fut pas placé (v. ci-dessus p. 2231 ; dom Jean de Lessau, prieur claustral et vicaire général de l’abbé commendataire Claude Dodieu, mort en 1562, et qui fut inhumé devant la chapelle Saint- Jean-Baptiste qu’il avait fait garnir de bancs de bois fD. Cotron, 1. IX, c. un.
Des inscriptions modernes marquent, dans le dallage, l'emplacement de quelques-uns d'entre eux.
Devant l’entrée principale du chœur, on voit encore l'inscription que l'abbé d’Aligre fit placer en 1 685 sur la tombe vide d'Angilbert (t). C'est une dalle en marbre blanc, carrée, de 67 centimètres de côté, et posée en losange. On y lit :
CORPUS | SANCTI ANGILBERTI jj HIC RECONDITUM ANNO DNI DCCCXLII jj ELEVATUM EST NONO SEPTEMBRIS MDCt.XXXV.
Une fouille faite naguère en cet endroit a mis au jour, entre les deux gros piliers du chœur, à une profondeur d'environ 1 m. 20 au-dessous du dallage actuel de celui-ci, un cercueil de pierre. Ce cercueil, si c’est bien celui qui a contenu les restes d’Angilbert, n’était certainement plus tel qu’il avait été disposé par l’abbé Ribbodon, lorsqu’en 842, il fit transférer les restes de celui-ci dans l’intérieur de la basilique (2). Il portait des traces évidentes de toutes les visites dont il a été l’objet depuis que saint Gervin l’a une première fois mis à découvert au xi' siècle (3), en passant par l’ouverture du tombeau faite en 1129 par l’abbé Anscher (4) et la dernière, qui eut lieu en 1 68 5 , lorsque l'abbé d'Aligre en fit retirer le corps d’Angilbert pour le placer dans une châsse et l’exposer à la vénération des fidèles (5), sans parler des autres moins solennelles qui ont pu avoir lieu, et dont l’histoire ne parle pas.
Le cercueil est en pierre calcaire tendre, très grossièrement taillée au marteau. Ses parois n’ont pas plus de 55 millimètres d’épaisseur. Il a la forme d’un parallélipipède rectangle, mesurant 60 centimètres de hauteur, sur 57 de large, et 1 m. 40 seulement de longueur totale, ce qui est absolument insuffisant pour contenir un corps humain, car il n’est pas à croire qu’Angilbert ait été un nain. Il faut dire que ce cercueil est brisé en deux par le milieu; mais la cassure de l'une des deux parties ne coïncide pas avec celle de l’autre, et les intervalles qui en résultent ont été bouchés vaille que vaille avec des cailloux. Le cercueil n’est donc plus dans son entier. Le fond de ce cercueil, qui est en pierre dure, a également été remanié. Inutile de dire qu’il était vide. On y a seulement trouvé une ardoise recouvrant une lame de plomb longue de 36 centimètres sur 27 de large, sur laquelle était gravée cette inscription en capitales du xvn' siècle ;
ANNO . AB . INCARNATION K . DNI M . D . C . LXXXV . DIE . NONA SEPTEMBRES . DOMINAS . FRANCIS0” DALIGRE . ABBAS . ST1 . IACOBI . PRV j VINIENSIS . REI.IQVIAS . STI ANGILBERTI . ABBATIS . CENTV LENSIS . EX . HOC . TVMVLO LE VA Vit . PRESENTE .
CLARlSSl”” i VIRO . CAROLO . DALIGRE . FIVS [| FRATRE . EIVSDEMQVE . COENO”" ! ABBATE . COMMENDATARIO AC RESTAVRATORE . PIISS1MO j| ET . OMNIBVS . MONACHIS.
Au revers, on lisait ces mots :
ANNO . DnT . M . D . C . LXXXI1 RELIQVIAE . E1VSDEM S11 || REPERT.E . SVNT . A . F 1 IOANNE . DARCOVR 1' (6).
1 1 j V. ci-dessus p. 229 (2) V. ci-dessus, p. 196.
13I V. ci-dessus, p. 204.
14) V. ci-dessus, p. 210.
151 V. ci-dessus, p. 229.
(b) Cette inscription a été remise en place.
