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CHAPITRE DEUXIEME

EXTÉ RIE U R

Ensemble du Portail

L'église St-Yulfran n'a pu malheureusement, faute de ressources au xvie siècle, être achevée suivant le plan originaire, sans quoi elle eût été l’un des édifices les plus remarquables de cette époque. Il n'y a de terminé que le portail, les deux tours et la nef; on s’est arrêté au premier mur du transept avec une seule tourelle d'angle. Quant au chœur, il n’a été construit que plus d’un siècle après, avec une architecture hybride où tout semble confondu. L'édifice tout entier, selon le plan primitif, a été reconstitué en coupe et en élévation par M. Vinson, Architecte, Inspecteur des Monuments historiques qui avait secondé M. Danjoy lors des

travaux ; son importante étude a été honorée d’une récompense par le Conseil Supérieur des Beaux-Arts et elle a figuré à l’Exposition d'œuvres d’art et de

Abbeville. — Plan de l'église St-Vulfran.

curiosités à Abbeville en 1897. Le dessin d’ensemble, pour le côté de l’Avenue du Rivage notamment, a permis de se rendre compte des belles proportions qu’aurait eu le monument, et de la riche décoration qu’aurait présenté le portail latéral,

entre les murs du transept, avec ses tourelles d angle semblables à la tour St-Firmin, la seule qui ait été exécutée.

Le portail de St-Vulfran est partagé en trois parties principales, aussi bien dans le sens de la hauteur que dans celui de la largeur ; ces trois parties successives, dans les deux sens, donnent à la façade toute entière un ensemble symétrique des plus agréables à l’œil et elles contribuent à son élégance. Cette division rentre du reste dans la symbolique chrétienne ; c'est le nombre divin se rattachant au dogme de la Sainte Trinité et on le retrouve sur d’autres points de l'église avec les trois nefs, les trois portes, les trois chapelles latérales, les trois arcs-boutants et, souvent, la division des fenêtres en trois parties.

Deux galeries avec balustrades à meneaux ajourés, surmontées de clochetons, viennent couper la façade transversalement à diverses hauteurs ; elles font communiquer les deux tours, et régnent sur chaque coté du monument. Dans l’épaisseur des contreforts ont été ménagées des ouvertures pour permettre le passage. La partie du bas est plus élevée, d’un quart environ, que celle du milieu, et la même proportion, toujours en diminuant, existe entre celle-ci et la troisième qui est couronnée, au sommet des tours, par une dernière balustrade entourant la plate-forme. La galerie inférieure vient, sur les côtés, rejoindre les combles des chapelles latérales au-dessus desquels passent les grands arcs-boutants ; chaque balustrade est composée de rinceaux affectant des formes différentes, mais généralement flamboyantes. A la première galerie du côté Sud, la travée contre la paroi latérale de la tour présente une suite de grandes fleurs de lys, et, contre le soubassement, au milieu, on voit un ange ailé, aux cheveux frisés, couvert d'un ample manteau, la tête inclinée à gauche, jouant de la harpe. A la galerie correspondante, au-dessus, est figuré, toujours au milieu, un animal qui parait être un hibou.

La seconde galerie suit le bas des versants de la grande toiture de la nef ou elle sert de large gouttière ; elle donne accès au sommet du mur du transept disposé en plate-forme avec garde-fous en fer, ce qui permet de faire le tour de la partie principale du monument, non compris le chœur qui est beaucoup moins élevé. La balustrade de chaque galerie est supportée par un larmier en doucine, guilloché et très ouvragé. Au dessous, court une corniche rehaussée de distance en distance de petits motifs d'ornementation évidés, comme sur la doucine. Sur la façade, la balustrade de la première galerie, aux porches latéraux, est divisée en quatre parties séparées par un montant dont la pointe en clocheton dépasse la rampe ; celui du milieu est plus élevé.

