‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 18 sur 79 · I. — Les Collatéraux du Chœur et leurs Chapelles · texte numérisé non relu

I. — Les Collatéraux du Chœur et leurs Chapelles

Dans le bas-côté Nord du chœur, on a placé provisoirement le grand orgue qui était sur la tribune en bois remplacée, lors des derniers travaux, par l’arc triomphal à l’entrée de la nef. Il provient, comme les grilles du chœur, de l’église St Georges sise sur le marché et démolie à la Révolution. Le buffet comprend sept parties ; les deux plus grandes, en forme de demi colonnes, reposent latéralement sur des consoles extérieures et sont surmontées d’une aigrette : au-dessus de la travée centrale s’élève le génie de la musique, de grandeur naturelle, tenant d’une main un bâton de chef d’orchestre et de l’autre une feuille de musique ; la partie antérieure, placée actuellement à côté, est surmontée au milieu d’un vase de fleurs entre deux torchères.

(1) Cette châsse, nous dit Gilbert, ^nous ne savons d'après quel document), était exécutée sur le modèle de la nef, avec ses arcs boutants et scs clochetons, entièrement couverte de lames d'argent pesant 145 marcs et enrichie d’ornements en or ; il fallait huit hommes pour la porter. Le jour de l'Ascension, on la déposait dans une chapelle décorée de verdure au milieu du marché ; elle y restait la nuit et était gardée.

Contre le mur de ce bas-côté gauche, est appliquée l'épitaphe, en marbre noir, de N. Briet de Neuvillette, qui a fait construire la chapelle de St Georges, et de Françoise Belle, son épouse; cette tombe est en ce moment cachée par le grand buffet d’orgue. Un bas relief en marbre blanc, avec draperie tombant de chaque côté et, au-dessus, les armes de la famille entre des palmes, surmonte la pierre ; cette sculpture représente un enfant couché sur le côté, le coude appuyé sur une tête de mort et soufflant des bulles de savon. Cette œuvre a été attribuée par M. Ernest Prarond à Nicolas Blasset le grand sculpteur amiénois, en raison de sa date probable, celle approximative de la mort des personnages (1627-1629) ; le mérite du travail rend cette attribution toute vraisemblable. On lit au-dessous de la pierre que l’épitaphe, détruite en 1793, a été rétablie en 1 835 par M. Charles-Jean Levesque de Neuvillette, descendant d'un frère de M. Briet.

Plus loin, toujours contre le mur de clôture, on voit une toile, la Nativité ; une statue médiocre, en bois peint, de S te Marguerite, et une autre, plus grande, de St Roch , également en bois peint, œuvre de Dutilleux, l’un des derniers « tailleurs d images » d’Abbeville. Cette statue est posée sur un pilier inachevé; elle donna lieu, en 1750, par suite d’une substitution, à un gros procès, rapporté par M. Prarond, entre les chanoines de St Vulfran et la Fabrique de la paroisse de St Nicolas-en-St-Vulfran. Au delà, toujours au mur à gauche, se trouvent une statue en bois de St André, et un tableau représentant Ste Véronique. Le dernier pilier, resté à mi-hauteur, supporte un petit vaisseau de haut bord offert en ex-voto au xvme siècle.

La chapelle du fond de ce bas-côté Nord, à laquelle on accède par deux marches en marbre noir et qui est également pavée en marbre, est dédiée à St Georges et aussi à Notre-Dame de Lorette ; elle s’appelait encore d’après d’anciens plans Notre-Dame de Pitié. Dans des niches de son retable en bois, assez élevé, avec ornements et attributs dorés, se trouvent les statuettes en bois de Ste Geneviève , de Notre-Dame de Grâce, et, sur les côtés, de celles de St Bruno et de St Augustin ; puis, deux anges adorateurs, et, au milieu, une belle gloire en bois doré avec anges ailés et ornements, œuvre de Cressent, faite vers 1735 (Manuscrit Sifîait); elle surmontait auparavant le maître autel. Contre le mur du fond est appliquée une grande toile, {'Assomption (H. 2"’8o ; L. 2m3o), attribuée a-t-on dit, à Melchior Rey, élève de \ouet, ou, peut-être, due au pinceau de Bomy , peintre abbevillois du xvne siècle qui fut aussi élève du même maître. Sur le côté, à gauche, est placée une statuette équestre, en bronze argenté, de St Georges terrassant le dragon ; à droite, sur un pilier engagé, resté inachevé, se dresse une statue en bois peint, du xvie siècle (H. im5o), représentant Ste Barbe , à côté d’une tour.