Au milieu de la nef, entre les piliers 5 a et 6 a, on voit encore l'inscription que l'abbé d'Aligre fit placer sur l’emplacement du tombeau de l’abbé Eustache le Quieux, détruit à la suite de l’incendie de i55q (4). C’est une dalle de marbre blanc, de mêmes dimensions que les dalles de pierre dont est fait le pavé de l’église, c'est-à-dire ayant 33 centimètres (un pied) de côté. On y a gravé ces mots :
HIC , IACET jj D EUSTACHIUS \ I.E QUIEUX ABBAS |J QUI OBIIT || ANNO UNI || l5ll.
Dans le déambulatoire (travée 22-24 a b), un carreau du dallage porte l’épitaphe de dont Mathieu Lartisien, mort en 1764, cellerier de l'abbaye, moine exemplaire
(1) Cette pierre tombale est actuellement déposée dans la chapelle Saint-Michel (chapelle I). — La même fouille a mis au jour d'autres cercueils de pierre peu intéressants et • l’épaisse muraille * dont parle l’abbé Hénocque (Hist. ... Je St-Riquier , t. II, p. 384): c'est tout simplement un mur de soutènement construit avec des matériaux de démolition et qui ne date très vraisemblablement que des travaux de l’abbé d’Aligre Sur une des pierres, on voyait encore des traces de peintures paraissant dater de la seconde moitié du xvc siècle. On l’a démontée et placée dans la trésorerie.
(2) Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.
(3) Monuments religieux Je l' architecture romane et de transition dans la région picarde, p. 48.
(4) V. ci-dessus, p. 223.
Il résulte de cette inscription que la sépulture aurait été trouvée par un religieux nommé dont Jean Darcourt, trois ans avant la translation solennelle faite par les abbés d’Aligre.
Le cercueil était recouvert par deux dalles de pierre posées bout à bout, qui n étaient certainement pas non plus sa fermeture primitive. La première est une pierre calcaire brute, sans intérêt, et qui a été laissée en place.
L’autre (fig. 5o), beaucoup plus intéressante, est une très belle pierre tombale en granit, dont il manque malheureusement les deux bouts, et qui ne doit remonter qu’à l’époque romane. C’est une dalle épaisse de treize centimètres, en forme de trapèze, c'est-à-dire que ses deux plus grands côtés 11e sont pas parallèles, la dalle, comme on les faisait souvent alors, étant plus large à la tête qu’aux pieds. Dans son état actuel, elle ne mesure plus que 89 centimètres de long, sur 62 dans sa plus grande largeur et 53 dans sa plus petite. Ses côtés sont profilés suivant une gorge concave accompagnée d'un filet. Un motif très simple, d’un beau style, traité en méplat, mais très fermement taillé dans une pierre aussi dure, orne sa partie supérieure. C'est une croix pattée d’une forme très élégante, montée sur une hampe ornée de larges feuilles d’eau vues de profil (1). Un ornement absolument semblable, moins la croix, est taillé dans une pierre tombale en pierre de Marquise, provenant de Saint-Léonard (2) et conservée au musée de Boulogne sur Mer. Elle a été publiée par M. Camille Enlart (3) qui la date des environs de 1170 à 1180.
mais opiniâtrement attaché aux doctrines jansénistes, auxquelles d'ailleurs avaient adhéré à peu près tous ses conifères (i). L'exception faite en sa faveur, car ordinairement les autres sépultures de moines dans l'église ne portent pas leur nom. montre la haute considération dont il jouissait. Cette épitaphe est ainsi conçue :
HIC IACET D. M. LARTISIEN | DF. HAC DOMO | MENE MERITUS jj OBIIT XVII DECEMB.
AN NI MDCCLXIV.
Ajoutons qu’on ne peut pas fouiller le sol de l’église, sans rencontrer des sépultures, et notamment un grand nombre de corps renfermés dans des cercueils en pierre.
Dans la travée 6-8 a b du bas côté sud, un assez grand nombre de carreaux du dallage, placés sans ordre, portent de simples dates, toutes du xvme siècle. La plupart proviendraient, parait-il, du cloître (2). Quelques dalles semblables se rencontrent également dans le déambulatoire.
