‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 50 sur 79 · S) par une s en accolade ornés intérieurement · texte numérisé non relu

S) par une s en accolade ornés intérieurement

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« Une corniche, ou plutôt une frise qui est bien l’une des plus capricieuses que l'on puisse rencontrer, couronne cette partie du rétable. On y voit, mêlées à des ceps de vignes, des branches de chêne avec leurs feuilles et leurs glands. Au milieu de cette frondaison sont jetés, çà et là, des oiseaux becquetant les glands, un coq se jouant avec un lion (i), pour rappeler peut-être, vu les mystères de l’enfance de Notre-Seigneur qui se trouvent représentés au-dessus, toutes les merveilles qu’Isaïe a prédites comme devant être les fruits ou les bienfaits de la venue du Messie sur la terre.

« C’est sur cette frise, en effet, et dans des niches profondes, que nous allons voir ces mystères reproduits en groupes de plein relief. Commençons par jeter un coup d’œil sur les niches. Elles sont séparées l’une de l’autre par de simples pilastres sans moulures ; mais sur ces pilastres s’élève un couronnement architectural tout à fait monumental. Il commence par un dais en forme de prisme triangulaire. L’angle apparent, couvert d'un contre-fort, forme une sorte d’avant-corps ; sur le sommet des arcs en accolade à festons flabelliformes qui garnissent les faces latérales du prisme, et qui reposent sur les pilastres par leurs lignes d'attache, s’élèvent d'autres contre-forts ayant plus ou moins d’élévation, selon la place qu’ils occupent sous les formerets de la voûte en ogive qui circonscrit toute cette ornementation. Alors, sur une base polygonale formée de galeries ajourées qui relie ces contre-forts avec les trois angles du prisme, se dresse, au-dessus de chaque niche, une sorte d’édicule quadrangulaire ayant sa fenestration, c’est-à-dire ses baies ogivales, ses archivoltes à crochets, ses meneaux, et, à la place des vitraux, une série de moulures flamboyantes tellement bien évidées qu’on serait tenté, si on y pouvait atteindre, de chercher ce que ce temple aérien et fantastique pourrait bien encore recéler de surprises.

« Les niches de ce rétable sont au nombre de six. Les deux premières, à gauche du spectateur, en partie couvertes par la tourelle de l'escalier, sont dépourvues de personnages. Dans les quatre autres sont représentées : i° l'Annonciation ; 2° l’Adoration des Bergers; 3° l’Adoration des Mages; 40 la Circoncision. Presque toutes les figures de ces groupes sont brisées. Cette mutilation est d’autant plus regrettable que toutes ces sculptures ont le cachet de grâce et de délicatesse qui caractérise la statuaire du xvie siècle. Comme sur les stalles d’Amiens, on pourrait, surtout dans le groupe de l’Annonciation, faire une étude intéressante de l’ameublement d’alors. Il y a là un lit à baldaquin, avec courtines et oreillers, qui ne déparerait pas la chambre à coucher d’une châtelaine. La Sainte Vierge, agenouillée sur un prie-Dieu, porte sur le devant de sa robe une chaîne à fortes mailles carrées; est-ce un ornement, est-ce un symbole? ».

Le meuble de chêne, récemment placé sous ce rétable, porte sur une longue corniche la reproduction, en lettres dorées, de l'inscription gothique qui se lisait autrefois sur les murs de la Trésorerie et en donnait la date :

61). fan. mif. cÇiitr. cfinjts. et. || vi. (2) mop. ttrfforic. fus. comrcfiic. j 6t. ic. fus. parfaictc. en. fan. || be. grâce, mif. vcc. et. çiiit.

Il est à noter que, à la façon des cloches, la Trésorerie, dans cette inscription, parle elle-même et nous raconte son histoire.

(1) Le coq est plus grand que le lion avec lequel il lutte. On y voit aussi un coq tirant un os du gosier d’un loup.

(2) VI et non un comme tous les auteurs le disent. Peut-être cependant est-ce le sculpteur moderne qui s’est trompé en rétablissant l’inscription.

La porte de l'escalier Sud-Est n’est guère moins remarquable Son arc est en anse de panier, orné d’une guirlande de vigne avec limaçons. Au-dessus, une archivolte en accolade, à grosses feuilles de choux frisés sur les rampants, et acrotère terminal. Dans le tympan, un très curieux petit sujet : agneau dévoré par deux lions, forme une rosace parfaite. Deux panneaux à moulures terminées en arc accolade, se voient de chaque côté ; sur chacune des deux faces latérales sont trois panneaux semblables, séparés par des pilastres à pinacles. Une balustrade à jour domine le tout, s galerie à réseau flamboyant inscrit dans des triangles équilatéraux qui se touchent par les côtés, et terminée par un crétage dont toutes les pointes sont garnies de bouquets » (i). La porte en chêne est encore intacte malgré un long usage; elle est du xvte siècle et se compose de neuf panneaux plissés à moulures; celui du centre est à jour et grillagé pour éclairer l'escalier.

