‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 16 sur 79 · IV. — Le Triforium. — La Chaire. — La Grille du Chœur · texte numérisé non relu

IV. — Le Triforium. — La Chaire. — La Grille du Chœur

En avançant dans la nef, on admire le triforium qui règne d’un bout à l’autre de chaque côté, et qui remplit presque tout l’intervalle compris entre les fenêtres supérieures et les arcs formerets. Il est en effet remarquable par ses grandes dimensions et par l’ingénieuse disposition de ses meneaux ajourés; ceux-ci sont isolés du mur d’environ om5o cent, sauf à la première travée où ils sont en application. Ce triforium est divisé en cinq parties, correspondant à chaque travée, et séparées par plusieurs des moulures prismatiques des piliers qui vont plus haut s’épanouir en nervures à la voûte. Chaque compartiment du triforium présente une série d’arcatures à combinaisons excessivement ingénieuses. C’est d’abord, un grand arc dont le remplage en comprend deux autres ; ceux-ci sont eux-mêmes subdivisés en deux. A tous les écoinçons on voit en outre des meneaux présentant pour chaque travée des combinaisons différentes, toutes généralement de forme flamboyante, se répétant en vis-à-vis. Au bas, court une balustrade avec moulures à jour, d’un

type également différent pour chaque partie, mais se répétant aussi en face. Contre les piliers de la quatrième travée ont été suspendus deux tableaux, la Vision d un Chartreux et la Prise d’habit d'un Chartreux , qui proviennent sans doute de la Chartreuse de Thuison.

Au clerestory, après le premier pilier, les murs sont percés, au-dessus du triforium et dans presque toute la hauteur, de quatre grandes fenêtres correspondant aux travées, et qui éclairent tout le haut de la nef. Ces fenêtres sont à quatre compartiments, à ogive, avec meneaux en losanges. A la première de gauche se trouvent des fragments de vitraux peints représentant un cavalier chassant (St-Eustache ?), sonnant de l’oliphant, accompagné de chiens; puis à côté, un homme couché, assailli par un lion, un autre par un loup; plus loin, une femme en costume oriental. La seconde fenêtre présente, au milieu, à chaque compartiment, une escarcelle, attribut des épiciers et des merciers ; à la troisième, on voit des ciseaux ouverts, attribut, sans doute, des tondeurs de drap. La nef est éclairée dans le haut par ces fenêtres, et, dans le bas, par celles des chapelles latérales; à l’entrée, par la grande baie du portail et par le tympan, et enfin, dans le fond, par une large fenêtre, très simple, à ogive peu accusée, pratiquée dans le mur du transept, au-dessus de l'arc de la voûte centrale du chœur.

Contre le troisième pilier, à gauche, se trouve la chaire qui, comme le grand buffet d’orgues aujourd’hui relégué au bas-côté gauche du chœur, provient de l’Eglise St-Georges supprimée à la Révolution. Cette chaire est digne de remarque; elle est en bois sculpté avec panneaux pleins, à pans coupés, de forme octogonale, de style Renaissance, et surmontée d'un dôme au-dessus duquel se dresse un ange aux ailes étendues qui embouche une trompette ; au plafond de ce dôme, on voit une colombe blanche aux ailes étendues. Les quatre pans principaux sont séparés par des pilastres d’ordre ionique ornés de guirlandes de fleurs ; au centre de trois des panneaux se trouvent de petits médaillons ronds avec figures en profil de dignitaires ecclésiastiques. Sur la rampe de l’escalier où l’on accède par le bas-côté, sont trois caissons dont deux sont ornés de corbeilles de fleurs ; celui du milieu présente un écusson sans ornement. Au-dessous de la tribune, l’amortissement, plein, descend en pointe presque jusqu’au pavé ; il est coupé à mi-hauteur par un cordon à oves. En face se trouve un grand Christ sur la croix, en bois peint.

Une grille en fer forgé, d'un beau travail, sépare la nef du chœur ; la partie ouvrante, à deux vantaux, est séparée des deux latérales qui sont scellées aux piliers, par des pilastres surmontés chacun d'une corbeille de fleurs ; deux autres pilastres, à chaque extrémité, supportent une corne d’abondance d’où s'échappent des fruits, des épis de blé et un cep de vigne portant des grappes de raisin. Ces ornements en ferronnerie très délicatement exécutés sont dus au marteau d’un Abbevillois, François Boucquet, et ils datent de 1721 ou 1722.

