MAISONS EN PIERRE
C’est par opposition au titre du chapitre précédent « Maisons en bois », que nous appelons Maisons en pierre les constructions que nous allons passer en revue. 11 serait plus exact de leur appliquer l’expression picarde de « Maisons bâties en dur », car partout elles consistent en un mélange de briques et de pierres, ces dernières n’étant employées que pour les encadrements des fenêtres, les piliers, les corniches et les parties ornementales.
A l’endroit où se trouvent maintenant les maisons portant les n“ 16 et 18 de la place de l’Amiral Courbet, existait autrefois un Hôtel de grande importance, si l’on en juge par la façade postérieure qui existait encore intacte en 1 85 r et dont le pignon seul a depuis été démoli. Elle consistait en un grand mur bâti en briques, terminé par un pignon à redans et percé de quatre rangées de fenêtres avec encadrements de pierres disposées en harpes le long des pieds droits. Les trois premières rangées existent encore ; il y a, au premier étage, deux fenêtres de forme rectangulaire et de largeurs inégales ; les second et troisième étages sont éclairés chacun par trois ouvertures en plein cintre de moindre dimension, ornées de deux colonnettes a base prismatique se rejoignant en faisant tout le tour de la fenêtre ; dans le pignon démoli, il s’en trouvait deux autres semblables. Le rez-de-chaussée fort bas était tout en pierie; mais il a été depuis longtemps
dénaturé et l'on peut dire seulement qu’il était percé d’une porte à arc surbaissé.
Au milieu du second étage sous la fenêtre centrale qui a été profondément modifiée, se trouve un bas-relief en pierre mesurant im5o de hauteur sur tmo5 de largeur et figurant St-Georges, patron de l’église qui se trouvait à quelques pas de là. Le saint est représenté sur un cheval fougueux : de la main droite qui est brisée, il tenait la lance dirigée contre le dragon, qui, à moitié terrassé, laboure de ses griffes le poitrail et les flancs du cheval. En face se trouve la jeune fille
délivrée, que la légende dit être la fille du roi de Lybie, que le P. Cahier croit
symboliser la Cappadoce et que l'artiste a cru être simplement une bergère, à en
juger d’après le mouton figuré au coin gauche de la composition. A droite, derrière le saint, se trouve une curieuse porte de ville flanquée de deux tours au sommet desquelles le sculpteur a sans doute voulu représenter des mâchicoulis qu'il a, en tout cas, modifiés de singulière façon. La porte qui s’ouvre entre ces deux tours à l’extrémité du pont est particulièrement curieuse : elle est en arc surbaissé avec accolade et on peut voir encore qu’elle est surmontée de deux anges supportant un écusson. Dans le fond est figuré un rocher sur lequel croit un bouquet d'arbres.
Ce bas-relief nous parait avoir une ressemblance marquée avec les sculptures de la vie de St Firmin à la Cathédrale d’Amiens et surtout avec le bas-relief du portail de l'église de la NeuVille-lès-Corbie. D’un autre côté, les colonnettes à base prismatique qui entourent les fenêtres appartiennent encore à l’époque gothique. Nous en concluerons qu'à défaut de date précise, c’est aux premières années du XVI" siècle qu'on doit attribuer la construction de la maison et l'exécution du bas-relief de St-Georges.
11 nous faut arriver à la fin du siècle pour retrouver une autre grande maison, datée de 1 585 , également bâtie en briques avec ornements en pierre blanche et que la reproduction géométrique que nous en donnons nous dispense de décrire en détail. Le corps de logis dont la façade est ici représentée, est flanqué à droite d’un autre bâtiment construit de même manière. La porte est analogue à celle datée de 1 58 5 avec cette seule différence que le fronton qui la surmonte est en arc surbaissé : l’unique fenêtre existant à chaque étage est semblable à celles du rez-de-chaussée de l’autre corps de bâtiment et, dans le plein du mur, il n y a plus d autres ouvertures que deux œils de bœuf avec encadrements ornés ; on y rencontre aussi les mêmes cordons de pierre avec triglyphes.
Cette maison fort importante et fort complète se trouve dans une cour à 1 angle des rues St-G i lies et Jeanne d’Arc ; elle est presqu’entièrement cachée par des constructions parasites de toute sorte et on peut affirmer sans crainte que la plupart des Abbevillois ignorent son existence.