IL — Deux œuvres d’Art

Nous devons signaler ici, tout particulièrement, une remarquable peinture sur bois, à fond gaufré et doré, remontant au xve siècle, et qui, il y a trois ans encore, servait d’antependium à l’autel de St-Vulfran. au fond du chevet ; depuis, elle a été fixée contre le mur latéral gauche de la chapelle de St Georges où sa conservation est maintenant assurée. Ce panneau, divisé en trois compartiments retenus par un cadre moderne, en chêne, (H. o,n70 ; L. 2m75), représente la Résurrection générale ou le Jugement dernier ; de chaque côté, un homme et une

femme se dressent de leur bière, comme se réveillant, étonnes et effrayes, soutenus chacun par un ange aux cheveux rouges, d'une réelle beauté. Au milieu, le Christ est assis dans les cieux, entouré d’anges portant les instruments de la Passion, et, au-dessus, règne une bordure de petits anges rouges. Plus bas, de chaque côté, les douze apôtres, et, à une place plus élevée, à gauche, la Vierge couronnée. Tout au bas, enfin, une multitude de personnages très petits ; on n'aperçoit plus guère que leurs figures, tant cette partie du tableau s’est trouvée endommagée par l'atteinte des pieds à l’endroit où il était malencontreusement placé. M. de Chennevières qui a examiné cette curieuse peinture, et d’autres archéologues et amateurs après lui, ont cru pouvoir l'attribuer à une école artistique du Nord de la France, contemporaine du florentin Gozzoli; on n’en connaît pas malheureusement l’origine, et cette pièce remarquable est appelée à exercer encore la patience des chercheurs.

Une autre œuvre, non moins curieuse et aussi digne de remarque nous amène au collatéral de droite. C’est une peinture sur verre, dite « fixé peint » qui se trouve placée contre un des piliers de gauche, en face la porte de la sacristie. Ce tableau, qui a fait l'objet d'une de nos études présentée à la session des Sociétés des Beaux-Arts en 1902, représente la Glorification de la Sle Vierge ; vers le haut, la mère du Sauveur, dont le type a le caractère des Vierges d'Albert Durer, tient l'enfant Jésus sur son bras ; elle est environnée d'une gloire aux rayons d’or autour de laquelle, dans des nuages, voltigent des anges aux ailes diaprées ; Au-dessus on voit la figure du Père-Eternel, bénissant. Plus bas, sous la gloire, sont figurés plusieurs personnages généralement en costume de châtelains des bords du Rhin, au xvie siècle, tous dans l’attitude de l'adoration, les yeux levés vers la Vierge ; ils forment deux groupes, séparés par un lac d’argent où nagent des cygnes et qui baigne le bas d'une montagne où se dresse un château-fort. Tout autour règne une large bande formant encadrement, et où l’on remarque des anges, des femmes nues, des coupes, des rinceaux se terminant en têtes de chimères fantastiques à figure presque humaine, et d'autres ornements des plus fantaisistes, dans le style de la Renaissance. Ce tableau ne comprend pas moins de soixante trois plaques de verre, ce qui est une particularité toute exceptionnelle pour des œuvres de cette nature ; il parait être d’origine suisse, et on lit de chaque côté, au milieu de la bordure le mot Vaner qui pourrait être le nom de l’artiste. Enfin une devise au bas : T 'oie^e rendant lumière souveraine , est évidemment un refrain palinodial et nous porte à penser que cette œuvre d’art a pu être un don fait par un prince ou bâtonnier du Puy qui aurait été un Leroi de Saint-Lau, à en juger par des armoiries, d'a~ur à trois écus d'argent, qui sont tout au bas dans la bordure (1). Quoiqu’il en soit, cette pièce, de haute curiosité et d’une exécution parfaite, est tout à fait remarquable.

Sur le mur, à droite du même bas-côté, sont quatre statuettes, en bois peint, de St Eloi, de St Honoré, de St Rock et de Sle Anne. On peut remarquer aussi un petit haut-relief, en bois peint et doré du x\T siècle, représentant le martyre de St Eustache ; le saint est debout, avec sa femme et ses deux enfants, dans le corps d'un bœuf d’airain sous lequel des bourreaux attisent les flammes qui vont les brûler vifs. Du même côté, à droite de la porte de la sacristie, est suspendu un Ensevelissement du Christ, œuvre de Choquet, peintre abbevillois ; enfin, toujours contre le mur, sur un cartouche en pierre sculptée, à gauche de la porte de la sacristie, on lit cette date, 1622, qui pourrait être celle de l’exécution de cette

(1) Ces armes pourraient être aussi celle de la confrérie de St Luc.

partie du chœur dont la construction totale ne remonterait qu'aux années 1 66 1 ou 1 663 ; d'autre part, le pignon terminal du bas côté gauche porte la date de 1 658 (i).

Une des deux marches en marbre qui font accéder à la chapelle du fond, au côté droit du chœur, a été faite avec une pierre tombale dont notre collègue, M. Roger Rodière, a bien voulu relever pour nous l’inscription. Celle-ci, bien difficile à déchiffrer par endroits, nous apprend que c'était la pierre tumulaire consacrée en 1600 à deux femmes, Marguerite Manessier, épouse du chevalier Paschal ,2), et Claude Diovaioeœ (?) Torigny décédées la même année.

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