Du xixe siècle, nous n’avons à mentionner qu'une longue inscription sur marbre blanc placée en 1 838 derrière le dossier des stalles, du côté sud, par l'abbé Padé, curé de Saint-Riquier, à la mémoire de Mgr de Gallien de Chabons, évêque d’Amiens, bienfaiteur de l’église et du petit séminaire (3), et une dalle de granit gravé qui, dans le déambulatoire, derrière le maître autel, recouvre les restes du même abbé Padé, mort en 1 8 58 et transféré dans l’église le 25 novembre 1888.
Trésor (pl. LVII). — Nous nous sommes étendus un peu longuement sur le trésor de l’église de Saint-Riquier au ixe siècle, sur lequel nous possédons des documents assez complets. Nous nous rappelons qu'une seule pièce de ce trésor est parvenue jusqu’à nous (4). On comprendra sans peine que des objets aussi fragiles, aussi tentants pour la cupidité, aient suivi les vicissitudes de l'abbaye elle-même et que ce trésor ait été plusieurs fois détruit, plusieurs fois renouvelé. Au xvne siècle il était encore assez considérable et il renfermait un certain nombre d'objets qui ne devaient manquer ni de valeur ni d’intérêt. Dom Cotron nous en a laissé une description qui a été en partie reproduite et en partie analysée par l’abbé Hénocque (5), et sur laquelle il ne semble pas nécessaire de revenir.
En 1862, comme nous l'avons vu (6), une forte armoire a été établie contre le mur occidental de la trésorerie, et on y a renfermé un certain nombre d'objets précieux possédés par l’église, pour en former un petit trésor. Plusieurs de ces objets ont une réelle valeur artistique et archéologique. Les plus intéressants ont été reproduits et décrits notamment dans Y Album archéologique de la Société des Antiquaires de Picardie. Nous ne décrirons donc les objets composant ce trésor que très sommairement.
1. — Une plaque (fin du xii° siècle) formée de sujets sculptés en demi-bosse, en os, où l'on voit encore des traces de dorures, et appliqués au moyen de clous de cuivre sur une planche de chêne peinte en rouge, qui leur sert de fond. Cette
^i| Sur le jansénisme à Saint-Riquier, v. Hénocque, Hist . .. de St-Riquier , t II, p. 285.
12) V. Bouthors, Hist . de St-Riquier, p. 436.
3) V. Hénocque, Hist... . de St-Riquier. t. II, p. 394.
(4I V. ci-dessus, p. 190.
(5) Hist de St-Riquier, t. II, p. 252.
(6j V. ci-dessus, p. 305.
planche, creusée par derrière, a dû toujours être destinée à servir de reliquaire, mais les reliques qui s’y trouvent aujourd’hui, collées sur une étoffe de soie, ont dû y être placées à une époque moderne. Son ornementation comprend deux sujets superposés, encadrés par des bordures couvertes soit par des inscriptions, soit par un ornement courant. Le sujet supérieur représente le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean, accompagné du soleil et de la lune, avec cette inscription en vers léonins :
QVID MATER DEVS ES SVM CVR ITA PENDES NE GENVS HVMANVM TENDAT AD INTERITVM (i).
Dans le compartiment inférieur, on voit les saintes femmes au tombeau, avec cette inscription :
Q.VEM LAPIS HIC TEXIT MORTEM VICIT MORIENDO CREDITE SVREXIT INFERNI CLAVSTRA PRENENDO (2).
Du côté droit, la tranche de la planche de chêne est couverte d'une plaque d'os décorée d'un ornement courant en méplat; de l'autre côté, elle est cachée par des plaques d’écai 1 le (3).
2. — Christ en cuivre (xn1 2 3 4 5 6 7 8 siècle) (4). C’est un Christ détaché d’une croix, qui n’existe plus. Le Christ, barbu, est couronné et vêtu d’une sorte de jupon court, dont les draperies sont rendues d’une façon très curieuse. Il a les bras étendus horizontalement, les deux pieds posés l’un a côté de l’autre sur le suppedaneum. La physionomie est pleine de caractère (5).