La porte de l'escalier Nord-Ouest est beaucoup plus simple. Son cintre est surmonté d’une accolade semblable à l’autre ; puis, immédiatement sur l’acrotère, repose la balustrade, bien moins haute. L’ancienne porte en chêne a disparu ; on en voit encore les montants.

Au Nord s’ouvre une grande fenêtre à trois lumières, avec anciens vitraux blancs et trois moulures ou lîlets prismatiques. Sous cette fenêtre règne une corniche à feuilles de chou.

Dans le mur Ouest s’ouvrait une ancienne fenêtre carrée, à larmier, aujourd'hui murée.

Mentionnons encore, pour en finir avec la Trésorerie, un bahut du xvn' siècle, en chêne, à fronton coupé.

ÉGLISE SAINT-WULPHY

L’ancienne et vénérable église de Saint-Wulphy a complètement disparu au cours du xix" siècle. C’était un vieil édifice, tout enfoncé en terre, déjà fort caduc avant 1789. Il souffrit naturellement beaucoup des ravages et de l’abandon révolutionnaires. Le 3 ventôse an VII — 21 février 1798 — entre neuf et dix heures du soir, la voûte s’abîma, par une tempête, sur le pavé de l’église (2).

Il ne reste aucun bon dessin de ce monument; la seule description quelque peu détaillée, qui nous en ait été conservée, se trouve dans une lettre signée Raymond, ancien professeur de l’Université, et adressée au rédacteur du Journal d' Agriculture et du Commerce du département de la Somme (n“ du 20 février 1819). Bien que cette description soit déjà connue (3), je ne puis me dispenser de la donner ici ; malgré quelque enflure de style, imputable au goût du temps, on y remarque une véritable et profonde émotion :

« L’église paroissiale actuelle n’offre plus que des ruines. On y distingue deux époques de construction : le chœur rebâti en pierres de taille est moderne; le millésime qu’on lisait à la voûte semblait indiquer au moins le règne de Louis XII.

a. Les gros murs de la nef construits en cailloux roulés et en briques, percés d’abord de fenêtres à plein cintre que l’on a ensuite changées, à cause des vents de mer, en ouvertures courtes et étroites ; le pavé de l'église, qui, près de la porte de l’Ouest, est près de trois pieds au-dessous du sol de la rue, et qui s’abaisse

(1) Abbé Gosselin, op. cit., p, 85.

^2 ) Abbé Gosselin, op. cit., p. 110.

(3) Elle est reproduite par M. Prarond, op. cit.. p, 93.

d’un pied et demi environ à la porte du Nord ; les sculptures des chapiteaux de plusieurs grosses colonnes courtes des sous-ailes ; les bases et les chapiteaux des colonnes moyennes engagées dans le mur des chapelles autour du chœur ; tout

cela nous reporte à la fin du xii' siècle.

« Lorsqu'on descend, non sans quelque danger, sous ces voûtes abandonnées à la rage des vents conjurés, l’àme est saisie d’une douleur profonde ; on ne saurait se défendre de ce sentiment de terreur qui rendit immobile Judas Machabée en voyant le lieu saint désert, l’autel profané, les portes du temple brûlées, les broussailles nées dans l'atrium comme dans un bois. Est-ce donc là l’église illustre de cette ancienne cité, dont le beffroi, toujours subsistant, atteste la liberté qu'elle recouvra au xii' siècle, cité qui possède encore la charte donnée en 1210 par Guillaume, comte de Ponthieu, fils de Jean, par laquelle ce seigneur se réserve certains droits dans l'affranchissement de Rue ? Est-ce donc là l’auguste temple de cette importante place frontière et maritime, qui, sous Louis XIV, fut l’objet des délibérations des grandes puissances de l’Europe, assemblées au congrès

d’Aix-la-Chapelle, et qui ne put être démantelée ainsi que sa citadelle qu’en vertu du traité qui fixa pour longtemps le sort de la France ! Faut-il que cette commune que l’on vit pendant de longs siècles servir de pieux hospice où logeaient les pèlerins accourus de toutes les parties du monde pour y révérer l’image du Sauveur, n’ait pas aujourd’hui, comme les autres nations, un lieu couvert et spacieux où elle puisse adorer le Dieu de ses pères ! »

