‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 33 sur 79 · SAINT-VALERY-SUR-SOMME · texte numérisé non relu

SAINT-VALERY-SUR-SOMME

Favorisée à tant d’égards, la Picardie est pauvre en sites pittoresques. Saint- Valery-sur-Somme, l’antique capitale du Vimeu, fait cependant une heureuse exception à cette règle. La colline, aux flancs de laquelle s’accrochent les débris de ses vieux remparts, ses maisons, sa vénérable église, lui donne le plus riant aspect, surtout à l’époque des hautes marées, lorsque le paysage, complété par la fuyante perspective du faubourg de la Ferté (i), se mire dans les eaux de la baie.

La ville que 1 on entreprend de décrire, paraît devoir son origine à quelque oppidum, semblable à ceux qui jalonnent le cours de la Somme, depuis Amiens jusqu’à son embouchure. (2)

Situé vers le sommet du promontoire qui forme le cap Hornu (3), ce poste dominait la mer et tout l’estuaire du fleuve.

Après la conquête des Gaules, les Romains se gardèrent de négliger un point qui leur permettait de trafiquer commodément avec la Grande-Bretagne. (4)

Il est vraisemblable que les conquérants établirent leurs comptoirs à proximité de la mer, dans une anse abritée du vent par le cap Hornu, peut-être au Romerel , quartier situé entre la ville proprement dite et le faubourg de la Ferté.

Au début du vne siècle, la localité s’appelait Mous Leuconus ou Leuconaus, noms qui ont revêtu diverses formes orthographiques, et sont vraisemblablement composés d’éléments gaulois.

Ces vocables furent employés, ainsi que leurs variantes, jusqu’à la fin du xe siècle (981), époque où, par suite d’un fait historique sur lequel nous reviendrons, le nom de Saint-Valéry prévalut définitivement.

En effet, vers l’année 61 1 (5), était arrivé avec un autre missionnaire (6), pour évangéliser les populations barbares de ces contrées, où régnait alors un idiome germanique (7), l’Arverne Valericus (8), disciple de Colomban, abbé de Luxeuil. Selon

(1) Saint-Valéry compte deux principaux faubourgs ; celui de la Ferté, déjà cité en 981, port et centre de l’activité commerciale et celui de l’Abbaye. Le Courgain, le Romerel, etc , ne sont â proprement parler, que des quartiers suburbains.

(2) Nous ne pouvons voir qu’un oppidum préromain, peut-être même préhistorique, dans les ouvrages de terre signalés à Saint-Valéry, par le Dr Ravin (Mém. de la Soc. d’Fmulation d'Abbeville, T. VI ).

Il existe, dit-on, sur le territoire de Saint- Valéry, de ces accumulations de débris des cuisines primitives, appelées par les archéologues * Kjœkkenmœddings ».

(3) C’est le nom du promontoire qui s'avançait dans la pleine mer avant la formation des baschamps qui s’étendent actuellement entre Saint-Valéry, le Hourdel et le bourg d’A.ult La chapelle de Saint-Valéry est bâtie au point culminant de ce cap. Doit-on chercher en cet endroit 1’ * Hornensis locus * où résidait parfois le « præfectus classis sambricæ » (ou plutôt a samaricæ ») dont parle la ? Xoticia dio-nitatum u ?

(4) On a trouvé à Saint-Valéry, outre des monnaies gauloises et romaines, quelques monnaies grecques qui prouvent l’activité du transit qui s’y faisait dès une haute antiquité.

1 5) Les auteurs varient entre 61 1 et 614.

(6) Son nom était Valdolenus, nom dont l’orthographe a beaucoup varié.

(7) Ce fait parait prouvé par le soin que le scribe prend, en 636, dans une charte de Clotaire II, qui donne à Blimond, successeur de Valéry, la terre de Routhiauville, de traduire en teuton le nom galloromain de cette localité, « Concedo villam quæ theutonie Balesteinga latine autem dicitur Ratherivilla. *

Routhiauville est située à quelques kilomètres de St-Valery, sur la commune de Pendé. (V. E. Prarond, Histoire de cinq villes et de trois cents villages, etc., 3e partie, T. I. p. 432, et l’abbé Caron, Histoire de St-Valery, p. 54, pour le complément du texte édité par M. Prarond.) Le célèbre chant de Saucourf, quoique postérieur à cette date, fournit un second argument.

(8) Comme pour Valdolenus, le nom de Valericus présente de nombreuses variantes.

la tradition, il bâtit son hermitage au point culminant du cap Hornu, en un lieu désert, près de l'endroit où s’élève actuellement une petite chapelle qui marque, dit-on, le lieu précis de sa sépulture, (t)

Bientôt les vertus du pieux étranger et les prodiges qu’il accomplissait, attirèrent près de lui quelques disciples. Telle fut l’origine de la célèbre abbaye de Saint-Valéry, dont l’histoire se confond souvent avec. celle de la Ville qui grandit à l’ombre de ses murailles.

I.e primitif monastère fondé par Valericus, ne survécut guère à ce saint, mais en 627, son disciple et successeur Blimond, grâce aux libéralités de Clotaire II, le releva définitivement.

