LE CHŒUR
Il a été commencé, dit-on, en 1 66 1 et terminé en 1 663 ; la première pierre fut posée, d’après M. Prarond, par le Maïeur Pierre du Maisniel, au nom du roi et de la ville, et par le Doyen du Chapitre des chanoines. La voûte, comme celles de ses collatéraux, est en placage à plein cintre, et le haut des murs est maintenu par des traverses en bois sous les trois voûtes. Celle du milieu du chœur est de moitié environ moins élevée que celle de la grande nef ; le haut des collatéraux forme le prolongement, sur la même élévation, des voûtes des bas-côtés de la nef. A l’entrée de la partie centrale du chœur s’élancent deux énormes piliers ondulés placés sur le même alignement que ceux de la nef et de même hauteur. Contre ces piliers du côté de la nef, se dressent deux statues du xvi* siècle ; elles sont en bois peint en blanc, hautes de im6o environ, médiocrement exécutées; elles représentent Si Pierre et St Paul. Il y avait autrefois un jubé à cet endroit ; il est mentionné en 1728, mais on ne saurait préciser à quelle époque il a disparu. A la hauteur des voûtes des bas-côtés, les gros piliers sont entourés d’une sorte de chapiteau où sont sculptées des formes étranges de chimères, d’oiseaux fantastiques, d’animaux bizarres ; on remarque notamment une pieuvre à celui de la chapelle de droite. Des piliers plus petits et différents entre eux, entourés également à la même hauteur de cordons en forme de petits chapiteaux avec ornements variés, séparent les arcs formerets à plein cintre, correspondant aux travées du chœur; ces arcs sont ornés, à leur clef, d’une tête d’ange ailée. Les piliers de séparation, à la partie centrale du chœur, sont engagés de moitié dans les murs et se terminent, un peu avant la voûte, par des consoles renversées en forme de grosses volutes. Il est à remarquer que le premier pilier de chaque côté, à la suite de celui de l'entrée, est beaucoup plus mince et bien moins élevé que les autres. Notre collègue, M. Crusel en a trouvé l’explication ; elle est toute rationnelle. L’église, d’après le plan primitif reconstitué par M. Vinson, devait avoir un transept ; celà résulte au surplus des substructions découvertes en 1 865 autour du chœur. Or, comme ce transept n’a pas été exécuté, il se trouvait un vide entre les fondations à son emplacement ; c’est au milieu de ce vide qu'ont été élevées, de chaque côté, les piliers plus petits pour soutenir à cet endroit les murs et la voûte du chœur. Ces petits piliers, par leur position dans l'axe de ce qui aurait été le transept, indiquent donc la largeur que celui-ci devait avoir. Tous les piliers du chœur sont reliés, dans l’intervalle des arcs formerets, par des grilles posées sur un mur d’appui contre lequel sont adossées les stalles; celles vers la nef viennent de l’église particulière de l’Hôtel-Dieu ; les autres, un peu plus petites, étaient celles de l’église St Georges. Plus loin, près des marches du sanctuaire, de belles et hautes portes en fer ouvragé livrent passage entre les côtés et le milieu du chœur ; elles ont une largeur de 3m9o sur une hauteur de 4 m. sans compter le fronton avec médaillon au milieu. L’arcade qui sépare le sanctuaire d’avec les chapelles de St Georges et de la Ste Vierge, sur les côtés, est rempli par une grille semblable. Ces portes et grilles proviennent également de l’église St Georges et ont été exécutées, comme celle de l’entrée du chœur, par Pierre-François Boucquet, d’Abbeville, en 1736.
Les murs sont percés, au-dessus des arcs formerets, au clerestory, de quatre
grandes fenêtres à plein cintre, sans meneaux, dont le vitrage est partagé en carrés par des traverses en ter. A la seconde et à la troisième à gauche, on remarque deux parties de vitrail représentant un saint tenant un livre ouvert et un ange monté sur un cheval. Un orgue d’accompagnement occupe la baie entre le second et le troisième palier; en face, on a placé un aigle de lutrin, en cuivre, qui fut fondu en 1554; ses ailes étendues forment le pupitre, et ses serres se crispent sur un globe supporté par une colonne à renflements évasés progressivement jusqu’à la base.
Le chœur et le sanctuaire, de même que les collatéraux du chœur et les chapelles latérales sont pavés en marbre blanc et noir. Au milieu du chœur, ce dallage présente comme ornements deux demi cercles à bandes rayonnantes, séparés par un caisson transversal, et, au bas des marches du sanctuaire on voit une grande rosace également à rayons. Le pourtour du chœur était garni avant la Révolution, nous dit M. Prarond, d’après Y Almanach de Picardie de d'une belle
tapisserie du xive siècle de 80 pieds de long sur 4 de haut représentant la vie et les miracles de St Vulfran en vingt-cinq scènes avec légendes rimées.
Au milieu du chœur se trouvait l’épitaphe de Charles Pascal, vicomte de la Queute, et aussi celle de Jean de Boulnois. Enfin, au devant du lutrin on lisait l’épitaphe de Philippe Fuzelier, avant dernier doyen des chanoines, mort en 1785.
