‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 30 sur 79 · MAISONS A PAN DE BOIS · texte numérisé non relu

MAISONS A PAN DE BOIS

Les nombreuses maisons à pan de bois qui, malgré bien des démolitions, se trouvent encore à peu près dans tous les vieux quartiers d'Abbeville, peuvent se diviser en deux genres bien distincts.

Les unes, les plus anciennes certainement, puisqu'on y rencontre encore l'ornementation gothique, se distinguent tout d’abord par la sobriété et la délicatesse de leurs sculptures. Les sablières qui soutiennent l'encorbellement sont seulement ornées d'arcatures redentées peu saillantes et toujours d'une grande élégance ; entre chacune des ouvertures, principalement au rez-de-chaussée, l'encorbellement est soutenu par des liens ou consoles de forte saillie, lisses ou ornés soit de statues, soit de légers bouquets de fleurs, tantôt appliqués directement contre la muraille elle-même, tantôt évidés et laissant entre eux et cette muraille un espace assez considérable. Entre chacune de ces consoles, une pièce de bois placée en avant de la sablière forme au-dessus de chaque croisée un arc très surbaissé orné d'une moulure en accolade : une colonnette partant de fond ou posée en l’air et terminée en pyramide ou par un petit chapiteau, se trouve souvent placée au-dessous de chaque console pour servir uniquement de motif d'ornementation. Enfin, si d’autres sculptures se rencontrent sur les maisons les plus richement décorées, ce sont de simples fleurettes ou des bouquets séparés les uns des autres, ou bien encore des guirlandes de fruits et de fleurs excessivement tenues.

Tout différent est l'effet que produisent les maisons de l’autre catégorie, qui ont dû être élevées pendant tout le cours du xvie siècle, à en juger tant d’après le style de leurs sculptures qui offrent une grande ressemblance avec celles des sablières des églises de campagne toutes datées du premier quart du xvie siècle, que par la date de 1 582 que nous voyons sur une de ces maisons, probablement une des dernières construites. Leur caractéristique est la richesse de l’élément décoratif dans les sablières, souvent accumulées l'une sur l’autre au nombre de trois et même de quatre, richesse d’autant plus grande que les constructions de cette période sont plus importantes que les précédentes, qu’elles ont deux et trois étages et qu’elles présentent par conséquent un plus grand nombre de rangées de poutres sculptées.

Si la décoration de toutes ces maisons est généralement du même style, il faut cependant faire une distinction dans le mode de construction. Dans les unes, les plus anciennes à notre avis, nous retrouvons les grandes saillies des étages ainsi que les encorbellements soutenus, comme dans la période précédente, par des consoles puissantes et ornées de statues : dans les autres, au contraire, la façade est sensiblement droite et présente, du haut en bas, une surface presque plane (on le remarque surtout dans la maison de 1 582) : les sablières ayant une saillie moins considérable n'ont plus pour ainsi dire besoin de soutiens, et les gros liens de l’époque précédente sont remplacés par des consoles de bien moindre importance collées contre la muraille et qui, parfois, disparaissent même complètement comme dans la maison de la rue des Teinturiers ; quand elles existent, elles ne servent

plus que comme motifs d’ornementation, ainsi que les extrémités des grosses poutres transversales qui représentent des têtes de lions ou des ligures grimaçantes. L'art est peut-être moins délicat que dans les maisons de l'époque précédente, mais la richesse et l’importance des sculptures produisent un effet bien plus saisissant. Nous nous occuperons successivement des monuments de chacune de ces deux périodes.

Première période. — De toutes les maisons à pan de bois qui subsistent encore à Abbeville, la plus connue est celle sise rue de la Tannerie n° 29 et généralement désignée sous le nom de François Ier. Nous ne nous arrêterons pas à démontrer la fausseté de cette dénomination : un article paru en 1901 dans la Revue de l'Art Chrétien et auquel nous renvoyons le lecteur, a péremptoirement démontré qu’au cours de ses nombreuses visites à Abbeville, le roi chevalier n'a jamais pu descendre dans la vieille maison qui ne devait être en somme que le coquet logis d’un riche marchand tanneur.

Telle qu’elle existe encore, la maison de François Ier, à laquelle nous continuerons cependant de donner son nom traditionnel, se compose de plusieurs bâtiments accolés les uns aux autres. Laissons immédiatement de côté la partie de droite sur la rue où se trouve la porte cochère et qui n'est qu'une adjonction postérieure, dépourvue de tout intérêt, pour nous occuper du corps de logis principal.

