Les Piliers
L’église, dans son ensemble, comprend une nef centrale et deux bas-cotés accompagnés de trois chapelles latérales de chaque côté, puis un chœur, flanqué de deux chapelles de mêmes dimensions en largeur, et enfin un chevet se prolongeant au delà des collatéraux en forme d’hémicycle.
La nef est partagée transversalement en cinq travées indiquées par des piliers dont les trois derniers correspondent aux murs séparatifs des chapelles ; celles-ci, établies contre les collatéraux, donnent à cette partie de l’édifice sa plus grande largeur, (36mg5 pris de l’extérieur des murs). Le chœur, auquel on accède par deux marches, ne comprend que quatre travées avec piliers correspondants, entre lesquels un petit mur à hauteur d’appui sépare la partie centrale des bas-côtés ; là il n'y a pas de chapelles latérales, mais seulement à droite, une sacristie extérieure dont la porte se trouve à peu près au milieu du bas-côté. Il y avait auparavant à la partie opposée une chapelle dite des catéchismes, qui a été démolie et n’a pu encore être reconstruite. C’était autrefois la salle du Chapitre des Chanoines.
En entrant dans l’église, on est frappé tout d’abord par la hauteur prodigieuse et par la hardiesse de la nef centrale; sa hauteur (3 1 m70), contraste avec son peu de largeur relative, (9”io mesurés d’axe en axe des piliers).
L’effet est d’autant plus sensible que les voûtes des collatéraux n’arrivent pas à la moitié de la hauteur de la nef centrale. Le chœur est également bien moins élevé. La largeur des collatéraux est la même pour les deux parties de l’édifice (7”io). La longueur totale du monument, compris le chœur et le chevet, est de 70 m. ; celle du chœur, seul, est de 3gm7o, ce qui donne à la nef principale une longueur de 3om3o.
Les piliers de cette nef sont de forme carrée, placés obliquement, c’est-à-dire avec deux de leurs angles tournés vers l’axe de la nef et vers celui des collatéraux, et les autres en regard, dans le sens des arcs formerets. Ces piliers ont sur les côtés une largeur de im45 ; ils sont à moulures prismatiques, présentant successivement des saillies et des gorges plus ou moins prononcées, qui leur donnent une grande élégance, et une apparence de sveltesse remarquable. Ces moulures s’amortissent en doucine sur les bases. Celles-ci, comme aux voussures du portail, sont pénétrées par les intersections de petites bases partielles, également prismatiques. Les moulures se divisent à la hauteur des arcs formerets ; les unes en forment les arceaux, d’autres se ramifient pour constituer les nervures des voûtes des collatéraux ; les dernières, enfin, s'élancent jusqu’à la maîtresse voûte de la nef où elles s’épanouissent pour en former les nervures ramifiées.
On a dû, malheureusement, vers i8q5, pour soutenir les arcs doubleaux, y
appliquer de faux cintres en bois, et, d’autre part, dans le but d’empêcher l’écartement des murs gouttereaux, on a, dans la partie supérieure, rattaché les piliers sur deux hauteurs au moyen de tirants en fer reliés à la voûte. Ces mesures de prudence dérobent les parties hautes de la nef, dans leur ensemble ; toutefois, ces ancrages n'empêchent pas de voir, en se plaçant immédiatement au-dessous, les nervures correspondant à chaque travée ; leurs points d'intersection sont ornés de nombreux écussons portant les armoiries de France, celles de Louis XII, et d'Anne de Bretagne, du Dauphin, de la Maison d'Orléans , de la ville d'Abbeville, celles-ci : d'azur à trois bandes d'or, à la bordure de gueules et au chef de France, que la ville obtint le 19 juin 1369, de Charles V, comme un témoignage de sa fidélité à la couronne, (Gilbert). A la première travée, on peut remarquer aussi un Saint Georges en pied, et l’écusson aux trois poissons de l'ancienne famille Bail, d’Abbeville; on retrouve encore cet écu au beau retable de l’autel du fond du chevet qui a été érigé par cette famille ; on le voit aussi au charmant hôtel du xvne siècle situé au bout de la place du marché aux Herbes, où il fait face au portail de l’église. Deux autres sujets décorent également la voûte de la première travée ; ils représentent, à droite, un navire marchand du xvie siècle, chargé de tonneaux, et, à gauche, un autre bateau armé pour la pêche. Enfin, à la première nervure de la troisième travée est une figure en pied de Saint Vulfran, revêtu de ses ornements pontificaux.