3. — Reliquaire en forme de monstrance, en cuivre doré (xin* siècle) (6). Ce très joli objet, qui peut compter parmi les meilleures productions qui nous restent de l’orfèvrerie du commencement du xm8 siècle, se compose d’une custode octogonale ajourée, qui devait certainement contenir un tube de cristal. Cette custode, qui se rattache à un pied circulaire par un nœud décoré de petits médaillons bombés en argent niellé, et par une partie évasée s’épanouissant en un bouquet de vigne, est surmontée d’un couvercle pyramidal à huit pans, qui se termine par un pommeau ovoïde orné de nielles sur ses faces et d'une pomme de pin à son sommet. A droite et à gauche, deux tourelles cylindriques, à jour, garnies de créneaux et couronnées de toits coniques se terminant en pommes de pin, se rattachent au nœud par deux élégantes volutes ornées de feuilles de vigne. Sur le pied s’épanouissent six pétales de lis regravés à feuilles d'acanthe : tout autour sont appliqués six médaillons bombés en argent niellé, portant des sujets à personnages (7). Deux de ces médaillons ont disparu.
4. — Reliquaire en cristal et cuivre doré (xm8 siècle) (8). Ce reliquaire, qui doit être contemporain du précédent, est d’une exécution moins parfaite. Il se compose d’un gros morceau de cristal de roche creux, à huit faces irrégulières et légèrement renflé vers son milieu, d une forme un peu ovoïde. Il est monte sur un pied circulaire en cuivre doré, posé sur trois gritfes d animaux et orné de fleurons
(1) On comprend que ces deux vers sont un dialogue entre Jésus et sa mère : « Quid, mater? Deus es.-1 Sum. — Cur ita pendes? — Ne genus >, etc.
(2) Sic, pour premendo ?
(3) V. Y Album.
(4) Haut., 0 m. 185.
(5) Don de M. le chanoine Motte, curé actuel de Saint-Riquier.
(6) Haut., o m. 250.
(7) V. Y Album.
(8) Haut., o m. 245.
gravés au burin et de six plaques en argent niellé, plates et circulaires. Deux ont disparu. Parmi celles qui subsistent, trois sont ornées de feuillages ornemanisés; sur la quatrième, qui est assez médiocre, est représenté un abbé en chasuble, tenant la crosse, mais non mitré, et portant un objet qui ressemble au museau d'un animal. Ce pied est séparé du vase de cristal par un nœud décoré de godrons d'une matière noirâtre et luisante, entremêlés de motifs en cuivre doré. Le vase de cristal est serti entre deux cercles de cuivre doré réunis par deux montants et par deux anses. Il est surmonté d'un couvercle pyramidal bas, à huit côtés ornés de quatre plaques d’argent niellé à personnages. Une petite boucle de cristal, surmontée d'un bouquet de quatre pommes de pin, forme le couronnement (i).
5. — Reliquaire en cristal et cuivre doré (fin du xme siècle ou commencement du xive) (2). Un tube de cristal gravé est enchâssé horizontalement entre deux fortes bâtes de cuivre et surmonté par deux branches courbes, qui se réunissent à une petite boule formant l’unique couronnement de l’objet. Le tout se rattache à un pied circulaire très simple, par une tige coupée dans son milieu par un nœud orné de deux rangées de pétales de lis (3).
6. — Deux plaques en cuivre émaillé (xm° siècle). Ces deux plaques, dont l'une est carrée et l'autre triangulaire, devaient recouvrir l’une des extrémités d’une châsse en bois (4). La première représente le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean. Sur les bras de la croix, deux anges apparaissent, sortant de nuages. Au milieu de la seconde, est un ange à mi-corps, sortant de nuages, et dont les ailes éployées viennent se réunir, en se croisant, au-dessus de sa tête. Le Christ entier et les têtes de tous les autres personnages sont en demi-bosse; tout le reste est en taille d’épargne. Le tout est très fortement usé par le frottement, laissant apparaître partout le cuivre rouge : c’est à peine si, par endroits, on aperçoit encore quelques traces de dorure (5).
7. — Boule chauffe-mains en cuivre ciselé et doré (xi 11e siècle) (6). C’est une sphère percée de petits trous et s’ouvrant en deux à charnière, dans laquelle est disposée une petite coupe destinée à recevoir un charbon ardent, et suspendue de telle façon quelle ne peut jamais se renverser de quelque côté que l'on tourne l'objet (7). Une combinaison de cercles et d’étoiles est gravée sur la surface de la sphère. Sur le haut du couvercle, est un anneau de suspension (8).