Celui-ci, compris entre deux murs formant têtes, avec pignons à redans, est construit tout en pan de bois avec un étage en encorbellement. La porte, petite et basse, surmontée d'un arc en accolade et dont il ne reste presque plus trace (elle a été transformée en fenêtre), se trouvait à l’extrémité gauche. Deux fenêtres au rez-de-chaussée, séparées par de larges trumeaux, et deux autres au-dessus des premières, éclairent les appartements. Les avant-soliers supportant le premier étage étaient soutenus par des consoles en bois ornées de statues avec bases et dais sculptés, (les deux extrêmes de chaque côté, représentant des saintes, existent seules encore et bien mutilées) ; ils sont ornés de moulures terminées par une accolade et de sculptures figurant de fines arcatures ogivales entrelacées. Au-dessus règne une frise ornée d'une série de bouquets de feuilles de chêne. Les fenêtres sont cantonnées de chaque côté, au rez-de-chaussée aussi bien qu'à l'étage, de colonnettes à pyramides et ces mêmes colonnettes se retrouvent au-dessous de chacun des supports de l’avant-solier.

La corniche supérieure au-dessous du toit est ornée de quatre grosses têtes grimaçantes et de deux rosaces qui sont évidemment d'une exécution postérieure à la construction de la maison ; on en retrouve d'identiques à la façade du côté de la cour. Quant à la charpente apparente dont les remplissages sont hourdés en placage, elle présente une série de dispositions très variées, mais dont aucune ne mérite une mention particulière.

La façade intérieure de ce bâtiment est mieux conservée et plus richement ornée que celle donnant sur la rue. Elle présente les mêmes dispositions, mais la charmante petite porte qui correspondait à celle de l’extérieur et qui malheureusement est en partie cachée par un autre corps de logis, est demeurée intacte. Elle est en arc surbaissé surmonté d’une accolade avec amortissement, dont la gorge est délicatement sculptée et ornée sur les rampants de choux frisés. Nous retrouvons de ce côté la frise ornée de bouquets, non plus de feuilles de choux mais de tiges et de feuilles de lierre, ainsi que les arcatures ogivales entrelacées : ce dernier motif se répète d'une façon presque continue sur une troisième frise surmontée elle-même

de ce côté la frise ornée de bouquets, non plus de teuines ae choux. mau uv, n6^., et de feuilles de lierre, ainsi que les arcatures ogivales entrelacées : ce dernier motif se répète d'une façon presque continue sur une troisième frise surmontée elle-même

d'une guirlande de pampres et de raisins, de telle sorte que nous avons à constater ici une ornementation de quatre cordons de sculpture superposés. Les consoles de l’encorbellement sont ornées non plus de statues, mais de simples bouquets de feuilles de lierre.

Dans un coin de cette façade et contre la petite porte, a été accolé peu de temps après la construction primitive, puisque le style est absolument le môme, un bâtiment accessoire à deux corps. Le premier, du côté opposé au logis principal, repose sur un soubassement en briques plusieurs fois remanié, au-dessus duquel est une construction en bois formant sur le rez-de-chaussée une saillie de près d'un mètre et supportée par trois énormes consoles ornées chacune d’une statue avec bases et dais richement sculptés. Comme d’habitude, ces statues sont très mutilées: on peut cependant reconnaître, dans celle du milieu, l’image du Christ.

C’est dans l’enfoncement formé par les deux bâtiments décrits que se trouve la fameuse cage d’escalier si souvent reproduite par la gravure et la photographie comme un des meilleurs spécimens de la sculpture sur bois dans le Nord de la France au xvi” siècle ; parmi ces nombreuses représentations, nous devons signaler, comme une des plus exactes et des plus artistiques, la gravure au burin due à un artiste picard, M. Fonfaye-Laprandie, né à St-Valery-sur-Somme et qui se trouve dans le Moniteur des Architectes, année 1888.