C est sans doute à la même époque qu il faut rapporter les constructions qui se trouvent au fond des cours des maisons nos to et 16 de la rue St-Gilles
Ilnil
Abbeville. — Maison rue St-Gilles.
Fenêtre.
et dont nous donnons les principaux détails. Quoique nous y retrouvions des ornements appartenant en propre au style de la Renaissance, tels que la frise de rosaces, de triglyphes et de bucranes, ainsi que le sujet qui se trouve dans le fronton au-dessus de la porte de la maison n° io, les ornements des fenêtres du premier étage, lourds de conception et d’exécution, nous font croire qu’il ne faut pas trop reculer la date de construction de ces deux façades qu'on ne peut guère faire remonter au delà des dernières années du xvie siècle.
Nous en rapprocherons un petit bâtiment sans étage, avec porte sur perron et deux fenêtres seulement, situé dans la cour d’une maison de la Chaussée du Bois, n° 41, où l’on retrouve les pilastres cannelés avec chapiteaux ioniques et où nous voyons apparaître pour la première fois les encadrements de fenêtres en pierres disposées en harpes qui se trouvent maintenant, avec quelques modifications cependant, dans tous les édifices construits jusqu’à la fin du xvne siècle.
La maison dite de St-Acheul, au n° 5 de la rue du Moulin du Roi, offrait, il y a quelque 25 ans, une curieuse façade de style Louis XIII, élevée sur un très haut soubassement d'un rez-de-chaussée et d’un étage. A l’une des extrémités était la porte en arc surbaissé surmontée d'un fronton brisé avec niche et de deux œils de bœuf. Quatre fenêtres richement décorées, alternativement larges et étroites, existaient tant au rez-de-chaussée qu’au premier étage, et les parties pleines des deux extrémités étaient percées d’œils de bœuf avec encadrements de pierre. La corniche supérieure était supportée par une longue suite de consoles sculptées qui ont été réemployées lors de la reconstruction de la maison.
La façade sur la cour est restée intacte, mais, comme nous avons besoin de le répéter
trop souvent, elle est en grande partie cachée par des constructions de toutes sortes. On n’en peut guère apercevoir que deux fenêtres du premier étage et la petite porte d’entrée, ce qui, sur un espace aussi restreint, en fait paraître l’ornementation un peu lourde. Une partie de cette façade, comprenant la porte et la fenêtre voisine avec les parties correspondantes du premier étage, a été gravée au burin par M. Ribault en 1866 et insérée dans le tome II de l’ouvrage de MM. Rouyer et Darcel sur Y Art Architectural en France depuis François Ier jusqu’à Louis XVI.
Contemporaine de la maison St-Acheul, à laquelle elle ressemble par plus d’un détail, est la maison située rue du Lillier, nü 17, composée d’un logis à deux corps formant angle droit élevé d’un étage et d’un bâtiment accessoire ne comprenant qu’un rez-de-chaussée. On jugera de l’intérêt quelle présente par l'héliogravure que nous en donnons et qui vaut mieux qu’une description. Une autre petite maison sise grande rue Notre-Dame, n° 21, offre beaucoup d’analogies avec les précédentes,
— Maison rue St-Gilles, n° io. Fronton de la porte.
ail point de vue de l'ornementation des fenêtres. Les vantaux à compartiments de la porte d’entrée sont bien conservés et méritent d’être signalés.
II faut enfin rattacher à la même époque, sans vouloir parler de toutes les maisons qui en subsistent encore et qui ne se font remarquer par rien de saillant, deux constructions assez importantes ; l’une est le grand bâtiment à deux étages flanqué de quatre tourelles, deux carrées et deux octogonales, où est installé l’Hôtel
de la Tête de Bœuf; l’autre est la maison place de Cerisy n° 2, dans la cour de laquelle est un bâtiment à deux corps dont l’angle est occupé par une jolie tourelle hexagonale à demi engagée et qui présente un peu partout d’élégants motifs de décoration.
Nous arrivons au règne de Louis XIV avec l’ilôt de maisons sises sur la place Courbet vis-à-vis de la rue Saint -Gilles et mesurant 3o mètres de façade.
Cinq maisons d'importances diverses y ont remplacé d'autres constructions dont il ne nous reste aucun souvenir, mais qui, d'après les caves qui subsistent encore sous quelques-unes d'entre elles, devaient remonter au xme ou au xive siècle.