8. — Double croix, en cuivre doré, montée sur une âme en bois (9). Cet objet, composé, à une époque qui semble assez moderne, avec des pièces de diverses provenances, paraît à peu près dénué d’intérêt. On l'appelle vulgairement la croix de saint Eloi. Une relique de la vraie croix y était jadis renfermée (10).
9. — Un évêque en chape et en mitre, assis et feuilletant un livre, statuette en chêne des environs de 1 5oo (11)
(1) V. l 'Album.
(2) Haut., o ra. 195.
(3) V. Y Album.
(4) Haut, totale, 0 m. 300.
(5) V. Y Album. — Don de M. Fricourt, ancien curé de Saint-Riquier.
(6) Diamètre, 0 m. 125.
I7) C’est un système analogue à celui de la suspension de la boussole marine dite de Cardan
(8) Il semble superflu de réfuter l'opinion qui veut faire remonter cette boule à l’époque d'Angilbert, sous prétexte que l'inventaire du trésor de cette époque porte ces mots « Poma aurea III ». V. ci-dessus, p. 19 1. Par son ornementation, cet objet est bien du xme siècle.
(9) Haut., 0 m 285.
(10) V. Hénocque, Hist . de St-Riquier, t. II, p. 413.
(11) Haut., 0 m. 230.
10. — La Fuite en Egypte, médaillon assez médiocre en chêne sculpté en demi-bosse, du milieu du xvi® siècle (i).
11. — Deux médaillons circulaires en chêne sculpté en demi-bosse et se faisant pendant (2), du milieu du xvi° siècle (pl. XLVIII). Chacun d’eux est entouré d'une couronne d'épines. Dans le premier, on voit la présentation de Jésus au Temple, et dans le second, la mise au tombeau. Ils sont l’un et l'autre d’une assez bonne facture. On ne s'étonnera pas de voir mis en parallèles deux sujets qui, au premier abord, semblent n’avoir l’un avec l’autre que des relations très lointaines, quand on se rappellera ces paroles que saint Luc mit dans la bouche de Siméon, s’adressant à Marie au moment de la purification : « Le glaive de cet enfant percera ton âme » (3). Dans la représentation de la mise au tombeau qui nous occupe, en effet, Marie penchée sur le corps de son fils, occupe le centre de la composition (4).
12. — Carillon d’autel en cuivre (xvn° ou xvin1 2 3 4 * 6 7 8 9 10 siècle).
13. — Christ en ivoire sur une croix de bois (xviii® siècle) (5).
14. — Vierge. Statuette en bois doré, avec des ornements d’argent appliqués
sur le pied (xvme siècle) (6).
15. — Quatre cadres en argent montés sur bois et contenant des reliques (xvne ou xvme siècle) (7).
16. — Chasuble en velours cramoisi, avec orfrois à fond d’or, brodés à personnages au point de plume, sous des architectures flamboyantes (xvie siècle; monture moderne).
17. — Chasuble en velours cramoisi, dont les orfrois ont été faits avec des
anciens orfrois de dalmatiques, à personnages, sous des architectures (xvie siècle;
monture moderne) (7).
18. — Chaperon en velours cramoisi, brodé d'or, avec sujet de milieu représentant le couronnement de la Vierge, brodé en soie (xvne siècle).
19. — Très riche voile de calice en taffetas rouge, brodé en soie, argent et or (xvii* siècle).
20. — Quatre autres voiles moins riches, également brodés en soie, argent et or : deux rouges, un blanc et un violet (xvne et xvm° siècles).
21. — Une aube en dentelle flamande, à grands motifs réunis par des barrettes (début du xvin0 siècle) (9).
22. — La Mer des histoires. Imprimé, petit in-fol., gothique. Manquent la reliure et les feuillets 1 à xn, cxci et suivants (10).
A quoi il faut ajouter les deux missels, les canons d’autel et le bâton de chantre de l’abbé d'Aligre, décrits plus haut avec la garniture du maître autel.
Le fond de l’armoire a été tapissé par la tenture de cuir orné qui garnissait celui de l’armoire qui contenait précédemment le trésor. Son dessin est à grands ramages, rouge velouté, sur fond d’or et d’argent et paraît remonter au xvne siècle.
(1) Don de M. Fricourt, ancien curé de Saint-Riquier.
(2) Diamètre de chacun : o m. 470.
(3) « Tuam ipsius animam pertransibit gladius *. Luc. II, 35.