La cage d’escalier mesure 2m85 de hauteur et en développement 3m8o. La porte est divisée en quatre compartiments égaux et semblables, dans les sculptures desquels certains auteurs ont cru voir des ornements empruntés à l’art oriental, mais qui sont en réalité deux rangées d’arcatures ogivales posées verticalement et adossées l’une à l’autre, réunies en haut et en bas par un autre motif emprunté également au style ogival tertiaire : le milieu est orné d’une cordelière se terminant par des houppes. Les cinq panneaux formant le tambour de l'escalier ont une ornementation absolument identique : nous y retrouvons les mêmes séries d’arcatures et les cordelières à houppes avec des initiales placées au centre dans lesquels

M. Ris-Paquot a cru retrouver les monogrammes énigmatiques ny, ps, by ou ly.

Les jambages et l’arc surbaissé de la porte sont ornés d’un entrelac de feuilles

de lierre terminé au bas par des houppes, et sur le poteau cornier de gauche est

une élégante niche privée de sa statue. Au centre de l’imposte, se trouve une autre niche dont la base sert d'amortissement à l'arc de la porte. Elle est surmontée d’un dais se reliant à l’avant solier supérieur. Les vides sont remplis par quatre panneaux ajourés de style flamboyant de la plus grande délicatesse, et au-dessus des panneaux du tambour, des colonnettes sculptées laissent apercevoir le poteau central de l’escalier. Enfin deux jambes de force étayant l’avant solier sont aussi ornées de bases et de dais en pyramide destinés à soutenir et à abriter des statuettes.

Il n’est pas difficile à notre avis de fixer l’époque de la construction de ce curieux monument. Les ornements de style flamboyant qui s’y rencontrent à chaque instant, la présence des cordelières terminées en houppes nous disent clairement que nous sommes bien près de l’époque de Louis XII et d’Anne de Bretagne. Abbeville était à cette époque dans toute sa prospérité ; St-Vulfran était en pleine construction; les huchiers picards se rendaient célèbres par leurs magnifiques travaux et les artistes étaient nombreux dans nos murs. Rien d’étonnant que l’architecture civile ait eu le même essor que l’architecture religieuse. C’est donc à la jonction des xve et xvie siècles qu'il faut, croyons-nous, faire remonter la date de la maison que le roi François Ier, s’il n’en a pas fait sa demeure, a dû admirer dans tout l’éclat de sa construction nouvelle.

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La maison rue de la Tannerie n° 2 dérive entièrement de celle de François I", quoiqu'elle soit bien moins remarquable. Elle est à deux étages, dont le second a seul bien conservé ses fenêtres primitives : trop de percées ont été faites au rez-de-chaussée et au premier, et il n’était pas dans l’usage de cette époque de donner tant de jour à l’intérieur des maisons. On remarque ici une grande variété dans les arcatures qui constituent à peu près le seul ornement des sablières ; les liens, appuyés directement contre le pan de bois et surmontant tous des colonnettes à pyramides, sont lisses et sans aucun ornement sauf celui de droite contre le mur de clôture où est une grande statue de sainte, très mutilée et placée sur un support soutenu par un ange.

Une autre maison de même style se trouve au n° 2 de la Chaussée Marcadé. Elle n'est pas très importante et ne se fait pas remarquer par la richesse de son ornementation, mais elle a le grand mérite d’être parvenue jusqu’à nous intacte et sans avoir subi, ou à peu près, la moindre modification. Entièrement construite en pan de bois, elle s’élève de deux étages avec des encorbellements de forte saillie sur le rez-de-chaussée, soutenus par des liens puissants évidés. La seule trace de sculpture qu on y rencontre, si toutefois on peut même employer ce mot, est une rangée de fleurettes sur la sablière inférieure. Elle est percée au premier étage de cinq petites fenêtres, cantonnées de chaque côté par des colonnettes carrées. Deux baies seulement ont été réunies pour n’en former qu’une seule. Au second étage, on ne remarque que deux petites fenêtres placées à côté l'une de l’autre. Toute la charpente est apparente et les intervalles sont hourdés au mortier.