Par contrat passé devant Antoine Lefebvre, notaire à Abbeville, le 14 mai 1657, Antoine de Beauvarlet de Abbeville. — Détails de la maison rue St-Gilles, n° 16. Gomicourt fit marché avec
différents maîtres ouvriers pour la construction d’une
de ces maisons, sise au coin de la rue de la Vieserie, maintenant rue de la Boucherie, qui devait comprendre deux arcades sur la place du Marché et trois sur la rue de la Vieserie. Vers la petite halle de la Boucherie, les deux maisons à l’autre extrémité portent la date i65g. C'est donc un ensemble bâti d’un seul jet. Toutes ces maisons à trois étages sont d'une construction à peu près uniforme ; elles ne se font pas remarquer par des détails bien extraordinaires, mais les dispositions variées des encadrements des fenêtres et des cordons de pierre sur les murs en briques sont intéressantes et forment un ensemble qui ne manque pas de cachet. Elles sont toutes bien conservées à l'exception des rez-de-chaussée détruits ou bien cachés par des constructions accessoires n'ayant aucun rapport avec le reste de la façade.
A la même époque, en i652 comme l’indiquent des ancres en fer, fut construit par la riche famille Bail, le joli hôtel sis sur la place du Marché aux Herbes, vis-à-vis St Vulfran. Le corps de bâtiment principal, à deux étages élevés sur perron, est flanqué de chaque côté de deux ailes de bien moindre importance, qui ne s élèvent guère plus haut que le rez-de-chaussée du bâtiment principal ; elles sont réunies par une charmante porte d’entrée en arc surbaissé dont les pieds droits sont ornés de cariatides d’un bon style et surmontée d'un fronton dans lequel nous retrouvons sur un cartouche, les trois poissons, armes de la famille Bail, qui ont déjà été signalés à l'autel des reliques de St Vulfran. Bien conservé dans son ensemble, ce petit hôtel a été l'objet de restaurations ou plutôt d adjonctions maladroites qui ont en grande partie dénaturé le bâtiment central.
Presque aux mêmes années appartiennent enfin deux vieilles enseignes ; l'une dans la rue des Jacobins, est celle du Vert-Soufflet, nom que cette rue portait autrefois, l’autre est au n° 24 de la rue des Lingers, autrefois dite du Puits à la Chaîne et tout récemment dénommée rue Alfred Cendré. C’est l'enseigne du Corbeau : une pierre sculptée, placée au-dessus d’une fenêtre du premier étage, représente l'oiseau dans un cartouche soutenu par deux amours et sur le cordon de pierre au dessous est gravé AV CORBEAV ; à l’autre fenêtre une pierre sculptée à peu près pareille porte la date 1 663.
- En 1 665, Colbert avait fondé à Abbeville la manufacture royale de draps fins, façon de Hollande, qui a joué un rôle important dans l'histoire industrielle de la ville. Son directeur, Josse van Robais, s’était installé d'abord rue de l'Hôtel de Ville, dans la maison tout récemment encore occupée par l'imprimerie de M. Paillart et dans la cuisine de laquelle, rappelons le en passant, se trouve un remarquable manteau de cheminée en pierre du xv1 siècle, représentant la Vierge et les saintes femmes priant devant le Christ mort. Van Robais avait d’abord établi ses métiers dans une quantité de maisons de la ville et principalement dans les quartiers St-Sépulcre et St-Jacques, installant dans chacune d'elles suivant la place dont il disposait, un, deux, cinq, dix métiers : une grande maison sur le Port près du Pont-Neuf en contenait même une trentaine.
Au commencement du xvui” siècle, le célèbre manufacturier entreprit de réunir dans un seul établissement tous les éléments de sa fabrique trop disséminés et fit construire dans la chaussée d'Hocquet le grand établissement devenu célèbre sous le nom de ce Manufacture des Rames ». Terminées en 1712, ces vastes constructions qui, d après des lettres patentes du 12 septembre 1724, n’auraient pas coûté moins de 600.000 livres, comprennent, entre autres choses, un magnifique bâtiment de 45 mètres de façade, orné d’un pavillon central en pierres avec trois ouvertures de front, faisant une très légère saillie sur deux ailes bâties en briques et pierres et éclairées chacune de cinq fenêtres à chaque étage. Le rez-de-chaussée très bas est surmonté, suivant l’habitude de cette époque, d'un étage fort élevé puisque les appartements mesurent intérieurement 4m90 de hauteur, et d'un autre étage en mansarde pris dans la charpente du toit.