Enrichie par de royales largesses, cette pieuse retraite excita les convoitises des Normands, en 85g et 881 (2), mais la perte la plus regrettable qu'elle fit en ces temps malheureux, fut celle des reliques de son fondateur, vendues, dit-on, au comte de Flandre Arnould, en l'année g35. par l'abbé même de Leucone, ou par un traître qui livra à l'étranger la ville et le monastère.

C'est à l'occasion du retour de ces précieux restes, lorsqu’en 981 ils furent restitués à Huges Capet, que la ville quitta son nom primitif pour prendre celui de son saint patron, qu'elle a gardé depuis.

Avec les cendres de l’apôtre du Vimeu, la prospérité revient. Le port, situé vers la Férté, présente un excellent mouillage capable d'abriter une flotte et, dès 1066, Guillaume de Normandie y rassemble la sienne avant de s'élancer à la conquête de l'Angleterre (3). Cela n’empêcha pas Guillaume le Roux, fils du conquérant, d’anéantir St-Valery en 1087, mais le port reprit rapidement une grande importance, contrebalancée pourtant par celle du Crotoy. Cette prospérité dura un siècle car, en l’année 1197, Richard Cœur-de-Lion s'empare à son tour de la place qu'il détruit presque complètement.

Dès la fin du xu' siècle peut-être, mais certainement pendant le premier tiers du suivant, St-Valery jouit de franchises communales. Ce ne fut pas pour longtemps, car ces libertés municipales furent abolies en I23q, par sentence du seigneur, Robert comte de Dreux, gendre et successeur de Thomas de St-Valery, l’un des héros de Bouvines, à la suite d’une mutinerie de l’échevinage et des bourgeois contre les moines de l’Abbaye.

11 faut constater ici que les seigneurs de St-Valery furent primitivement les avoués du monastère. L’illustre famille de St-Valery qui la première exerça ces fonctions, s’éteignit au xtii” siècle, dans la maison de Dreux, issue du sang royal de France (4) et remplacée à son tour, vers le milieu du xive siècle, par celle d’Artois. A cette nouvelle race seigneuriale succédèrent vers le milieu du xv' siècle les ducs de Clèves, qui transmirent St-Valery aux Gonzague-Nevers (5). Ceux-ci vendirent leur seigneurie en tüqo, au maréchal de Rouhault-Gamaches, et les descendants de ce dernier la détinrent jusqu'en 1780, époque où ils la cédèrent au comte d’Artois, le futur roi Charles X, dernier seigneur de St-Valery avant la Révolution.

(1) V. Corblet, Hagiographie du Diocèse d’Amiens.

(2) Ils se seraient même installés A poste fixe à Saint-Valéry en 860, selon F. Lefils

(3) Le départ de Guillaume le Conquérant, du port de St-Valery-sur-Somme, pour la conquête de l’Angleterre, a été contesté, surtout par les historiens normands. Ce fait parait cependant certain. V. Aug. Thierry : Hist. de la Conquête de l'Angleterre.

(4) Le château de St-Valery avait été fondé à une époque inconnue.

(5) Quelques seigneurs appartenant à d’autres familles possédèrent St-Valery, (parmi eux on trouve un de Thouars et un Bourgogne-Neversj, mais c’était du chef de leurs femmes et ils n'eurent pas de postérité.

Pendant la guerre de Cent Ans, la ville eut beaucoup à souffrir. En 1346, quelques jours avant Crécy, elle repoussa une attaque des Anglais, mais elle fut prise en 1 358, par les Navarrais de Charles le Mauvais, qui furent chassés, l'année suivante, par les milices de Picardie, d'Artois, de Vermandois et autres. Les Anglais s’en emparèrent à leur tour après la paix de Brétigny (i36o), qui leur abandonnait le Ponthieu. A cette époque, fut réédifié le château avec les matériaux de l’abbaye, qu'à cet effet l'on détruisit en partie (1).

Les Français reconquirent la ville en i36q ; et vers la même époque, la Seigneurie passa de la Maison de Dreux à celle d’Artois.

Le premier prince de cette famille qui posséda St-Valery, Jean d’Artois, époux d'Isabeau de Melun, rétablit en 1 376, bien contre le gré des moines, la commune supprimée depuis i23q. Ce nouvel état de choses dura seulement cinquante-trois ans, car les libertés municipales de Saint-Valéry furent abolies pour la seconde fois sous la domination anglaise, et les bourgeois ne les recouvrèrent qu’en 1488, grâce à la générosité de leur seigneur.

En 1422, la malheureuse cité tombe de nouveau entre les mains des Anglais (2) à la suite d’un siège, et reste en leur pouvoir ou sous le joug des Bourguignons

leurs alliés, jusqu’en 1433 (3). A cette dernière date, les Français la reprennent,

mais après quelques mois, elle est encore une fois occupée par l’ennemi pour rentrer enfin sous la puissance de Charles VII, au début de l'année 1434 (4).