A quelques pas de là au coin de la rue des Teinturiers et au n° i5 de la rue des Capucins est une autre maison intéressante, non plus par l’ensemble de sa conservation, car elle est en grande partie dénaturée, mais par l’élégance de sa décoration. C’est celle où pendait autrefois pour enseigne l 'Etendard, d'après un cueilloir du Prieuré de St-Pierre. Elle est élevée d'un rez-de-chaussée et d’un étage, et les différents membres de ses sablières sont ornés de cinq rangées de sculptures très variées et de la plus grande délicatesse, telles que arcatures entrelacées, fruits et fleurs, bouquets, etc. Les bouquets notamment, presque tous différents, se font remarquer par leur excellente exécution. Chacun des liens soutenant l’encorbellement orné d’un bouquet de fleurs dans lequel se mêle une figure grimaçante est soutenu apparemment par une colonnette, lisse ou ornée, à base prismatique et partant de fond. Au poteau confier, les liens d’angles des deux façades se rejoignent et sont ornés de statues de saintes trop mutilées pour pouvoir leur donner une attribution. Le pignon sur la rue des Teinturiers est formé par une ferme de tête de comble apparente en encorbellement cintré et dont les extrémités intérieures reposent de chaque côté sur deux consoles moulurées en ogive. Les sablières sont de ce côté un peu moins ornées que sur la rue des Capucins et ne comprennent que quatre cordons de sculptures.

Enfin tout près encore, de chaque côté de l’entrée de la chaussée Marcadé, sont deux autres vieilles maisons bien mutilées mais qui complètent un ensemble. L une est l’ancienne maison des Quatre Vents, l'autre celle de l 'Etoile du jour à usage d auberge portant cette enseigne depuis le milieu du xvifi siècle, et sur laquelle se remarque cette vieille inscription : Fax huic domui.

Nous pouvons encore classer dans les maisons de cette période celle qui se trouve dans la rue des grandes Ecoles, au n° 11. L’étage seul est en pan de bois et le rez-de-chaussée est formé d'un mur en briques dont l’unique fenêtre est encore protégée par une grille contemporaine de la construction. Dans la vieille rue

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Deuxième période. — ■ Une des plus curieuses maisons à grosses poutres sculptées, où nous retrouvons encore les encorbellements saillants avec liens de la période précédente, est celle située au coin de la rue de la Boucherie et de la place de l'Amiral Courbet.

Elle est connue sous le nom de maison de St Georges qu'elle tire d’une statue de ce saint, malheureusement mutilée, qui orne le poteau cornier au-dessous de la frise du deuxième étage. Elle présente à sa partie supérieure une saillie de plus d’un mètre sur l’alignement du rez-dechaussée et l'extrémité du toit touche presque la maison qui lui fait face (il est vrai de dire que la rue n’est pas large à cet endroit). Les sablières du premier étage sont au nombre de quatre, appliquées les unes contre les autres et reposant sur des liens surmontés de têtes grotesques grossièrement sculptées : elles sont ornées d’entrelacs, de feuilles et de fruits où dominent la vigne et le lierre.

Celles du second étage sont seulement à deux corps, et sont apparentes sur les deux façades de la maison. Leur ornementation est analogue à celles du bas et les extrémités des poutres de soutien ne sont ornées que de cercles concentriques.

Non loin de là, au n° io de la rue de la Boucherie, une autre maison de peu d’importance présente aussi deux belles sablières figurant des cordons de fruits et de fleurs, soutenues par trois supports richement ornés de Statues, mutilées comme toujours, Abbeville. — Maison rue du Moulin du Roi, démolie en 1858. dans deux desquelles on peut cependant reconnaître St-Nicolas et St-Julien :

elles sont malheureusement empâtées par une couche de peinture au moins quadruple qui nuit à l’effet qu’elles devraient produire. Les statues sont sous des dais surmontés eux-mêmes de têtes de lion et de figures grimaçantes.

A peu de distance encore, car nous sommes là au cœur du vieil Abbeville, la maison n° 7 de la rue du Pont aux Brouettes se fait remarquer par son importance.

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Elle a huit mètres de façade et est élevée, entre deux murs de pierre à encorbellement, de deux étages plus un troisième compris dans le pignon : son encorbellement à la partie supérieure ne mesure pas moins de im5o. Elle a été souvent dénaturée et ne présente pas d'ornements ; mais les trois têtes des blochets du premier étage, figurant deux vieillards et un juif, se font remarquer par une exécution beaucoup plus artistique que partout ailleurs. Les consoles du second étage représentent des figures grotesques et sont bien moins intéressantes.

Enfin dans la rue et dans l’impasse de la Poissonnerie, sont encore deux anciennes maisons que nous nous contenterons de signaler : elles sont complètement dépourvues de sculptures, mais se font encore remarquer par leur importance : elles ont en outre le mérite d'être intactes et d’avoir conservé toutes les deux leur charpente apparente complète.