On pénètre dans la grande cour par une porte monumentale en pierres blanches à refends, surmontée d'un entablement uni et décorée seulement de deux consoles et d’une clef de voûte sculptées.
Les bâtiments industriels ont été pour la plupart ou reconstruits ou remaniés de fond en comble : il reste quelques parties de ceux élevés par Van Robais dans une cour au milieu de laquelle se trouve un curieux pigeonnier carré bâti sur quatre trompes et dont on pourra juger par la reproduction que nous en donnons.
Peu de temps après, vraisemblablement dans les premières années du règne de Louis XV, car nous n’avons aucune date précise, les Van Robais tirent encore construire dans la grande rue Notre-Dame le vaste et somptueux hôtel connu
sous le nom de Maison Neuve. Il n’en reste que le corps de logis principal, grand et froid édifice formant autrefois le fond d'une cour bordée de chaque côté par des bâtiments sans étages se terminant sur la rue par deux pavillons que réunissait une porte monumentale à colonnes avec fronton. On doit vivement regretter le vandalisme avec lequel un des derniers propriétaires de cet hôtel a détruit toutes ces constructions pour les remplacer par une vulgaire maison de concierge et un jardin trop étroit.
Ce n'est point la dernière habitation remarquable due aux grands manufacturiers Abbevillois et nous allons maintenant examiner la jolie villa de Bagatelle qu’ils firent édifier hors la Porte St- Gilles.
« M. Van Robais vient de faire bâtir dans l'un des faubourgs d’Abbeville une maison de campagne à qui il a donné le nom de Bagatelle. Ce bijou (car c’en est un) joint l’agréable à l’utile et rien n’est plus capable de fixer le cœur et les yeux que son architecture et sa situation. Cette retraite ferait plaisir aux Dieux ! ... »
Ainsi s’exprimait Sedaine dans l’avant-propos de Bagatelle, Poëme anacréontique, qu'il écrivit en 1770. L’auteur du Philosophe sans le savoir venait d’y faire un séjour. Peut-être y fut-il en compagnie du pastellistes Peronneau et d’autres artistes et littérateurs que la tradition rapporte y avoir reçu une généreuse hospitalité.
Le 3o Août 1751 et le 28 janvier 1752, le sieur Abraham Van Robais acquit au faubourg St-Gillcs deux portions de terrain. Le 5 janvier 1734, il fit une troisième
acquisition « tenant . au dit acquéreur à cause d'un pavillon et jardin qu'il
a fait construire et pratiquer sur une portion de terrain dépendant cy-devant de la susdite maison ».
La date de la construction de cette habitation se trouve donc placée entre janvier 1752 et janvier 1734. Quant aux plans, aucun document ne nous donne le nom de l’artiste qui les a fournis. Un de nos architectes les plus réputés et un des plus renseignés aussi sur l’art du xvmc siècle, M. Louis Parent, met en avant, quoiqu'il soit hazardeux de rien affirmer en pareille matière, le nom d’un maître tel que Gabriel.
Bagatelle est une Petite maison. On disait aussi une Folie, exemples : la folie Beaujon, la folie Marigny. Ses propriétaires ne devaient guère l’habiter. Ils y venaient passer quelques heures, tout au plus quelques jours, dans la chaude saison. Ils y collationnaient en joyeuse compagnie ; c’était le séjour des Ris et des Jeux.
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Bagatelle est une construction rectangulaire, édifiée en brique et pierre, flanquée d’un avant corps à pans coupé, au milieu de la façade antérieure, d’un autre à pans arrondis sur la postérieure. Le rez-de-chaussée supporte un attique. On peut se demander si, dans le projet primitif, l'attique n'était pas couronné d’une galerie à l’italienne masquant un toit plat au lieu du toit assez lourd qui existe aujourd'hui. D'élégantes guirlandes de feuilles de chêne surmontent les fenêtres au rez-de-chaussée. Les fenêtres en œil de bœuf de l'attique sont remarquables par les serviettes sculptées qui les encadrent et par l’ingénieuse disposition de leurs petits bois. Des têtes de lions machant des serviettes supportent les angles de la corniche. C’est un motif original fort intéressant.
On pénètre dans l’habitation par une porte centrale s’ouvrant à l’intérieur sur une pièce de la hauteur de deux étages. De droite et de gauche partent des escaliers à rampes de fer forgé. Par une courbe gracieuse, ils vont se réunir sur un palier en balcon sous lequel s'ouvre la porte d'un premier salon.