Pourtant, les malheurs qui accablent St-Valery ne sont pas encore prêts de prendre fin, car, la même année, les Bourguignons s’en emparent après un mois de siège ; les Français y entrent en 1435, mais les Anglais reprennent la

place presque immédiatement. Inutile d’ajouter qu’après toutes ces vissicitudes, ce

n’était plus qu’un monceau de ruines, qui, le 24 novembre 1430, vit défiler le lugubre cortège chargé de conduire à Rouen, Jeanne d'Arc prisonnière.

Voici venu le temps des luttes implacables entre Louis XI et Charles le Téméraire.

St-Valery devient la proie de ce dernier en 1471. La ville est reprise puis tombe de nouveau sous le joug bourguignon, pour faire enfin retour en 1472, à Louis XI, qui, trois ans plus tard, ordonne de l’incendier pour la soustraire aux entreprises de ses ennemis (14 juillet 1475).

Pendant ces âges troublés, la Seigneurie de St-Valery appartenait à la famille de Clèves (5). En 1488, la commune avait été rétablie pour la troisième fois.

Avec le règne de François Ier, le régime de la commende (6) s'installe dans l’Abbaye, mais la ville, en tant que place maritime, jouit pendant la première moitié du xvie siècle d’une tranquillité relative et même d’une certaine pros-

(1) Selon l'abbé Caron, loc. cit. , les murailles de la ville, dont on voit encore des restes, dateraient de la même époque. Elles ont été souvent remaniées depuis.

(2) Peut-être changea-t-elle deux fois de maîtres entre 1369 et 1422, mais les historiens sont très confus à cet égard.

(3) Voir l’abbé Caron. Loc. Cit.

(4) L’histoire de toute la période que nous tâchons de résumer d’après les recherches de MM. Lefils, Prarond et l’abbé Caron, est extrêmement confuse. Ces auleurs ne sont même pas toujours d’accord entre eux quant aux dates. Lefils est seul à signaler une occupation de St-Valery par les Anglais en 1413. Il indique la première reprise de cette ville par les Français sur les Bourguignons en 1431, puis, la seconde en 1432. — Nous adoptons de préférence pour rédiger cette compilation, les dates fournies par M. l’abbé Caron.

(51 La Seigneurie passa en 1574, aux Gonzague-Nevers, après avoir appartenu un instant à un prince de la maison de Bourgogne.

(6) Nous relevons parmi les noms des Abbés commendataires de St-Valery ceux des cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise, d’Este, de Montalte, Bentivoglio, et celui non moins illustre de Fénelon.

périlé que le roi Henri II favorise en lui confirmant ses privilèges municipaux (1549) et en y créant le siège d'une amirauté ( 1 554). Cependant, dès cette époque, on commence à signaler un nouveau danger : l'ensablement menace le port. Un péril plus imminent était pourtant à redouter, car nous voici arrivés à l'époque des guerres de religion.

Dès 1 568, les huguenots de Cocqueville rouvrent pour St-Yalery l'ère des sièges et des pillages. Le ier juillet de cette année, ils s’emparent de la ville d'où le

maréchal de Cossé les déloge quelques jours après.

Les habitants de St-Yalery se montrent très attachés au parti de la Ligue et adhèrent à la Sainte-Union. Ils soutiennent en 1589-90, contre ceux de la Religion, un siège que ces derniers sont contraints de lever, mais en 1 5q 1 , la ville tombe au pouvoir des partisans de Henri IY. Cela ne dure qu'un instant, car les royalistes sont immédiatement expulsés par les ligueurs de la région, mais, en cette circonstance, la place eut à subir un incendie de plus. Enfin, le 1 1 novembre de la même année, elle dut se rendre à son propre seigneur, le duc de Nevers, qui tenait le parti du roi légitime. Deux mois plus tard (janvier 1592), le duc d’Aumale, l'un des chefs de la Ligue, rentrait dans St-Yalery pour, en juin suivant, être à son tour délogé par Biron.

L'Abbaye, la Ville sont anéanties ; on se dispute des ruines, mais qu'importe ! — - En janvier 1593, d'Aumale s’en empare de nouveau et Longueville

lui reprend sa conquête un mois plus tard. Enfin, St-Yalery retombe au pouvoir de la Ligue et reste sous son joug jusqu'au moment où, déclarée définitivement ville neutre par les deux partis (janvier i 595), la malheureuse cité peut enfin jouir de quelque répit que son état précaire rendait bien nécessaire et qui fut favorisé, pour lui permettre de relever ses murailles, par une longue exemption d'impôts que lui octroya Henri IV devenu souverain incontesté.

Le xviie siècle voit d’importantes améliorations s’effectuer à St-Yalery. Peu à peu, la prospérité y renaît, malgré la concurrence redoutable que lui fait le Crotoy et l'ensablement progressif du port de la Ferté. En 1640, on commence la construction des quais et, cette même année, la Seigneurie passe par vente des Gonzague aux Rouhault-Gamaches (1). Une tentative de surprise est encore dirigée sans succès contre la ville, en 1 658, par Balthazar de Fargues, l’un des derniers chefs d’aventuriers que signale l’Histoire de France, mais somme toute, depuis l’avènement de Louis XIV jusqu’à la la Révolution, St-Valery fut assez prospère grâce à son commerce et à l'activité de sa pêche et de ses chantiers pour la construction des navires. Nous avons déjà dit qu'en 1780, le comte d’Artois devint par acquisition son dernier seigneur.