Les collatéraux de la nef correspondent, en largeur et en hauteur, nous l'avons dit, avec ceux du chœur ; les voûtes sont à nervures, rayonnantes en caissons distincts pour chaque travée. Ces nervures sont formées d’abord, comme on l'a déjà observé, par le prolongement d’une partie des moulures prismatiques des gros piliers ; elles se raccordent également avec celles d’autres piliers en vis-à-vis qui forment la tête des murs de séparation des chapelles. De ces dernières moulures quelques-unes se contournent également à la naissance de l’ogive des arcs d’entrée de ces chapelles pour en former l'archivolte. Tout, comme on le voit, vient concourir pour former ici un ensemble des plus gracieux et des plus légers au point de vue de la décoration architecturale.

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Elles correspondent aux trois dernières travées de la nef ; leur forme est rectangulaire (larg. 5m5o sur 4m5o de profondeur) ; les autels sont tous placés dans la direction du chœur. Ces chapelles sont éclairées chacune par une fenêtre ogivale partagée en trois parties, et les têtes des murs de séparation s’entrecroisent en meneaux à la naissance de l’ogive. La fenêtre des deux dernières chapelles est plus étroite et présente seulement deux divisions, à cause du voisinage, pour celle à gauche, de la tour St Firmin qui occupe une partie du mur, et, pour celle de droite, du contrefort de l’extrémité du mur du transept. Au-dessous du soubassement, à plan incliné de ces fenêtres, court une moulure festonnée à redents évidés, divisée en trois parties. Les voûtes de ces chapelles sont à plein cintre, ornées de nervures prismatiques présentant une série de lobes allongés en triangles aigüs ; elles sont décorées, à plusieurs points d'intersection, d’armoiries en couleur. Ces nervures sont formées par le prolongement de colonnettes moulurées placées à chaque angle, et se ramifiant à la hauteur des voûtes; dans la première chapelle, du côté Sud, la disposition est un peu différente ; il n’y a pas, dans le fond, de colonnes d’encoignure, et les nervures partent de petits culs-de-lampes placés à une certaine hauteur, figurant des dragons accroupis.

Les trois chapelles de gauche et la troisième à droite ont été restaurées dans leurs parties décoratives, avec un soin et un goût remarquables, par MM. Aimé et Louis Duthoit, d’Amiens, de 1843 à 1849. La première, à gauche en arrivant, est dite de St Louis ou de La Nativité; elle renferme les fonts baptismaux en forme de large cuve ronde, qui n’ont, d’ailleurs, rien de remarquable ; elle a été édifiée en 1492 par la famille d’Ailly dont les armes se voient au retable de l’autel. Ce retable est un bas-relief en pierre peinte représentant la Naissance du Sauveur ; le groupe principal et les parties accessoires forment un ensemble naïf et fort curieux; il est, dit M. Prarond, entièrement de la composition de MM. Duthoit, sauf le berger. Ce sujet est encadré par des colonnettes et des pilastres surchargés à profusion d’ornements de toute nature; le tout était bien conservé et a été seulement remis en couleur et doré ; sur une banderole, MM. Duthoit ont eu l’heureuse idée de reproduire la devise d’une ancienne pierre tombale de Jean Le Vasseur et de Jeanne Lessopière, qui se trouvait naguère à St Vulfran : « Dieu soit loé de tout, y fault faire le mieulx con peut ». Le retable est surmonté des statues, aussi en pierre peinte, du Sauveur au milieu, et de St Pierre et St Paul de chaque côté. Enfin, au soubassement, parmi d’autres ornement dorés, on voit, dans des médaillons en bas-relief très plat, les figures, de profil, des quatre Evangélistes. Sur le devant de l’autel, en face, dans des niches cintrées, se trouvent cinq sujets en haut relief, sculptés en bois et peints, représentant au milieu Jésus-Christ sur la Croix, et, de chaque côté, l'Adoration des Mages, le Baptême de Notre-Seigneur, le Baiser de Judas, et le Christ portant sa Croix. Sur le côté en retour, à droite, Jésus-Christ mort remis à sa mère; la niche de gauche est vide. Contre le mur du fond, est placé un tableau de Choquet, Jésus-Christ au jardin des Oliviers (H. im6o; L. im5o). Cette chapelle a été entièrement refaite, nous dit M. Prarond, par MM. Duthoit, et terminée en 1848.

