‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 4 sur 79 · II. — Les Tours. — Les Tourelles. — Les Cloches · texte numérisé non relu

II. — Les Tours. — Les Tourelles. — Les Cloches

Les tours présentent un ensemble imposant, tant par leurs belles proportions que par leur hauteur (55 m. 80 du pavé du parvis jusqu’aux girouettes). Elles

n'apparaissent et ne se détachent bien nettement qu à partir de la première galerie sous laquelle elles se confondent pour ainsi dire avec le porche. Leur masse est atténuée non seulement par la disposition des contreforts qui brisent leurs angles, par les retraits de ces contreforts et aussi des murs, ceux-là peu apparents, et par les délicates sculptures qui les décorent, mais encore et surtout par l’évidement produit par les quatre grandes baies ogivales très élancées, élégamment décorées, garnies d’abat-sons qui ont été refaits en 1859, et elles les ajourent sur chaque côtés. Ces ouvertures sont superposées, accotées deux à deux à la deuxième et à la troisième partie des tours, leur donnant ainsi une apparence de légèreté relative tout en contribuant à l’harmonie de l'ensemble du portail.

Le trumeau qui les sépare s’amortit sur un soubassement à plan incliné et se termine, pour les baies inférieures, par une boule ouvragée, et, pour celles du dessus, par une figure d'homme ; il est orné, dans toute sa hauteur, de petites arêtes et il est surmonté, à la naissance des arcs, d'un léger pinacle à crochets.

Le remplage de chaque baie dessine quatre compartiments formés par un meneau vertical coupé lui-même vers le milieu par un autre horizontal et chacune de ces subdivisions se termine à la partie supérieure par un plein cintre trilobé. Le sommet ogival de chacune des baies accotées présente deux lobes ovulaires superposés ; enfin, les archivoltes sont surmontées de deux petits arcs en accolade avec crochets, et leur pointe se prolonge jusqu'au bandeau qui règne au-dessous de la corniche de la balustrade supérieure. Le mur d’intervalle, là encore, est orné d’arcatures pannelées en application, à cintres trilobées.

A partir de la seconde galerie, sur les côtés du porche central, s’élèvent deux tourelles octogonales, à demi encastrées dans les angles des tours ; elles donnent accès par un escalier intérieur à vis à la plate-forme. Ces tourelles sont coupées extérieurement dans le sens horizontal et à des hauteurs inégales par quatre cordons ; elles présentent ainsi quatre compartiments en hauteur dont les parois sont rehaussées de petites arcatures pannelées à pointe ogivale ; les deux premiers cordons sont en doucine, le troisième forme la continuation de la corniche guillochée qui supporte la balustrade à meneaux de la plate-forme des tours. Au-dessus du quatrième bandeau qui est semblable au précédent court une balustrade, également ajourée, puis s’élèvent huit montants correspondant à chaque angle de la tourelle, et entre lesquels a été ménagée, à gauche, la logette du guetteur de nuit, appelé, il y a peu d’années encore le corneur, parce qu’il sonnait toutes les demi-heures dans une longue trompe, pour montrer qu’il veillait en cas d’incendie, — le téléphone a remplacé aujourd'hui ce hululement lugubre (1), — et à droite, l’emplacement où se trouvent les trois gros timbres de l'horloge dont le mécanisme est placée plus bas, dans l’intérieur de la tour sud. Cette horloge, nous apprend M. Prarond, d’après les manuscrits Siffait, a été placée en 1688, et les timbres en i6g5. Les tourelles sont surmontées de toits élancés en poivrière dont la pointe supporte une grande girouette ; on les aperçoit de fort loin.

Les cloches au nombre de cinq, se trouvent dans la tour Nord. Elles remplacent celles qui avaient été refondues en 1714 et en 1736, cloches sur lesquelles M. Prarond a donné d’intéressants détails et qui furent détruites à la Révolution (2).