La Révolution fut calme dans la vieille capitale du Vimeu, même pendant la Terreur, qui lui imposa momentanément le nom de Montagne-sur-Somme. Comme partout la misère y fut grande. Alors, on vendit le château et on détruisit les bâtiments de l’Abbaye, à l'exception de quelques dépendances ; mais on ne trouve à cette époque dans l'Histoire de St-Valery, aucun fait particulièrement digne de remarque.

Le Premier Empire, la Restauration et les gouvernements qui suivirent y passèrent aussi sans laisser de traces bien profondes.

Sous ces diverses régimes, la grande préoccupation fut toujours de combattre l’ensablement du port et, malheureusement, les mesures prises à cet effet ne fu-

(1) M. Prarond. Loc. Cit., dit en 1636 ou 1638.

rent que partiellement couronnées de succès. La création même du canal de la Somme, dit du duc d'Angoulême, ne répondit point complètement aux résultats qu'on en attendait.

En 1871, St-Valery fut occupé par les Allemands après la conclusion de l’armistice, mais leur présence, qui dura environ six semaines, fut marquée seulement par d'innombrables vexations (1).

Après avoir jeté ce rapide coup d’œil sur l’histoire de St-Valery, il convient de décrire les vestiges du passé que cette ville conserve encore, en commençant par les débris de ses antiques murailles.

A quelle époque celles-ci furent-elles créées ? Sur ce point, les historiens locaux sont très divisés, mais il est probable que leur fondation remonte à une date fort reculée. Toutefois, le château semble avoir précédé l’enceinte de la ville qui fut établie seulement quand cette forteresse devint insuffisante pour offrir un refuge en cas d'alarme, à une population déjà nombreuse.

Le château existait peut-être dès le xe siècle (2), pourtant c’est à partir de la fin du xne siècle ( 1 1 6 5 ) que l’on ne peut plus mettre sa réalité en doute (3). Il s’élevait près de l'Abbaye, au Sud-Ouest de la ville dont presque toujours il partagea le sort. Détruit, reconstruit et modifié un grand nombre de fois, il fut vendu pendant la Révolution et ne présente plus aujourd’hui le moindre intérêt.

Comme lui, les murailles de St-Valery sont mentionnées au xe siècle, mais d'une manière qui laisse subsister bien des incertitudes, et il faut atteindre le milieu du xive siècle pour constater leur existence d’une manière incontestable. Depuis, leur disposition et leur aspect ont dû changer maintes fois ; les débris qui sont parvenus jusqu'à nous auraient même été construits, en majeure partie, selon M. l'abbé Caron, dont nous adoptons volontiers l'opinion, par les Anglais maîtres de la place de i36o à 1 36g .

Leur contour, qui décrit une figure assez irrégulière, est jalonné de distance en distance par des tours plus ou moins engagées et de diamètres variables. Ces murs tracent une ligne presque droite le long de la baie qui, jadis, venait les battre de ses eaux, entre la belle tour de Gonzague, toujours existante, et celle dite d’Harold, dont la base seule subsiste aujourd'hui. Inutile d’ajouter, quoi qu’on ait pu prétendre, que le nom de cette tour n’a rien de commun avec celui d'Harold, le vaincu d'Hastings, dont la mésaventure sur les côtes du Ponthieu, quand il était seulement comte de Kent, fournit en partie le sujet de la célèbre tapisserie de Bayeux (4).

Depuis le xvm° siècle, on a laissé la ruine accomplir son œuvre sur l’enceinte de St-Valery. Cependant, les deux portes qui y donnaient accès subsistent encore. Celle de l'Est était précédée d’un ravelin qui la protégeait ainsi que le petit hâvre voisin. C’est la porte de Nevers, ainsi dénommée à cause des seigneurs de St-Valery qui appartenaient à cette maison. Cette entrée avait été appelée jadis porte d’Abbeville, de la Ferté ou d'En-Bas. Elle s’ouvre, non loin de l’église et à côté du presbytère, qui avait pour dépendance l’une de ses tours aujourd'hui détruite, dans la courtine qui s’étend entre la tour de Gonzague, au nord,

(1) V. Herichard. Compte-rendu, etc , présenté à la Commission municipale de St-Valery-sur-Somme.

(2) F. T.efils, dit dès le ixe siècle, loc. cit.

(3) Bulles d’Alexandre III, des 12 et 13 avril 1165, citées par M. l’abbé Caron.

(4) La tour d’Harold est appelée à St-Valery tour à rots ou tour à roc , car de part et d’autre la prononciation est la même. Dans le premier cas, il faudrait traduire par tour des rats , dans le second, par tour du rocher.

et celle de Nevers. actuellement ruinée, au midi. La porte fut vraisemblablement remaniée pendant le règne de Henri IV.

Extérieurement elle forme un avant-corps en saillie sur la courtine. Pour sa construction on a employé la pierre, la brique et les galets de mer, mais des restaurations successives ont amené un grand désordre dans la disposition primitive de ces divers matériaux.