(4) Don de M. Fricourt, ancien curé de Saint-Riquier.
15) Haut., o ni. 70. — Legs de M. Boutté, ancien vicaire de Saint-Riquier.
(6) Haut., 0 m. 80.
(7) Haut., 0 m. 285; larg., o m. 18
(8) Cette chasuble provient de la collection de M. l'abbé Dairaine (Hènocque, Hist.... de St-Riquier, t. II, p. 414).
(9) Hauteur de la dentelle : 0 m. 64.
(10) Haut., 0 m. 330 ; larg., o m. 205.
Cloches. — Toutes les cloches de l'église abbatiale ont disparu à la Révolution.
En retraçant l’histoire de l’église de Saint-Riquier, j'ai rappelé ce que l'on savait de plus important à leur sujet.
L’église en possède actuellement trois.
La plus grosse provient de l'ancienne église Sainte-Catherine d'Abbeville. Au mois de septembre 1791, à l'instigation de l'abbé Callé, curé, les paroissiens de Saint-Riquier avaient obtenu, en échange de leurs cloches, l'autorisation d’en prendre, parmi celles de Sainte-Catherine, un poids égal. S'étant plusieurs fois, à cet effet, présentés à Abbeville, et ayant toujours été éconduits, ils arrivèrent un beau jour, sans prévenir personne, avec des voitures, descendirent « lestement » du clocher de Sainte-Catherine, une cloche qu'ils ramenèrent en toute hâte à Saint-Riquier. Poursuivis par le district d’Abbeville, ils finirent par s’arranger en fournissant en métal de cloches le surplus du poids de celle qu’ils avaient enlevée. L’évaluation fut faite par Pierre Siffait fils, maître chaudronnier à Abbeville (1).
Cette cloche pèse 1 5oo kilogrammes et donne le mi. Elle porte cette inscription :
Philippe et Florentin Cavillier, fondeurs a Carrépuits près Roye.
DeüM LAUDO, PLEBEM VOCO, DEFUNCTOS PLORO, DEMONES FUGO, FESTA DECORO.
Me catharinam vocaverunt d. ant. de lattre pastor hujus ecclesiæ et d”a ANNA BELLART VIDUA H. ADR. RICOUART SR DE GUIBERMESNIL, BRUCAMPS, ETC., RECEVEURS ET MARGUILLIERS EN CHARGE, LES SIEURS ISIDORE GAMBET, BRIDOUX, LEBEL. I 760.
Les deux autres sont beaucoup plus petites et en complet désaccord avec la première et l'une avec l’autre. L’une mesure à peu près 80 centimètres de diamètre, sur 60 centimètres de haut et donne le sol. Elle porte cette inscription :
f Philippe Siffait et Louis le Guay m’ont fait en l’année 1716 pour l’abbaye de Saint-Riquier.
L’autre, qui a 65 centimètres de diamètre sur 55 centimètres de haut, donne le ré. Son inscription est ainsi conçue :
f J'ai été fondu le 10 juillet 1784.
Tout en haut du clocher se trouvent les trois timbres de l’horloge, aujourd’hui hors d’usage.
Le plus gros, qui mesure 56 centimètres de diamètre, sur 40 centimètres de haut et donne le sol, porte cette inscription : ST Riquier 1698, accompagnée d’un écu à trois fleurs de lys et d'une image du Sauveur.
Le second porte les mêmes ornements, avec la date de 1698, mesure 3g centimètres de diamètre, sur 32 centimètres de haut, et donne le si.
Le troisième, qui donne le ré, mesure 26 centimètres de diamètre, sur 22 centimètres de hauteur, sans inscription ni effigies (2).
( 1 ) Délibération du district d'Abbeville des 27 septembre 1791 et 13 janvier 1792. Arch. de la Somme, série L.
( 2) Ces derniers renseignements m’ont été obligeamment communiqués par notre collègue M. l'abbé Boquet.
Nota. — Depuis l'impression de presque tout ce travail, des substructions intéressantes ont été trouvées, sur les utiles indications de notre collègue M. Marcassin, notaire à Saint-Riquier. Elles ne sont pas suffisantes pour permettre de se prononcer dès maintenant à leur sujet, mais elles pourront servir de point de départ à de nouvelles recherches qui feront l’objet, quand il en sera temps, d’un mémoire spécial.