PIERRE TOMBALE
La vieille église d'Arry, dédiée à saint Quentin, a été démolie en 1868; un dessin de M. Macqueron (du 20 mai 1 8 52) nous en conserve le souvenir; sa façade ouest était couronnée par un campenard à double arcade (2); le portail en plein cintre était encadré dans un arc en tiers-point, flanqué de deux contreforts et surmonté d'une niche ou petite fenêtre.
L’église neuve a hérité de son aînée quelques curieuses statues de bois, qu’on a eu le bon goût de ne pas remplacer par les odieuses bondieuseries de la rue Saint-Sulpice. On remarque surtout un saint Antoine hermite, du xvie siècle, coiffé
(1) Voici l’inscription de la cloche actuelle :
>i< l’an 1841 j’ai ÉTÉ NOMMÉE ADÉLAÏDE CHARLOTTE || >x< PAR M. CHARLES A. WIGNIER DE BEAUPRÉ ANCIEN ||
CAPITAINE DE CAV. & DAME MARIE ANNE G. ADELAÏDE || GODART d’aRGOULE Ve EN P. NOCES DE M. WIGNIER ||
DE BEAUPRÉ EN S. NOCES DE M. JOURDAIN DE L’ETOILLE. — Sur l’autre face : >J< j’ai ÉTÉ BENITE PAR M* J. F. DUVAUCHELLES CURÉ || D’ARGOULES EN PRÉSENCE DE MM. NICOLAS GOMEL || MAIRE AD. DUPORGE ADJT. LÉONCE L. JOURDAIN DE || ►[< LÉTOILLE ÉCUYER CAPITAINE DE LA GARDE NATIONALE || NICOLAS BELVALLE EX-MAIRE. || — GORLIER FONDEUR A FREVENT.
(Effigies du Crucifix, entre la Vierge et un évêque. — Diamètre : i"'io).
J’extrais du Cartulaire d’Argoules (f° 33 v°) les notes suivantes sur les anciennes cloches d’Argoules et de Dominois :
« Sur la grosse d’Argoule est écrit : 1609. Marie fust nommée par Claude de La Rivière, escuier, sr d’Argoule Dominois et Petit Chemin en ptie.
t La 2e : 1609 je suis nommé Germaine pour servir à l'église de S'-Germain d' Ergoulle ; maître Guillaume curé Me Lenglès prestre. Jésus Maria.
« La 3e : lûoç, les sieur et paroissiens d’Argoule mont fait faire, et suis nommé Claude. Jésus Maria.
« La plus grosse cloche de Dominois fust bénie en 1579 par M,re Antoine Tronet (?) ; elle fust nommée Marie Françoise par très nobles et très vertueuses personnes Adrien de La Rivière Chcr et Jaque de Rochebaron et Françoise du Biez ensemble. Andriu Munier la coula.
* La 2<la fust bénie par Mrc Henry du Bosquel en 1Û82. Elle fust nommée Geneviève par Monsieur de Durât, maral de France, et Madame de Fraimond.
« La 3e fust bénie par Monsieur Roudou, prieur de Valoires, en 1654. Elle fust nommée Louise par Mre Antoine Gouffier et Madame Louise d’Estampes son épouse s>.
Il est aisé de voir que les trois cloches de 1609, à Argoules, ont remplacé celles que la soldatesque espagnole avait dépendues en 1595.
(2) Les deux cloches actuelles sont de 1845 et ont été fondues à Amiens par Cavillier. L’une a eu pour parrain le comte de Courteville d’Hodicq, et l’autre pour marraine Mademoiselle Clara de Lagrené (devenue la comtesse Pingré de Guimicourt).
Le cimetière renferme le tombeau du dernier représentant de la vieille maison d’Hodicq, Messire Charles Alexandre François Ardre de Courteville, comte d’Hodicq, chevalier de Saint-Louis, lieutenant-colonel de cavalerie en retraite, décédé au château d'Arry le 9 janvier 1847 à l’âge de soixante-dix-huit ans et trois mois.
d’un capuchon rouge ou bonnet carré (i), tenant un livre et une sonnette de la main droite, un chapelet et le tau de la gauche; à ses pieds est le cochon, hurlant au milieu des flammes. — Saint Eloy, mitré, tenant sa crosse et un marteau;
l'enclume est auprès de lui. — Saint Nicolas, mitré, crossé, accompagné des trois enfants dans un baquet. Ces deux statues sont aussi du xvie siècle. — Une Vierge-Mère, sans grand intérêt, tient une grappe de raisin, et l’Enfant porte un oiseau qui becquette la grappe.