La façade, au-dessus de la porte en cintre brisé, présente deux longues ouvertures, anciens passages des flèches d'un pont-levis. Entre-elles se développe une table d'attente destinée sans doute à porter une inscription ; plus haut, le mot « FI DES » est gravé sur un rectangle de pierre et le tout est couronné par un fronton cintré, au dessus duquel est percée une lucarne ovale encadrée par une couronne de laurier. Des deux côtés de celle-ci s’ouvre une fenêtre rectangulaire, bordée de moulures. Un pignon en forme de triangle, construit en briques et en silex, surmonte cette façade qui n'offre point un grand intérêt.

La voûte de la porte de Nevers est maçonnée pour une part, plafonnée pour l’autre (i). Les appartements situés au-dessus servirent de lieu de léunion à la Municipalité de St-Valery pendant la Révolution.

Fa seconde entrée, située à l’Ouest et percée dans la courtine détruite qui s’étendait de la tour d'Harold au château, s’appelle actuellement porte Guillaume, en mémoire du conquérant qui partit de St-Valery pour envahir l’Angleterre. On la trouve aussi désignée sous le nom de porte d'En-Haut, de porte de l'Abbaye, qui en était proche, et de porte d’Eu. Une tradition locale, dont plusieurs historiens se sont fait l’écho, mais qui ne repose sur aucune preuve, prétend que Jeanne d’Arc aurait été enfermée, pendant quelques instants, dans ses souterrains, lors de son passage à St-Valery, le 24 novembre iq3o. Pendant la Révolution, ces mêmes souterrains servirent de caveaux funéraires pour la sépulture des étrangers.

La porte Guillaume a un aspect beaucoup plus grandiose et plus pittoresque que celle de Nevers. Jadis elle était protégée par quelques ouvrages avancés qui ont disparu. Aujourd'hui subsistent seulement ses deux tours de pierres, restaurées par places au moyen de galets et toujours couronnées, depuis le xive siècle, d'une série de consoles en forme de mâchicoulis.

Entre ces tours, point de cintre marquant une entrée. L’espace qui les sépare est maintenant complètement vide. Seuls des murs latéraux, longeant une voie à ciel ouvert, se dressent derrière elles pour les réunir à l'enceinte de la place sur laquelle elles font saillie.

Ces murs viennent aboutir, du côté de la ville, à une arcade ogivale, qui s’ouvrait naguère dans une façade ou la pierre s’alliait au silex pour dessiner des compartiments en damier.

Après ce rapide coup d'œil jeté sur les remparts de St-Valery, il est temps d’aborder la description de son église.

Construite au sommet de la falaise, sur une plate-forme étayée par un grand mur de soutènement formant courtine et renforcé par la tour de Gonzague, qui faisait jadis partie de l'enceinte, celle qui existe aujourd'hui est consacrée sous le vocable de St-Martin (2). On ignore la date de sa fondation, mais son existence est constatée depuis le milieu du xnc siècle (3). Toutefois, le monument qui est

(1) Du côté de la ville, la façade ne présente rien de remarquable.

{2) La paroisse de St-Nicolas qui a été supprimée, avait pour église une chapelle de l’Abbatiale.

(3) V. Bulle de 1165, citée par l’abbé Caron, loc. cit.

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parvenu jusqu’à nous, ne remonte pas à une époque aussi reculée En son ensemble c’est une construction de la fin du xv' siècle, dans laquelle on a utilisé quelques parties d’un édifice antérieur, qui s’élevait à la même place. Cette église primitive devait être assez remarquable et bien plus importante que celle qui lui a succédé. Longtemps une portion de ses ruines fut conservée devant le portail du monument actuel. Ces débris, détruits seulement en 1772, figurent sur plusieurs des plans de la construction du xv” siècle, ce qui fit supposer que cette dernière était incomplète et qu’on avait négligé d’en bâtir quelques travées.

I. 'église St Martin fut consacrée le 23 novembre i5oo. Une légende prétend que la nuit qui précéda cette solennité fut marquée par des manifestations diaboliques dont fut victime Martin de Piédavant, curé de céans.

Le monument se compose de deux nefs accolées, de dimensions à peu près égales, séparées par une rangée de sept arcades ogivales soutenues par cinq piliers du début du xm" siècle, qui seront décrits ci-dessous et, vers le chœur, par un pilastre sans ornements et de date postérieure. Trois chapelles, construites entre 1 5oo et 1 58 1 . sont annexées au flanc de la nef du Nord. Celle du Midi, est aussi pourvue, vers son milieu, d'un petit oratoire et les chevets des deux vaisseaux sont rectilignes.

Le clocher s'élève en avant-corps à l’extrémité occidentale de la nef du Sud. C'est une massive tour quadrangulaire en pierre. Elle est cantonnée de contreforts où le silex apparait par endroits et, vers son sommet, une fenêtre ogivale que divise un meneau sans ornements, ajoure chacune de ses faces. Une modeste pyramide en charpente recouverte d’ardoises lui sert de toiture, et remplace une ancienne flèche d’un galbe compliqué.

Dans la façade occidentale de cette tour, s’ouvre le portail ogival, dont la voussure peu profonde comporte trois ressauts simplement ornés de moulures qui se continuent le long des piédroits. Le tympan est uni.