Le clocher de cette église, haut de 170 pieds, avait survécu au reste de

l’édifice ; c’était une haute tour carrée ; la vue de Rue, signée de Johann Peeters,

(collection de Mérian), permet de la voir dans sa splendeur première (t) ; et un dessin de la collection Macqueron (d’après Duthoit) nous la montre à demi ruinée, après la chûte de l’église. Etayée de puissants contreforts d’angle, à plusieurs ressauts (2), la tour était éclairée sur chaque face, à l’étage supérieur, par deux fenêtres en plein cintre. Au-dessus régnait une balustrade, pleine et sans ornements, flanquée à chaque angle d’une échauguette portée sur les contreforts, avec toit en poivrière; une de ces poivrières, cependant, surmontait une tourelle cylindrique qui contenait évidemment l’escalier. La flèche en charpente, ou pyramide à base quadrangulaire, que reproduit la vieille vue, avait fait place, évidemment au xviii' siècle, à une lourde et disgracieuse calotte octogone, renfermant sans doute les cloches, puisqu’elle est ornée d’abat-sons tandis que les anciennes fenêtres de la tour sont murées. Les claveaux saillants et très larges de ces fenêtres en plein cintre permettent-ils de laire remonter ce clocher à l’époque romane? (3). J’hésite

(1) La vue de Rue par Chastillon (LA VILLE DE RVE SAINCT ESPRIT) nous donne un dessin de la tour de l’église beaucoup plus élégant et plus svelte que celui de Peeters ; le clocher a quatre étages, dont chacun est ajouré, sur chaque face, par quatre fenêtres en tiers point, géminées deux par deux sous une grande arcade. Les contreforts (sans ressauts bien visibles) sont surmontés d’échauguettes sans poivrières. Au-dessus s’élève un étage octogone de beffroi, surmonté d’un dé où prend naissance une magnifique flèche dont la pointe fend les nues. Cette aiguille, comparable à celles de Saint-Etienne de Vienne et de Strasbourg, a-t-elle donc disparu entre 1600 environ (Chastillon) et 1655-61 (Peeters, Mérian) ? Ou faut-il encore accuser ici l’imagination des vieux dessinateurs ?

La vue de l’église, accolée par Chastillon à son beau clocher, semble bien fantaisiste : nef courte, transsept saillant chœur élevé, avec pignons au-dessus de chaque fenêtre .

Ce qui est certain, c’est que la vue de Peeters ressemble plus que celle de Chastillon au dessin de Duthoit.

(2) Peeters ne figure pas ces contreforts, mais les vieux topographes n’y regardaient pas de si prés. Le dessin de Duthoit figure les piliers butants très saillants et massifs.

(3) Dom Grenier dit que le clocher de l’église de Rue fut commencé en 1467. (Paquet 14, art. 9. Prarond, op. cit., p. 93). Mais il faut se défier des dates de seconde main. Le même auteur dit, un peu plus loin, qu’Isabeau de Portugal fonda une chapelle en l’église de Rue en 1548 !

à l’affirmer, tant l'ancien dessin est confus sur ce point ; maïs à coup sûr un arc boutant, visiblement ajouté sur le flanc de la tourelle d’escalier, accuse le xiu“ ou xiy0 siècle ; son pilier butant, à deux ressauts, est couronné d’un pinacle à crochets, et sous l'arc-boutant, à l’étage inférieur, s’ouvre une arcade en tiers-point, qui, bien qu’à ras du sol, ressemble plus à une fenêtre qu’à une porte : son meneau unique est surmonté, dans le tympan, d’une rose sans ornements (i) Quant à la balustrade et aux échauguettes, elles ne peuvent être antérieures au xvc siècle (2).

De la vieille église, il reste, chez M. du Broutel et dans le jardin de l’hospice, un bon nombre de colonnettes de triforium, minces et sveltes, avec chapiteaux à crochets, du commencement du xiiP' siècle; ce sont, je crois, les seuls fragments qui aient échappé à la destruction (3).

L’édifice fut démoli vers 182D, alors qu'on eût pu encore facilement le restaurer. La tour restait; l’abbé Gaudefroy, nommé doyen de Rue en 1827, aurait voulu la conserver; « il fit pour cela, auprès de Charles X, des démarches qui devaient être, il le croyait, couronnées de succès. Au retour d’un voyage à Paris, entrepris dans ce but, il trouva les ouvriers en train de la démolir.... » (4). « Une suite de circonstances difficiles à expliquer » avaient causé la perte de ce noble débris.