I.c château est bâti en briques et pierres, de style Louis XV; il est d'aspect élégant, bien que la construction d’un étage sur les ailes, qui en étaient primitivement dépourvues, l'ait quelque peu alourdi (2); au milieu de la façade se dégage une avancée en rotonde. Le domaine comprend de beaux bois, un parc vaste et charmant, traversé par la Maye qui se détourne pour former avenue vis-à-vis le château, et une allée de tilleuls admirables, longue d'un quart de lieue, et par laquelle passe la route de Rue à Crécy. Les appartements sont aménagés et décorés avec le goût qui caractérise les habitations de l’époque de Louis XV; le grand salon est orné de panneaux peints vers 1760, de paysages d'un ton chaud de l’école de Vernet (3); la plupart des sujets sont des fantaisies à l'italienne; cependant un dessus de porte reproduit la vue du château tel qu'il était à l’époque, avec deux charmants portraits des propriétaires (comte et comtesse d'Hodicq) se promenant aux bords de la rivière.
Ce château, passé par alliance des d’Halluin aux Courteville de Hodicq, puis aux Lagrené, a été vendu en 1872 par le comte Pingré de Guimicourt, leur héritier, au vicomte de France, cousin de la famille de Hodicq (4).
Sur le perron, gît une belle et grande dalle de pierre grise très dure du
(1) Ce n’est pas une barrette. C'est le capuchon que l’on donne ordinairement pour coiffure à saint Antoine; mais tout en s'adaptant à la forme de la tête, il s'avance un peu au devant du front et redescend à angle droit sur les côtés.
(2) Un dessin de la collection Macqueron (provenant de la collection de Caïeu de Vadicourt) représente l’état primitif et les ailes mansardées. — La tradition locale dit que le château d'Arry fut bâti par les mêmes ouvriers qui venaient d'achever la construction de l’abbaye de Valloires (1751}. Effectivement les sculptures et les procédés de construction ont beaucoup d'analogie dans ces deux édifices.
(3) Il est probable que ces peintures sont l’œuvre de M. Jean Le Gaucher du Broutel, qui en a exécuté d’analogues dans son château du Broutel, à Rue. 11 était gendre de M. de Bernes de Longvilliers, dont Joseph Vernet avait décoré l’hôtel, à Montreuil. Le peintre donna probablement des leçons à M. du Broutel, qui sut en profiter.
(4) La terre d'Arry appartenait au xvxc siècle à Jean de Gourlay, écuyer, bailli de Rue, fils cadet de Philippe, qui donna cette seigneurie en avancement d'hoirie à son fils Claude de Gourlay, écuyer (relief du 4 avril 1572 Ce
Arry. — Pierre tombale.
commencement du xive siècle, encore bien conservée malgré le périlleux emplacement où elle se trouve (i). C’est peut-être la plus curieuse pierre tombale qui existe en Ponthieu.
L’effigie en pied, au trait, est celle d’une dame de qualité, les mains jointes sur la poitrine, la tête entièrement entourée d’un voile et d’une guimpe, vêtue d’un manteau à longs plis; elle est abritée sous une grande arcade gothique, à crossettes et fleuron terminal, accostée de deux petits pinacles et de deux anges thuriféraires
debout dans les écoinçons. En haut, deux écus semblables entre eux : de . au
chef bordé et engrelé de ...
L’inscription se déroule sur l’arcade et se continue en descendant sur le pied-droit de droite; elle est conçue en belles capitales gothiques :
clji GijST fine dhau© . Dec r^oiiDecGOv^'r pqiiSjS
Le nom de famille est certainement Rollencourt (village près Hesdin et Saint-Pol). Le prénom est effacé, ce qui est bien regrettable, car il serait intéressant de savoir si nous sommes en présence de la tombe de Marie , dame héritière de Rollencourt, qui, en 1 362, épousa Jean de Châtil Ion , seigneur de Dampierre et fils du comte de Saint-Pol (2).