(1) Dans le clocher de l’église précédente il y avait aussi un guetteur dont la consigne, durant les courses des Anglais dans le Ponthieu, est relevée au registre des Argentiers en 1433. H devait sonner une cloche quand il voyait venir des gens à cheval vers la ville afin que chacun fut sur ses gardes.

(2) Dom Grenier nous apprend que la grosse cloche primitive nommée Marie Lorette, fut faite dés l’année 1538 et fut baptisée la veille de St-Vulfran le 14 octobre dudit an 1538.

Celles d’aujourd’hui datent de 1824 ; l’une s’appelle Marie-Thérèse suivant le désir de la duchesse d’Angoulême, exprimé lors de sa visite à Saint-Vulfran la même année ; elle pèse 4.000 livres. L’autre, Louise Victoire , est du poids de 2715 livres et la troisième, Jeanne Mélanie , de 1879 livres. La quatrième ( 1 597 livres) s’appelle Rosalie W ilhelmine. Il en existe une cinquième plus petite, du nom de Seneca , remontant à 1684, et appelée vulgairement Brimbette, qui sert pour les messes basses et est sonnée de l’intérieur. Ce poids énorme, de plus de 5ooo kilos, était supporté par une colossale charpente en bois dont la disposition était défectueuse et qui battait contre les murs et les ébranlait, aussi M. Danjoy, architecte, avait dû, en 1890, par mesure de prudence, avant les derniers travaux, interdire la sonnerie à volée. Le beffroi fut remanié, bien isolé des murs, puis supporté sur de gros corbeaux de pierre enfoncés dans toute l’épaisseur des murs dont les trous et les lézardes furent rebouchés au prix d'un travail considérable, et, en 1899, ce fut, avec un sentiment d’allégresse générale qu’on entendit de nouveau dans la ville, après plusieurs années, la sonnerie à grande volée. Il existe aussi à Saint-Vulfran un carillon à pédales bien organisé.

De la plate-forme des tours, après une ascension de 286 marches, on jouit d’un panorama splendide ; l’œil plane d'abord à vol d’oiseau sur la ville qui s'étend surtout vers le Nord et l’Est, puis la campagne environnante se découvre jusqu’à une assez grande distance selon les endroits. O11 aperçoit, d’un côté, au Sud, la vallée de la Somme, les hauteurs de Moyenneville, les monts de Caubert ; de l’autre, les plaines élevées de Saint-Gilles, puis du Bois, jusque vers Saint-Riquier ; et, en continuant vers le Nord et l’Ouest, les coteaux de Thuison, de la Justice, de Menchecourt, de Laviers et de Port, jusqu’à l’estuaire de la Somme entre le Crotoy et Saint-Valéry. Il y a quelques années encore, on apercevait en se plaçant auprès des deux moulins d’Eaucourt, d’un côté le haut de la Cathédrale d’Amiens, de l’autre, le sommet des tours de Saint-Vulfran ; des arbres, devenus plus élevés ont intercepté la vue vers Amiens, au-delà de Pont-Remy.

Contre la paroi antérieure de la tour Sud, à la seconde partie de la façade, a été appliquée, le long du contrefort de gauche, une tourelle semblable comme structure, forme et décoration, à celles décrites ci-dessus, et également encastrée en partie dans le mur; elle part de la première galerie et s’élève un peu au-delà de la seconde à laquelle elle sert d’accès par un escalier intérieur en spirale. Cette tourelle, ainsi placée sur le devant du portail, en dépare un peu la symétrie et prend la place d’une des baies de la tour. Son sommet se termine en un amortissement de forme ovoïde très délicatement strié par de petites nervures ou arêtes verticales coupées en travers par des cordons, le tout surmonté d’une pointe pédiculée entourée d’anneaux. Ce genre de décoration, peu commun croyons-nous, se retrouve, comme nous le verrons plus loin, à l’amortissement de la tour Saint-Firmin, du côté de l’Avenue du Rivage ; là, les découpures sont à jour et produisent un effet encore plus gracieux.

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