Que dire de l’église actuelle? Elle ne mérite pas une description; c’est une halle, une salle de fêtes, un marché couvert, à peine un prêche, peut-être une grange ; à coup sûr, ce n’est pas une église. On se demande avec découragement à quel degré d’aberration étaient descendus les architectes de la Restauration, qui élevaient de pareilles bicoques sur les ruines ou à côté des chefs-d’œuvre de leurs aînés.

Cependant, cette affligeante église, que le zèle si louable de ses excellents pasteurs s’est efforcé de rendre moins indigne de sa destination, contient quelques objets mobiliers dignes de remarque. Et tout d’abord, ses curieuses stalles Renaissance, de la fin du xvie siècle, ou plutôt ce qui en reste, car ce 11e sont que des fragments sans ordre, encastrés dans la boiserie des stalles modernes (5).

Quelle appréciation doit-on porter sur ces -sculptures ? Elles sont évidemment très-<»rossières, et d’un art bien inférieur. Elles contrastent avec les dentelles de pierre de la chapelle voisine, presque autant que l’architecture (?) de l’église paroissiale avec celle du gracieux édifice. 11 est singulier que des artisans, d’un faire si inégal, si opposé mêmé, se soient rencontrés sur le même coin de terre, à si peu d’années de distance; je n’ai rien vu, en Picardie, qui rappelle les stalles de Rue; on les croirait sorties du ciseau d’un huchier breton. Mais cette rareté même, et aussi ce contraste, ne leur donnent que plus d’intérêt, et l’œil du chercheur s’arrête amoureusement sur ces figurines taillées à la serpe, comparables, pour la délicatesse des traits, aux bonshommes de la foire au pain d’épice. Je fais ici les vœux les plus ardents pour que ce rare spécimen ne soit pas remplacé par quelque prétentieuse menuiserie, pseudo-gothique.

(1) Cette tour renfermait une horloge avec automate — un « mascaron moqueur venant ouvrir sa lucarne, avancer la tête et tirer la langue chaque fois que l’heure sonnait». (Abbé Gosselin, op. cit., p. no).

(2) A Cappy et à Berneuil (Somme), on voit des clochers du XVIe siècle avec quatre échauguettes. C'est une forme assez répandue en Flandre: Hazebrouck, etc.

(3) J’ai publié dans les Mém. de la Soc. d'Émul. d’Abbeville, t. XXII, (sous presse), avec commentaires, les remarques faites en 169; dans l’église de Rue par l'auteur du voyage héraldique dans quelques églises du Ponthieu.

(4) Ibid. p. m.

(51 Ces stalles ornaient-elles l'ancienne église? Ou proviennent-elles de quelque abbaye du voisinage? On ne sait.

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L’ornementation de ces stalles est fantaisiste, et empruntée en majeure partie aux bestiaires ; peu versé en démonologie, je n’ai pu interpréter bon nombre de ces figures diaboliques, mais je les crois fort intéressantes au point de vue iconographique, et c’est un motif de plus pour en souhaiter la conservation (i). Sous le bénéfice de ces observations, voici la liste des sujets qui y sont représentés :

Rang de gauche. — Les panneaux de la jouée, vers la nef, représentent : i° 1 Echelle de Jacob ; le patriarche endormi au pied d’un arbre ; en haut de l’échelle. Dieu le Père thiaré à la bouddhiste ; un ange près de lui ; un autre monte 1 échelle. — 2° Sous deux arcs plein cintre reposant sur des pilastres cannelés : MOÏSES, au front cornu, et AARON coiffé de la thiare. Au-dessus des cintres, animaux fantastiques, et un petit personnage aîlé, tout nu, jouant de la flûte et du tambour. Le haut de ces deux panneaux est cintré, et a pour rampants une tête de monstre marin et une volute.

Les stalles de ce rang sont peu ornées ; quelques appuie-mains, seuls, ont conservé des arabesques variées, une colombe, des feuillages. Les parcloses se terminent en volute. Les miséricordes sont à feuillages peu remarquables (2).

La jouée vers le chœur montre en pied, sous un arc plein cintre, un Janus à deux visages, tenant une clef de la main gauche et de la droite un sceptre surmonté d'un soleil. Au-dessus du cintre, croix ancrée, rosace et feuillages.