Cette pierre a été apportée à Arry, on ne sait d'où, par M. Pingré de Guimicourt, ancien propriétaire du château.
Selon Demay, Baudouin, sire de Rollencourt, écuyer, en 1295, porte un chef, à la bordure (3). Robert, sire de Rollencourt, chevalier, en i3o8 et i3ii, a un sceau équestre, où le bouclier, Eaîlette et la housse portent trois maillets; mais le contre-scel est chargé d’un écu portant un chef à la bordure (4). — Avisse, femme du même Robert, est représentée debout sur son sceau, accompagnée de deux écus, l’un portant trois maillets , l’autre (ses armes personnelles) un orle de merlettes (5).
Les auteurs semblent jusqu’ici n’avoir connu, comme armes de la maison de Rollencourt, que l’écu aux trois maillets (6). Mais les sceaux dont la description
dernier la vendit le 18 du même mois à Jacques Le Fuzelier, écuyer, sieur de Montois, prévôt du Vimeu. Le petit-fils de Jacques, Nicolas Le Fuzelier, aliéna la seigneurie d’Arry, le 31 juillet 1618, au profit de César de Halluin, sieur de Noirbois, fils de François et de Claude de Bécourt. (Alcius Ledieu, Seigneurs et Fieffés du comté de Pontliieu aux xvie et xviic siècles, Bulletin de la Société d' Emulation d’ Abbeville, 1898, p. 317). Catherine Françoise de Halluin, dame héritière d’Arry, épousa le 11 juin 1725 Daniel-Antoine de Courteville de Hodicq, chevalier. Leur fils, Jacques-Alexandre-Antoine-François de Courteville, maréchal de camp, obtint l’érection d'Arry et des deux Airons en comté sous le nom de Hodicq, et fut député de la noblesse du bailliage de Montreuil aux Etats généraux de 1789. Il mourut en émigration.
(1) Elle s’use cependant depuis quelques années, ce qui n’a rien d étonnant, car on ne peut passer sur le perron sans la fouler aux pieds. Des châtelains éclairés comme M. et Mmc de France, qui ont rempli leur résidence d’objets anciens et curieux, rassemblés avec goût et sans trêve, se doivent à eux-mêmes de ne pas laisser détériorer davantage un monument aussi précieux, et de le relever en lieu sûr.
(2) Il y a vingt ans, ce prénom était encore lisible; M. de Calonne l’a déchiffré alors, mais il n’en a pas pris note malheureusement.
(3) Sceau rond, de 35 millimètres + S’ BAVDVIN DE ROLLA1NCOVRT. — Cession d’un fief enclos dans le parc du comte d’Artois, h Hesdin, septembre 1295. Arch. du Pas-de-Calais. (Demay, Sceaux de l'Artois, n° 594).
(4) Sceau rond, de 55 (alias 52) millimètres S’ ROBERT. DE. ROLLAINCOVRT. CH’R. — Acquisition, par Thierry d’Hirson, d’un fief à La Carnoye, 27 novembre 1311. (Ibid., n°595). — Amortissement de vignes à Merlemont, août 1308, hôpital de Beauvais. (Id., Sceaux de la Picardie, n° 591).
(5) Sceau elliptique, de 60 millimètres. -- ... E. DE. SOVME . ME. DE. ROLAI . — Août 1308, même pièce.
(Ibid., n° 592).
(6) « La famille de Rollaincourt, qui paraît être une branche de celle de Mailly, portait, au dire d’André du Chesne (Histoire de la maison de Chastillon, p. 379), d'argent à trois maillets de gueules. La pancarte de 1640 au château de La Roche-Mailly dit : Roullencourt porte de sable à trois maillets de gueules ». (Abbé Ledru, Histoire de la maison de Mailly, t. I, p. 78, note 1).
précède prouvent bien péremptoirement que cette famille portait indifféremment soit ce dernier blason, soit l'écu au chef bordé, qui figure deux fois sur la pierre tombale d’Arry.
Au sortir d’Arry, vers Rue, s’élève un vieux et pittoresque moulin à vent, tout caparaçonné d’essentes; — l'un des derniers, hélas! que le « progrès morose » ait respectés dans la région. — Une inscription de sa charpente nous donne sa date :