Le maître autel, auquel on accède par trois marches, est isolé au fond du sanctuaire ; il a été entièrement reconstruit en 1 83 1 par MM. Duthoit. Au-dessus se dresse un grand baldaquin en bois, élevé sur quatre colonnes d'ordre corinthien, peintes en blanc, et datant de 1 663 ; il supportait autrefois une châsse de St Vulfran. Ce baldaquin a été entièrement doré en 1 833 par M. Pipaut, d'Amiens, (note des Archives). Sur l’entablement, à chaque extrémité, deux statues d'anges adorateurs, en bois doré, demiagenouillés, tendent leurs bras l’un vers l’autre ; contre la frise, deux autres anges, en bas-relief appliqué, soutiennent une croix. A chaque côté du coffre de l’autel, sur des piédestaux carrés, sont placées deux plus grandes statues d'anges à genoux, les mains jointes, la tête inclinée ; ces sculptures, en bois peint en blanc, ont été exécutées par MM. Duthoit à la même époque ; elles en remplacent d’autres qui étaient l’œuvre de Cressent, d’Amiens, et dataient environ de 1735. Six grands chandeliers, et une grande croix placée sur le tabernacle proviennent du prieuré de St Pierre d’Abbeville. Près de l’autel fut inhumé Antoine Hccquet, doyen du Chapitre de St Vulfran, mort le 12 Juillet 1718, frère aîné du célèbre médecin de ce nom. Deux statues en pied, d'un grand caractère, superbes d’exécution, taillées dans le marbre blanc (H. im8o) ornent les côtés du sanctuaire, à la hauteur du maître-autel ; elles proviennent de l’abbaye de Valloires et ont été données à l’église de St Vulfran pendant la Révolution sur la proposition de Devérité le conventionnel abbevillois.
Saint-Vulfran d’Aureville Lutrin.
Elles sont l'œuvre du sculpteur prussien Pfaffenhoven qui, vers la fin du xvm' siècle, avait été exilé à la suite d’un duel malheureux et était venu s’établir en Picardie où il a fait souche (i). Ces statues représentent, à gauche, St Bernard , sous les traits de Dom Comeau, prieur de l’Abbaye, et, du côté opposé, St Martin sous ceux de Mgr de la Motte, évêque d’Amiens, abbé commendataire de Valloires.
’Vutfran d'AAérrUte Saint J/ari
Au delà du maître-autel, les parois de l’abside sont couvertes de lambris en menuiserie exécutés par J. Ringard, d’Abbeville, à qui ils avaient été adjugés le 9 mars 1 663 . Sur les côtés, sont quatre médaillons en bas-relief représentant des religieux et religieuses, dans le genre de ceux qui se trouvent dans la sacristie ; ils proviennent, croyons-nous, de la Chartreuse de Thuison. Plus loin, se trouvent les bustes de St Crépin et de St Crépinien. Contre les lambris sont exposés plusieurs tableaux : Louis XIV touchant les écrouelles et le Baptême de Jésus-Christ, qui étaient placés, avant les derniers travaux, contre les seconds piliers de la nef, puis encore une Adoration des Mages , de l’école italienne du xvne siècle.
Au fond du chevet, à quelques mètres du grand autel, et adossé contre le mur, est un autre autel, spécialement consacré maintenant aux reliques de St Vulfran. Il a été érigé au commencement du xvm' siècle ou à la fin du xvn' par un notable bourgeois, marchand d'Abbeville, N. Bail, dont on voit, au retable, l’écusson aux trois poissons (trois bars), le même qui figure à la voûte de la première travée de
(l) Voir Généalogie du sculpteur Pfaf , sa vie, ses œuvres, par Ch. Wignier de Warre ; Abbeville 1898.
la nef, et aussi, comme on 1 a dit plus haut, sur la façade de la maison de la place du marché aux Herbes, vis-à-vis le portail. Cet autel est en bois, peint en marbre blanc rehaussé d'or vers 1726 ; son tabernacle et ses deux girandoles en cuivre argenté proviennent, paraît-il, de l'église des Carmes d’Abbeville; le coffre de cet autel est surmonté d’un retable très élevé, garni de pilastres et de quatre colonnes cannelées, placées deux à deux, avec chapiteaux dorés, d ordre corinthien. Ces supports sont surmontés d une frise à arabesques et d un entablement, le tout décoré de nombreux détails sculptés, tels que statuettes, têtes d'anges ailés, attributs, etc. Au tabernacle, est un bas-relief, où l’on voit Y Agneau pascal , en bois doré, et au-dessus, un premier reliquaire, en forme de buste doré représentant St Vulfran, coiffé de la mître, les cheveux longs, f ers le bas du retable, dans une niche, est placé le grand reliquaire en bois doré, excuté comme les autres vers i83o. Il renferme les reliques principales du Saint, et a remplacé l’ancienne châsse en forme de petite chapelle gothique, pièce d’orfèvrerie d'une grande richesse qui a disparu à la Révolution (1). La châsse actuelle, de forme rectangulaire, présente aux angles les statuettes allégoriques assises de la Foi , de l 'Espérance, de la Charité, et de la Religion. Il existe un troisième reliquaire ayant la forme d'un bras, également en bois doré, avec la main peinte au naturel, qui contient un ossement du saint ; il est placé dans la sacristie. Ces trois reliquaires sont descendus une fois par an, à la fête dite des Reliques, en mai ; ces reliques sont présentées dans le chœur à la vénération des fidèles et sont portées en procession autour de la place. A la fête patronale, en octobre, le chet du saint et le bras sont seuls exposés dans le chœur. La première procession eut lieu le 18 octobre 1 835.
La fenêtre qui surmonte cet autel est remplie par un vitrail ogival du xve siècle, à trois compartiments en hauteur, représentant la Création du monde ; il a été plusieurs fois restauré, certaines parties soni un peu confuses, les couleurs par endroits ont pâli, mais ce vitrail, tel qu’il est, n’en est pas moins digne de remarque. Autant qu’on peut le décrire, il représente au bas, à gauche, St Pierre, au milieu, Adam ; à droite, Adam et Eve dans le Paradis, sous l’arbre de vie ; au-dessus des personnages, l’Agneau pascal , plus haut le Christ en Croix et la Vierge agenouillée : enfin, à la partie toute supérieure, la Nativité.