L’autel de la seconde chapelle, appelée des Saints Anges ou de St Luc, où est placé un beau confessional moderne en bois découpé, est également surmonté d’un

retable en pierre, dont l’encadrement seul est ancien ; il représente le Jugement dernier. Les bienheureux et les réprouvés occupent le bas ; ces derniers sont entraînés par des démons armés de fourches dans la gueule béante d'un monstre qu’on aperçoit à l’extrême droite. Au-dessus, se dressent les statues des Archanges St Michel , au milieu, tenant des balances où sont pesées les actions des hommes, et. de chaque côté, St Gabriel et St Raphaël (H. im3o environ). Sur le devant d’autel, sont placées quatre statuettes en bois peint représentant St Jean, St Luc , St Marc , St Mathieu, et, au milieu, St Jean-Baptiste portant l'Agneau pascal. Sur le mur latéral gauche, on voit un beau bas relief, bien conservé, en pierre blanche, la femme adultère, qui comprend .quinze personnages, sans compter les donateurs agenouillés

au bas, de chaque côté. Enfin, contre le mur du fond, on remarque un curieux haut-relief du xvie siècle, en pierre peinte, représentant un épisode de la vie de St Gengoul qui s’en rapporte au jugement de Dieu pour s’assurer de l’adultère de sa femme ; le saint lui fait placer la main à l’orifice d'un puits, et les flammes qui s'en échappent prouvent le crime de celle-ci. Le même sujet, traité de façon semblable, se trouve aussi à l’église Saint Paul d’Abbeville (i). Il y a également dans cette chapelle de St Luc un tableau de Choquet : V Adoration des Mages.

Il) La vie de St Gengoul a été rapportée dans tous ses détails par notre excellent collègue, M. Roger Rodière, de Montreuil-sur-Mer, dans son récent ouvrage de haute érudition, couronné par l'Institut, les Corps Saints de Montreuil, ujoi.

St Georges , et à droite, St Louis. Le coffre de l’autel est orné de cinq bas-reliefs modernes, sculptés en bois et peints. Ils se rapportent à la vie et aux miracles de St Vulfran : par devant, on voit le Saint célébrant la messe sur le navire qui le transportait en Frise, et faisant remonter du fond de la mer la patène qui y était tombée ; le Saint marchant sur les eaux pour sauver deux enfants condamnés à y périr, par Radbod, roi des Frisons; le Saint ressuscitant un pendu. Sur le côté gauche, on remarque St Vulfran dans la ville de Sens dont il était archevêque,' et, à droite. une prédication du Saint. Contre le mur du fond, se trouve appliquée une dalle de marbre blanc, avec armoiries et ornements sculptés ; une inscription indique que c'est le tombeau de Pierre Foucques , décédé en 1736. La fenêtre de cette chapelle présente un vitrail en couleur exécuté par M. Neret (sans date) ; il comprend deux sujets principaux se rapportant à St Vulfran, l’un, au bas, rappelle la guérison d’une femme obtenue par l'intercession des. reliques du Saint; sur une table près du

lit de la malade, on remarque un reliquaire en forme de petite chapelle gothique d’une grande richesse comme pièce d’orfèvrerie; Lé sujet supérieur représente Y Apothéose de St Vulfran; i 1 est revêtu de ses habits épiscopaux, et il est entouré d’anges tenant des instruments de musique. Dans le quatre-feuilles du sommet de l’ogive, on voit un ange tenant une banderole; tout au bas, sont les lettres .S. V. entrelacées et l’inscription : E. P. Neret, Paris.

Les chapelles de droite n’ont pas été restaurées, sauf le retable de l’autel de la troisième.