Du côté du Midi, la tour est aussi percée, à sa base, d'une grande baie en arc brisé, surmontée d'un larmier, par laquelle on pénètre sous une voûte ogivale sorte de vestibule qui précède la porte donnant accès à l’intérieur du monument.

A la gauche du spectateur qui contemple le porche principal, s’élève en retrait la façade, surmontée d’un pignon triangulaire, du vaisseau septentrional de l’église. Sa maçonnerie très soignée, présente, grâce à la combinaison du silex et de la pierre, l'aspect d'un damier. Sur le même alignement se dresse la muraille qui clôt la chapelle des fonts. C’est sans doute en cet endroit (1), vers l’angle de la chapelle, que s'élevait une tourelle renfermant un double escalier, fort admiré par les anciens historiens locaux. Il était muni de deux portes, l'une située à l'intérieur de l'édifice et l’autre à l'extérieur. Deux personnes pouvaient y monter sans se voir et se rencontraient seulement en arrivant au sommet. O11 fut contraint, en 1772, de détruire ce remarquable morceau d'architecture qui menaçait ruine, par suite de l'érosion de la falaise sur laquelle il était construit et qu'alors la mer ne cessait de battre.

La façade septentrionale de l'église de St-Valery est constituée par les murs des chapelles qui se développent de ce côté.

Ces chapelles sont au nombre de trois et toutes ont pour couronnement des pignons, parfois épointés. La première n’en possède qu'un (2) ; les suivantes en

II) On remarque en ce point les traces d’importants remaniements.

(2) Une grande fenêtre ogivale y existait jadis. On en voit encore les traces, mais elle a été bouchée en partie et on y a pratiquée une nouvelle fenêtre ogivale plus petite.

ont deux, mais chacun diffère de son voisin et de forme et d'aspect, ce qui contribue beaucoup à donner un cachet pittoresque à cette façade. Indépendamment de ce mérite, leur mode de construction où la pierre et le silex

régulièrement taillé, se mêlent de manière à dessiner des compartiments combinés de diverses façons, en font un spécimen remarquable d'un genre d’architecture spécial à quelques cantons maritimes de la Normandie et du Nord de la France, mais particulièrement au Vimeu (i), spécimen que l'on peut classer à côté de la vieille église de Cayeux-sur-Mer, qui sera décrite ci-après (2) et de celle du bourg d’Ault.

La série des chapelles est épaulée par des contreforts aussi très variés (3).

Les fenêtres même ne sont point uniformes et plusieurs d’entre-elles ont été rebouchées en partie et garnies de remplages modernes (4).

La plus ancienne de ces chapelles paraît être celle qui se trouve près du chevet de l’église. Sa construction a été particulièrement soignée. La pierre et le silex s'y combinent d'une façon tout à fait remarquable et décrivent des ligures parfaitement régulières.

Au-delà du point où nous sommes arrivés, l’extrémité de la nef septentrionale de l’église se dégage des chapelles. Elle est construite avec, les mêmes matériaux et se termine par un chevet rectiligne que surmonte un pignon. Sur le même alignement sc dresse le chevet du vaisseau méridional. 11 est conçu d’après le même système et communique, au moyen d'un passage jeté au-dessus d’une ruelle en escalier, avec le presbytère qui se trouve de l'autre côté de celle-ci.

La façade du Sud est dépourvue des pignons qui donnent un aspect si pittoresque à celle du nord. C’est une longue muraille, percée de fenêtres ogivales sans caractère et interrompue, vers le milieu, par la saillie que fait une petite chapelle presque entièrement reconstruite et sans intérêt ; elle abritait un sépulcre détruit pendant la Révolution.

Lorsque l’on pénètre dans l'église de St-Valery, l'attention se porte immédiatement sur la rangée de sept arcades en cintre brisé qui sépare ses deux nefs. Les cinq premières ont appartenu, nous l’avons déjà dit, à un édifice de la fin du xne siècle ou du début du suivant. Les piliers qui les soutiennent sont placés sur de hautes bases sans moulures, probablement obtenues aux dépens des fondations, lors d'un nivellement qui eut pour effet d’abaisser le sol de l’édilice. Leurs fûts sont construits sur un plan allongé dans le sens de l’axe des nefs. Ils se composent de quatre colonnes engagées, adossées à un massif central et cantonnées de quatre colonnettes. Les deux colonnes placés latéralement, vers les nefs, dépassent les chapiteaux des piliers et se prolongeaient jadis pour soutenir les nervures de voûtes qui n’existent plus. Les colonnes des extrémités ainsi que les colonnettes supportent les retombées des arcades. Pour les chapiteaux, très déprimés, ils sont ornés de feuilles d'eau fort simples, et l’intrados des arcades forme une voussure garnie de trois tores égaux et d'un tore à l'angle externe.

Les deux nefs sont actuellement comprises sous des voûtes ogivales recouver-

(1) L’église du Quesnoy-sur-Airaines paraît être le point extrême, vers l’Amiénois, où ce genre d’architecture a pénétré.

(2) Au moment où l’on écrit ces lignes, la vieille église de Cayeux est sur le point d'être détruite, pour cause de vétusté.

