‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 5 sur 79 · III. — Partie Inférieure du Portail · texte numérisé non relu

III. — Partie Inférieure du Portail

Cette première partie, qui comprend tout l’intervalle entre le sol du parvis et la première galerie, est d’une décoration beaucoup plus riche et plus surchargée que les autres, et elle mérite, par là même, un examen plus approfondi. Elle présente trois portes. Celle du milieu est vraiment monumentale et toutes, enfoncées

sous de larges et profondes voussures ogivales, sont surmontées d un tympan de même forme ; leurs proportions toutefois sont différentes, sauf pour la profondeur qui est la même. Au-dessus de chacune des archivoltes et 1 encadrant, s élève un fronton triangulaire ou gable, très élancé, à pointe aigüe, d une grande hardiesse, surtout celui de la voussure centrale ; les rampants, taillés en biseau, sont garnis de crochets, alternativement plus petits ou plus grands ; ces rampants, pour les deux frontons latéraux, atteignent le soubassement en doucine de la balustrade de la première galerie et se prolongent au delà en un clocheton aigu. L'intérieur du gable de gauche est orné, à la partie inférieure, à l’endroit le plus large, d’une petite rose aveuglée, aux meneaux rayonnants ; les écoincons sont remplis par d'autres moulures flamboyantes. Au fronton de droite, les moulures sont disposées d’une façon irrégulière, formant réseau, et non circonscrits par une rosace ; à la pointe supérieure de chacun de ces frontons latéraux se trouve un écusson qui a été gratté. L'angle formé par la rencontre de la moulure de l’extrados de l’archivolte avec le contrefort voisin, est rempli par des meneaux flamboyants qui s’arrêtent à un bandeau transversal ouvragé, doublé d’un cordon en doucine. Les parties de mur entre les rampants des frontons et les contreforts sont tapissées d'arcatures délicatement contournées en trilobés à leur extrémité supérieure qui atteint la corniche de la balustrade de la première galerie ; celles de gauche sont superposées sur deux rangs et présentent à la partie supérieure deux pointes ogivales successives. Au porche de droite, les arcatures sont sur une seule hauteur, et se terminent par une ingénieuse combinaison d’accolades se surmontant et s’entrecroisant, ayant par endroits l’apparence de fers de lance.

Le gable de la voussure centrale est, nous l’avons dit, de dimensions plus grandes que ceux des porches latéraux ; il est de même structure que les autres, avec rampants taillés en bizeau et garnis à l’extrados de crochets, puis, dans les intervalles, de motifs courants très fouillés. Enfin, vers le milieu, ces rampants supportent, de chaque côté, un socle destiné à recevoir une statue, et surmonté d’un dais accolé au soubassement de la balustrade de la première galerie. Entre les rampants et les contreforts, le mur est garni, comme au porche latéral de gauche, de deux rangs d’arcatures pannelées, séparées horizontalement par un bandeau ; de plus, de chaque côté, a été ménagé un emplacement pour une statue, avec un socle surmonté d’un dais, tous deux très fouillés. L’angle supérieur de ce fronton central dépasse la balustrade de la galerie et se prolonge en un poinçon très ouvragé qui se dresse, isolé, ciselé à jour, présentant vers son extrémité un socle destiné à une statue, et terminé en une pointe pédiculée qui atteint le milieu de la grande baie centrale de la nef. Dans le haut de l’angle supérieur du gable, apparait, dominant en quelque sorte toute cette partie du portail, une statue colossale du Père Eternel. 11 est représenté sous la forme d’un vieillard à longue barbe, assis, la tête couverte d’une tiare, et le corps enveloppé dans un large manteau royal ; il avait à la hauteur de la barbe une colombe pour figurer le Saint-Esprit ; il tient entre ses jambes le Christ attaché sur la croix ; on a appelé aussi ce groupe la Sainte Trinité. La grande statue, d’un caractère majestueux, repose sur un socle, où se trouvent deux écussons accotés, dont les armoiries ont été grattées, et au-dessous sont deux anges tenant une paire de grands ciseaux. Ce socle est soutenu par une colonnette simple que supporte sur ses épaules une sorte de gnome ou nain difforme, accroupi, aux bras repliés, s'arc-boutant des mains sur ses cuisses ; sa figure contractée trahit l’effort et la douleur. Ce petit personnage très curieux, et qui n'a été mentionné nulle part, occupe la pointe de l’arc extérieur de la voussure centrale.

la moulure de l'extrados de

Cette voussure est accotée des deux contreforts du milieu ; l'ensemble de son archivolte est d'une grande richesse décorative ; la moulure de l’extrados présente une frise à entrelacs très fouillés entre deux filets unis et elle est surmontée de cinq crochets. Immédiatement au-dessous, court une autre frise plus étroite non moins ouvragée, et la voussure est ensuite festonnée, légèrement en retrait, d’une élégante dentelle à arêtes ajourées. Les parois latérales de cette voussure présentent un double rang de niches, au nombre de quatorze par chaque rangée, séparées par une moulure prismatique, aux côtés légèrement évidés, qui vient s’amortir sur le soubassement, en reposant sur une plinthe polygonale dont le profil est pénétré par des intersections de petites bases prismatiques. Une autre moulure festonnée contourne la seconde voussoire ; elle borde le linteau de la porte, suit les piédroits recouverts de moulures prismatiques dont elle remplit les gorges, et se termine au soubassement par des animaux fantastiques, hydre et dragon, un peu mutilés ; dans le haut de cette moulure, on remarque, au milieu, une petite figure d’homme. Une autre frise non moins délicate contourne les moulures extérieures du tympan de la grand’porte. Les niches renferment, entre des dais d’une merveilleuse découpure, des sujets se rapportant tous à la vie du Sauveur; au point de jonction des deux dais supérieurs, sous l'angle intérieur de l’arc ogival, on remarque une fleur de lys surmontée d’un oiseau aux ailes étendues qui parait être un pélican. Les douze sujets qui existent encore dans les deux rangs de ces niches, représentent, en commençant par la gauche : Jésus-Christ au milieu des docteurs , (Il a figuré à l’Exposition d’Abbeville en 1897). — Jésus dépouillé de sa robe. — Jésus et la Samaritaine. — Jésus couronné d’épines. — Jésus conduit devant Pilate ; à droite : Jésus flagellé. — Jésus condamné par Pilate. — Barrabas préféré à Jésus. — La Résurrection. — L’Incrédulité de Saint-Thomas. — Jésus et les pèlerins d’Emmaiïs. — Jésus apparaissant à Sainte-Madeleine. Tous ces sujets, bien que destinés à être vus à une certaine hauteur, ont été sculptés avec délicatesse, ce qui montre la conscience qu’apportaient nos entailleurs du Moyen-âge dans tous leurs travaux, même pour ceux qui devaient être posés à grande distance.

Sous les dais placés contre les ébrasements se trouvent quatre statues sur des socles supportés par des piliers prismatiques ; elles sont moins grandes (1 m. 40 environ) que celles des contreforts dont nous parlerons plus loin. Ce sont, à gauche, Saint Eloi Evêque de Noyon, patron des Orfèvres, et Saint Nicolas , patron de deux paroisses de la ville, tous deux coiffés de la mitre, revêtus de chapes richement brodées à orfrois ; à droite, Saint Germain l’Ecossais , ayant près de lui un monstre à six têtes, et Saint Firmin , premier Evêque d’Amiens, patron des tonneliers, en costume non moins riche.

Page 1