La première en arrivant est celle de St Quiriace ou de St Lazare, appelée aussi du Calvaire , sans doute à cause d’une statue du Christ mort, en bois peint en blanc, d’exécution fort médiocre, placée dans une niche Renaissance restaurée, dont l’encadrement est resté seulement épannelé. Dans cette chapelle se tenaient les Assemblées de la Fabrique de St Nicolas; il y avait même autrefois une porte basse qui donnait dans le cimetière particulier de cette paroisse ; on en voit encore la trace à l’extérieur. Trois tableaux décorent cette chapelle; ils représentent St Michel , St Victor et le Christ sur la Croix; puis, sur le tabernacle de l'autel, se trouve un groupe en bois peint du xvne siècle, montrant le Christ mort soutenu par sa mère. Sous la fenêtre, dans une cage de verre, on a placé une grande couronne funéraire

avec une dédicace à l’Amiral Courbet dont les restes, à leur retour en France, y sont restés exposés une dernière fois en i885, avant la cérémonie des obsèques. La fenêtre présente un vitrail de couleur, œuvre de M. Neret, portant la date de

1857 ; on y voit, dans le haut, Noire-Seigneur sur la Croix et, au-dessus, deux

anges adorateurs : au-dessous Jésus-Christ au Jardin des Oliviers , et Jésus-Christ embrassé par Judas.

La chapelle de St Yves, dite aussi de Sle Anne, ou encore de la Croix selon Gilbert, se trouve à la suite. Elle renferme deux grands tableaux; l'un placé au-dessus de l’autel représente St Jean inspiré par la vision apocalyptique, de Gleyre (Exposition de i83q). 11 fut donné en 1840 par le roi Louis-Philippe en souvenir de l'accueil qui lui avait été fait à Abbeville le 18 août 1840. Plus haut, se trouve le Christ au jardin des Oliviers, peinture d’une artiste abbevilloise, Madame Déhérain née Lherminier, donnée également par le roi Louis-Philippe en 1837; cette toile a figuré au salon de 1834. Contre le mur du fond, on a placé sur les dalles deux grandes statues en bois provenant, d’après M. Prarond, de la Chartreuse de Thuison ;

elles représentent un Chartreux prosterné, et une Ste Madeleine, également en

prières. Un beau confessional moderne est appliqué contre le mur, en face l'autel ; il est orné de deux pinacles surmontés des statuettes de la Vierge et de St Jean, et, au fronton de la porte, on voit un Christ en croix. Un troisième tableau, de grandes dimensions, (H. 2 m.; L. im4o), l'éducation de la Ste Vierge, est placé au-dessus du confessional (1).

La dernière chapelle de droite est dédiée à St Jean-Baptiste ; l’autel a été entièrement refait en 184g par les frères Duthoit. Le retable représente le baptême de Jésus-Christ, en bas-relief de pierre peinte, et, au-dessous, sur un plat supporté par deux anges, le chef de St Jean Baptiste. Sur l’autel est placé un reliquaire composé de tortillons de papier doré sur la tranche, présentant une série d’ornements en volutes très serrées avec petit sujet enluminé au milieu, le tout renfermé dans un cadre ; ces sortes de reliquaires sont devenus assez rares. Sous la fenêtre, dans une niche à encadrement Renaissance, se trouve un groupe, d’exécution médiocre, haut-relief en bois peint en blanc, représentant Ste Madeleine et St Jean l’Evangéliste. Un beau confessional moderne est placé contre le mur opposé à l'autel ; on y voit sculpté en bas-relief, sur le panneau à jour de la porte, le Christ entouré de ses disciples, accueillant un pêcheur repentant; au-dessus est figuré un ange tenant une banderole sur laquelle on lit ces mots post sex qui veulent signifier, d’après une légende, que la mort peut survenir à bref délai, et qu’il faut toujours s’y préparer par le sacrement de pénitence ; le haut de l'entablement de ce confessional supporte une statuette de St Charlemagne. Au-dessus, contre le mur, est suspendu un tableau de Choquet (H. 1 m.; L. 1 '"70), représentant St Vulfran dans une gloire, revêtu de ses habits épiscopaux : dans le bas, des malades sont prosternés à ses pieds et invoquent son assistance.

(i) D'après un article de l'Almanach du Ponthieu de 1783, Voyage pittoresque dans les églises et paroisses de la Ville d'Abbeville. C'est dans cette chapelle, appelée alors celle de MM. Pascal, que se trouvait le crucifix peint par Quentin Varia, tableau qui, plus tard, fut transporté à l'église St Gilles où il est encore maintenant.

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