(3) Sur le troisième contrefort se voit une inscription qui semble se rapporter à la construction de a deuxième chapelle dont il fait partie. On la lit ainsi : « le fus fait lan 1558 ».

4) On les restaure en août 1904.

de la Normandie et du ï France,

utiî de la

qui sera décrite ci-après (.'

I épaulée par des contreforts aussi ’ l point uniformes et plusieurs d’entre-elles amies de remplages modernes (4). de ces chapelles parait être celle qui se trouve près du -truction a été particulièrement soignée. I.a pierre et le U d'un façon tout à fait remarquable et -décrivent des figures

du point 1011s sommes arrivés, l'extrémité de la nef septentrionale e dégai d chapelles. Elle est construite avec, les mêmes matériaux

ï et unique, au moyen d'ui. passage jeté au-dessus d'une ruelle

sec le resbytère qui se trouve de l'autre côté de celle-ci. du Sud 1 dépourvue des pignons qui donnent un aspect si pittoresque >rd. C t une longue muraille, percée de fenêtre ogivales- san- rar.-omput \ors le milieu, par la saillie que fait >

IU volutin" •

.1 apparier , nous l'avons déjà dit, & un édifice de la fin du xu* siècle ;ui\.oit Us piliers qui les soutiennent sont placés sur de hautes res, pi jlement obtenues aux dépens des fondations, lors d'un it pour 1 d'abaisser le sol de l'édifice. Leurs fûts sont construits | . dans sens de l’.axe des nefs. Us se composent de quatre

. dossées à un massif central et cantonnées de quatre colonnettes. icés latéralement, vers les nefs, dépassent les chapi iux des

tes d’un enduit. Celle du midi est éclairée par sept fenêtres en cintre brisé. Vers son milieu s’ouvre, par une baie ogivale bordée de moulures qui se prolongent pour former une pointe terminée par un fleuron, un petit oratoire dédié à St Joseph, qui abritait jadis un sépulcre.

Trois chapelles sont accolées à la nef du Nord. La plus ancienne paraît être celle qui se trouve à proximité de l’autel placé à l’extrémité de ce vaisseau. Elle semble dater du règne de Louis XII et communique avec l’église par une vaste baie en cintre brisé, accostée d'une petite porte de même forme. Sa voûte est parcourue par des ogives, des liernes, des tiercerons et même des branches secondaires, avec culs-de-lampe ornés à tous les entrecroisements. Celui qui sert de clef de voûte, porte la représentation d’un navire monté par cinq matelots ; un

écusson de la famille de St-Valery : d’azur fretté d’or et semé de fleurs de lis

de même (i), pend au flanc du bateau. Une seconde clef montre un écu parti de

France et de Bretagne ; quelques autres encore sont ornées de feuillages ou de

personnages tenant des objets difficiles à déterminer. Deux fenêtres à remplages éclairent cette chapelle ; entre ces deux baies, un grand Christ est placé sur un cul-de-lampe décoré de pampres et d'un blason effacé.

La chapelle suivante, autrefois consacrée à St-Roch, est disposée comme celle qui précède. Une grande baie en cintre brisé accompagnée d'une petite porte surmontée d’une archivolte en accolade ornée de feuillages et de crochets touffus y donne accès. La voûte est de même style qu’au précédent oratoire. Sa clef centrale est décorée d'un « Agnus Del », d’autres sont pourvues de chiffres marchands et de feuillages. On y distingue aussi un écu chargé d'un arbre accosté de deux étoiles (2) Dans les angles de la chapelle les retombées des ogives sont amorties par des culs-de-lampes portant des écussons chargés des instruments de la Passion. L'autel, quoique peu remarquable, provient sans doute de l'abbaye de

St-Valery (3). 11 porte ce blason : de France, chargé d’un écusson de . à une

crosse de . mise en pal.

Contre la paroi septentrionale, on a dressé une jolie pierre tombale en marbre, qui recouvrait la sépulture de Guy du Bos (4). Ce personnage y est

représenté par une gravure au trait. Il est vêtu d'une robe courte et d’un manteau à très larges manches ; sa tête, aux longs cheveux bouclés, repose sur un coussin ; sous ses pieds on a figuré un dallage. Aux angles de la pierre, apparaissent les animaux évangéliques et sur ses bords on lit l’inscription suivante, tracée en caractères gothiques :

Cfip giet iffiip bit ^5ot> en coït || viuant Qvcnctict bc ^ Joaffcrp fcqttcf

trcepaeea fr || premier jour be J>cptcm6rc || fait mit Ve XXXI II priée £)icu ^ pour eoit àme. jûfr Ifîtr.

Cette inscription est interrompue en deux endroits correspondants, sur les

grands côtés de la dalle, par deux écussons chargés de trois arbres accom¬

pagnés en chef de deux étoiles. (5)

(1) Nous rétablissons les couleurs que des badigeons successifs ont fait disparaître.

(2) Peut-être est-ce une variante de l’écu de la famille du Bos. V. infra.

(3) Sur cet autel sont placés des reliques dans un cadre orné de tortillons en papier doré, genre de travail que l’on exécutait volontiers au xvn* siècle, dans les couvents de femmes.

