V. — Les Porches Latéraux
Les deux porches latéraux sont en harmonie avec celui du centre ; les voussures sont de même structure et de même profondeur, mais elles sont moins larges et moins élevées et ne présentent qu’un seul rang de voussoires, toutes vides au porche de gauche, et, à celui de droite, portant deux sujets difficiles à déterminer. Chaque voussure est garnie, comme celle du centre, de moulures, les unes lisses, les autres prismatiques, avec profondes gorges, toutes légèrement évidées sur les côtés comme celles du porche central, à la différence de celles des piliers prismatiques de l’intérieur de la nef dont les parois sont planes; elles s’amortissent au soubassement. Dans la gorge du fond court une frise enguirlandée de branches de vignes entremêlées de feuilles et de grappes, très évidées ; cette frise en entrelacs passe sous le linteau de la porte et descend de chaque côté dans les gorges des piédroits prismatiques, jusqu’au soubassement, pour s’y terminer par une hydre et par un hibou. Une frise semblable contourne le remplage du tympan et présente au bas de chaque côté, ici, un animal impossible à déterminer, là, un chat tenant dans ses pattes un gros rat. La moulure qui forme le dernier arc supérieur de la voussure est taillée en biseau présentant en dessus, au porche de gauche, des petits modifions espacés, et à celui de droite, des entrelacs ; enfin, dans le bas, se trouve une frise qui se termine, à chaque point de rencontre avec les contreforts, par une tête grimaçante.
Les boiseries des portes latérales sont d'une époque bien postérieure à celle des vantaux du porche du milieu ; elles présentent une décoration à caissons avec un petit entablement, cintré au milieu, supportant de chaque côté un vase à panse arrondie surmonté d’une aigrette, le tout de style Louis XIII. Sous chaque cintre on remarque un écusson dont les armes ont été grattées.
La porte de gauche a été donnée, en 1620, par M. fillette, un des ancêtres
de la famille Tillette de Buigny, toujours existante ; on lit sur le caisson central, de forme hexagonale allongée, ce verset du Livre des vois (chap. i5 v. 35) Ædificavit portant Domus Domini. La porte du porche de droite, de date un peu postérieure, est due à la libéralité de M. Vincent d’Hantecourt, alors mayeur ; au centre se trouve cette inscription tirée du psaume 25, verset 8 : Dilexi décorum domus tuŒ 1644. Au milieu du petit linteau de chaque porte, a été sculptée une tête d’ange ailée.
Ces portes, qui se décomposent en deux parties, celle du dessus fixe, l’autre ouvrante, sont surmontées d’un tympan aveuglé, de forme ogivale élancée, orné de meneaux flamboyants. Contre celui de gauche, on voit un groupe, sculpté en haut relief, d'une exécution remarquable ; il représente Saint Eustache debout, en costume de grand fauconnier du xvie siècle et, de chaque côté, ses deux entants emportés par des lions. Sous les pieds du personnage principal est un écusson portant une pièce de drap roulée et une paire de chausses, attributs des drapiers-chaussetiers qui ont donné ce groupe en l'honneur de St Eustache patron de leur corporation. Ce morceau de sculpture forme une pièce détachée, d’un seul bloc, placée contre les meneaux du tympan ; le bas du sujet présente un sol ondulé sur lequel passent des langues de feu qui s’enroulent autour des pieds et des jambes du personnages du milieu. Au-dessous, court une légère frise à rinceaux évidés ; enfin la tête du fauconnier est surmontée d’un dais entouré d'une moulure de forme ovoïde (1).
Dans la voussure du même côté gauche, sous le dais inférieur, se trouve, sculpté en haut relief, un sujet fort curieux ; il est placé sur un large socle ouvragé, supporté par des montants prismatiques. C'est un navire avec quatre personnages dont deux, au milieu, sont aux prises et se battent avec les pieds et les mains ; une femme se tient debout à l'avant et un jeune homme est appuyé à la poupe contre un tonneau. Ce groupe a donné lieu à des interprétations diverses qui ont été relevées par M. Ernest Prarond ; nous n’y reviendrons pas, mais la proximité de ce sujet et de celui de St Eustache nous porte à supposer, comme l’a dit aussi M. Prarond, qu'on a voulu, là encore, faire allusion à la vie de ce martyr, dont la femme, la belle Théopiste, aurait été, d'après la vie des Saints , convoitée par le maître du navire qui transporta St Eustache avec sa femme et ses enfants en exil dans l'Egypte. Les deux hommes qui se battent les représenteraient, la femme serait celle du martyr et le jeune homme serait un de ses fils et il ressemble, du reste, à l’un des enfants emportés par un lion dans le sujet du tympan ; cette signification nous parait avoir tout caractère de vraisemblance. Sur le socle correspondant à droite, il n’existe pas de sculpture.
La voussure du porche de droite présente trois statues de Saintes, de 1 m. 40 environ de hauteur ; elles sont remarquables par l’extrême richesse des costumes. L’une, placée contre le tympan sur un socle ouvragé, est surmontée d’un dais peu élevé aboutissant à l’angle intérieur de l'arc ; elle représente la Sainte Vierge à son Assomption , en costume du xvie siècle, avec robe à gorgerette plissée, revêtue d'un manteau royal qui laisse découvert le haut de la poitrine ; deux anges la soutiennent, tenant chacun un instrument de musique, une guitare et un théorbe. Les deux autres statues sont appliquées contre les côtés, posées chacune sur un socle supporté par les montants prismatiques de la voussure, et surmontées du dais inférieur des niches de la voussoire. La Sainte de gauche, (peut-être la
1 1 ) Voir, pour plus de détails : Un grand fauconnier au Portail de St- Vulfran ; par M. Emile Delignières, Paris, Plon, 1901.
Ste Vierge), personnifie, a-t-on dit, ta Charité. Elle est coiffée d’une sorte de turban rehaussé de torsades de perles et vêtue d’une robe de brocard à longues et larges manches ; elle tient dans ses bras un tout jeune enfant (l’Enfant Jésus), qu'elle approche de son sein mis à nu. A ses pieds sont trois personnages plus petits : au milieu, une femme à genoux, à sa gauche un homme tenant un objet qui parait être un glaive et, de l’autre côté, une femme aux cheveux déroulés. On a cru voir dans ce groupe accessoire le Martyre de Ste Catherine. Sur le socle figure une paire de balances, attribut, a-t-on dit, des épiciers et des merciers. La statue opposée, à droite, parait représenter également la Ste Vierge, sous un costume à peu près semblable, coiffée aussi d’un riche turban; près d’elle se trouvent deux statuettes secondaires, plus petites ; celle de gauche représente une femme qui semble s’écarter d'un homme placé à droite et sur la tête duquel la Vierge pose la main ; ce personnage parait vouloir se rapprocher de la femme. Ce sujet serait, dit-on, une allusion à Ste Catherine renonçant à l’alliance qui lui était proposée.