Rang de droite. — Panneaux de la jouée vers la nef : i° En haut, comme rampant, un monstre à queue en volute. Sous deux cintres retombant sur des pilastres cannelés : Adam couronné de feuilles, nu sauf une feuille de lierre, un rameau ou thyrse à la main droite et une pomme à la gauche ; Eve, nue, tenant également une pomme de la main droite. Au-dessus des cintres, une caryatide. Au-dessous, une corniche. Plus bas, deuxième scène : un ange en jupons, volant

dans les airs et brandissant une épée nue, chasse du Paradis Adam et Eve qui

s’enfuient, tout nus, à toutes jambes. L’anatomie de tous ces personnages est invraisemblable de naïveté, les nudités sont d’un grotesque inénarrable. Les cheveux d’Adam sont bouclés, ceux d’Eve longs et épars. Au milieu de la scène,

un arbre sec. — 2e panneau : Sous un cintre, un personnage debout de face, nu

sauf le lierre pudique et conventionnel, un doigt sur les lèvres et une flèche dans l’autre main ; sous le pied droit, un animal (oiseau ? tortue ? porc ?). Quel est cet être bizarre ? Est-ce l’ange exterminateur, prohibant l'entrée du jardin célestial ? Le nu, la flèche, la bête feraient plutôt penser à Gupidon ! Au-dessus du cintre, feuilles et fleurs entrelacées. — 3e panneau : Une caryatide, évidemment rapportée et moins ancienne.

La plupart des parcloses de cette rangée sont ornées de figures bizarres ; je crois — mais avec beaucoup d’hésitation pour plusieurs sujets — y reconnaître : Une grue avec sa vigilance. — - Un singe. — Une autruche. — Un deuxième singe,

(1) Dusevel a noté ces stalles dans sa Lettre au président de la Société d’Emulation d’Abbeville : « On a eu le bon esprits», remarque-t-il, *• de les incruster dans celles qui ornent le chœur de l’e^lise actuelle de cette petite ville. Le travail des divers morceaux restant est grossier et d’une exécution peu soignée; mais on y voit des figures extrêmement précieuses pour les personnes qui se vouent à des recherches sur l’iconographie chrétienne. Permettez-moi de vous citer seulement ici celle d’un nud éhonté qui a une tortue sous les pieds, le portrait de l’imagier à qui on devait ces anciennes stalles (?), et le Janus bifrous, tenant d’une main un sceptre surmonté d’un soleil, et de l’autre une clef, attributs peu communs et qui rappellent probablement le commencement et la fin de l’année. Ces trois figures et celle représentant l 'Echelle mystérieuse de Jacob méritent d’être examinées et étudiées avec soin par les archéologues qui passent à Rue ». (Cité par M. Prarond, op. cit. , p. 95).

(2) Une miséricorde, refaite, porte la date 1850.

accroupi. — Un taureau dressé sur ses pattes de derrière. — Un gorille. — Un oiseau énorme, luttant contre un serpent; l'oiseau a, sur le dos, une corbeille, contenant des combattants. — Un homme porte-lance. — Un homme tué par une vipère. — Un héron. — Un loup. — Un homme portant une hotte. — Un aigle. — Deux singes portant des vases sur leurs têtes. — Une syrène. — Un monstre vomissant une fontaine. — Et enfin un personnage où l’on a vu le tailleur d’images, auteur des stalles, et où je ne puis reconnaître qu’un homme, debout, coiffé d’un chapeau rond à la mode de Charles IX, et clouant sur un banc, à grands coups de marteau, un enfant emmailloté. Qu’est-ce que ce crime? Est-ce une réminiscence du forfait rituel du Juif de la rue aux Ours, ou de quelque autre du même genre?

La jouée vers le chœur n'est pas sculptée. 11 ne reste aucune trace de dorsal, et il est probable qu’il n’y en a jamais eu.

Notons encore, dans l’église :

Deux fort belles statues de chêne, xv' siècle : sainte Marie Egyptienne, portant les pains de proposition (i), et saint Jacques le Majeur, en pèlerin. Ce sont de vrais modèles de statuaire gothique, et nos fabricants actuels de statues d’église auraient tout à gagner en les copiant.

Un confessionnal en chêne, Renaissance, daté de 1584.

Deux reliquaires sans intérêt, dont l’un contient la MAXILLA ST1 WULPHLAGII, naguère si disputée entre les églises de Montreuil et de Rue, et dont la possession fit couler tant d’encre, voire même de sang en t63q (2).

Le clocher, ou plutôt le pigeonnier, qui surmonte le portail, ne contient qu’une clochette sans inscription, fondue (en 1878, je crois) par la maison Lecull et Daperon, à Amiens.

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