Celui-ci ne comporte pas de cheminée. Pour cela il est dit, salon d’été. Cette pièce, remarquable par ses proportions et par sa décoration, est ovale. Elle a quatre portes, dont une porte-fenêtre donnant sur les jardins en face de la porte d'entrée ; deux fenêtres et deux grandes glaces y correspondent. Ces ouvertures sont séparées entre elles par huit trumeaux en boiseries de style Louis XV comme tout
le bâtiment. Ces lambris et les vantaux des portes sont revêtus de peintures d’un art exquis et d’une exécution délicate. Ce sont des rinceaux enlacés de légers feuillages avec, au centre, un vase plein de fleurs d’un faire libre et exact à la fois, d'où s’échappent des guirlandes. Un pinceau singulièrement habile a seul pu réaliser cette véritable oeuvre d’art. Un lustre et huit appliques en cristal de roche avivent cet ensemble du chatoiement de leurs feux.
A droite et à gauche on pénètre dans un second salon et dans la salle à manger. Tous deux ont leurs murs revêtus de boiseries. Celle-ci peinte en fond vert-d’eau avec des réchampis olive comme il y en eût beaucoup à cette époque ; celui-là en vert-d'eau également, avec des réchampis bleu-franc d’un goût plus recherché. La cheminée du second salon mérite une mention. Elle est en bois, de style rocaille et forme avec le cadre qu’elle supporte un ensemble d’un effet charmant. On y voit encore un lustre et deux appliques à feuillage doré aux fleurs de porcelaine. Ils sont de l’époque comme ceux du salon d’été.
Un jardin à la française enserré d’allées de tilleuls taillés, forme au bâtiment un cadre à souhait. Des statues, dont quelques-unes sans doute étaient dûes au ciseau de Pfaffenhoffen fort apprécié dans ce milieu, des bancs de marbre, des bassins les embellissaient ; la tourmente révolutionnaire d'abord, puis la rigueur du climat ont eu raison de leur fragilité.
En résumé, si Bagatelle, en dehors de son salon d’été, ne présente rien d’exceptionnel, par son ensemble harmonieux parfaitement conservé, il offre un rare exemple de ce qu’étaient ces petites maisons dont la feinte simplicité servait de prétexte aux manifestations artistiques des riches financiers d’une époque raffinée. Mais rentrons en ville.
Nous avons eu fréquemment à citer le nom de la grande rue Notre-Dame, il faut encore y revenir pour parler de la magnifique porte en bois sculpté de style Louis XV, de l’hôtel qui y porte le n° io.
Au-dessus d’un larmier godronné formant la partie inférieure de l'imposte, est un ornement rocaille, d’où part une guirlande de roses s’accrochant autour d'un faisceau de joncs qui encadre complètement toute cette partie de la porte.
Au milieu est un espèce de bateau sur lequel se trouvent deux amours sculptés en très fort relief : l'un, à la proue, tient une torche enflammée : une draperie flotte au-dessus de l’autre : entre eux deux est une gerbe de fleurs.
La partie supérieure de chacun des vantaux est ornée d’une moulure de
forme irrégulière, avec rinceaux, coquilles et guirlandes de roses, au milieu de laquelle se trouve un dragon ailé dont le corps est en raccourci et dont le cou tordu se termine par une tête monstrueuse de très fort relief.
- Nous citerons enfin en terminant, un vaste hôtel sis rue St-Gilles, nos 83 et 85, qui appartient à l’époque Louis XVI. Les sculptures qui ornent les fenêtres, au-dessus des deux portes d'entrée, d'une composition un peu lourde et d’une exécution pâleuse n’en ont pas moins un certain air de grandeur.
Un peu plus loin dans la même rue, au n° ii5, on remarque encore une porte
d'entrée ornée de panoplies, de cartouches avec le chiffre du commandant de Quellen,
et surtout de têtes de lions en alliage de plomb et d’étain. Cette intéressante
porte, bien conservée, serait d’après M. Ch. Wignier, l’œuvre du célèbre Simon-Georges-Joseph PfalF ou Pfaffenhofen, le décorateur de la chapelle de Valloires,
1 auteur des belles statues en marbre de St-Vullran, et de bien d’autres travaux d’art aujourd’hui disparus.
H. MACQUERON
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