Nous ne ferons pas la nomenclature des maisons en pan de bois, bien nombreuses hélas ! qui ont été jetées bas, à Abbeville comme ailleurs, depuis cinquante à soixante ans. Nous ne pouvons cependant nous dispenser de signaler, ne serait-ce que pour en regretter la disparition, la magnifique maison qui se trouvait à l'entrée de la rue du Moulin du Roi et qui a été démolie en iS58 toujours pour raison d'alignement : elle se faisait remarquer, comme on peut en juger par la représentation que nous en donnons d’après des dessins faits à la veille de sa démolition, par son importance, par la richesse de sa décoration sculpturale et surtout par l’état absolument parfait dans lequel elle était restée depuis deux siècles.

Une autre petite maison qui se trouvait sur la place Ste Catherine mérite aussi un souvenir. A sa partie supérieure, elle était ornée d’une poutre conservée au Musée de Ponthieu et sur laquelle se lit cette inscription en lettres gothiques :

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C'est ici, pensons nous, qu'il faut parler, non pas d’une maison, mais d'une simple poutre qui orne la façade, sans caractère d’ailleurs, de la maison rue St-Gilles, n° io. Divisée en trois parties par des têtes de lions d'un très beau travail, elle représente un combat de cavalerie : ce sujet, rarement traité et que nous ne retrouvons dans aucune des autres maisons d’Abbeville, est d’une grande finesse d’exécution ; les petits personnages qui y sont représentés sont pleins de mouvement

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PVUISSANCE, RENS GLOIRE A D1EV, HONNEVR ET REVERENCE DONNE LOVENGE A TOVTE CHOSE HONNESTE.

La plus remarquable des constructions où l’encorbellement a presque disparu est celle qui se trouve dans la cour de la maison n° 27 de la rue des Teinturiers, autrefois des Cuisiniers. Suivant M. Prarond, elle était jadis la demeure de M. Le Roy de Saint-Lau qui fut maïeur d’Abbeville en 1621, mais dans l’intérieur de la maison que nous avons visitée avec soin, aucun signe saillant, date ou écusson, ne vient corroborer cette assertion.

Sur la rue des Teinturiers se trouve d’abord un corps de logis composé lui-même de deux maisons entièrement construites en pan de bois à charpente apparente où les encorbellements sont encore bien prononcés et qui, avec les deux autres maisons voisines, plus modestes mais de la même époque, forment un ensemble assez pittoresque. Il faut surtout signaler, dans cette partie, la petite porte à plein cintre bien conservée, ainsi que la grande fenêtre carrée aux innombrables petits carreaux et les deux belles têtes sculptées à l’extrémité des poutres au-dessus du premier étage.

Le bâtiment qui se trouve dans la cour est beaucoup plus intéressant ; la richesse de ses sculptures et son excellent état de conservation en font un remarquable spécimen de construction du xvie siècle.

se compose tout d’abord d’un rez-de-chaussée en maçonnerie élevé sur cave et percé de deux portes et de trois fenêtres à linteau droit, encadrées de chaînes de pierre tranchant sur les murailles en briques : il se termine par une frise en pierre sculptée représentant une guirlande de laurier sur laquelle se détachent à intervalles inégaux de grandes fleurs à quatre feuilles.

Au-dessus de ce rez-de-chaussée, s’élève un pan de bois de 14 mètres de longueur sur 3m5o environ de hauteur. A la partie inférieure sont deux sablières sculptées superposées et divisées en six compartiments par des blochets figurant des têtes de lions ; au centre de chacun de ces compartiments, pour le corps inférieur, est une tête coiffée d’un espèce de bonnet et accostée de cornes d’abondance d’où sortent des ornements en rinceau. La seconde frise, moins importante, est divisée de la même manière ; elle figure une guirlande de fleurs et de fruits interrompue au milieu de chaque compartiment par une tête centrale. Ces deux corps mesurent un développement total en hauteur de 60 centimètres.

la vie usuelle, et que nous n’en avons jamais rencontré d'analogues dans les nombreuses maisons de bois que nous avons eu l'occasion de visiter. C’est ainsi qu’en partant de la gauche on y voit successivement figurer un gril, deux marmites, un bouclier, des hallebardes, des lances, un morion, des sabres et des épées de différents modèles, des gantelets, le monogramme XP, un carquois et des pistolets ; puis une fourche et des soufflets, deux longs maillets et des boules (le jeu de croquet existait-il au xvie siècle ?), des dès et des tarots, des instruments de musique tels que trompettes, flûtes et tambours, puis encore des armes, des pistolets, une armure et pour terminer une tête grimaçante inscrite dans un ovale.