Aux angles des tours, entre les contre-forts, se trouvent des gargouilles représentant des animaux étranges, hydres, dragons, aigles, lézards et autres ; au côté droit notamment, on remarque un caméléon à la queue contournée, une énorme grenouille tenant un limaçon entre ses pattes, une truie pleine, un hippogriffe, et vers les chapelles, un léopard, etc. Au portail, le soubassement ou larmier des balustrades est garni de gargouilles plus petites, représentant, à droite, contre la tour, un chien et un dragon; à gauche, un autre chien et un lion.

La division en trois parties, dans le sens vertical, comprend, au milieu, le porche central, avec la grand'porte à deux vantaux sous une profonde voussure ; puis, après la première galerie, une large et haute fenêtre avec grande rose à la partie supérieure ; au-dessus de la seconde galerie s’élève, le grand pignon dont les rampants correspondent à ceux de la toiture de la nef. De chaque côté se

dressent, isolées dans leur partie supérieure, les deux tours carrées, au bas desquelles sont les portes latérales. Ces tours sont flanquées, à chacun des angles, au Nord et au Sud, de deux contreforts pleins, faisant corps avec elles, et qui s’élèvent jusqu’à la troisième balustrade couronnant leur plate-forme ; à cette partie supérieure, ils s’infléchissent en une console renversée. De chaque côté du porche central, il n'existe qu’un seul contrefort correspondant à l'angle des tours ; ils séparent cette entrée de celles des côtés, et ils forment ainsi la division du portail en trois parties dans le sens vertical. A partir de la seconde galerie, ces deux contreforts isolés sont accostés chacun d'une tourelle de chaque côté du grand pignon central.

Tous les contreforts des tours sont de même dimension et de même structure ; à partir de la première galerie, et jusqu'au couronnement des tours ; ils présentent, aussi bien sur leur face antérieure que sur les côtés, trois retraits successifs ; les murs ont également des retraits. Le soubassement des contreforts, légèrement évasé, repose, comme tous les murs de l'édifice, sur deux assises de grès aux angles légèrement abattus, au-dessus desquelles, après deux assises de pierre, se trouve un évidement légèrement concave. Puis s’élèvent, sur chaque paroi, deux petites arcades, aux montants assez épais, reposant sur un cordon en doucine ; ces montants se rapprochent dans le haut pour former de petits arcs en accolade qui supportent des socles servant de piédestaux aux grandes statues du portail. En cet endroit, la partie extérieure des contreforts est abattue à pans coupés formant éperon, et présente ainsi deux surfaces où se trouvent superposées deux niches à fond plat. D’autres niches se trouvent également sur les côtés de ces premiers contreforts, ainsi que sur les autres et toujours sur deux rangs ; celles du bas sont seules occupées par des statues, et encore uniquement sur les quatre contreforts de façade. On peut regretter le vide de celles du haut, car un double rang de statues eut singulièrement contribué à la décoration.

Chaque niche est surmontée d'un dais pyramidal orné de crochets et d'un léger gable à pointe aigüe se prolongeant en une colonnette qui supporte le socle de la niche supérieure ; cette disposition est la même aussi bien pour les contreforts de côté des tours que pour ceux de la façade.

A partir de la première galerie, les contreforts présentent, nous l’avons dit, un retrait qui se prolonge jusqu’à mi-hauteur à peu près de cette seconde partie du monument ; là, encore, la face antérieure des contreforts est abattue en bizeau aux angles et forme ainsi deux surfaces planes sur lesquelles, au lieu de niches, se trouvent deux arcatures en application, surmontées de dais à crochets, puis de deux petits gables également appliqués, à pointe aigüe, superposés, et entre lesquels s’élève un léger pinacle simulé, toujours en application ; le tout est garni de crochets sur les rampants. Un nouveau retrait part du milieu de cette seconde partie et un dernier commence au premier tiers de la troisième ; chacun de ces retraits présente les mêmes détails d’ornementation que nous venons de décrire ; enfin ils sont indiqués également sur chaque face latérale des contreforts par un large larmier.

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