(4) Primitivement, cette pierre était posée à plat et élevée de deux pieds au-dessus du sol, puis elle fut mise de niveau avec lui.

(5) La famille du Bos portait primitivement : d’argent à trois arbres de sinople terrassés de même et accompagnés en chef de deux étoiles de gueules. Depuis l'année 1660, elle a été autorisée à porter : d’argent au lion de sable armé et lampassé d’azur.

Enfin, la chapelle qui est la plus voisine de la façade occidentale, fut seulement construite en i5Si, si l'on doit s'en rapporter à la date sculptée dans un cartouche au-dessus de la grande baie en anse de panier qui la fait communiquer avec 1 église (i). On remarque dans cet oratoire quelques peintures sur bois montrant le baptême du Christ, Jésus en croix et la Décollation de St-Jean-Baptiste. Ces trois panneaux sont compris dans un même cadre en bois sculpté qui porte la date de 1 6 1 3 (ou de 1 6 1 5). Un grand tableau assez médiocre sert de retable à l'autel. 11 provient de l'Abbaye de St-Valery et représente le martyre de St Paul. La figure la plus remarquable de cette peinture est le portrait d'un moine, — le donateur sans doute, — agenouillé au premier plan.

Nous ne décrirons pas plus longuement le mobilier de l’église qui ne se recommande par aucun objet très important et nous nous bornerons à mentionner la petite plaque de cuivre oui indique la sépulture d’un ancien curé, Jean- François Dubrun, mort en 1820. Pourtant une exception doit être faite en faveur des deux étais qui soutiennent la tribune des orgues. Ils semblent appartenir au début du xvie siècle et affectent la forme de grêles colonnettes polygonales et torses, dont les faces, dans la partie inférieure, sont alternativement recouvertes d’imbrications ou d'un semis de quatre feuilles. Vers le milieu des colonnettes se trouve une bague en forme de couronne fleurdelisée, puis le fût continue à s'élever, mais, à celte seconde partie, la torsion est en sens inverse et chevronnée, et les faces des colonnettes sont parsemées de fleurs de lis mutilées, alternant avec des quatre feuilles.

Avant de quitter l'église de St-Valery, il convient de mentionner encore un petit buste reliquaire en argent représentant le patron de la ville, cette jolie pièce d’orfèvrerie du xvnc siècle est conservée dans la sacristie.

Le monument qui vient d’être décrit ne fut témoin d'aucun fait historique marquant, car on ne peut considérer comme tel le semblant de siège qu'y soutinrent quelques soldats du duc de Nevers contre les Ligueurs, le ier janvier i5q2.

Au début de l'année 1649, curent lieu à St-Valery, des élections municipales qui donnèrent le même nombre de voix à deux adversaires. Le dimanche suivant, il s’en suivit, entre les rivaux, une véritable bataille pour la conquête du banc réservé à l'échevinage, que chaque compétiteur prétendait occuper exclusivement. Ceci, bien entendu, se passait dans l'intérieur de l'église.

Enfin, pendant la Révolution, l'édifice fut transformé d'abord en temple de l'Eternel, puis en halle pour les grains. Il fut alors totalement dévasté. C’est à cette époque que les reliques de St Valéry furent brûlées, dans le chœur, où tout dernièrement encore on remarquait sur le dallage, les traces du bûcher qui les avait consumées.

11 n’est pas possible de clore cette notice sans ajouter quelques mots sur l'abbaye qui, depuis sa fondation jusqu’à la Révolution, passa à peu près par les mêmes vicissitudes que la ville même. Malheureusement, cet antique monastère, le plus ancien de la Picardie par la date de sa fondation, a péri presque tout entier, à part l’une de ses dépendances, construction sans intérêt transformée aujourd’hui en habitation particulière.

De sa superbe église, quelques colonnes seulement ont été épargnées. Elles sont actuellement envahies par le lierre qui les dérobe à la vue et s’oppose à leur description.

(1) Une petite porte de même forme y donne aussi accès.

io3 —

L’origine de ce célèbre couvent a été indiquée ci-dessus. Les abbés réguliers qui le gouvernèrent longtemps, presque tous recommandables par leurs vertus, ont peu marqué dans 1 histoire profane. Quelques uns de ses abbés commendataires lurent au contraire des hommes célèbres, tels les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise, d’Este, et l’illustre Fénelon.

En 1644, les religieux de St -Valéry s'affilièrent à la congrégation de St- Maur (1).

Plus heureuse que l’abbaye, la chapelle très anciennement érigée sur le tombeau de St Valéry, au sommet du cap Hornu, est parvenue jusqu'à nous, mais hélas ! une reconstruction totale et récente lui a fait perdre toute poésie. Elle a même été dépouillée de l’antique mortier de bronze, décoré de quatre personnages au caractère étrange, qui lui servait de bénitier. Seule lui est restée sa situation admirable d’où le regard s’étend sur la baie de Somme, la ville du Crotoy, les plaines conquises sur les flots dans la direction de Cayeux, et jusqu’à la pointe, du Hourdel qui. tout à l'horizon, se détache en teinte sombre sur l’immensité de la mer.

R. de GUYENCOURT.

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