Entre ces deux rangées de bois sculptés, dans le milieu de la construction, sont encore deux cordons moins importants représentant l’un des rinceaux, l'autre une série de quatrefeuilles inscrits dans des cercles.

Verticalement cette façade peut se diviser en trois parties séparées par des poteaux droits. Au milieu de chacune sont deux fenêtres géminées, séparées aussi par des poteaux droits, lisses comme les précédents, et dont les pieds-droits chanfreinés forment trois légères moulures prismatiques. Chacune des extrémités des cinq poutres transversales supérieures est ornée d’une magnifique tête sculptée en fort relief. Dans le toit, se trouvent deux lucarnes divisées en deux baies et avec des frontons triangulaires dont les entrai ts sont décorés de godrons. Toutes les pièces de bois formant la charpente sont de dispositions régulières et apparentes avec remplissages hourdés au mortier.

Cette belle façade, en parfait état, est entretenue avec le plus grand soin par son propriétaire actuel, M. Emile Macqueron, et tout fait espérer qu’elle pourra encore subsister de longues années.

La maison rue de la Haranguerie n° 3 est encore un bâtiment dont la façade n’a que des saillies bien amoindries. Elle comporte deux étages et montre deux rangées de grosses poutres sculptées représentant presque uniquement des fruits ; les trois têtes humaines qui, à chaque étage, supportent les poteaux verticaux sont très grossièrement sculptées, et dans les espaces formés par les grosses poutres, se trouvent, comme à la maison de la rue des Teinturiers, des cordons de bois moins considérables, ornés d’oves et de godrons. Il y a peu de temps encore, on y voyait une belle lucarne de grenier dont les rampants ornés d’arabesques reposaient sur des consoles ornées de figures de saints : on a dû la démolir pour cause de vétusté. Cette maison a subi un écrasement sensible de gauche à droite qui lui donne un aspect étrange -, il est impossible de la photographier, étant donnée l’extrême étroitesse de la rue dans laquelle elle se trouve.

Sur l’ancien Pont aux Brouettes, au n° 14 de la rue du même nom, une maison d’angle à deux étages se fait remarquer encore par la richesse de ses sablières sculptées. Elle est demeurée en assez bon état, sauf au rez-de-chaussée et à son angle saillant où le poteau cornier qui devait être orné d’une statue d’une certaine importance a été complètement dénaturé. Sur la façade principale, il ne reste qu’une seule poutre soutenant le second étage, datée de i582 et ornée d’une tête de face à laquelle se rattachent des fleurs et principalement des fruits s’arrêtant, aux extrémités, à des têtes vues de profil. La magnifique ferme de comble repose de chaque côté sur deux consoles sculptées : ses rampants sont ornés de volutes et d’arabesques en excellent état de conservation et sur le poinçon sont deux statues superposées, mutilées bien entendu ; celle du haut paraît représenter la Vierge. A la pointe du pignon est resté l’ancien épi en plomb.

L’autre façade est plus richement ornée en ce qu’elle a conservé ses deux

rangées de sablières à chaque étage. Elles sont datées aussi de 1582 et portent une décoration analogue aux précédentes, ainsi qu'une série de petits cordons intermédiaires très finement sculptés. Toutes les figures grimaçantes qui se trouvent tant dans les sablières qu’aux extrémités des poutres supérieures sont bien exécutées, et offrent une grande variété de types et d’expressions. Quelques-unes surmontent des consoles placées comme simples motifs d’ornementation.

Cette maison à peu près complète a été, il y a peu de temps, bariolée par un industriel d’une telle quantité d’annonces monumentales de différentes couleurs, (les poutres sculptées sont peintes en vert d’eau), qu’il est actuellement impossible de la photographier, car les parties intéressantes se perdraient parmi les accessoires trop modernes.

Nous arrêterons ici cette revue des maisons de bois du vieil Abbeville. Nous pourrions en retrouver encore un certain nombre dans les vieux quartiers, notamment dans les rues de la Boucherie et de la Poissonnerie, mais elles n’offrent qu’un intérêt bien diminué par suite des injures que ne leur ont ménagés ni le temps ni les hommes. Si la baguette d’une fée pouvait les réunir toutes à côté l’une de l’autre, les plus belles près des plus modestes, le tout formerait un ensemble qui attirerait bien des regards.

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